Vignette de l'épisode sur l'impact de la réforme de la facturation électronique sur les ERP libres

[Actualités] Réforme de la facturation électronique en France et ERP libres

Facturation électronique et ERP libres

Walid : bienvenue à toutes et à tous pour ce nouvel épisode de Projets Libres ! Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui est arrivé par mon travail. On a commencé à parler en interne de la facturation électronique, vous allez voir que c’est un sujet qui est pas mal d’actualité, et je me suis dit que c’était intéressant de faire un épisode là-dessus, parce que je ne suis vraiment pas un spécialiste du domaine. Et donc, grâce à Laurent de Dolibarr et Dora de Akretion, aujourd’hui, j’ai avec moi trois personnes très impliquées dans tout ce processus. Autour de la facturation électronique et de son impact pour les outils libres, en particulier les ERP.

Donc, je suis ravi d’accueillir aujourd’hui trois personnes. D’abord, Philippe Scoffoni, qui est fondateur de Easya Solutions et membre de la communauté Dolibarr. Alexis de Lattre, qui est développeur Odoo chez Akretion et membre de l’OCA, l’Odoo Community Association. Et Alexandre Spangaro, qui est expert Dolibarr chez Inovea Conseil et comptable, et aussi membre de la communauté Dolibarr. Messieurs, bienvenue sur le podcast Projets Libres. Ça me fait plaisir de vous avoir.

Alexis : merci. Bonjour.

Philippe : merci, bonjour.

Présentation des invités

Walid : pour les auditrices et les auditeurs qui ne vous connaissent pas, je vais vous demander à tour de rôle de vous présenter succinctement et de nous expliquer qui vous êtes, dans quel projet vous êtes impliqué et pourquoi vous intervenez dans cet épisode. Commençons par Philippe, si tu veux bien te présenter, s’il te plaît.

Philippe : bonjour. Donc, Philippe Scoffoni, professionnellement je dirige une société qui met en place un logiciel de gestion d’entreprise basé sur l’ERP open source Dolibarr. On fait aussi un peu de collaboratif avec d’autres logiciels libres, un peu de reporting, de BI (informatique décisionnelle) avec du Metabase, etc.

J’ai une casquette de président d’une association qui s’appelle PLOSS-RA, qui est l’Association des professionnels du numérique libre en Auvergne-Rhône-Alpes. Et puis une casquette toute récente, qui est celle d’une association, on dira peut-être deux mots, qui est PDPLibre, dont j’ai la chance aussi d’être président. Et qui est en lien avec cette question de facturation électronique.

Walid : merci. Alexis, je te laisse la parole.

Alexis : oui, Alexis de Lattre, moi, j’ai commencé dans l’open source quand j’étais étudiant au sein du projet Videolan. Certaines personnes me connaissent aussi pour une documentation que j’avais écrite sur Debian. Bon, ça date, mais parfois, je croise encore des gens qui me disent « ah, mais je me souviens de toi à cette époque ». Je travaille sur Odoo depuis 2009. D’abord, en tant qu’utilisateur pour ma propre entreprise. J’avais choisi Odoo pour mon entreprise, et après, je suis passé de l’autre côté de la barrière. Je suis devenu intégrateur. Et donc, j’ai appris le développement sur Odoo et c’est ça que je fais aujourd’hui dans mon métier.

Et au sein de l’OCA, l’Odoo Community Association, je suis surtout contributeur actif sur la partie comptabilité, les à-côtés, la partie bancaire, facturation électronique, le sujet d’aujourd’hui, la partie douane, les spécificités françaises de la comptabilité. C’est ça qui m’occupe dans mes contributions. Odoo. Et puis, on pourra peut-être parler après de mes contributions plus spécifiques à la facturation électronique. Mais peut-être qu’on va finir le tour de table de présentation.

Walid : merci. Alexandre ?

Alexandre : moi, c’est un chemin un peu particulier. J’étais chef de mission après mes études. J’étais chef de mission pendant une dizaine d’années en cabinet d’expertise comptable. Je suis un vrai comptable avec un diplôme de comptabilité. Je n’ai rien à faire dans l’informatique, va-t-on dire. C’est ce qu’on appelle un hybride. Je touche un petit peu à tout. Je suis passionné d’informatique.

J’ai eu la chance d’intégrer le monde Dolibarr depuis très longtemps. J’étais à la recherche d’un logiciel pour un de mes clients qui n’avait pas trop de moyens : on ne va pas dire, je n’ai jamais dit que l’open source était gratuit ou quoi que ce soit, attention, je n’ai pas dit ça. Mais en attendant, j’ai cherché un logiciel, je suis tombé sur Dolibarr et je me suis pris de passion pour la communauté Dolibarr, qui m’a accueilli à bras ouverts.

Et un petit peu comme Alexis, aujourd’hui, maintenant, je suis chez un intégrateur qui s’appelle Inovea Conseil qui est spécialiste Dolibarr. Et maintenant, je m’occupe de la partie Comptabilité du logiciel. Je n’ai intégré pas tout seul, mais j’ai intégré une grosse partie des fonctionnalités de la comptabilité et je suis reconnu comme tel là-dessus. Je continue de m’occuper de la partie compta, essayer de la faire évoluer grâce à l’aide de toute la communauté Dolibarr et par moi-même. Je suis également trésorier de l’association Dolibarr et je suis également trésorier de la nouvelle Association PDPLibre, dont parlait Philippe il y a quelques minutes. Voilà.

Pourquoi la réforme et que contient-elle ?

Walid : on est bien entouré aujourd’hui. J’en profite pour dire que pour les auditrices et les auditeurs, qui voudraient en savoir plus, je vous invite à écouter l’épisode numéro 1 avec Laurent Destailleur sur l’histoire de Dolibarr et comment ça fonctionne. Et aussi l’épisode dont j’ai oublié le numéro avec Joël Grand-Guillaume sur l’OCA (Odoo Community Association), ce que c’est et d’où ça vient. Cela vous permettra d’en savoir plus sur ce qu’on vient d’évoquer.

Très bien, merci pour ces présentations. Et effectivement, on va reparler de tout ça. Pour commencer, la première chose dont il faut qu’on parle, c’est cette fameuse réforme de la facturation. Et la première question que je vais laisser, c’est quelqu’un répondre, c’est pourquoi il y a eu cette réforme et qu’est-ce qu’elle contient ?

Alexis : le point de départ de la réforme de la facturation électronique, c’est d’abord l’État qui cherche à mieux recouvrer la TVA. Il cherche à mieux contrôler la collecte et la déduction de TVA, puisque les entreprises collectent la TVA et déduisent la TVA sur leurs achats, mieux contrôler ce processus. La TVA, c’est de loin le premier impôt de l’État. Ce genre de réformes, d’ailleurs, je trouve que le mot contrôle transactionnel continu, parfois. Elle est désignée sous l’acronyme CTC, Contrôle Transactionnel Continu : c’est l’État qui contrôle les flux de TVA collectés, les flux de TVA déductibles.

Ces réformes ont déjà eu lieu dans des pays d’Europe du Sud, ou même aussi depuis plus longtemps, dans les pays d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud. C’est une réforme qui remonte progressivement. En Europe, c’est l’Italie qui a été le précurseur, qui a déjà mis ça en place. Voilà, la France qui suit, et puis d’autres pays aussi, qui s’y mettent progressivement. Et on voit ce mouvement qui remonte du sud vers le Nord, parce que les pays du Sud, qui historiquement avaient, peut-être plus de fraude à la TVA, s’ils sont mis plus tôt et les autres pays suivent le rythme.

Donc, c’est d’abord ça, le chemin. Alors, évidemment, ce n’est pas ça qui est trop mis en avant par l’État. Quand on l’écoute « il met en avant le gain d’efficacité dans les échanges inter-entreprises, le fait qu’il va pouvoir proposer des services de pré-remplissage de la déclaration de TVA, destination des petites entreprises, un peu comme le pré-remplissage de la déclaration de revenus. » ou des choses comme ça. Mais la vraie raison, c’est quand même de mieux recouvrer la TV.

Walid : à partir de quand on commence à discuter de cette réforme ?

Alexis : cette réforme, au tout début, à l’époque où elle était vraiment sous les radars, elle devait rentrer en vigueur en 2023. Mais ça, peu de gens en entendaient parler à l’époque. Et puis ensuite, il y a eu un premier report qui a donné un calendrier en trois étapes échelonnées entre 2024 et 2026. Ce calendrier a été en vigueur pendant assez longtemps, et là, la DGFiP était déjà bien en train de communiquer sur le sujet.

Et puis, à l’été 2023, juste après un remaniement ministériel, ils ont annoncé que ce calendrier était difficilement tenable parce que l’État avait commencé tardivement les développements logiciels, de son côté. En réalité, quand on voyait le moment où ils ont attribué le marché public de construction des briques logicielles du côté de l’État et le moment du démarrage des bêta-tests, il y avait moins de 18 mois entre les deux avec des énormes développements à réaliser du côté de l’État : ce n’était pas tenable.

Et donc, juste après le remaniement ministériel de juillet 2023, il y a eu l’annonce d’un report. Et on a connu le nouveau calendrier quelques mois plus tard, avec le calendrier actuel, qui est un démarrage en septembre 2026. Avec une généralisation de cette réforme, en septembre 2027. Donc, un calendrier étalé sur un an, avec seulement deux étapes, alors qu’il y en avait trois dans le calendrier précédent. Et donc, voilà, les deux grandes échéances, c’est aujourd’hui, septembre 2026, septembre 2027.

Alexis de Lattre

Walid : cette réforme, qu’est-ce qu’elle va impliquer pour les entreprises, Alexandre ?

Alexandre : elle va impliquer surtout à toutes les sociétés, toutes les entreprises. Vous me corrigerez, j’allais dire toutes les entreprises qui doivent répondre à la TVA. Je n’ai plus le terme en tête.

Alexis : assujetties à la TVA.

Alexandre : assujetties à la TVA, merci, beaucoup. Donc, les auto-entrepreneurs, les micro-entreprises chez nous, en France, en tout cas, vont être également touchées, particulièrement, je dirais, pour celles qui dépassent peut-être certains seuils. Il faudrait juste me corriger là-dessus.

Alexis : alors, là, je vais te corriger là-dessus. Les auto-entrepreneurs, certes, ils sont en dessous du seuil. Ils ne facturent pas la TVA, ils ne la déduisent pas non plus.

Alexandre : mais ce n’est pas une exonération vis-à-vis de la loi, je crois.

Alexis : c’est ça. En fait, ils sont quand même considérés comme des assujettis, mais avec un régime d’exception. Mais ils sont quand même dans la définition des assujettis à la TVA. Et donc, ils sont pleinement concernés par cette réforme. Ils sont dans la réforme alors qu’ils ne facturent pas la TVA. Donc ça, c’est une petite subtilité.

Alexandre : c’est bien, ça, merci beaucoup, Alexis.

Du coup, toutes les sociétés, enfin, tous les types d’entreprises, quasiment en France, vont être touchées par cette réforme. Ça va consister à se munir d’un logiciel, parce que je connais encore des sociétés qui sont capables de faire des factures. Sur Canva, Paint, Word et Excel. Désolé, même sur LibreOffice ou quoi que ce soit, peu importe. En fait, toutes ces sociétés-là vont être obligées de se munir d’un logiciel, ou du moins d’un logiciel de facturation, qui soit en SaaS (Software as a Service), qui soit installé sur les ordis. Mais il faudra que, forcément, ce soit connecté à un prestataire, à un partenaire de dématérialisation, dans une plateforme de dématérialisation partenaire, ce qu’on appelle un PDP.

