Mobilizon : créer et partager ses groupes et évènements dans le Fediverse

[Editeurs du libre] Mobilizon : partager les évènements de ses communautés dans le Fediverse

Mobilizon partager groupes et évènements sans les GAFAM

Walid : bienvenue à toutes et à tous pour ce nouvel épisode de Projets Libres. Je suis très content parce qu’on va reprendre la série sur le Fediverse qu’on avait arrêtée il y a quelques mois. De ça. Et on va parler d’un outil qui s’appelle Mobilizon. Pour celles et ceux qui écoutent régulièrement Projets Libres, vous avez certainement entendu parler de cet outil quand on a échangé plusieurs fois avec l’équipe de Framasoft, puisque c’est un outil qui a été développé à la base par Framasoft, mais qui a été repris ensuite. Et donc, je suis ravi d’avoir avec moi Alexandra qui est une des personnes qui travaille sur le projet Mobilizon à l’heure actuelle, qui va se présenter juste après et qui va donc pouvoir nous expliquer : qu’est-ce que Mobilizon ? Où est-ce que ça en est ? Pourquoi le projet a été repris ?

Voilà, ça va être très intéressant. J’ai eu la chance de rencontrer Alexandra et Stéphane avec qui elle a fait la présentation, qui devait être là aujourd’hui, mais qui malheureusement, pour une question technique, n’a pas pu se rendre à nous. J’ai eu la chance de les rencontrer et de les écouter au FOSDEM cette année. Je mettrai un lien dans la transcription vers la vidéo. Et donc voilà. Je suis avec Alexandra aujourd’hui, je suis très content. Alexandra, bienvenue sur le podcast Projets Libres, j’espère que tu vas bien.

Alexandra : bonjour, oui, très bien, je suis contente aussi d’avoir l’occasion de parler de Mobilizon.

Présentation d’Alexandra

Walid : eh bien, ça tombe bien, j’aurais certainement des questions parce que je me suis moi-même installé il n’y a pas si longtemps que ça, une instance Mobilizon que j’ai fédérée pour faire des tests et avant d’enregistrer l’épisode, donc j’aurais certainement quelques questions. En tout cas, c’est un sujet qui me parle beaucoup. Alexandra, la… première chose, je vais te demander s’il te plaît de commencer par te présenter. Explique-nous un peu ton parcours, comment est-ce que tu en es arrivée à découvrir le logiciel libre.

Alexandra : je travaille dans l’informatique, pas particulièrement dans le logiciel libre. J’ai toujours été intriguée par l’open source. À la base, je suis ingénieure économique et le fait que l’open source existe en parallèle de tout le reste, ça me fascine. Par contre, j’ai découvert le logiciel libre via Framasoft et via Mobilizon. Je ne m’y intéressais pas plus avant ça. Mon angle d’attaque, on va dire, c’est qu’on a pas mal voyagé avec mon conjoint et on aimait bien tout ce qui était web collaboratif.

Alors, maintenant, c’est devenu très commercial. Mais par exemple, le concept derrière Blablacar ou Airbnb ou Leboncoin, là aujourd’hui, on utilise encore pas mal Warm Showers pour ceux qui font du cyclotourisme. Et je trouve vraiment que ça améliore le monde réel. On trouvait que ce qui manquait, c’était de pouvoir savoir ce qui se passe autour de soi, les événements. Aujourd’hui, ça n’existe toujours pas. De façon assez simple de savoir ce qui se passe, il faut dépiauter des newsletters, des fois, c’est une affiche, il faut vraiment avoir du papier, aller sur des groupes Facebook, aller sur les sites institutionnels.

Alexandra

Pour juste savoir ce qui se passe dans son quartier avec cette envie de faire quelque chose à propos de ça. On est tombé sur Mobilizon, qui a un peu ça pour but, et qui avait le mérite d’être déjà un projet d’ampleur, c’est vite dit, mais on sait maintenant encore plus que pour mener à bien un projet comme ça, il faut de l’effet de réseau, et on ne peut pas faire ça tout seul. Donc, Mobilizon et le Fediverse, ça tombait vraiment à point. La notion de plateforme indépendante, mais fédérée, c’est juste, parfait. Donc, avec mon conjoint, quand on a découvert Mobilizon, on a vraiment eu envie de s’impliquer dedans et on a créé une association vraiment autour de ça. Officiellement, son objet, c’est le convivialisme, donc c’est assez vaste. L’association s’appelle Kaihuri et l’objet principal, c’est aujourd’hui de développer Mobilizon.

Walid : qu’est-ce que ça veut dire, Kaihuri ?

Alexandra : c’est un mot maori, parce qu’on a un petit coup de cœur pour la Nouvelle-Zélande. Qui veut dire «kai : la nourriture, huri : le changement », et ça veut dire « convertisseur » en maori.

Walid : ok, donc à travers Mobilizon, t’as découvert le logiciel libre et finalement les communs numériques, quoi ?

Alexandra : voilà. J’utilisais quand même Wikipédia avant.

Walid : oui, mais tu n’étais pas forcément, comment dire, sensibilisée ?

Alexandra : non. Mais c’est vrai qu’en déroulant la pelote, on se rend compte que si on veut quelque chose d’un petit peu universel, et vraiment savoir ce qu’il y a comme événement autour de soi, ça ne peut se faire que vers quelque chose qui est… Alors, logiciel libre, on y met ce qu’on veut, mais au moins interopérable, communiquant. Et on comprend aussi un peu mieux maintenant les modèles économiques et que la plupart des acteurs : c’est à l’encontre de leurs intérêts. Donc, c’est vrai que le résultat auquel on voudrait arriver, qui est : « je regarde ce qu’il y a autour de moi », ce ne sont pas les GAFAM qui vont… ou alors, ça va vous coûter très cher.

L’association Kaihuri

Walid : oui, c’est ça. On va en reparler après. Donc, dans la coopérative, actuellement, vous êtes… donc, c’est une association, c’est ça ?

Alexandra : c’est une association. On a mis dans les statuts que son objectif, c’était d’être transformée un jour en Scop. Et on est deux gérants statutaires. Au début, on pensait avoir des membres mais finalement, on veut juste que ça nous permette de réaliser le projet. Mais on n’a pas de gestion de membres en tant que telle.

Présentation de Mobilizon

Walid : si on repart un peu à la base, pour les gens, les auditrices, les auditeurs qui ne connaîtraient pas Mobilizon, tu as commencé à en toucher deux mots. Est-ce que tu peux expliquer dans les grandes lignes, avant de rentrer un peu dans l’histoire de Mobilizon, qu’est-ce que Mobilizon, qu’est-ce qu’on peut faire avec ?

Alexandra : Mobilizon, c’est un logiciel qui permet de créer des plateformes collaboratives qui sont indépendantes et connectées entre elles. Donc, quelqu’un qui a les compétences techniques peut copier une base de code et l’installer pour créer une plateforme collaborative.

Donc, qu’est-ce qu’on va faire sur cette plateforme collaborative ? On peut la personnaliser ? Un petit peu. Donc, on va lui donner le nom qu’on veut. On peut mettre une description, on peut mettre un logo et on peut rameuter sa communauté pour qu’il se crée des comptes dessus. En lui donnant, par exemple, un thème. Alors ça peut être, pour une ville, par exemple, ça peut être le village des associations. Il peut y avoir une collectivité qui crée sa plateforme Mobilizon, qui peut l’intégrer plus ou moins dans le site de la commune, et qui donne accès à tous les membres des associations, à toutes les associations locales, pour qu’ils viennent créer leurs pages, créer leurs événements et leurs activités. Ça permet de faire des plateformes thématiques, il peut y en avoir pour tout. Pour tout type d’acteurs. L’idée, c’est d’avoir une communauté ou un thème derrière et interconnecter entre elles. L’idée, c’est vraiment que ce soit interopérable, qu’il y ait des ponts entre les autres sites web et Mobilizon. Il y a plein de façons de le faire. On peut intégrer automatiquement, par exemple, des événements de sources différentes. On peut aussi exporter, sous forme de flux, RSS ou ICS, les événements de la plateforme. Les plateformes nativement, elles sont interopérables entre elles, donc on peut partager les événements d’une plateforme Mobilizon à une autre. Ça s’appelle la fédération. Et ça fait partie du Fediverse, donc il y a un protocole qui est ActivityPub, qui permet à ces plateformes Mobilizon d’échanger des données, par exemple des événements. Il y a aussi des comptes avec les autres logiciels, qui font partie du Fediverse, par exemple Mastodon.

Walid : tout à fait. Dans mon cas, par exemple, j’ai monté une instance Mastodon pour partager les événements autour du podcast, et d’autres événements autour du libre qui ne seraient pas forcément disponibles sur le Fediverse. Donc, quand je rajoute, comme ce que j’ai fait hier, un événement, alors dans mon flux Mastodon on voit apparaître l’événement et on peut interagir avec lui.

Ok, donc Mobilizon, on partage des événements, à la base plutôt localement. L’idée, c’était plutôt de faire chose localement. N’importe qui peut partager les événements et faire en sorte qu’ils soient disponibles pour les autres personnes et que les gens puissent s’inscrire à ces événements.

Alexandra : une des fonctionnalités principales, c’est qu’on peut choisir un lieu et un rayon. Par exemple, nous, on a un site qui s’appelle Keskonfai. Il y a beaucoup d’événements touristiques dans toute la France. C’est en accès public : n’importe qui peut se créer un compte et publier ses événements. Un peu comme ils le feraient sur Facebook. La zone géographique, c’est la France. Les gens qui vont se connecter à Keskonfai, ils vont juste mettre là où ils sont et le rayon. Ça peut être chez eux, à 5, 10, 25, 100 kilomètres, selon si c’est plus ou moins urbain ou rural, ou ça peut être quand ils sont sur leur lieu de vacances, par exemple. Ça dépend un peu du thème du site Mobilizon. Ce sont des événements de tout genre en France. Par exemple, il y a un site web Mobilizon, ça s’appelle une instance Mobilizon, qui s’appelle Lekalepin. C’est l’agenda culturel des Monts du Lyonnais. Ça dépend de l’administrateur de l’instance qui définit son thème et à qui s’adresse l’instance. Dans tous les cas, géographiquement, on peut se localiser pour voir ce qui nous intéresse.

L’histoire de Mobilizon

Walid : est-ce qu’on peut reprendre l’histoire de Mobilizon ? Est-ce que tu peux expliquer aux gens ce qu’on a évoqué juste avant, que c’était Framasoft qui l’avait développé ? Je mettrai des liens dans la transcription vers les épisodes avec l’équipe de Framasoft (voir ici et ) où on parle de ça en détail. Pour les gens qui n’auraient pas écouté ces épisodes, est-ce que tu peux expliquer aussi, d’ailleurs, comment tu disais tout à l’heure que tu étais tombée dessus, un peu au début de Mobilizon ? Est-ce que tu peux retracer l’histoire ?

Alexandra : peut-être vers 2018, par là, Framasoft a fait une levée de fonds auprès des gens que ça intéressait pour financer, en gros, une alternative à Facebook pour les groupes et événements. Le constat, c’était qu’il y avait vraiment des conflits de valeurs entre ce qui était organisé sur Facebook et ce qui était défendu. Par exemple, les marches sur le climat qui sont publiées sur Facebook, alors que potentiellement la pub, qui est juste en dessous ou juste au-dessus, ça pousse à consommer. Notamment pour les milieux militants, faire leur com sur Facebook, c’est un peu une aberration, mais un peu un mal nécessaire aussi. Maintenant, c’est peut-être plus trop Facebook. Pour pallier à ça, Framasoft a lancé ce projet Mobilizon, qui s’intègre avec le Fediverse. Ça a été développé, je dirais, à peu près de 2019 à 2023 par Framasoft, avec une roadmap qui n’était pas particulièrement participative. Forcément, ils souhaitaient que ça réponde aux besoins, mais c’était le développeur principal, Tcit (Thomas Citarel), qui décidait de ce qu’il allait être fait, qui communiquait un petit peu en avance là-dessus. Et nous, on était suiveurs, donc on découvrait au fur et à mesure les nouvelles fonctionnalités. Et c’était plus ou moins aligné avec ce que nous, on avait envie. On avait vraiment très envie de mettre dedans ce qui, nous, nous intéressait. Et donc, en 2023, Framasoft a décidé globalement d’arrêter de contribuer. Ils font encore des contributions et ils font encore de façon très importante. Ils font partie de la communauté puisqu’ils ont une grosse instance, qui est Mobilizon.fr, mais d’arrêter de financer le développement, concrètement. Donc, nous, on s’est proposé, comme repreneurs, merci, avec l’envie de mettre en place plein de choses qu’on avait envie de faire depuis le début, mais on ne pouvait pas travailler en parallèle d’eux.

La transmission du projet

Walid : ce que Thomas expliquait dans un épisode précédent, c’est que finalement, ils étaient arrivés à ce qu’ils estimaient la maturité du produit. Ils n’avaient plus forcément envie et besoin de rajouter des choses supplémentaires, mais ils voyaient qu’il y avait d’autres gens qui avaient envie de faire des choses en plus. Mais eux, ça répondait aux besoins qu’ils avaient, et donc finalement, ça permettait aussi de libérer de la force de développement pour faire d’autres choses, d’arrêter de travailler sur le développement de Mobilizon. C’est vous qui êtes allée voir l’équipe de Framasoft pour leur dire qu’on aimerait bien continuer ? Comment ça s’est passé ?

Alexandra : je ne me rappelle plus exactement. En tout cas, au moment où nous, on s’est proposé, ils ont dit ok. On a eu quand même des échanges de vive voix, ce qui n’était pas forcément le cas avant. Ils ont dit, en gros : « on vous laisse le champ libre, à condition que vous écriviez une petite profession de foi sur le forum, que vous ayez des retours plutôt positifs : personne qui dit non, c’est scandaleux, c’est le projet de Framasoft, on ne veut pas le donner à quelqu’un d’autre ». Et ensuite, dans leur newsletter de clôture du projet, ils y ont fait référence.