Alexis Spangaro

Et donc, cette réforme va imposer de connecter pour envoyer les factures. Pour l’instant, on parle uniquement en premier lieu des factures B2B, entre professionnels, ce qu’on appelle le e-invoicing en premier lieu. Et ensuite, il y aura une seconde phase pour laquelle on a très peu d’informations, le e-reporting. Elle n’est à mon sens pas encore calé au niveau de la réforme aujourd’hui. Alors, on en parle, mais on n’a pas d’informations plus que ça au niveau du format. Alexis, je te vois opiner de la tête.

Le but après, ça va être d’envoyer les factures via ces plateformes sans passer par email, tout simplement. Désormais, on passera par ces plateformes-là qui se chargeront d’envoyer au client final, au professionnel, client final : ça lui enverra la facture. Il pourra soit la récupérer sur la plateforme avec laquelle il a contracté, soit il pourra prendre cette facture et s’il y a des services additionnels ou si le logiciel qui reçoit le permet, il pourra peut-être intégrer automatiquement cette facture.

Pour le e-reporting, ça va consister à remonter tous les x jours des informations sur les ventes pour les clients particuliers. On ne va pas dire les professionnels, mais les particuliers. Et donc, ça permettra d’envoyer un récap. On n’enverra pas le détail des factures, on enverra un récap. C’est juste là où pour l’instant, je trouve qu’on a peu d’informations sur le format final. On ne sait pas ce qu’on va devoir envoyer. Cela arrivera en second plan.

Alexis : en tout cas, effectivement,

Il y a vraiment ces deux composantes dans la réforme, le e-invoicing, donc la facturation électronique en B2B. Ce sont les choses dont on parle le plus, ce qui est le plus compréhensible et sur lequel on a une obligation. Mais il y a aussi des gains de productivité liés au fait qu’on va recevoir des factures structurées, par un canal unique, alors qu’aujourd’hui, concrètement, nos factures fournisseurs, on perd de plus en plus de temps à les chercher sur les différents portails des différents fournisseurs. On va se connecter sur le portail EDF pour récupérer sa facture d’électricité, sur le portail de son fournisseur d’accès Internet, de son portail de son fournisseur de téléphone mobile… enfin on passe le temps à aller chercher dans ces différents portails nos factures fournisseurs. Là, elles vont toutes arriver à un endroit unique, c’est-à-dire auprès de son PDP, sa plateforme de dématérialisation partenaire. Elles vont arriver, pas seulement sous une forme de ce que j’appelle un PDF bête, c’est-à-dire un PDF simple, sans rien, mais elles vont arriver sous une forme structurée, c’est-à-dire sous la forme d’un fichier XML ou d’un fichier PDF avec un XML à l’intérieur. Et c’est ce fichier XML que l’on va pouvoir exploiter pour lire la facture de façon 100 % fiable, sans recourir à des systèmes de reconnaissance de caractère.

Alexis de Lattre

Donc ça, c’est cette partie facturation électronique qui est généralement ce que les gens retiennent de la réforme. Et puis la partie cachée de l’iceberg, c’est le e-reporting. Ça, c’est la partie casse-pieds. Et dans le e-reporting, c’est non seulement de remonter à l’administration fiscale les ventes les ventes B2C qui ne donnent pas lieu à émission de factures par son PDP, mais il y a beaucoup plus que ça dans le e-reporting : on doit aussi remonter les informations de paiement des factures en TVA sur encaissement et les informations de cycle de vie des factures.

L’idée c’est de partager entre clients et fournisseurs des informations sur l’avancement du traitement de la facture, de dire « oui, c’est bon, je l’ai bien reçu, je l’ai bien reçu dans ma comptabilité, je l’ai approuvé, je l’ai mis en paiement, j’ai reçu l’argent, j’ai effectivement été réglé ». Et de partager ces statuts de facture entre clients et fournisseurs. Il y a des statuts qui sont facultatifs et des statuts qui sont obligatoires, notamment remonter les informations de paiement sur les factures en TVA sur encaissement c’est obligatoire.

Et dans le e-reporting, il y a aussi remonter les opérations exonérées de TVA, par exemple, les ventes à l’export, les ventes en intracommunautaire envers des professionnels de l’Union européenne. On doit aussi remonter les acquisitions intracommunautaires. Donc, c’est assez lourd. On remonte beaucoup de choses. En fait, on remonte toutes les informations dont l’administration a besoin pour pré-remplir la déclaration de TVA. Et comme il y a beaucoup de choses sur la déclaration de TVA, on doit remonter pas mal de choses en e-reporting.

Alexandre :

c’est sûr que cette réforme va permettre d’accentuer les contrôles normalement sur les délais de règlement également. C’est la fameuse loi LME de 2008 qui disait que si on paye au-delà d’un certain temps, il y a des amendes, il y a des intérêts. Il y avait des amendes pour les mauvais payeurs, mais ça nécessitait d’aller faire des contrôles sur place et de vérifier quand est-ce que ça avait été réellement réglé et autre. Là, ça pourrait être quasiment automatisé parce qu’on saura quand ça a été réglé quand ça passe par les plateformes.

Alexis Spangaro

Walid : Philippe, est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

Philippe : il va falloir réfléchir aussi au comment s’organisent les choses parce qu’aujourd’hui, on a parfois des tenues comptables ou des modes de gestion d’entreprise qui sont hybrides, c’est-à-dire qu’il y a une partie, par exemple, les ventes, les facturations de vente qui sont émises par le logiciel de gestion d’entreprise.

Et puis, c’est le cabinet comptable qui se charge des achats. Il va falloir se poser des questions d’organisation et on va peut-être se retrouver à devoir gérer plusieurs PDP pour une même entreprise : un PDP pour envoyer ses factures, parce que je le fais depuis mon logiciel de gestion, et le comptable va dire « oui, mais pour recevoir les factures, comme c’est, c’est moi qui les saisissais jusqu’à présent. Vous allez devoir vous inscrire sur ce PDP ». Et puis, effectivement qui signale les paiements ? C’est le cabinet comptable qui fait le rapprochement bancaire.

Donc, il va y avoir un petit peu des questions comme ça aussi, autour de la réforme. Je pense qu’ils vont imposer une réflexion sur l’organisation des relations entre l’entreprise et son cabinet comptable. Quand on ne tient pas toute la comptabilité intégrale dans son propre logiciel de gestion. Ce qui est quand même, dans les grosses entreprises, c’est le cas. Pour les TPE, PME, c’est parfois un peu plus éclaté en termes de rôle. Là, il y a aussi quelque chose qu’il va falloir intégrer.

C’est encore une fois une perte sur ses données

Walid : pour finir sur ce sujet dans la trame, il y a une ligne qui dit « c’est encore une fois une perte de contrôle sur ces données ». Est-ce que tu peux expliquer ce que ça veut dire, s’il te plaît ?

Philippe : perte de contrôle de données au sens où, jusqu’à présent, on avait un logiciel de gestion. On générait ses factures, ses achats. Et toutes ces données-là étaient potentiellement stockées dans son logiciel, dans sa base de données, qu’on pouvait avoir sur ses propres serveurs, etc. Donc, on avait une forme de maîtrise ou de contrôle de ce que font nos données. Demain, avec la réforme, je vais devoir effectivement transmettre toutes ces données à des tiers.

Alors, dans la réforme initiale, ce qu’on n’a peut-être pas dit, mais on devait quand même avoir un portail public de facturation (PPF), c’est-à-dire qu’on devait être en mesure de déposer et de recevoir toutes ces factures en dialoguant directement avec l’État que l’on peut considérer comme un tiers de confiance pour l’envoi de nos données. Mais là, on va se retrouver dans une situation où, potentiellement, on envoie tous nos achats, toutes nos ventes à des tiers. Alors, bien entendu, le contrat actuellement, ils seront tenus de ne rien en faire. J’ose espérer que ce sera bien écrit dans les contrats. On n’en a pas encore vu de contrat, mais ça va commencer. Et que cet aspect-là sera relativement clair. Mais je peux être chez le même PDP que mon concurrent. Et je ne sais pas, ça veut dire que peut-être que le PDP, il peut voir à quel prix j’achète chez mes fournisseurs versus mon concurrent. On peut imaginer tout un tas de trucs. Et puis, après, derrière, il y a des problématiques de sécurité. Quid si un jour, il y a une faille de sécu chez un PDP ?

Philippe Scoffoni

Certes, ça va être des flux de factures, mais certains vont faire de l’archivage, du stockage. Qu’est-ce qui se passerait si quelqu’un pouvait mettre un mouchard et écouter toutes les factures qui rentrent, qui sortent c’est quand même une masse d’informations. Il y a certaines professions, je crois que c’est encore en discussion dans les groupes AFNOR ou autres, type, avocat ou autre, qui clairement, disent « attendez, nous on a du secret professionnel à protéger, on voudrait soit être exclus, soit qu’il y ait des conditions particulières pour nous ».

Qu’est-ce qu’un ERP Open Source et ses avantages sur les outils propriétaires ?

Walid : ok, je vous propose qu’on n’aille pas forcément plus loin sur cette partie de présentation. Dans une deuxième partie, peut-être pour les gens qui ne sont pas familiers avec les ERP libres et le monde open source. Autour de ces sujets-là, est-ce que quelqu’un voudrait présenter assez brièvement ce que c’est qu’un ERP open source. Et quels sont les avantages par rapport à d’autres outils propriétaires ?

Philippe : le logiciel libre, c’est la maîtrise de son informatique, c’est être en mesure de savoir ce qui s’y passe, de pouvoir intervenir dessus de la façon la plus simple possible, soit même directement, soit avec l’aide de prestataires qui en ont la compétence. Donc, c’est quelque part maîtriser son outil informatique. Et là, on parle du logiciel de gestion d’entreprise, le logiciel dans lequel on va venir mettre toutes les données de l’entreprise, toutes les informations de l’entreprise. Et ça, c’est une grosse partie, souvent de la valeur d’une entreprise, d’une activité, d’une structure, quelle qu’elle soit, coopérative, associative, quelque soit son statut juridique.

J’ai envie de dire que c’est important qu’on puisse s’appuyer sur un ERP Open Source : c’est un ERP dont on peut accéder au code source, c’est-à-dire qu’on est en capacité de lire le code source, de le modifier, de le faire évoluer, de le repartager, etc. On a un accès libre à tout ça, on va pouvoir plus facilement l’adapter à son besoin. C’est beaucoup plus difficile de faire évoluer un logiciel, dit propriétaire, avec un éditeur qui a une roadmap (feuille de route), avec des échéances fixées, rigides, et où ça va être très compliqué d’influer sur certaines fonctionnalités de l’outil.

Avec l’open source, je ne dis pas que c’est forcément beaucoup plus simple, mais en tout cas, c’est beaucoup plus ouvert et beaucoup plus possible. Et puis, les logiciels libres, les ERP open source, sont souvent by design (dès leur conception) évolutifs, faciles à compléter, donc conçus pour être augmentés potentiellement. On parle beaucoup de souveraineté, souveraineté, c’est avoir le contrôle de ces outils. Les ERP open source, ça le permet, versus effectivement un outil, une plateforme en ligne où, le jour où elle s’arrête, il faut échanger ses conditions tarifaires. Ou on nous la débranche, mais on perd tout.