C’est comme ça que s’est faite la transition. Et après, techniquement, ils ont donné les droits de merge. On n’a pas encore d’ailleurs complètement tout transmis au niveau technique, tout récupéré, mais ils ont dit, « nous, on vous laisse le champ libre, cela vous regarde ce que vous en faites aussi ». Ils ne nous ont pas donné de contraintes, de règles. Ils nous ont dit, « nous on se retire complètement » à part qu’ils gardent leur instance. « Faire un petit peu de maintenance à part ça, mais comme on n’investit plus vraiment dedans, vous avez le droit de faire ce que vous voulez ». Même si on n’était pas en contact fréquent, direct, je pense qu’ils ont vu aussi qu’on était quand même compatibles au niveau des valeurs. Forcément, il y a des choses qu’on a un peu envie de faire différemment, mais il n’y a pas vraiment de conflit avec ce qu’ils avaient fait avant. Donc, je pense qu’ils nous font quand même confiance, même si c’est à eux de le dire.

Walid : donc, finalement, vous n’aviez pas de contact avec eux ? Vous n’avez pas de contact direct ? Vous ne les avez jamais rencontrés avant ? Vous ne les connaissez pas plus que ça ? Vous étiez juste dans la communauté

Alexandra : moi, j’habitais région parisienne et j’étais quand même allée à Lyon. J’avais rencontré N :jin. On était aussi allées à Nantes pour… pour le plaisir, on avait demandé si on pouvait discuter, parce qu’on bossait quand même déjà pas mal sur le projet. Et c’est vrai que nous, on aurait vraiment aimé collaborer. On ne comprenait pas forcément à ce moment-là. Maintenant, on va dire qu’on marche un peu dans les chaussures de Framasoft, puisque maintenant, c’est nous, les mainteneurs, et on a une communauté qui est avec nous. Et c’est vrai que c’est compliqué de dégager du temps pour avoir des échanges. Tout prend du temps, donc : je comprends qu’ils n’aient pas forcément permis des échanges directs. Notre demande, c’était de vraiment travailler avec eux, sachant qu’on a quand même des compétences en informatique. On aurait bien aimé trouver un moyen de travailler avec eux, mais ce n’était pas possible dans le contexte. On les avait quand même rencontrés à l’occasion de… on fait partie des CHATONS, notamment, donc on les avait rencontrés un peu au camp CHATONS, à quelques occasions au salon.

Les réflexions qui mènent à la création de l’association

Walid : le fait de devoir reprendre Mobilizon, au départ, ce n’était pas forcément l’idée que vous aviez, mais quand l’idée arrive de reprendre Mobilizon, quelles sont les discussions autour de ça ? Qui finalement, si je comprends bien, débouche après coup à la création de l’association.

Alexandra : d’abord, c’était : est-ce que Framasoft allait nous permettre de le faire ? Parce que c’est quand même leur bébé, ce n’était pas gagné d’avance. C’est sûr que c’est une responsabilité, donc ça met une responsabilité, une sorte de poids. Et d’un autre côté, c’est assez excitant parce qu’on s’est impliqués dessus depuis longtemps. Et donc, oui, de pouvoir s’en occuper nous-mêmes, on a eu l’occasion de le faire, on n’a pas énormément hésité. Par contre, on a tous les deux des emplois à quasi plein temps. Il y a Stéphane qui ne travaille pas le vendredi, moi, je ne travaille pas le vendredi après-midi. Et pour que le projet soit viable, il faut pouvoir développer. Il y avait vraiment des choses à régler, il faut pouvoir faire des développements. Concrètement, on ne peut pas les faire nous-mêmes, donc il fallait un financement. Et ce que Framasoft nous a encouragés, aller taper à la porte de NLnet, ils nous ont vraiment soutenus là-dessus. Et vraiment, ce qui a rendu la chose possible, c’est que NLnet accepte de nous financer.

Le programme européen NGI0 et la fondation NLNet

Walid : je vais faire une toute petite aparté. Si vous ne connaissez pas NLnet et les fonds européens du projet NGI Zero, Next Generation Internet Zero, je vous invite à aller écouter l’épisode avec Lwenn Bussière, où on parle de tout ce sujet-là en détail. De ce qu’est NLnet, qui est donc une fondation aux Pays-Bas qui est récipiendaire de ces fonds européens et qui fait des appels à projets et qui les distribue. Je n’en dis pas beaucoup plus, mais je vous invite à aller écouter cet épisode qui est très intéressant, qui permet de comprendre comment se finance une bonne partie du libre en Europe. Voilà, c’était ma petite aparté.

Alexandra : donc, au moment où Framasoft nous a dit oui, et NLnet nous a dit oui, on était quand même super contents.

Walid : vous avez eu combien de financement à NLnet ?

Alexandra : on a eu 30 000 euros. On a commencé à dépenser, je pense, février-mars 2024. Et qu’on finit maintenant.

Walid : et alors, qu’est-ce qu’ils vous ont financé ? Parce que NLnet, ce qu’ils financent, c’est des fonctionnalités.

Alexandra : je reprenne le plan projet.

Walid : ils vous ont financé de la technique ?

Alexandra : vraiment de la technique.

On s’accorde sur un plan projet qu’on signe, donc avec des montants assignés à chaque tâche. Ils ne versent rien d’avance. C’est au fur et à mesure des livraisons qu’on fait. Où ils vont regarder les commits et ils disent « ok, c’est bon ou pas ». Il y avait plein de fonctionnalités diverses, pas mal de bugs aussi. Donc, on a corrigé des bugs qui étaient assez criants. On ne savait peut-être pas vraiment par quel bout commencer, et NLnet a été assez souple là-dessus. Entre le moment où on a dit « ok, on s’engage », donc fin 2023, et six mois plus tard. On avait commencé à mettre les doigts dedans et commençé à échanger avec la communauté. On avait aussi, on va dire, sourcé nos développeurs, parce qu’on a trouvé des développeurs pour délivrer le projet NLnet.

Alexandra

Donc, ils étaient trois à l’origine. C’est peut-être six mois après avoir commencé que ça devenait un peu clair, qu’on avait un vrai plan. Ça a été d’abord de l’upstream. Nous-mêmes, on était restés en version 2, alors que Framasoft avait livré jusqu’à une version 4. Il y avait d’autres instances qui étaient aussi restées en version 2. D’un côté, il y avait des prérequis pour qu’on puisse migrer sur la dernière version. Il y avait des choses à faire pour qu’on puisse migrer. Il y avait des choses qui avaient été développées à droite, à gauche, qu’on a pu récupérer. Et donc, on s’est mis ça comme objectif. Voilà, upstreamer tout ce qui existe, qui a déjà été développé, pour que les gens puissent monter sur une version, vraiment mutualiser un peu ce qui avait été fait, et enlever les bugs les plus critiques.