Les problématiques particulières des outils communautaires avec cette réforme

Walid : on va prendre Dolibarr et Odoo parce que les personnes autour de la table sur ces sujets que vous travaillez, est-ce qu’il y a des défis particuliers de travailler avec des outils open source sur toutes ces problématiques réglementaires ? Si on prend le cas, par exemple d’Odoo à travers l’OCA, Alexis, est-ce qu’il y a des problématiques particulières de travailler avec un Odoo, avec de l’OCA, par exemple ?

Alexis : je pense que la difficulté, c’est qu’on ait des communautés de geeks qui aiment bien écrire du code et faire des trucs sympas au niveau du code. Et puis là, il faut se plonger dans des articles de loi, dans des spécifications très fonctionnelles, éditées par l’administration fiscale ou dans des domaines qui, historiquement, ne sont pas nos domaines d’expertise.

On vient du logiciel libre, qui avait des grosses parts de marché sur les systèmes d’exploitation des serveurs, les serveurs de messagerie, des choses comme ça, puis maintenant, on est dans le monde des logiciels de gestion, et puis on va jusqu’à la partie fiscalité. Et on va toujours plus loin, on repousse la frontière du logiciel libre, toujours plus loin. Donc, il faut trouver des gens qui acceptent de se plonger dans les spécifications de ces impératifs fiscaux, de ces changements réglementaires, de suivre, parce que ça bouge.

Et puis cette réforme l’a montré, parce qu’on a eu vraiment beaucoup de revirements et beaucoup de rebondissements imprévus. Donc on n’est peut-être pas au bout de nos peines, parce que c’est pas impossible qu’il y en ait d’autres. Donc il faut qu’il y ait des gens dans des communautés plutôt passionnées de code et de geekerie, qui se plongent dans des spécifications fiscales, et comprennent quelque chose à tout ça. Je pense que c’est ça l’enjeu. Après, quand on arrive à trouver des gens qui se plongent là-dedans, ça permet de toujours repousser plus loin la frontière du logiciel libre.

Alexis de Lattre

Qui travaille sur le sujet dans l’OCA et dans la communauté Dolibarr ?

Walid : et typiquement, là, au niveau de l’OCA, il y a d’autres personnes à part toi qui travaillent sur ces sujets-là ?

Alexis : pour l’instant, je pense que je suis un peu tout seul, mais disons que je suis soutenu par d’autres personnes qui font mon soutien moral et psychologique. C’est vrai que, pour la France, c’est essentiellement moi, mais dans les autres pays, il y a les mêmes problématiques. Et donc, dans l’OCA, il y a des communautés qui implémentent les spécifications pour l’Espagne, pour la Belgique, etc. Donc, c’est répliqué à l’échelle de chaque pays. Après, je ne suis pas tout seul, non plus. Il y a d’autres gens dans la communauté française qui s’intéressent aussi à ces sujets-là, même si c’est quand même souvent moi qui suis de très près à ces sujets-là.

Walid : et côté Dolibarr, Alexandre ?

Alexandre : du côté, Dolibarr, c’est un petit peu différent. J’ai l’impression qu’on a des DevCamps tous les six mois qui permettent de valider les nouvelles versions.

Là, par exemple, on était au Devcamp de Valence, avec Philippe, on a commencé à alerter au Devcamp de Bordeaux, je crois. On a mis ça en avant en disant qu’il fallait qu’on travaille sur le sujet. Parce qu’on en discute entre nous, mais il faut vraiment que ce soit un sujet commun. La problématique que je dirais par rapport à l’OCA, c’est qu’on a l’impression que c’est peut-être que la communauté française qui en discute. Alors que Dolibarr est international, on va dire. Pour l’instant, on a peu d’échos des autres communautés parce que la plus grosse communauté sur Dolibarr reste la communauté française. Avec l’arrivée au 1er janvier 2026 pour la Belgique, de la facture électronique, on voit par exemple qu’il y a des mouvements sur le Dolistore, c’est notre Marketplace (place de marché) pour Dolibarr.

Alexandre Spangaro

Et sur le Dolistore on voit apparaître des modules pour le réseau Peppol, dont on parlera un tout petit peu plus tard, qui vont être des autres méthodes de communication. Parce que la facture électronique arrive dans l’Europe, vraiment un peu partout dans l’Europe. Pour l’instant, nous, on a l’impression de se concentrer vraiment sur la communauté française. Moi, je veux bien aider les autres communautés, mais c’est déjà assez compliqué avec la France. Donc il faudrait effectivement que peut-être d’autres groupes se constituent, c’est là toute la difficulté. Et pour qu’un groupe se constitue, il faut des gens motivé, et c’est toute la difficulté.

Philippe : on met en place ce qu’on appelle des groupements d’intérêts financiers et fonctionnels (GIFF). Il y a le mot financier dedans, parce qu’effectivement, c’est du temps, tout ça, qu’il faut essayer de financer. Donc ces groupements, aujourd’hui, sont composés d’intégrateurs. C’est le modèle qu’on a trouvé aujourd’hui dans la communauté Dolibarr. On crée des groupes de travail sur des thématiques, facturation électronique, l’UI, l’UX, etc.

On a eu la facture de situation, qui était un peu le premier bêta-testeur, le POC (Proof of concept) de ce concept, qui a validé quelque part le concept et le fonctionnement de notre communauté. Voilà, donc ce sont les intégrateurs qui se réunissent, qui mettent des sous sur la table pour développer une fonction et la facturation électronique. En tout cas, côté Dolibarr, c’est le modèle, pour l’instant, mis en place avec un groupe de travail qui bosse sur les specs. Et voilà, on va commencer à produire un peu de code, normalement, d’ici la rentrée.

Philippe Scoffoni

Alexandre : voilà, c’est ça.

Walid : on a présenté dans les grandes lignes la réforme et pourquoi elle est mise en place, mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement pour Dolibarr et pour l’Odoo Community. Qu’est-ce que, dans le cas d’ Odoo, par exemple, ça change entre un Odoo édité par l’éditeur Odoo SA et l’OCA ?Quelles sont les problématiques qui sont spécifiques à ces outils communautaires qui seront, par exemple, différentes si on prend un Odoo Enterprise chez Odoo SA ? Alexis, est-ce que tu veux commencer ? Est-ce qu’il n’y en a peut-être pas en fait ?

Alexis : non, dans le monde Odoo ce qu’on a vu, notamment en Italie, l’Italie étant le pays européen qui a été le premier à avoir ce genre de réforme, que c’est l’éditeur qui implémente la réforme. De son côté, dans ses modules officiels, la communauté aussi fait son implémentation, indépendamment de celle de l’éditeur.

Du coup, on se retrouve avec le choix entre adopter l’implémentation communautaire de cette réforme ou l’implémentation faite par l’éditeur. Je vais rester neutre, chaque implémentation a ses avantages et ses inconvénients : souvent, en tout cas, c’est ce qui a été l’expérience en Italie, et c’est l’expérience que j’ai eue en France sur d’autres sujets, c’est que peut-être que la communauté va plus loin dans les détails, rentre plus en profondeur dans les scénarios un peu particuliers.

L’éditeur, quelquefois, va un peu moins profondément dans certains scénarios spécifiques. Alors, ça ne facilite pas le choix de l’utilisateur, qui peut être un peu désorienté avec le fait qu’il y ait deux implémentations, en prime concurrentes, on va dire alternatives, celle de l’éditeur, celle faite par l’OCA. Mais c’est aussi, finalement, la vie des communautés du logiciel libre, d’avoir parfois des implémentations concurrentes.

Bon, là, de toute façon, le calendrier est serré. On a des échéances. Nous, en tant que communauté, on ne peut pas non plus se permettre d’attendre que l’éditeur, même si, évidemment, il promet qu’il sera prêt en temps et en heure, mais moi, en tout cas, je ferai aussi l’implémentation dans l’OCA, quoi qu’il arrive. Et puis, après, les législateurs auront le choix entre choisir l’une ou l’autre. C’est comme ça que ça fonctionne, finalement.

Walid : côté Dolibarr, où là, il n’y a pas d’éditeur

Philippe : il n’y a pas d’éditeur, donc il n’y aura forcément qu’un seul module qui sera communautaire. Voilà, c’est un peu plus un peu plus simple, on sait qu’on est obligé d’y aller. Il n’y a personne qui viendra faire le boulot à notre place.

Alexandre : c’est toute la différence. Nous, on partira plutôt sur un module. Il n’y a pas d’entreprise, il n’y a pas d’éditeur qui s’occupe de ça. Donc, effectivement, le but est de créer le fameux GIfF dont parlait Philippe. La finalité de ce groupement va être de créer un module qui permettra, on va dire, d’être multi-PDP : il va permettre de se connecter aux différentes plateformes. Là, on attend juste que les PDP commencent à fournir leurs plateformes avec les API standardisées de l’AFNOR, qui ont été récemment publiées.

Les plateformes sont en train d’adapter leurs API avec ça. On attend de pouvoir s’y connecter et de jouer avec les fameuses sandbox (bacs à sable) pour qu’on puisse commencer à envoyer nos factures.

L’historique de la réforme

Alexis : peut-être que c’est le moment de revenir un petit peu sur ce qui s’est passé, parce qu’on n’a pas expliqué à nos auditeurs.

Walid : justement, je voulais revenir là-dessus, vas-y, je te laisse…

Alexis : donc, du coup, pour expliquer ce que vient de dire Alexandre et remettre en perspective : historiquement, dans cette réforme, il y avait la promesse de Bercy de dire « vous aurez le choix entre, soit vous raccorder à des PDP, donc ces prestataires privés, qui vont vous permettre d’échanger vos factures électroniques, donc à la fois émettre et recevoir, mais vous pourrez aussi vous connecter au Portail Public de Facturation, au PPF », un portail développé par Bercy, gratuit, par opposition aux PDP, privés et payants, pour vous acquitter de toutes vos obligations. A la fois en termes de facturation électronique, mais aussi de e-reporting.

Et donc, ça a été la promesse de l’État. Un des enjeux, c’était de montrer qu’on pouvait basculer dans cette réforme avec une plateforme gratuite proposée par Bercy. Bercy avait lancé des appels d’offres auprès de grandes sociétés françaises de développement pour développer cette brique logicielle. Et finalement, ils ont renoncé. En octobre 2024, ils ont annoncé l’abandon de ce portail public de facturation ouvert à toutes les entreprises françaises. Finalement, ils ne l’ont pas dit publiquement, mais ils ont acté l’échec de ce projet de développement logiciel. Il faut lire entre les lignes. Les communiqués de Bercy n’admettent pas ça publiquement. Et donc ils ont dit « vous serez obligés de passer par les PDP, donc les plateformes privées

Alexis de Lattre

On ne s’y attendait pas, c’était annoncé en octobre 2024. Et c’est la première fois qu’on a vu les syndicats de petites entreprises monter au créneau sur cette réforme. Finalement, c’était plutôt intéressant de voir qu’enfin, les syndicats d’entreprises s’intéressaient à cette réforme qui allait les impacter. Et on a vu tous les syndicats de petites entreprises protester sur le fait que, du coup, une réforme promise comme étant gratuite pour les entreprises allait finalement occasionner des abonnements à payer auprès de ces PDP. C’était un peu une rupture de la promesse initiale. Et donc, il y a eu cette vague de protestation.

Le réseau Peppol

Alors maintenant qu’on a un peu de recul, ce changement a aussi amené l’État qui, jusqu’à présent… en fait, il y a ce réseau… j’ai parlé un peu du réseau Peppol.

Peu de gens en ont probablement entendu parler parce qu’en France, jusqu’à présent, on snobait un petit peu ce réseau Peppol. Peppol, c’est-à-dire Pan-European Public Procurement Online. C’est une initiative lancée dans les années 2010 par la Commission européenne, qui avait, sur subvention publique, lancé la construction d’un réseau pour que les administrations publiques puissent recevoir les factures de la part des prestataires qui travaillent pour l’administration. Donc, au début, c’était un réseau d’échange, surtout orienté pour que les entreprises privées envoient leurs factures aux administrations publiques, au tout début. En tout cas, c’était l’objet des premières subventions européennes qui ont commencé à financer ce réseau.

Et puis, après cette phase initiale sur fond de la Commission européenne, il y a eu la création de la session OpenPeppol en 2012, si je ne dis pas de bêtises, qui constitue la gouvernance de ce réseau. Et avec vraiment, cette évolution, c’est pas juste les factures à destination des administrations publiques, mais c’est toutes les factures échangées entre entreprises qui peuvent passer sur le réseau Peppol.

C’est un réseau qui passe par Internet, avec des propres protocoles d’échange basés sur des protocoles existants, mais un réseau sécurisé avec une signature de la facture, signée par l’émetteur. Ça doit normalement éviter l’effet du spam qu’on a dans nos emails ou des choses comme ça,, le risque que ce soit transféré à des réseaux d’échange de factures.

Et donc, l’État français, qui, jusqu’à présent, a un peu snobé ce réseau Peppol, avec l’échec du développement du Portail Public de Facturation, a orienté tout le secteur vers l’adoption du réseau Peppol en disant : l »es prestataires privés, les PDP, s’échangeront les factures entre eux via ce réseau Peppol ». C’est ce qui a été acté au niveau de l’écosystème. Et c’est intéressant car ça évite de réinventer la roue : on adopte un réseau qui a fait ses preuves, qui est existant, qui est déjà pas mal utilisé, surtout en Europe du Nord, qui était un peu les premiers à adopter de façon relativement large le réseau Peppol. Voilà, donc éviter de réinventer la roue. Et puis, c’est l’ouverture à l’international car à partir du moment où les PDP se connectent et s’échangent des factures en trop via le réseau Peppol, c’est aussi la possibilité de dire : « si j’ai une facture à envoyer à un client, par exemple dans l’Union Européenne, dans l’hypothèse où l’entreprise destinatrice serait elle-même raccordée au réseau Peppol, de pouvoir l’envoyer via son PDP jusqu’au destinataire dans un autre pays ». Donc, ça ouvre une réforme qui, des franco-françaises, s’ouvre un petit peu sur l’international avec ce réseau.

Alexis de Lattre

Qui sont le PDPs ?

Walid : le PDP, c’est une plateforme, c’est une entreprise française ? C’est des entreprises existantes ?

Alexis : oui, c’est une entreprise… nouvelle, éventuellement, mais en tout cas, le PDP, c’est une entreprise.

Il y a aussi des prestataires étrangers qui se lancent dans le marché des PDP en France. Et donc, il faut voir la PDP finalement comme un point d’accès français au réseau Peppol avec une sorte de fonction mouchard qui envoie une copie de la facture au fisc. Voilà, il faut voir ça finalement. Moi, c’est comme ça que je décris un PDP. C’est un point d’accès au réseau Peppol avec cette fonction mouchard.

Alexis de Lattre

J’envoie une copie de la facture qu’on émit au fisc. Et ça permet au fisc de voir passer l’ensemble des factures dans les échanges. Inter-entreprises. Et c’est aussi via ce PDP qu’on enverra notre e-reporting, donc ces informations supplémentaires qu’on doit remonter quand on est en régime de TVA, normalement tous les dix jours. On doit envoyer ce e-reporting via son PDP pour qu’il l’envoie à l’administration fiscale. Et donc, c’est ça le rôle des PDP, émettre. Et servir aussi un peu de boîte de réception de nos factures fournisseurs.

Walid : Philippe ou Alexandre, est-ce que vous pouvez expliquer, on adhère à un PDP, est-ce que c’est un contrat différent ? Est-ce qu’il y a des prestations différentes ? Comment est-ce que ça se passe ? Ça va être intéressant pour la suite de la discussion, je pense.

Alexandre : bien sûr. Donc, première chose, je vais rajouter un acronyme, enfin, ce n’est même pas un acronyme, le PPF, quand il a disparu, a été remplacé, c’est un peu le mouchard dont parlait Alexis à l’instant. Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais l’État a tout de même un service qui devra mettre en place, qui est l’annuaire centralisé.

L’annuaire centralisé, ça va être que chaque entreprise va devoir se déclarer dans cet annuaire centralisé. L’annuaire est sorti courant juin de cette année. Donc, si vous devez recevoir, je pense, des mails d’éditeurs ou autre. Pour vous inciter à vous inscrire sur cet annuaire centralisé. En tout cas, cet annuaire centralisé, toutes les personnes qui sont couvertes par cette réforme, d’ici à juin 2026, devront…

Alexis : septembre 2026.

Alexandre : pardon, excuse-moi, septembre. D’ici à septembre 2026, devront faire une inscription. Alors, soit on passe par un logiciel, soit on passe par un… j’ai vu qu’ils allaient mettre en place un CERFA. Pour l’instant, je n’ai pas d’informations là-dessus et je ne pense pas que ça se passera comme ça. J’ai vu que les PDP, dans leur plateforme allaient s’occuper des statuts, enfin, allaient s’occuper des inscriptions à l’annuaire. Et donc chaque entreprise devra déclarer à quel PDP elle s’inscrit. C’est surtout ça à retenir.

L’annuaire centralisé est géré par l’État et chaque société devra choisir le PDP auquel elle s’inscrit. Elle n’a pas le droit d’être inscrite d’office par un PDP, ça, c’est important. Et donc, une fois qu’elle aura choisi, c’est par là, que passeront les transactions. Quand on enverra une facture, même quand on en recevra, on devra forcément passer par ce PDP là, parce qu’on l’aura déclaré auprès de l’annuaire centralisé. Après, ça n’empêche que ce qui a été prévu, c’est qu’on puisse changer de PDP. C’est important, on ne s’engage pas pour 25 ans.

Alexandre Spangaro

Mais ça veut dire qu’après, derrière, il y aura forcément des contractualisations. Il y aura des contrats avec un certain nombre d’envois, je pense, des quantités d’envois de factures qui seront mis en place. Et potentiellement, il y aura peut-être des périodes d’engagement. Ça, je ne peux pas le dire. Nous, on commence à voir apparaître sur les tarifs qui ont été proposés par certains PDP, on voit des périodes d’engagement qui ont été proposées.

Walid : juste pour te couper, un PDP, c’est quoi ? C’est une entreprise qui fait PDP ou par exemple, c’est un éditeur qui a ce service-là supplémentaire ça correspond à quoi ?

Alexandre : un PDP c’est un peu de tout Walid. C’est soit des nouveaux entrants, et on a possibilité de s’inscrire en tant que PDP.

Pour être PDP, il faut être SecNumCloud au niveau de l’infrastructure, il faut être SecNumCloud. Il faut être ISO 27001 si je ne me trompe pas. Une fois qu’on a ça, après, il faut mettre forcément une plateforme en place. Il faut se connecter, je ne sais plus tout exactement. Vous me corrigerez, messieurs, mais en tout cas, il y a une grosse infrastructure à mettre en place et ça coûte énormément d’argent. Donc, il y en a déjà qui se sont lancés là-dessus dans le but d’être financés. Mais ça reste des acteurs privés. Alors, je ne sais pas exactement combien ils sont aujourd’hui. On va dire une centaine.

Alexis : il y en a à peu près une centaine.

Alexandre : oui, c’est ça. Je ne sais pas s’ils les ont atteints, mais en tout cas, il y a une centaine de PDP qui sont aujourd’hui, on va dire, référencés, qui sont en cours d’immatriculation, enfin de validation, je vais le dire comme ça, parce qu’ils ont déjà fait une demande d’inscription. Et donc, ils vont être validés d’ici la fin de l’année 2025. Et donc, ils deviendront officiellement PDP. En attendant, ce sont des plateformes de dématérialisation de partenaires, le fameux PDP.

Pour ces plateformes, le but ça va être de faire passer un maximum de factures par eux, bien sûr, pour rentabiliser leur modèle, on s’en doute. Mais après, il y a des nouveaux acteurs et il y a des anciens acteurs qui s’adaptent. Il y a déjà des sociétés qui étaient spécialisées dans l’OCR et autres, qui ont décidé, bien sûr, de s’orienter là-dessus. Pour prendre un nouveau marché qui est en cours de création.

Alexis : il faut bien redire, je pense que les PDP, il faut être immatriculé par Bercy. Et donc, c’est Bercy qui publie la liste des PDP qu’elle a immatriculée. Il y en a qui sont en train de constituer leur dossier, qui vont être immatriculés dans les mois qui viennent.

Mais à la fin, quand même, le PDP, qu’on doit choisir, il doit être sur la liste officielle de Bercy. Et l’autre chose que je voulais dire, c’est parmi la centaine de PDP qu’il y a aujourd’hui, on trouve des acteurs historiques du monde de la facturation électronique, il y a des nouveaux acteurs, parfois des éditeurs, logiciels de logiciels de gestion, comme Sage ou comme Cegid, qui se disent « tiens, moi je vais me montrer ma propre PDP ». Donc, on peut supposer que leurs services de PDP sont réservés à leurs clients, qui utilisent leurs logiciels et qui ne vont pas ouvrir leurs services aux autres logiciels.

Il y a des PDP qui, au contraire, voilà se montent indépendamment de tout éditeur pour essayer de séduire un maximum d’éditeurs pour se raccorder à eux. On voit certaines grandes entreprises qui montent leur PDP, a priori uniquement pour leurs besoins propres, qui ne vont pas commercialiser leurs services.

On voit des entreprises du monde, de la facturation électronique, par exemple, des entreprises qui opéraient les réseaux Edifact, et qui se disent « moi je suis déjà au milieu des flux dans des industries automobiles, dans des industries de grande distribution où je vois passer des flux Edifact de commandes de factures. Je vais proposer à mes clients de garder ce réseau-là et moi, je vais envoyer la copie des factures au fisc dans le format attendu et faire les conversions de format pour pouvoir dialoguer avec toutes les entreprises françaises». Il y a différents acteurs.

Donc même s’il y a une centaine de PDP immatriculés aujourd’hui, les PDP qui proposent publiquement leur service à toutes les entreprises, cela représente un nombre plus restreint de quelques dizaines qui, vraiment, sont susceptibles de proposer leur service à n’importe quelle entreprise.