Il y avait quand même eu des régressions entre la version 2 et la version 4. Et en faisant ça, on n’a pas eu beaucoup de choix. On était vraiment pris par le temps. On n’a pas eu de marge pour faire autre chose. Au contraire, c’était assez tendu. On a un peu déroulé la pelote. Il y a ça à upstreamer (intégrer dans la version officielle). Du coup, il faut ajuster ça.

Des trucs tout bêtes. Par exemple, sur la page d’accueil, dès qu’un événement était démarré, il disparaissait. Le critère, pour voir un événement c’était qu’il fallait qu’il ne soit pas encore commencé. Donc, c’est un peu bizarre parce que quand on arrive sur un site, on a envie de voir ce qui est en cours, ce qui est prêt, et on ne le voyait pas. On s’est dit qu’il faut qu’on prenne comme critère plutôt que ce n’est pas fini. Mais à partir du moment où on a mis ce critère-là, il y a des gens qui avaient créé des événements sur 10 ans, par exemple, parce qu’ils voulaient qu’on les voie, et qui arrivaient en page d’accueil. Donc, on avait du contenu qui était vieux et pas à jour sur la page d’accueil. On s’est dit : « bon, maintenant, il faut mettre des dates de début, des dates de fin sur les vignettes aussi, parce que ça n’existait pas ». Et comme il y avait quand même pas mal de gens qui avaient créé des événements très longs, parce qu’ils disaient, par exemple « on a des cours de yoga, c’est toute l’année », on a implémenté une fonctionnalité qui s’appelle les activités pour pouvoir décrire des activités qui ne sont pas des événements. Donc, juste en partant de « on veut que sur la page d’accueil pour qu’on puisse voir les événements du moment », on a dû faire plein d’ajustements.

Alexandra

La communauté Mobilizon

Walid : tu as parlé de la communauté, qui la compose. Qu’est-ce que vous en savez ?

Alexandra : c’est une bonne question. On est français, Framasoft, ils sont français. Sur le forum, il y a quand même pas mal d’échanges en français, donc on a quand même pas mal de francophones. Mais on est toujours surpris de voir qu’il y a aussi des Européens, d’autres pays, et même au-delà de l’Europe. On a une grosse instance qui s’est montée, par exemple, aux États-Unis et on a même été approchés par deux autres groupes américains. Donc, c’est vrai qu’avec ce qui se passe en ce moment, ça crée des réactions. Les gens ont un peu be.soin de s’émanciper des réseaux classiques. Donc, c’est une communauté qui est quand même très internationale. Il y en a beaucoup en Allemagne, il y a quand même dans tous les pays, peut-être pas tous les pays d’Europe, mais il y a des instances dans toute l’Europe en tout cas, aussi au Brésil.

Donc, c’est une communauté qui est quand même bien variée et bien internationale. Après, la plupart des gens, on ne les connaît pas. On sait qu’il y a à peu près 40 000 utilisateurs qui sont inscrits. Pas toutes instances confondues, mais il y a un index collaboratif des instances. Donc, ceux qui créent une instance et qui y pensent peuvent la déclarer sur le site qui liste toutes les instances. Donc, c’est de là qu’on a des statistiques. Après, je ne suis pas sûre que toutes les instances existantes soient listées là.

Donc, c’est à minima 40 000 utilisateurs et les origines géographiques sont assez variées. Par contre, le moteur, c’est quand même le monde militant. Nous, on aimerait s’adresser à tout le monde, mais il y a les militants du logiciel libre qui sont quand même ceux qui s’approprient en premier, et après, des combats connexes, on va dire, environnement, social.

Alexandra

Walid : ça peut s’adresser, je ne sais pas, à des fédérations sportives. Je vois dans le sport que je pratique, je regarde le truc d’agenda. C’est un truc qui est vieux et je me suis dit qu’avec un Mobilizon, on pourrait faire tellement mieux, tellement facilement. Ça peut s’adresser vraiment à tout type de public.

Alexandra : absolument. Je n’ai pas connaissance de fédérations sportives ou de fédérations qui utilisent Mobilizon, mais c’est clairement un cas d’usage qu’on aimerait voir naître. Si vous avez des fédérations qui veulent utiliser Mobilizon, n’hésitez pas à les envoyer vers Mobilizon. C’est vraiment adapté.

La fédération d’instances Mobilizon

Walid : depuis tout à l’heure, on parle d’instances, on a commencé à parler un tout petit peu du Fediverse. C’est quand même une grosse partie du sujet. Et là, pour le coup, j’ai quelques questions à te poser. Donc, j’aimerais qu’on parle du Fediverse aussi, parce que sur Projets Libres, c’est un sujet récurrent. On a déjà parlé de Castopod (ici), on a parlé d’Inventaire (ici), on a parlé de PeerTube (ici), on a parlé de pas mal de projets différents. Donc j’aimerais bien que, dans un premier temps, tu puisses expliquer, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, avec tes propres mots, ce qu’est le Fediverse ? C’est une question qui n’est pas si simple que ça.

Alexandra : alors, le Fediverse, ça regroupe des logiciels qui échangent des informations en utilisant un protocole commun. Donc, concrètement, ces logiciels, ils ont une sorte d’inbox (boîte de réception) et une sorte d’outbox (boîte d’envoi), et ils peuvent piocher les uns dans les autres. Pour peu que les logiciels aient été conçus pour communiquer entre eux, les potentialités, elles sont énormes.

Alexandra

Réalisation concrète, alors moi j’avoue, je suis pas forcément sur beaucoup de plateformes, de logiciels, donc je n’ai pas expérimenté par moi-même. C’est grâce à des retours d’utilisateurs que je sais ce qui marche, ce qui ne marche pas. Donc moi, j’ai surtout entendu parler de Mastodon et de Pixelfed, qui sont connectés avec Mobilizon. Donc on peut suivre, on peut avoir des flux d’informations facilement.

Walid : Mastodon, qui est un outil pour faire du micro-blogging et Pixelfed, qui est un outil pour partager des photos. On peut dire une alternative à Instagram, libre et décentralisée.

Alexandra : par contre, c’est un domaine qu’on aimerait bien explorer plus cette année. Pour l’instant, nos actions étaient vraiment presque contraintes. On n’a pas forcément choisi sur quoi on allait travailler, mais là, on aimerait bien développer un petit peu, ça. Donc, expérimenter, développer.

Walid : on a parlé de la fédération.

Alexandra : alors ça, par contre, c’est mon dada.

Walid : ça tombe bien. Donc, il faut qu’on explique aux auditrices, aux auditeurs ce qu’est la fédération et qu’est-ce que ça veut dire dans le cas de Mobilizon. Moi, je l’ai moi-même expérimenté en montant ma propre instance Mobilizon sur mon petit serveur YunoHost à la maison. Et ensuite, en demandant de la fédération à d’autres instances. Est-ce que tu peux nous expliquer, dans ce cadre-là, ce qu’est la fédération et comment ça marche à l’intérieur de Mobilizon ?

Alexandra : alors au niveau de Mobilizon,

La fédération, c’est qu’un administrateur d’instance peut demander à suivre une autre instance. Donc nous, par exemple, on a un site qui s’appelle Kesfonfait qui présenbte des événements dans toute la France, touristiques ou autres. On a aussi un site qui s’appelle Keskonfait Kids et qui est dédié aux familles et enfants. L’instance Kesfonfait suit l »instance Kesfonfait Kids. Donc, ça veut dire que si on met un événèment sur Kesfonfait, il ne sera que sur Kesfonfait. Mais si on met un événement sur Kesfonfait Kids, il sera bien sûr sur Kesfonfait Kids, mais il va aussi remonter sur le site Kesfonfait automatiquement.

Alexandra

À première vue, ça ne se voit pas que ça vient d’un autre site. On peut les rechercher, on peut cliquer dessus, voir plus de détails, mais la vraie source, c’est un autre site. Donc on peut agglomérer des événements, des groupes qui se trouvent sur d’autres sites. Donc, c’est très puissant, très sympa pour ce qui est un petit peu pyramidal — je ne sais pas si c’est le bon terme. Par exemple, Mobilizon.fr, c’est la vitrine de beaucoup de petites instances. Par contre, il y a un gros manquement. Donc, c’est déjà pas mal.

Au niveau des collectivités, par exemple, on peut aussi se dire qu’il peut y avoir, ou des fédérations, il peut y avoir des instances locales, régionales, départementales — qui se déversent, qui alimentent des plus grosses plateformes nationales, par exemple. Donc, c’est déjà pas mal. Par contre — et là, c’est vraiment dans notre roadmap — on a un nouveau financement de NLnet pour l’avenir, qu’on va commencer à attaquer maintenant. Et ça, on s’est dit, il faut vraiment qu’on y passe du temps. Il n’y a, entre guillemets que nous, en tant que mainteneurs qui avons un intérêt supra-instance, on va dire, qui pouvons le faire. C’est de rendre cette fédération sélective. Donc de garder cette fonctionnalité « je suis une autre instance », mais de pouvoir aussi piocher ce qui nous intéresse dans les autres instances. Par exemple, nous, en ayant deux instances, on a déjà ce cas dans Qu’est-ce qu’on fait. Par exemple, on récupère tous les événements Open Data France, il y en a plein, qui sont super pour les enfants et familles. On aimerait pouvoir les mettre sur Keskonfait Kids. Donc, on aimerait, à partir de Keskonfait Kids, dire celui-là il m’intéresse, celui-là il m’intéresse. Il y a aussi, par exemple, je vous parlais du Kalepin, qui est une instance locale. Eux, ils sont aussi intéressés par ces événements-là, sans forcément redévelopper toute l’intégration. Donc, ils aimeraient pouvoir rapatrier des événements qui sont publiés sur une autre instance, sans forcément récupérer tout son contenu. Donc ça a l’air évident, comme besoin. Mais voilà, le faire, ça va être une autre paire de manches. Donc, on veut développer cette fédération sélective.

Walid : dans le cas, par exemple, de Keskonfait et Keskonfait Kids, pour que les événements de Keskonfait Kids apparaissent sur Keskonfait, lequel des deux demande la fédération à l’autre ?

Alexandra : alors, c’est Keskonfait qui a demandé à suivre Keskonfait Kids, et Keskonfait Kids qui a dit « OK, tu peux me suivre ».

Walid : d’accord. OK, c’est dans ce sens-là que ça marche.

Alexandra : et on peut se fédérer dans les deux sens, mais ce n’est pas obligatoire.

Walid : ça m’amène une question supplémentaire. Ce que j’ai fait, c’est que je me suis monté mon instance pour partager mes propres événements autour du podcast. Typiquement, les conférences dans lesquelles Raphaël (Semeteys) ou moi on va parler, d’autres événements open source qui ne sont pas disponibles sur Mobilizon d’une manière ou d’une autre. Et après, j’ai demandé la fédération avec, par exemple, Mobilizon.fr. Ça a été accepté, donc voilà, je vois apparaître les événements de Mobilizon.fr. Et en fait, finalement…

Alexandra : c’est plutôt l’autre sens qui t’intéresse.

Walid : voilà, c’est ça ! Je n’avais pas très bien compris, donc je me suis dit « ok, bon, en fait, en vrai, c’est plutôt dans l’autre sens que ça m’aurait intéressé ». La réflexion que je me suis faite c’est « ok, bon, finalement, je vais peut-être avoir 10 événements par an, est-ce que c’était plus intéressant de monter ma propre instance, ou est-ce que ça aurait été plus intéressant juste de me créer un compte sur une instance plus grosse, comme Mobilizon.fr, et de mettre mes événements dessus ». Je ne sais pas ce que tu en penses ?

Quand créer son instance ou juste un compte sur une instance existante ?

Alexandra : alors, il y a deux choses dans ce que tu dis. D’abord, c’est vrai que ce n’est pas forcément intuitif de se dire « je veux que les événements de mon instance remontent sur Mobilizon.fr ». Ce n’est pas facilité par le système de demander à être suivi. Mais ça correspond quand même à ce que veulent pas mal de gens, je pense. Donc ça, c’est peut-être quelque chose qu’il faudrait qu’on développe. On a juste plus d’idées de développement que de financement aujourd’hui, et de bande passante. Mais clairement, là, c’est ce dont tu as besoin. Parce qu’inversement, avoir tous les événements de Mobilizon sur ta plateforme, ça risque peut-être un peu de noyer le poisson, de ne pas avoir de ligne claire. Donc, voilà, une fonctionnalité peut-être qui manque.

Aujourd’hui, si tu veux que quelqu’un te suive, il faut aller dans le About de l’instance, À propos, voir quel est le mail de contact et leur dire « Est-ce que vous pouvez suivre mon instance ? » Que l’administrateur aille dans son instance, rentre l’URL de votre instance et fasse demande de suivi. Et vous, vous aurez à accepter. Donc, il y a peut-être un flux qui est à améliorer là-dessus.

Ensuite, créer un groupe ou créer une instance, c’est une bonne question. J’entends beaucoup de gens qui veulent créer leur instance dans des cas où potentiellement un groupe, c’est suffisant, ça va rendre le même service. Si tu as une instance avec du contenu, un groupe et que tu demandes à Mobilizon.fr de te suivre, ça peut rendre le même service qu’un groupe sur Mobilizon. C’est juste plus compliqué à mettre en œuvre. Donc, effectivement, si tu peux obtenir le même résultat juste en créant un groupe ailleurs, si le besoin, c’est ça, c’est d’avoir une source d’informations avec des événements qui sont cohérents entre eux, créer un groupe sur une instance existante, ça peut être très, très bien aussi.

Alexandra

Walid : j’ai trouvé ça pas si simple que ça, parce qu’au départ, c’est rigolo de créer son instance. Mais en fait, finalement, c’est intéressant si t’as beaucoup de gens, enfin, si t’as pas mal d’événements. Dans mon cas, finalement, ça va être assez anecdotique. Et c’est avoir sorti un peu la grosse artillerie pour rien. C’était un peu la conclusion à laquelle j’en suis arrivé.