Walid : Alexandre, tu voulais compléter

Alexandre : c’est exactement ce que vient de dire Alexis. On en parlait, il y a des PDP qui ne proposeront pas leur service car c’est vraiment pour des besoins internes. Je pense notamment, on a vu dans la liste, le groupement Leclerc, je ne sais même pas s’il n’y a pas Lidl ou quelque chose comme ça. C’est vraiment pour des besoins internes. Il y a des PDP qui vont vendre leurs services et il y en a d’autres, on a eu des annonces comme quoi ça allait être gratuit, mais c’est des éditeurs, logiciels et en fait, ils vont proposer ça sur leur logiciel, à eux, tout simplement.

Walid : Odoo, elle ne va pas essayer d’être bien PDP ?

Alexis : c’est ce que Fabien Pinkears, le patron, le fondateur d’Odoo, a annoncé sur LinkedIn, dans une petite vidéo qu’il a envoyée, ou un petit message qu’il a envoyé sur LinkedIn il y a environ deux mois. De mémoire. Ils ont dit qu’ils allaient devenir eux-mêmes PDP et qu’en parallèle, s’ils n’étaient pas prêts à temps, ils travaillaient aussi avec des PDP existants pour passer peut-être au début ou en attendant d’être totalement prêts. Ils étudiaient toutes les opportunités, mais c’est ce que Fabien Pinkears a dit dans un message sur LinkedIn.

L’AFNOR et la normalisation des APIs

Moi, je voulais juste, peut-être rajouter un petit point qu’Alexandre a abordé. Avec l’abandon du portail public de facturation, toutes les entreprises vont choisir des PDP. Ça fait 4,5 millions d’entreprises françaises assujetties à la TVA qui doivent se choisir un PDP. Ça, c’est un des enjeux qui s’est sorti assez rapidement. Quand Bercy a renoncé à proposer le portail public de facturation, c’est de se dire « ok, « on a une jungle de PDP, une centaine de PDP qui nous sont proposées.

Si chaque PDP a sa propre API, nous, on va implémenter l’api d’un PDP, puis, le jour où on va en choisir un autre, il faut réimplémenter l’API. Et ce n’est pas juste une API, parce qu’en fait, il y a beaucoup, beaucoup d’échanges. Des requêtes pour consulter l’annuaire, les requêtes pour envoyer les factures, pour recevoir les factures, pour envoyer le reporting, pour envoyer les informations. Il y a beaucoup, beaucoup. Ce n’est pas juste un appel d’API ». On parle de beaucoup de requêtes différentes à envoyer pour beaucoup de choses différentes.

Si chaque PDP a sa propre API, le coût de changer de PDP va être élevé. Et quand le coût de changement de PDP est élevé, évidemment, la concurrence ne fonctionne pas très bien et donc les prix restent élevés. Par exemple, changer de banque pour une entreprise, même pour un particulier, mais on va parler des entreprises, forcément, on change d’IBAN. Il faut changer tous les prélèvements automatiques. C’est un boulot qui est assez rébarbatif. Et donc, c’est casse-pieds de changer de banque, donc on ne le fait pas très souvent. Et les prix restent élevés parce que les banques savent bien que c’est compliqué de changer de banque. Et c’est un message qui a été entendu par Bercy, qui a mobilisé l’écosystème avec ce travail fait en partenariat avec l’AFNOR pour proposer une API standardisée. Maintenant, on appelle ça l’API AFNOR. Il n’y a pas d’obligation réglementaire pour l’instant de la part des PDP d’implémenter l’API AFNOR, mais tous les PDP avec lesquels j’ai eu l’occasion de parler, m’ont promis qu’ils allaient implémenter l’API AFNOR. Et donc, c’est la promesse de, à priori, pouvoir changer et passer d’un PDP à l’autre relativement facilement grâce à cette standardisation des API des PDP. Donc ça, c’est une bonne nouvelle de ces derniers mois. C’est que ce projet d’API standard Afnor est sur de très bons rails. Et les spécifications étaient publiées il y a un ou deux mois.

Alexis de Lattre

Le financement des travaux sur la réforme

Walid : maintenant, il y a un sujet qui sera intéressant d’aborder. C’est tout ce travail que vous faites là. C’est du temps, c’est des discussions, ça coûte de l’argent. Comment est-ce que vous financez ce temps ? On peut commencer par Alexis. C’est toi, en tant que personne qui fait ça ? Est-ce que tu as de l’argent particulier pour travailler là-dessus ou est-ce que tu prends ton temps pour le faire ?

Alexis : je pense que c’est plusieurs mois de travail d’implémenter cette réforme. Ce ne sont pas des jours ou des semaines. Ça se compte en mois de travail pour implémenter la totalité, c’est-à-dire la partie e-invoicing, mais aussi e-reporting.

Walid : tu veux dire de développer et tester le module ?

Alexis : de développer et tester.

D’implémenter ce module dans l’OCA, je pense que ça se compte clairement en mois de travail. Il ne faut pas négliger le travail à réaliser. Et donc, pour ça, on n’a pas bouclé le financement, etc. Mais ce qu’on envisage, c’est à la fois des ressources de nous, d’Akretion, donc l’entreprise pour laquelle je travaille, qui vont être mises là-dessus, aidées par peut-être des financements de la part de nos propres clients, déjà qui sont évidemment tous concernés par ça et qui vont nous aider à financer ce travail. Et il se trouve que moi, depuis 4 ans maintenant, j’ai lancé une offre de service à destination de mes confrères intégrateurs français. Donc, j’ai une quinzaine d’intégrateurs qui ont souscrit cette offre de service.

Alexis de Lattre

En fait, comme je maintiens beaucoup de modules dans la location française dans toute cette partie comptabilité, historiquement, j’avais pas mal d’intégrateurs qui me faisaient travailler en me disant « ah tiens Alexis, il y a un de tes modules là dont j’ai besoin sur telle version, allez je te paye une ou deux journées pour que tu me portes le module sur la nouvelle version, j’en ai besoin pour un de mes clients, etc. ».

Donc, j’avais comme ça pas mal d’intégrateurs qui faisaient appel à moi. Sur des petites missions ponctuelles, surtout pour porter des modules ou ajouter des fonctionnalités sur un modèle existant, en me disant « c’est toi qui l’as développé, tu seras plus rapide que nous à le développer. ». Et donc, j’avais comme ça avec pas mal d’intégrateurs français qui me faisaient travailler. Je suis revenu voir ces intégrateurs-là en proposant un package que je leur fais payer chaque année. Alors évidemment, ils sont libres d’y souscrire ou pas, mais j’ai une quinzaine d’intégrateurs qui ont souscrit.

Et donc ça me donne un budget chaque année pour financer des développements : déjà,pour maintenir l’existant, parce qu’il y a un maintien d’existant avec Odoo, qui évolue très vite avec une nouvelle version qui sort chaque année. Ensuite il faut que tous ces modules soient disponibles sur les nouvelles versions, sous peine de mourir ou d’être mis sur le côté. Enfin l’année prochaine, le gros de ce budget va être dédié à ce gros chantier de réforme de la facture électronique.

Donc finalement, ce sont les intégrateurs qui financent : je pense aussi que dans le monde Dolibarr, ce sont aussi les intégrateurs qui financent avec de l’argent qui provient de leurs clients, directement ou indirectement. C’est comme ça que ça va se passer.

Walid : l’OCA n’a pas vocation à mettre de l’argent sur la table ?

Alexis : ça pourrait, l’OCA a des budgets pour financer un certain nombre de choses, mais là, on parle quand même de quelque chose de spécifique à la France, qui ne bénéficie pas du coup aux autres pays. Et donc, pour l’instant, l’OCA finance plutôt des projets qui bénéficient à l’ensemble de ses adhérents, donc à l’ensemble des pays.

Walid : côté Dolibarr, Philippe, est-ce que tu veux un peu expliquer comment vous êtes organisé ?

Philippe : c’est le système des groupements d’intérêts financiers fonctionnels dont je parlais tout à l’heure, qui revient effectivement à avoir aujourd’hui des intégrateurs.

Mais ça ne suffira pas, parce qu’effectivement, comme le dit Alexis, on ne parle pas de 10 jours de développement, on parle effectivement de plusieurs mois, donc d’un budget forcément conséquent. Donc, on fera probablement un bout de financement participatif, des choses comme ça, qu’on va monter pour effectivement amener les utilisateurs aussi de Dolibarr à venir contribuer financièrement au développement de l’outil. C’est un vrai challenge, encore une fois, et puis, on est avec la contrainte de dire que ça ne concerne que la France aussi.

Philippe Scoffoni

Donc voilà, même si, effectivement, il y a une grosse, grosse communauté française sur laquelle on peut s’appuyer, mais ça va être, je pense, du financement intégrateur, plus une contribution qu’on ira chercher, solliciter auprès de nos utilisateurs / clients.

Alexandre : moi, je voulais juste rajouter.

Un point qui n’a rien à voir avec ce podcast, qu’on pourrait d’ailleurs aborder dans un autre podcast. C’est la difficulté qu’on a, c’est qu’on a une autre réforme qui est tombée en même temps, la Loi de Finances 2025 et qui porte sur la certification des logiciels de caisse. Ça fait double travail, ça fait double financement à trouver, on va dire, et c’est ça qui complique énormément les choses.

Alexandre Spangaro

Alexis : ça, c’est clair que d’avoir ces deux échéances qui se percutent en termes de calendrier. C’est vraiment pas sympa, parce que c’est dans les deux cas ça fait des gros budgets, des grosses contraintes. Et donc, de la part du législateur, d’avoir fait tomber ça en même temps, ça, c’est vraiment pas sympa.

Walid : mais ça impacte tout le monde, pas forcément que les logiciels libres.

Alexis : oui, ça impacte, tout le monde, c’est sûr. Mais bon, les acteurs libres n’ont pas les mêmes moyens que des gros éditeurs propriétaires, pour qui les budgets de R&D se comptent en millions d’euros. Nous, ce n’est pas l’unité dans laquelle on compte nos budgets de R&D.

Philippe : pas encore.

Où en est-on du travail sur les modules ?

Walid : où est-ce que vous en êtes de vos différentes discussions ? Puisque là, ce que je comprends, c’est qu’il va falloir développer un module, certainement choisir un ou des PDP, avec qui, peut-être que vous discutez déjà. Où est-ce que vous en êtes de vos réflexions et du travail à l’heure actuelle ? On peut commencer par Dolibarr, où est-ce que vous en êtes ?

Alexandre : le DevCamp de Valence, qui avait lieu courant juin, a permis de valider les discussions qui sont en cours. On avait même un PDP qui était directement présent durant le DevCamp. Le premier avec qui on avait discuté, il y en a d’autres qui, potentiellement, commencent à communiquer sur les réseaux pour rassurer les utilisateurs : déjà de Dolibarr pour commencer, parce que ce que je disais tout à l’heure, vu que l’annuaire centralisé a ouvert au mois de juin, là, c’est au niveau communication, tous les PDP, tous les éditeurs de logiciels communiquent en disant « attention, attention, votre logiciel ne va plus être compatible ».

Ce que je souhaite dire, c’est NON. En tout cas, pour Dolibarr, on fera le nécessaire. On y sera dans les temps. C’est juste qu’il faut patienter et ne surtout pas s’inquiéter. Tout sera fait et il y aura des communications officielles qui seront lancées durant le quatrième trimestre 2025. Ça débordera probablement, bien sûr, sur le premier trimestre 2026. Mais en tout cas, on sera là et on sera dans les temps.