Alexandra : moi, j’encourage ceux qui veulent publier des événements et avoir un peu de visibilité quand même. Toi, les événements que tu postes, tu veux peut-être qu’ils soient liés à toi, à ton groupe, à deux, trois admins. Effectivement, là, créer un groupe sur une instance existante et créer des événements avec ce groupe comme organisateur, c’est plus simple que de créer une instance. Il ne faut pas hésiter à le faire. Je pense que créer une instance, c’est bien à partir du moment où il va y avoir peut-être des dizaines d’utilisateurs et au moins trois groupes distincts, si vraiment il y a un territoire, des groupes locaux distincts. Là, on peut se poser la question de créer une instance, mais si ce n’est pas le cas, ce n’est vraiment pas obligatoire.

Ce qui a été fait depuis la reprise et ce qui reste à faire

Walid : ok, très bien. Je voulais qu’on parle assez rapidement de… où est-ce que vous en êtes sur Mobilizon aujourd’hui par rapport à tout ce que vous voulez faire ? Qu’est-ce que vous avez fait et qu’est-ce qu’il vous reste à faire par rapport à ce que vous voulez faire ? De manière assez globale, pas forcément fonctionnalité par fonctionnalité, bien entendu.

Alexandra : cette année-là où on a repris, c’était quand même une année de transition où on a principalement upstreamé. Ce n’était vraiment pas une page blanche. Là, on est quand même assez contents parce qu’on a deux super développeurs, Guillaume et Laurent. Donc, eux, ils sont financés à temps partiel par les financements de NLnet. Au début, on en avait un troisième, mais qui s’est maintenant tourné vers l’enseignement. Mais j’en profite pour faire un coup à Paul. Et on a vraiment énormément de choses à faire. Je pense que si on avait plus de financements ou si on a des financements sur les cinq ans à venir, on sait quoi faire.

Je peux reprendre le plan projet qu’on a validé, mais de tête, on a au moins l’interopérabilité qu’on voudrait améliorer, un peu ce dont on parlait avec le Fediverse. On a aussi un outil qui est externe à Mobilizon, mais qui est assez génial et qui mérite d’être vraiment amélioré, qui est Mobilizon Import Tool. Donc, on peut l’alimenter avec un flux ICS et ça crée automatiquement sur Mobilizon les événements qui viennent d’une autre source. Donc, on voudrait pouvoir plugger (connecter) d’autres sources. Voilà, fédération sélective, interopérabilité.

Il y a clairement beaucoup de travail à faire sur l’UX, qui est un sujet en soi. Et après, il y a une liste très longue de fonctionnalités qu’on aimerait implémenter : une qu’on a commencé à toucher et qui nous emballe pas mal, ce sont les newsletters automatiques. Donc ça, ça se fait via un outil tiers, mais l’idée, c’est que ce soit très facile à implémenter par l’admin de l’instance. Donc, ça a du sens. Alors nous, sur Keskonfai, on ne le fera pas parce qu’on ne va pas balancer les événements de la France entière par mail aux gens, mais par exemple, Le Kalepin, qui a le territoire des Monts du Lyonnais. L’idée, c’est que sans effort de la part de l’admin de l’instance, les gens puissent s’inscrire à une newsletter, et qu’ils reçoivent, par exemple, tous les mercredis, les événements à venir pour les deux semaines. Ça risque d’être assez sympa. Et après, il y a une grande liste. On avait notamment le fait de faire des applications, donc Apple, Android. C’est clairement utile, mais ce n’est pas clair qu’on va le faire parce que c’est quand même un gros morceau. On sait qu’on ne pourra pas faire tout ce qu’on veut cette année. D’ailleurs, ce document, je vais trouver un moyen de le partager. Il y a des parties techniques sur les tests et sur l’accessibilité qu’on a aussi mis au plan projet.

Walid : et là, par exemple, tu parlais de la partie interface UX. L’idée, c’est de travailler avec un designer ou une designeuse dessus ? Ou par exemple, c’est toi qui vas t’en charger ? Tu as une idée déjà ?

Alexandra : alors, on a bénéficié d’une expertise de la part de NLnet. Donc, en plus de donner de l’argent pour le projet, ils mettent à disposition des ressources spécialisées. On a eu de l’aide au niveau de la sécurité et on a eu de l’aide sur l’UX. Donc, on a déjà au moins des préconisations. Après, au niveau compétences sur l’UX, c’est pas évident. C’est plus facile de dire ce qui ne va pas que de faire en sorte que ça aille bien. On a quelqu’un de la communauté qui est qualifié là-dessus et qui a spontanément proposé son aide. On va voir ce que ça donne. On peut aller avec ça. Bonjour Théo !

Je ne sais pas exactement comment ça va se passer. Mais après, on ne va peut-être pas tout remettre à plat comme idéalement on aimerait le faire, mais au moins faire des petites améliorations. Peut-être ce qui est le plus évident dans un premier temps.

Walid : ok, ça marche. Tu vois d’autres gros trucs ?

Alexandra : je vais faire une petite sélection.

Walid : ouais, les gros trucs, je sais que tu en avais dans la liste du FOSDEM, tu avais listé certains trucs, déjà.

Alexandra : on voudrait améliorer en gros le branding de l’instance, que les personnes qui créent leur instance puissent mieux, sur la page d’accueil, montrer qui ils sont, à quoi sert cette instance. Pour l’instant, c’est limité avec des petits textes et un logo, mais on voudrait pouvoir personnaliser plus la page d’accueil. Et notamment aussi rendre plus lisibles les aspects liés à la fédération. Donc, cette instance, qu’est-ce qu’elle suit comme autre instance, par exemple ? Quel est son contenu propre et ce qui vient de la fédération. On aimerait aussi permettre la fédération entre groupes. Aujourd’hui, une instance peut en suivre une autre, donc c’est gros en termes de fédération. Par contre, deux groupes ne peuvent pas dire « nous, on est des groupes amis », ne peuvent pas être liés entre eux. Et notamment, les événements sont organisés par un groupe, ils ne peuvent pas être mis en avant sur un autre groupe. Donc, on voudrait faire des ponts entre plusieurs groupes. Et aussi faire en sorte que les événements organisés par un groupe puissent apparaître au niveau des autres groupes. Par exemple, des co-organisations.

Walid : ah oui, c’est vraiment nécessaire.

Alexandra : quand je dis qu’on a plein de choses à faire, c’est pas une blague. Ensuite, permettre d’intégrer des événements de façon plus ou moins automatique qui viennent de sources externes. J’ai parlé un peu des ICS. Il y avait aussi un projet initié par Framasoft d’avoir une intégration Facebook qu’on aimerait bien pouvoir pousser jusqu’au bout.

Walid : des trucs, genre, Meetup, Eventbrite, des trucs comme ça.

Alexandra : voilà, exactement. Dès que c’est une source qui est structurée, théoriquement, on peut l’intégrer, mais en informatique, rien ne se fait sans rien. Je pense qu’on peut vraiment arriver à tout, mais il faut y mettre beaucoup d’énergie des fois.

Améliorer la modération. Donc, ça a été quand même un petit point noir. Aujourd’hui, on ne peut pas modérer les nouveaux comptes. Donc ça semble un besoin assez évident. Améliorer les critères de recherche. On aimerait pouvoir chercher par tag, par exemple. Chercher aussi ou mettre en évidence ce qui est les événements gratuits, entrées libres. Donc, structurer peut-être un petit peu mieux les événements. Avoir une carte. Il y avait eu quelque chose amorcé par Framasoft, mais qui n’était que sur PC, je crois. Donc, on est quand même mobile first. Voilà, donc une carte. Voir mettre des vidéos. Ça ne me semblait pas forcément essentiel au début, la vidéo. Moi, ce n’était pas vraiment un besoin que j’ai. Mais en fait, les gens qui animent des groupes, clairement, ils disent que c’est super important. Le chat. Donc pareil, moi, ce n’est pas quelque chose sur lequel j’avais vraiment envie d’investir du temps. Mais c’est quand même très demandé. Et la gestion des notifications aussi.

Walid : comment les gens demandent ?

Alexandra : pour les fonctionnalités, le forum, c’est vraiment pas mal. Parce que ça permet d’échanger. Après, il y a le Git, qui est peut-être un petit peu plus technique, mais je pense que pour susciter du feedback (des retours), s’aligner un peu au sein de la communauté, le forum, c’est pas mal. Ensuite, nous, on rencontre des utilisateurs. On est aussi nous-mêmes utilisateurs, donc on se fait des idées sur certaines choses. Et ce qu’on est en train de monter, c’est un groupe de représentants de la communauté. J’ai fait un appel sur le forum aux gens qui voulaient bien s’impliquer, peut-être un peu plus, qui peuvent servir de représentants. On va concrétiser ça à la rentrée, je pense. Donc, il y aura des représentants officiels qui pourront aider un peu à nous montrer à nous ce qui est le plus important. Ce n’est pas forcément évident. Parfois on fait le grand écart entre tout ce qui est important.

Sources de financement alternatives

Walid : je voudrais qu’on revienne sur la partie financement, parce que là, on a beaucoup parlé de NLnet. Et je me posais la question : vous avez monté une association, est-ce que vous allez, d’une manière ou d’une autre, ou est-ce que vous cherchez déjà des sources de financement alternatives ? Je pense à des dons ou autre chose, pour financer le développement ? Parce que NLnet, c’est bien, mais vu toutes les ambitions que vous avez, vous ne pourrez peut-être pas tout faire passer par NLnet.

Alexandra : oui, on n’a pas d’outil de don aujourd’hui. Je pense que ça fera aussi partie des choses qu’on va faire.

On ne va solliciter peut-être pas forcément les particuliers, mais au moins les gens qui ont leur propre instance et potentiellement qui ont, eux, des financements. Ce serait sympa qu’ils reversent à Mobilizon. Pour l’instant, ça ne se fait que via nous. Peut-être qu’on trouvera une organisation où on peut verser à Mobilizon et pas à Kaihuri. Mais on se dit que pour que le projet soit viable à long terme, il faudrait que les instances financent le logiciel, tout simplement. Il me semble que ça se fait dans le monde du libre. Et après, nous, là où on voit notre modèle économique, c’est d’offrir de l’hébergement à ceux qui en ont besoin.

Alexandra

Tu prenais l’exemple d’une fédération sportive. Si elles veulent un site Mobilizon, probablement, elles auront besoin de quelqu’un pour l’héberger. Et ça, ce n’est pas forcément des énormes sommes, mais potentiellement, il y a beaucoup de sites qui pourraient être des instances Mobilizon. Si on en a un certain nombre, on pourra continuer ce projet et l’amener là où on aimerait. Après, on peut aussi avoir des développements spécifiques de l’installation. On peut imaginer qu’un site aura besoin de plus que le standard et avoir des revenus sur les développements. Ça peut être des revenus pour Kaihuri, ça peut aussi être, s’il y a un écosystème, il peut y avoir pas mal d’acteurs.

La répartition des tâches au sein du projet Mobilizon

Walid : et c’est quoi la répartition des tâches entre Stéphane et toi ? Comment vous répartissez les tâches au sein de l’association et dans le développement de Mobilizon ?

Alexandra : moi, je ne touche absolument pas au code. Les développements aujourd’hui sont portés par Laurent et Guillaume. Stéphane fait le merge donc ça, c’est important. Il échange avec eux sur tous les points techniques. Après, c’est moi qui vais plutôt décider de ce qu’on fait. Donc, il va concrètement mettre les issues dans le backlog et les assigner. Tout ce qu’il y a d’administratif autour du projet et les tests aussi, pas mal des tests.

Et ce qu’on ne fait pas et que j’aimerais faire, moi, je vais prendre un congé création d’entreprise à partir d’avril 2026 pour faire toute la communication, faire connaître Mobilizon, de saisir les opportunités, chercher des financements, des partenariats aussi.

Alors, j’ai oublié de le mentionner, mais il y a une partie qui nous intéresse vraiment et qu’on va certainement faire sous forme de partenariat, c’est la gestion de la billetterie. Donc, clairement, c’est une fonctionnalité qui serait utile. On est en contact avec Tibillet, on ne sait pas ce que ça va donner encore. Donc, voilà, il y a pas mal de choses qui demandent du temps, qui ne sont pas techniques. Donc, c’est plutôt chez moi que ça tombe.

Walid : oui, ok. J’ai vu passer les discussions avec Tibillet, effectivement. Super intéressant, c’est aussi pour ça que je voulais que tu viennes en parler. Parce que je trouve vraiment ça intéressant, le fait que tu as une entité qui fait un développement, à un moment, elle estime que ça ne l’intéresse plus, qu’elle pense qu’elle arrive au bout. Et puis, que le projet, il repart avec d’autres mainteneurs, peut-être une autre forme, avec d’autres ambitions. C’est ça qui est intéressant aussi. Ça passe de main en main avec des gens qui vont en prendre soin, qui vont l’améliorer. Et tout, c’est chouette.

Conclusion

On arrive sur la fin de l’entrevue et j’avais, en guise de conclusion, deux questions à te poser.

La première, c’est qu’est-ce que tu dirais à un utilisateur d’événements Facebook, Eventbrite, ou Meetup, pour présenter Mobilizon ? En quelques phrases, qu’est-ce que tu dirais ?

Alexandra : je pense que ça peut être utilisé en complément. Je ne dirais pas aujourd’hui lâcher tout, aller sur Mobilizon. Ce qui est pas mal, c’est qu’aujourd’hui, on peut se créer un groupe et publier les événements avec le groupe comme organisateur. Quand on fait ça, on a déjà une page web avec tous les événements listés sous forme d’agenda. En soi, c’est déjà assez sympa. On peut le mettre sur une carte de visite, on peut le flasher et quelqu’un aura une vision à jour de tous les événements à venir par une asso, par exemple.