Ça, c’était la première chose que je voulais préciser. Mais ce qui a été fait, surtout pendant ce DevCamp, ça a permis d’expliquer comment on allait essayer de procéder. On a présenté les travaux du groupement. On était en attente, on a l’impression d’être passif, on se prépare. Mais vu qu’on n’avait pas encore accès au bac à sable des API standardisés de l’AFNOR, pour l’instant, on ne codait pas. Donc, on est vraiment dans l’expectatif en disant on va essayer que ça se passe comme ça. C’est toute la difficulté. Au final, ce qui a été fait, c’est que le groupement du côté Dolibarr va, dès la rentrée, se mettre à coder avec l’argent qu’on avait déjà réuni auparavant de par les nombreux intégrateurs Dolibarr et les Preferred Partners Dolibarr.

Alexandre Spangaro

Du coup, on va proposer un module que moi, personnellement, j’appelle Multi PDP. Et donc le but, c’est d’avoir un module spécialisé, maintenu par Dolibarr, en tout cas, là où se trouve l’ERP, mais ce sera un module qui sera indépendant, parce qu’on ne veut pas que ce soit un module qui soit raccroché dans le corps de Dolibarr. On doit pouvoir le mettre à jour assez rapidement, et donc, s’il y a vraiment une équipe de maintenance là-dessus, le but du module, c’est qu’il soit mis à jour assez rapidement s’il y a des changements, des trucs à adapter.

On ne veut pas qu’il y ait besoin de faire une mise à jour de Dolibarr à côté. Ça va vraiment être un module externe, sachant qu’on a une autre problématique, bien sûr, c’est que Dolibarr étant international, c’est un module qui ne concernera que la France, principalement. Dans un premier temps, on ne voulait pas le mettre dans le coeur et que ce soit proposé à tout le monde, parce qu’il n’y avait pas d’intérêt. Mais après, la principale difficulté, c’est au-delà du code, ça va être bien sûr de communiquer et d’être le plus clair possible devant l’agressivité de certains autres éditeurs de logiciels.

Même les experts comptables essayent déjà de se renseigner là-dessus, de pousser certains clients à s’enregistrer sur leur PDP. Parce que dans chaque cabinet, par exemple, il y a un éditeur forcément, qui est présent. En général, il n’y en a qu’un. Et donc, tous les éditeurs forcent, le milieu de l’expertise comptable, forcent à empiler un maximum de clients pour s’inscrire sur le PDP. Donc, voilà pour nous. Les discussions, en tout cas au niveau de la communauté Dolibarr, Philippe, si tu veux rajouter quelque chose, mais en tout cas, tout est en cours et ça va encore prendre un petit peu de temps. Et donc tout s’étalera sur le quatrième trimestre 2025, voire premier trimestre 2026.

Philippe : d’un point de vue, pratique, on a effectivement un premier PDP qui nous ouvre des accès à ces API normalisés. Voilà. Ça ne nous engage pas plus loin avec eux, ça nous permet de commencer à travailler. Ce n’est pas un choix arrêté pour l’instant. Le but, par contre, nous, ça va vraiment être qu’on ne travaillera que sur les API normalisées. On n’a pas prévu d’implémenter les API d’un PDP en particulier.

Alexandre : après le Dolistore étant notre marketplace de modules, peut-être que des PDP proposeront des modules pour eux. Là, on ne sait pas, c’est ouvert. On est dans le monde du libre. S’ils souhaitent proposer un module qui ne communique qu’avec leur service, ils pourront le faire. Mais nous, bien sûr, au niveau de la communauté Dolibarr, forcément, on mettra plus en avant les modules multi-connectés et surtout qui seront mis à jour constamment par la communauté.

Walid : et Alexis, du côté de l’OCA ? où est-ce que tu en es ?

Alexis : nous, on a, comme Dolibarr, déjà les briques de facturation électronique pour émettre et importer des factures au format Factur-X ou au format UBL: ce sont des choses qu’on a depuis longtemps. Dans le cas d’Odoo, on était même les tout premiers ERP à supporter la norme Factur-X quand elle est sortie en version bêta, en juillet 2017. On était vraiment précurseurs du format Factur-X, et donc on est à peu près dans le même tempo, c’est-à-dire qu’on attendait de pouvoir faire des choses complètement, avec un annuaire en production et des spécifications qui, maintenant, sont finalisées.

Elles ont encore rechangé avec l’abandon du portail public de facturation. Donc, il y a eu des gros changements dans les spécifications en décembre, à la suite de ce gros revirement de Bercy. Et donc, le but, c’est de travailler sur le troisième, quatrième trimestre pour être prêt début 2026, commencer à faire des bêta-tests et, quoi qu’il arrive, être prêt en septembre 2026 pour le démarrage de la réforme.

Les choix de l’Italie et la Belgique

Walid : je fais une aparté. Quel choix ont fait les Italiens et les Belges ? Ils ont fait le choix d’une plateforme unique, aussi, d’un système de PDP, comme en France ?

Alexis : j’ai peur de dire des bêtises, mais pour moi, la plateforme italienne est assez différente parce qu’elle est, à ma connaissance, assez centralisée. J’ai peur de dire des bêtises, donc je ne préfère pas dire. Par contre, les Belges, c’est vraiment, je pense plus proche de ce qu’on fait en France, avec vraiment un réseau d’échange via Peppol et de dire que toutes les entreprises belges seront raccordées au réseau Peppol et c’est Peppol qui permettra d’échanger les factures. Et je suppose qu’ils ont le même mécanisme où le point d’accès Peppol envoie une copie à l’administration fiscale.

En tout cas, je pense que la réforme en Belgique, elle va être assez proche de ce qui va se faire en France avec Peppol au centre. Et a priori, ils vont commencer avant nous, puisque d’après ce que je comprends, ça devrait démarrer en janvier 2026.

Walid : Alexandre ?

Alexandre : je voulais dire, nous, on était sur un modèle en Y, en quelque sorte, où il y avait un PDP. Là, si vous tapez modèle Y sur un moteur de recherche, vous trouverez sûrement un schéma qui sera assez équivoque. Maintenant, avec l’abandon du PPF, ça a changé, mais cette participation des plateformes de dématérialisation partenaire, sous-entendu privé, ce n’est pas totalement méchant quand je dis ça, c’est a priori un modèle franco-français.

De ce que j’ai compris, de tous les autres pays européens, soit ça passe par le réseau Peppol, Alexis pourra me corriger, soit peut-être ça passe par des partenaires, enfin des partenaires privés, mais en attendant, il y a toujours l’État qui n’est pas loin et qui met toujours quelque chose pour raccrocher ces données de manière à ce qu’ils servent et qu’il puisse travailler.

C’est vrai que l’abandon du PPF a été un gros coup et ça a changé quand même pas mal de choses. Parce que même nous, dans la communauté de libre, on avait commencé à travailler dessus et tout d’un coup, on a l’impression d’abandonner quelques mois de travail quand ils ont abandonné le portail public de facturation. C’était assez dommage. Pour autant, ça aurait été un portail qui aurait été assez semblable pour ceux qui connaissent au portail Chorus. Après, c’est pareil, pour l’instant, on n’a parlé que des professionnels, on n’a pas encore parlé du gouvernement, ça ne fait pas partie de la réforme jusqu’à présent.

Alexis : en tout cas, dans la mauvaise nouvelle de l’abandon du PPF, qu’on a vraiment pris sur le moment comme une mauvaise nouvelle, la bonne chose, c’était l’adoption de Peppol, et puis surtout aussi le fait qu’on est sur quelque chose avec Peppol, de plus décentralisé. Parce que finalement, ce portail public de facturation, on pouvait s’attendre à ce qu’il capte une grosse partie des utilisateurs attirés par l’aspect gratuit du portail public de facturation.

Et que quid le jour où ce portail public est en panne ? Si les deux tiers des entreprises sont raccordées à ce portail public et que c’est leur canal pour émettre et recevoir des factures, le jour où il y a une panne sur le PPF, on pouvait être un peu inquiet. Vraiment, cet aspect. Single Point of Failure (SPOF, point de défaillance unique), comme on dit dans le métier. Et donc là, avec cette nouvelle architecture où tout le monde doit passer par son PDP avec Peppol au milieu, on voit quelque chose de plus décentralisé.

Donc, a priori, pas de Single Point of Failure, à condition qu’il n’y ait pas un PDP qui se mette à dominer le marché parce qu’il aurait une énorme part de marché et qui deviendrait à lui tout seul un Single Point of Failure. Mais ça, c’est à nous, en tant que clients, de ne pas tous choisir le même PDP pour ne pas recréer un Single Point of Failure, qui aurait été celui du portail public. Si les entreprises se répartissent bien entre de nombreux acteurs, ça va réduire cet effet de « qu’est-ce qui se passe ce jour où il y a un PDP qui est en panne ? »

Alexis de Lattre

Un PDP libre et l’association PDP libre

Walid : il n’y a pas eu de discussion pour faire un PDP libre ?

Philippe : si. Quand l’annonce du PPF est tombée, moi, j’avais lancé ça sur LinkedIn. Alors, dans les faits, il y a eu quelques discussions sur le sujet derrière. Bon, on l’a dit tout à l’heure, il y a des contraintes techniques au niveau de l’infrastructure, d’ISO 27001, mais ça encore, on avait des groupements qui ont réfléchi au sujet, des gens qui pouvaient faire. Mais c’était surtout le coût de financement de cette plateforme, qui reste relativement élevé, je trouve ça un peu fou.

Finalement, on va développer 90 fois la même chose, je caricature, mais pas loin. Le coût global de la réforme électronique au niveau français est quand même, avec le modèle choisi, je trouve probablement démesuré. Je doute que tous ceux qui ont développé des plateformes rentrent dans leurs frais, entre ceux qui n’ouvriront pas, ceux qui se feront racheter…

Enfin on va voir, je pense pendant plusieurs années beaucoup de mouvements autour de ces plateformes, à mon avis. Donc voilà, on avait évoqué ça. Pour l’instant, on en est resté là. C’est le but de l’association dont je parlais tout à l’heure, PDPLibre. Alors, ça va aller à l’encontre de ce que dit Alexis, parce qu’effectivement, l’idée, c’est de se regrouper pour négocier des tarifs de gros auprès d’un PDP, faire une centrale d’achat quelque part. On ne prendra pas tout le marché français.

Philippe Scoffoni

Alexis : non, c’est ça. Ce sera juste les acteurs de des ERP libres. Ça va, il n’y a pas de risque de créer à nous-mêmes un Single Point of Failure. Il n’y a pas de risque.

Philippe : normalement, je ne pense pas. Mais ceci dit, on a aussi des plateformes SaaS propriétaires qui sont dans le groupement. Mais l’idée, c’est surtout d’essayer de faire que cette réforme coûte le moins cher possible aux assujettis, à ceux qui auront l’obligation de la respecter. C’est le premier objectif.

Et puis, même si on avait lancé des appels de pied, j’avais essayé via des structures comme le TOSIT ou autre, qui regroupe des grosses entreprises du CAC 40, qui aiment a priori l’open source en disant « les gros, Orange, SNCF et compagnie, comment vous allez faire ? » vous ne voudriez pas financer une plateforme open source que vous pourriez réutiliser chacun dans votre coin, un peu comme on parlait de ces PDP qui se sont montés pour répondre aux besoins internes d’entreprises.