Donc, sans forcément compter sur l’effet de réseau qui n’est pas le même que Facebook aujourd’hui, cela peut permettre, je ne sais pas, à un bar qui organise des trucs sympas, quelqu’un veut être tenu au courant. Donnez cette adresse-là, l’adresse de votre groupe, et ils pourront voir vos événements, vos activités. Et on peut — alors ce n’est pas forcément très utilisé — ça donne un flux ICS et un flux RSS du groupe. Et ça, c’est pas mal, parce que, voilà, flux ICS, on le met dans son agenda. Si on veut suivre ce que fait une salle, par exemple, c’est quand même super pratique.

Walid : c’est aussi intéressant pour les gens qui, comme moi, n’ont pas de compte Facebook et qui ne peuvent pas voir ce qui se passe puisque Internet n’est pas Facebook.

Alexandra : merci ! voilà !

Ça propose une alternative. Donc, pas forcément retirer les moyens aujourd’hui, qui sont un peu hégémoniques, mais le rajouter comme alternative, ça ne demande pas énormément de temps. On peut dupliquer les événements et juste changer un titre. Faire un lien vers la source principale de l’événement si vous les mettez sur Facebook. Mais au moins, ça permet à tout le monde de suivre, quelle que soit leur sensibilité IT, et effectivement à se désengager, petit à petit. Surtout quand c’est culturel, social, environnemental.

Alexandra

Des fois, ça sort un peu d’un système qui n’est pas forcément celui dans lequel on se reconnaît.

Walid : deuxième question, qu’est-ce que tu dirais à un utilisateur du Fediverse qui n’utilise pas Mobilizon ?

Alexandra : d’essayer. Si eux, ils organisent des événements, ils peuvent essayer. Et sinon, on peut aussi mettre des événements dont on a connaissance. On se dira « ce truc-là, ça a l’air sympa, je vais y aller, tiens, je le mets là, je partage le lien ». C’est vrai que les utilisateurs du Fediverse, ils sont assez ouverts en général, donc, essayez.

Walid : et ça, c’est quelque chose, en relisant la question, c’est quelque chose qui est à la fois intéressant et à la fois pose des questions organisationnelles. Moi-même, ça m’arrive d’ajouter des événements qui ne sont pas les miens, qui sont publiés ailleurs. Tu peux le faire sans avoir besoin de demander l’accord des gens. Juste, tu peux les rajouter. C’est aussi un moyen de pouvoir montrer : regarde, j’ai fait ça, tu pourrais le faire aussi. Et nous mettre à disposition de nous, qui sommes sur le Fediverse, tes événements à moindre coût.

Alexandra : c’est vrai que si on veut encourager l’usage de Mobilizon, moi, ce que je fais avec mes salles locales, je le fais une fois pour eux, je leur montre et après, je leur dis : vous pouvez le faire vous-même. Parce qu’on ne passe pas notre temps à publier des choses qui concernent les autres, mais pour leur mettre le pied à l’étrier, ça peut être pas mal. Et pour l’instant, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui se plaignait qu’on leur fasse de la place.

Walid : oui, ça, c’est clair.

Alexandra : quand on publie un événement, c’est marqué qu’on est l’organisateur, et c’est aussi quelque chose qu’on va certainement modifier, de permettre de pouvoir afficher que c’est publié par.

Walid : oui, tout à fait.

Alexandra : ça dérange un peu.

Walid : on arrive à la fin. Je voudrais te laisser un traditionnel mot de la fin. Est-ce que tu veux faire passer un message aux auditrices et aux auditeurs du podcast Projets Libres, soit sur Mobilizon, soit pas sur Mobilizon ? C’est ton mot de la fin. Je te laisse la parole.

Alexandra : chouette. Un message aux administrateurs d’instances. Donc on a un annuaire collaboratif des instances, c’est super sympa si vous référencez la vôtre. Ça donne un peu de visibilité à la communauté, n’hésitez pas à le faire. Et également, on est dans un écosystème libre. Si vous développez des choses de votre côté, même si vous vous dites « c’est des petites choses, qu’elles ne sont peut-être pas d’une qualité qui est upstreamable », n’hésitez pas à pousser vos MR (Merge Requests). Toute MR a de la valeur en soi, ça nous donne un indice de ce dont vous avez besoin, de ce sur quoi vous travaillez. Donc, vraiment, vous ne vous censurez pas là-dessus. Déclarez vos instances et poussez vos MR. Et après, plus large, on va chercher concrètement des influenceurs de tous bords, pas forcément du logiciel libre, pour faire connaître Mobilizon quand on sera en ordre de marche. Là, je me dis que c’est peut-être encore un peu tôt, mais on aimerait communiquer au niveau national. Donc, s’il y a des gens qui ont un réseau et qui veulent faire quelque chose qui est juste à valeur ajoutée, humaine, ils peuvent aussi nous contacter. On en fera bon usage.

Walid : deux petites questions avant qu’on se quitte. La première, c’est que je m’aperçois que je ne t’ai même pas demandé en quel langage c’était écrit Mobilizon.

Alexandra : alors, il y a du Elixir et du Vue.js.

Walid : la deuxième chose, c’est, est-ce que tu peux donner le nom du site qui référence les instances de Mobilizon dont tu viens de parler à l’instant ?

Alexandra : c’est instances.joinmobilizon.org. Pour l’instant, ça marche. Ça va marcher au moins jusqu’à octobre.

Walid : ok. L’épisode sera sorti d’ici là. Alexandra, merci beaucoup d’être venue présenter Mobilizon. Je suis très content parce que je suis le projet depuis quelques temps déjà et j’ai fini par sauter le pas. Donc, merci beaucoup d’être venue. C’était un plaisir de pouvoir continuer à parler aussi du Fediverse sur le podcast. J’espère qu’on pourra se reparler pour faire la suite dans quelques temps, de où est-ce que vous en êtes avec les différents financements NLnet que vous avez eus.

Alexandra : avec plaisir, merci pour l’invitation.

Walid : pour les auditrices et auditeurs du podcast, je vous invite à aller regarder Mobilizon. Vous pouvez suivre agenda.projet-libre.org dans lequel vous allez tomber sur mon instance Mobilizon. Tant qu’elle est là — peut-être qu’un jour, je l’enlèverai pour finir par faire un groupe sur une instance plus grosse — mais pour l’instant, elle est là.

N’hésitez pas à poser vos questions, partager l’épisode, faire connaître Mobilizon. Voilà, si vous voulez en savoir plus, je vous mettrai des liens aussi, comme je disais, dans la transcription vers les épisodes avec Framasoft, où on en parle aussi. C’est intéressant parce qu’il y a leur point de vue à eux. Et à bientôt, pour de nouveaux épisodes. Merci à toutes et à tous.

Merci Alexandra, et à bientôt.

Pour aller plus loin

Production de l’épisode

  • Enregistrement à distance le 23 juin 2025
  • Trame : Walid Nouh
  • Montage : Walid Nouh
  • Transcription : Walid Nouh

Licence 

Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieur

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