Je trouve dommage car je pense qu’il y aurait eu moyen de faire quelque chose. Et ces entreprises-là auraient eu le moyen de financer ce genre de choses. Il aurait fallu conduire le projet, le mener, c’est encore un autre débat mais cela aurait peut-être été possible par ce biais. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. Ça reviendra peut-être.

Communiquer avec l’équipe qui pilote le projet de réforme

Walid : autre question, est-ce que vous, à votre niveau, vous avez un moyen de remonter aux instances qui gèrent ce projet de facturation électronique. Des questions ou est-ce que c’est plutôt du top-down (les décisions partent du haut vers le bas) ? En gros, les informations descendent, mais il n’y a jamais rien qui remonte ?

Philippe : le problème, je pense qu’on n’est pas dans le groupe, on n’est pas dans le bon sérail. Aujourd’hui tous les PDP sont dans les différents groupes de travail. Donc, on peut assister il y a des événements entre guillemets publics, on peut être présent et effectivement discuter avec des acteurs. Mais aujourd’hui, je pense que c’est plutôt les PDP, quelques gros PDP qui donnent le LA, j’ai l’impression.

Alexis : moi, de mon côté, comme j’étais un des précurseurs sur ce sujet, notamment de l’implémentation de la norme facture, etc., ça m’a mis en contact avec Cyrille Sautereau, par exemple, le président du Forum National de la Facture Électronique, qui est un peu l’association qui regroupe l’écosystème de la facture électronique depuis un certain nombre d’années. Et du coup, ça m’a mis un peu dans ce petit milieu de la facturation électronique. Et cela m’est utile, notamment quand j’ai des questions auxquelles je n’ai pas la réponse en lisant les volumineuses spécifications techniques. Donc j’arrive comme ça à obtenir des réponses de gens de l’écosystème.

C’est utile pour ne pas rester bloqué sur un problème dans son coin et de pouvoir en référer à des gens qui sont au cœur des spécifications AFNOR et de la mise en œuvre de cette réforme, et de pouvoir bien interpréter, ne pas faire des erreurs d’interprétation qui, après nous conduiraient à des mauvaises architectures logicielles, des choses à revoir, etc.

Donc, voilà, moi, j’ai des contacts historiques par mon implication, notamment dans la norme Facture-X, qui m’ont permis d’avoir accès. Et avec Philippe, on avait déjà discuté de ça, de se dire, si nous, entre acteurs du libre, qui sommes confrontés à la même implémentation, si on a des difficultés, des questions, qu’on puisse s’échanger entre nous et s’appeler entre nous et s’entraider parce qu’on va être confrontés aux mêmes subtilités, aux mêmes problématiques d’interprétation des choses pas claires dans les specs et ça, ce sera un bon test. D’ailleurs, est-ce qu’on arrive à s’échanger, à s’appeler, à s’entraider dans nos implémentations respectives ?

Philippe : pour moi, c’est une des missions de l’asso PDPLibre, qui regroupe effectivement des gens de tout type de communautés, Dolibarr, d’où des éditeurs, effectivement, d’autres communautés de logiciels libres ou des éditeurs propriétaires, de mettre en place effectivement quelque chose pour qu’on puisse co-développer. Pouvoir se poser des questions et échanger sur cette problématique.

Alexis : moi, par exemple, j’avais une réflexion ces derniers temps.

Quand j’avais implémenté la norme Factur-X dans Odoo, au début, j’avais implémenté ça dans un module. Odoo, directement à l’intérieur du module. Et après, je m’étais dit, finalement, je pourrais sortir une grosse partie du code qui est à l’intérieur du module, dans une librairie Python pour en faire bénéficier l’ensemble de l’écosystème Python. Donc d’autres logiciels concurrents, entre guillemets, d’Odoo qui vont avoir à implémenter cette norme Factur-X ont une librairie qui est à leur disposition : ça va les aider à implémenter la norme Factur-X. Et c’est ce que j’avais fait. J’avais déplacé mon code dans la librairie et puis moi, je m’étais mis à utiliser ma propre librairie que je maintiens aujourd’hui. Et là, je me pose la question, est-ce que ça a du sens, par exemple, dans l’implémentation des API, AFNOR, des PDP, d’avoir une partie du code la plus grosse possible qui soit dans une librairie Python, qui puisse ensuite être utilisée par d’autres logiciels en Python ? Cela pourrait être utile.

Alexis de Lattre

Et d’ailleurs, dans ma librairie Factur-X, je vois des gens qui ne sont pas des logiciels en Python, mais qui l’utilisent quand même par une exécution en ligne de commande dans des logiciels dans d’autres langages, parce qu’ils n’ont pas trouvé dans leur propre langage une librairie qui générait du Factur-X. Et du coup, ils utilisent ma librairie Python pour ça. Donc, on verra. Mais en tout cas, je suis en réflexion là-dessus pour mutualiser un peu ces développements. Au moins au sein de l’écosystème Python.

Conseils aux entreprises pour ne pas subir la réforme

Walid : il y a toute une dernière partie qui va être plutôt des problématiques de conseil. Quel conseil vous donneriez à des entreprises, à des TPE, à des PME, pour ne pas subir cette réforme, même à d’autres entreprises un peu grosses qu’est-ce que vous diriez à ces entreprises pour ne pas subir la réforme ?

Alexandre : au niveau de la communauté, je te laisserai comment compléter, Philippe. Première chose, c’est éventuellement de suivre la communauté Dolibarr via les différents réseaux sociaux, de s’accrocher, de suivre les communications. On s’efforcera de diffuser les communications vers les clients finaux, en tout cas ceux qui font partie des clients des intégrateurs Dolibarr. On essaiera de leur communiquer les infos, mais ce qu’il faut dire, c’est que déjà, on se rassure, pas besoin de se précipiter et de s’enregistrer au niveau de l’annuaire centralisé.

Alors, PDP, je viens d’apprendre aujourd’hui que ce n’est plus un PDP, maintenant, on va parler de plateforme agréée. Ça vient de sortir aujourd’hui. Donc plus besoin de s’enregistrer sur une plateforme agréée, via l’annuaire centralisé, pas besoin de se précipiter, il faut attendre. Attendez fin d’année, début d’année. De toute façon, quand le module sera disponible, on préconisera, peut-être quelques PDP à utiliser au début, et puis ensuite le but, ce sera d’élargir la liste.

Une chose qu’il faudra faire, Philippe en rajoutera là-dessus, c’est bien sûr de vérifier ces données. Il faudra bien sûr vérifier si ces fiches sont bien remplies, si les SIREN sont bien remplies. Plein de choses à faire sur le sujet-là. Parce que si on a 5000 fournisseurs et qu’il y a juste le nom et l’adresse d’inscrite, ça va être assez compliqué. Il faut s’y prendre en avant. Commencer à travailler sur ces données dès aujourd’hui, essayant de les qualifier, surtout en vérifiant qu’on a un maximum d’informations sur chaque chose. Une fois que ce sera fait, la prochaine étape, ce que je disais, quatrième trimestre 2025, premier trimestre 2026, bien sûr, essayer d’avoir une version de Dolibarr qui soit un peu à jour. Dolibarr, pour l’instant, c’est fixé la version 18 minimum.

Alexandre Spangaro

Bon, après, s’il y a des problématiques, technique, ça, ce sera une autre histoire, mais on s’est fixé la version 18 qui, au passage, est une LTS depuis peu de temps. Et si vous êtes sur une vieille version de Dolibarr, renseignez-vous comment se mettre à jour, contactez vos intégrateurs pour éventuellement prévoir une mise à jour. La prochaine version est la version 22, qui sortira probablement à la rentrée, aucune obligation de se précipiter sur cette version 22 parce qu’elle sera un petit peu jeunette et il y aura probablement quelques bugs. Ou plutôt, prévoir peut-être une version antérieure, la 21 ou la 20, qui sont relativement stables.

Et une fois que vous aurez mis à jour votre Dolibarr, que vous aurez mis à jour vos données, il suffira d’attendre un petit peu. Et ensuite, on vous communiquera les informations pour déployer le module multi-PDP dont on parlait tout à l’heure. Et on vous donnera toutes les informations pour se connecter. Soit au PDP, qui aura été désigné via l’association PDPLibre. Le but dans la finalité va être de proposer les tarifs les plus raisonnables, on va dire, on ne va pas dire les plus bas, on va dire des coûts raisonnables pour une qualité de service optimale. Et que toute société puisse réussir sa réforme, en tout cas.

Walid : Philippe, tu veux rajouter quelque chose ?

Philippe : non, je pense qu’Alexandre a dit l’essentiel. Mais il y a un gros boulot sur les données, effectivement, jusqu’à présent. Souvent, dans les bases de données, le numéro de SIREN, SIRET, c’est important. Cela va devenir entre autres, la principale information de routage. Il y en aura d’autres. Pour certains un peu plus compliqué. Ça va être la clé de routage, sans SIREN, SIRET, vous n’enverrez pas de facture.

Alexis : en complément de ce que vient de dire Philippe et Alexandre sur le sujet, oui, évidemment, bien renseigner les SIREN et numéro de TVA sur les fiches clients-fournisseurs. Evidemment, si vous avez un vieux Dolibarr ou un vieux Odoo, les modules pour la réforme ne vont pas les backporter jusqu’à des versions trop vieilles, donc il faut anticiper cette migration et cette montée de version. Toutes les entreprises qui ont Odoo se réveillent à la dernière minute en appelant leur intégrateur, en disant « oula, j’ai besoin de monter de version », ça va créer un embouteillage.

Et si j’avais un conseil aussi, c’est si vous avez des cas d’usage qui sortent de l’ordinaire, d’en parler avec votre intégrateur. Il y a sur les spécifications AFNOR, sur le document, alors maintenant, ils ont découpé en différentes spécifications, mais c’est la troisième spécification, la XP. SPZ 12-014, bon c’est les numéros des documents, mais c’est le dernier dans la liste des trois documents AFNOR qui sont référencés sur le site des impôts, sur la page dédiée à cette réforme. Il y a en annexe de ce document les 36 cas d’usage étudiés en détail par l’administration, et ça peut être intéressant au moins de lire la table des matières de ce document pour voir si on est concerné par un de ces cas d’usage, ça parle de facture d’escompte, de facture d’acompte, d’autofacturation. Cela parle des cas des scénarios qui sortent de l’ordinaire : c’est intéressant de voir si vous êtes concerné par un de ces scénarios, et de bien en parler, de l’anticiper, pour ne pas se réveiller à la dernière minute et dire. « Moi, j’ai un scénario, en fait, il n’est pas couvert par les développements qui ont été réalisés » : de pouvoir en parler en avance de phase avec son intégrateur Odoo ou son intégrateur Dolibarr, son intégrateur d’une manière générale, pour que les développements pour ces scénarios qui sortent de l’ordinaire soient bien prévus.

Alexis de Lattre

Dans les développements qui vont être réalisés, ou si ce n’est pas le cas, de s’organiser pour, éventuellement de se proposer pour les sponsoriser. Mais il y a des scénarios qui sortent de l’ordinaire, et on ne peut pas, nous, sur la version de base, supporter 100 % des scénarios de facturation.

Philippe : il y a des scénarios, des cas d’usage, qui concernent quand même beaucoup de monde, autour des notes de frais et autres, qui vont nécessiter une sacrée bonne organisation, beaucoup de rigueur dans la gestion. Je n’en dis pas plus.

Walid : j’ai une question complémentaire. On l’a abordée tout à l’heure et vous l’avez notée dans la trame. Vous avez noté ne pas céder à la pression commerciale des grands éditeurs ou des experts comptables qui risquent, par défaut, de choisir la solution PDP de leur éditeur, en totale contradiction avec les logiciels au sein de votre structure. J’aimerais que vous reprécisiez, parce que ça me semble assez important et on en a parlé de manière assez brève. Tout à l’heure. Est-ce que quelqu’un voudrait repréciser ça Alexandre ?

Alexandre : c’est moi qui avais précisé ça dans la trame. Pourquoi j’ai noté ça ? C’est ce que je disais, c’était la pression, on en parle depuis plus d’une heure. C’est la pression que mettent les éditeurs actuellement.

Suite à l’arrivée de l’annuaire centralisé, qui est désormais ouvert, il y en a qui ont commencé les tests d’échange des factures et autres. Ce n’est pas parce qu’on a fixé le 1er septembre 2026 qu’on ne peut pas s’y mettre avant. Il y a déjà des échanges et il y aura déjà des échanges qui se feront avant cette date. C’est ça qui est intéressant. Pareillement, le 1er septembre 2026, pour envoyer les factures, c’est des grandes entreprises qui vont devoir le faire. Mais les TPE, PME ou les ETI, où ce sera le 1er septembre 2027, rien n’empêche d’échanger avant.

Pour en revenir à la question, les éditeurs, effectivement, mettent une pression pour essayer d’embarquer un maximum de clients sur leur PDP, pour des questions de coûts. Plus ils auront de factures à envoyer, plus ils pourront s’imposer. S’il y a un PDP où il y a 10 000 factures à envoyer pour commencer ou on va dire qu’il a déjà 20 millions minimum de factures à envoyer, ce n’est pas la même. Il aura forcément une importance qui sera plus conséquente.

On a eu des attaques. Alors, je désigne, personne, mais on a eu des attaques commerciales qui disaient : « voilà, faites attention au logiciel libre, etc. Ça va être très compliqué ». Et donc, c’est pour ça qu’on dit qu’on subit une pression commerciale. Donc, nous, dans le libre, c’est différent. On a peut-être un peu plus de temps pour se mettre en marche. Voilà, le principal, c’est que sur la ligne d’arrivée, on soit tous là. Enfin, en tout cas, la ligne de départ, on se dirige vers la ligne de départ, seulement. Et on sera tous à la ligne de départ dans les temps.

Voilà, donc ce que je disais, c’est de ne pas céder à s’inscrire sur une plateforme agréée. Je viens de changer le nom, c’est plus PDP depuis tout à l’heure. Et donc sur ces plateformes agréées, il ne faut pas s’inscrire aujourd’hui. C’est ce que j’avance dans mes communications sur les différents réseaux sociaux et même au niveau de la communauté Dolibarr. L’autre élément, c’est que pareil, des experts comptables, je ne vais pas dire sous la pression de leur éditeur car ils ont un seul logiciel, vont proposer, par facilité, je dirais de faire signer un mandat à leurs clients pour l’inscrire par eux-même, donc cabinet comptable, sur une plateforme agréée, celle de leur éditeur. Et donc, après, ce qui va se passer, c’est que si on fait ça, on se retrouve à devoir utiliser, pour la facturation, le logiciel SAS de facturation que propose son cabinet comptable. Je trouve ça un petit peu aberrant parce que ça veut dire que si on n’a pas de logiciel, c’est très bien, il n’y a pas de souci. Mais par contre, si on en a déjà un et qu’on force l’inscription, alors on peut changer. Mais si on force l’inscription à une plateforme agréée, ça veut dire que le cabinet comptable ne prend pas en compte les logiciels qui sont déjà installés dans l’entreprise, et donc, ça veut dire qu’après, Dolibarr pourra plus transmettre les factures, ou du moins, ils feront les factures pour les particuliers, et puis, après, l’expert-comptable pourra s’amuser avec le e-reporting. Enfin, ça va être deux logiciels séparés, en attendant de faire la réinscription sur l’autre plateforme agréée qu’on aura peut-être désignée ou autre, recontractualisée. Voilà, il y aura plein, plein, plein de choses. C’est mon point de vue, je ne suis pas pour donner le mandat à un cabinet comptable sur ce sujet-là. Je préfère garder la main et je demande à mes clients de garder la main.

Alexandre Spangaro

La création du fichier de meta données associé à la facture

Walid : dernière question annexe. Tout à l’heure, on a parlé du fait que ce qui allait être transmis, c’est une facture avec un fichier XML de métadonnées. C’est le logiciel de facturation qui va créer ce fichier XML ou est-ce que c’est le PDP qui va, à travers de l’OCR, constituer ce fichier XML ?

Alexandre : on a un peu de tout.

Alexis : à l’époque où il y avait le portail public de facturation, l’État avait dit que le portail public de facturation va accepter trois formats de factures structurées. Donc, deux formats pur XML, le format UBL, Universal Business Language, et le format Cross Industry Invoice. Donc, là, c’est directement la facture, c’est un fichier XML. Et puis, le troisième format, c’est le format Factur-X.

Une facture au format Factur-X, c’est une facture PDF, avec à l’intérieur du PDF un fichier XML au format Cross Industry Invoice. Donc, un des deux formats que j’évoquais tout à l’heure. Et donc, c’était les trois formats acceptés par le PPF.

Et maintenant que le PPF a disparu, l’État dit : « moi, ce sont les trois formats que j’accepte quand le PDP va m’envoyer une copie de la facture », cette fameuse fonction mouchard du PDP, de la plateforme agréée, qui envoie une copie de la facture à l’administration. L’administration, elle, en attend la facture sur un de ces trois formats-là. Après, moi, entreprise qui envoie ma facture à mon PDP, je peux l’envoyer dans n’importe quel format accepté par mon PDP.

A priori, il accepte ces trois formats-là, forcément, puisque c’est les trois formats de base, mais le PDP peut accepter d’autres formats. Et il s’occupe, lui-même de faire la conversion derrière. Et donc, après, si vous lui envoyez un PDF simple, sans XML à l’intérieur, en supposant qu’il soit capable d’accepter ce format-là. Cela veut dire qu’il va passer dans un OCR, etc. Le problème des OCR, c’est que ce n’est jamais fiable à 100 %.

Donc, ça voudrait dire qu’il y a une étape supplémentaire de contrôle. Des données qui ont été reconnues par l’OCR et puis validation de la part de l’entreprise, faire ça sur une facture de temps en temps, ça va bien, c’est ce que faisaient beaucoup de gens sur Chorus en déposant des PDF simples, mais là, quand ça concerne 100 % de ces factures, quand on a un peu de volume, c’est beaucoup trop chronophage.

Le but c’est quand même d’éviter de passer par cette étape d’OCR sur le portail de son PDP, mais d’envoyer dans un des formats qui soit directement reconnu. Donc, a priori, un de ces trois formats-là. Après, il y a des gens qui émettaient en Edifact, etc. Si leur PDP va accepter à priori ces formats et eux, le PDP fera la conversion dans un des trois formats acceptés par la DGFIP pour cette fonction d’envoi de la copie de la facture à l’administration fiscale.

Alexandre : je vais vous donner une toute petite information pour compléter ce que dit Alexis. Il y a les trois formats et on constate là, avec les premiers accès au sandbox, que certains PDP, par exemple, on n’aura pas forcément besoin de leur envoyer directement du Factur-X, du format. J’ai constaté que certains PDP, on va leur envoyer l’info via API et après, ils vont constituer le fichier aussi. J’ai vu cette forme-là. Après, pour ensuite la communiquer, suivre le protocole, on va envoyer la donnée et ils vont constituer par eux-mêmes les fichiers.

Mots de la fin des invités

Walid : on ne va pas aller beaucoup plus loin sur ce sujet-là. Je vais vous proposer à chacun de faire un mot de la fin avant qu’on se quitte. Si vous avez une information, un message à faire passer. Alexandre, est-ce que tu veux commencer ?

Alexandre : merci déjà à tous pour cette écoute. Merci à tous, Walid, Alexis et Philippe. Toujours un plaisir de discuter avec vous. Je pense qu’on pourra faire un deuxième épisode dans pas longtemps. Le sujet est vaste et varié. Voilà, le mot de la fin : inscrivez-vous, suivez la communauté Dolibarr, bien sûr pour ceux qui sont équipés de Dolibarr, et n’hésitez pas à vous renseigner et à avoir un esprit critique. Renseignez-vous et puis on va faire le maximum au niveau de la communauté Dolibarr pour vous donner un maximum de renseignements pour que cette réforme se passe dans les meilleures conditions.

Walid : Philippe ?

Philippe : un peu, le même message, effectivement. Soyez à l’écoute, parce qu’on vous sollicitera en tant qu’utilisateur, probablement pour nous aider à financer tout ça. Parce que, comme on le disait, c’est quand même énormément de boulot, et on n’a pas des modèles économiques dans le logiciel libre, qui soient forcément hyper adaptés pour développer et faire face à ces grosses contraintes réglementaires. Et puis, comme on le disait, ce n’est pas la seule actuellement. Voilà, mais en tout cas on est là, on va se mobiliser. On est mobilisés, ça va avancer.

Walid : merci, Philippe. Alexis, ton mot de la fin ?

Alexis : oui, en mot de la fin, on sera en rendez-vous. C’est un gros chantier, c’est probablement la plus grosse réforme dans le domaine comptable depuis ces 30 dernières années. Dans toutes les réformes qu’on a passées, que ce soit le SEPA, le FEC, Chorus, etc. Là, celle-là, elle concerne vraiment toutes les factures. C’est la plus grosse réforme, je pense, dans le monde de la comptabilité sur ces 30 dernières années.

Il faut rester en veille. Il y a eu beaucoup de rebondissements au cours de ces dernières années sur cette réforme. On n’est pas à l’abri qu’avec les instabilités gouvernementales, qu’il y ait des nouveaux rebondissements. On espère qu’il n’y en aura pas, mais on n’est pas à l’abri. Donc, il faut rester en veille et bien dialoguer. Avec son intégrateur, son intégrateur Odoo, son intégrateur Dolibarr, son intégrateur d’une manière générale, pour faire les bons choix et surveiller ça de près. Merci à toi, pour ton accueil et pour ce podcast sur le sujet de la réforme de la facture électronique.

Walid : merci à vous. Je pense que ça intéressera tout le monde finalement. Cela m’intéressait de voir du côté des ERP libres quels étaient les défis, les discussions, et comment tout le monde s’adaptait à tout ça.

Donc, merci beaucoup d’avoir pris du temps pour expliquer où est-ce qu’on en est. Pour les auditrices et les auditeurs, comme d’habitude, je pense que vous pouvez faire tourner cet épisode, vous pouvez le commenter, vous pouvez aussi nous dire où est-ce que vous en êtes, vous, par rapport à vos propres réflexions. Je vous invite bien entendu à suivre les travaux Dolibarr et de l’OCA sur ce sujet-là. Et puis, si ça vous a plu, peut-être qu’on fera d’autres épisodes dans le même genre. Merci beaucoup à toutes et à tous et à bientôt pour un prochain épisode.

Production de l’épisode

  • Enregistrement à distance le 21 juillet 2025
  • Trame : Philippe Scoffoni, Alexandre Spangaro
  • Montage : Walid Nouh
  • Transcription : Walid Nouh

Licence 

Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieur

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