Kernel Recipes, la conférence sur le noyau Linux en France
Walid : bonjour et bienvenue sur Projets Libres, le podcast de LinuxFr.org qui parle de logiciels libres, de données ouvertes et de communs numériques. Je suis Walid Nouh et aujourd’hui on continue sur notre lancée de l’épisode précédent, on va continuer à parler des conférences.
Cette fois-ci, on va parler d’une conférence qui existe depuis 13 ans et qui s’appelle Kernel Recipes. Et j’ai avec moi Anne Nicolas, qui est l’organisatrice de Kernel Recipes et qui va nous expliquer tout ce qu’on doit savoir sur cette conférence. Anne, écoute, je suis ravi. Bienvenue sur le podcast Projets Libres, ravi de t’avoir pour parler de cette conférence.
Anne : merci de m’inviter.
Présentation d’Anne Nicolas
Walid : cette conférence fait en partie suite à des discussions qu’on a pu avoir en se croisant dans les couloirs du FOSDEM. Voilà, donc je suis aussi ravi qu’on puisse en parler un peu plus longuement. Et bien écoute, pour commencer, comme dans tous les épisodes, je vais te laisser la parole et je vais te demander de te présenter, que tu dises aux auditrices et aux auditeurs du podcast qui es-tu Anne ? Quel est ton parcours ? D’où tu viens ?
Anne : alors, je m’appelle Anne Nicolas. J’ai un parcours un petit peu atypique, peut-être comme beaucoup dans le libre, je ne sais pas. En fait, à la base, je suis économiste, donc je ne suis pas du tout dans le domaine de l’informatique. Et j’ai commencé ma carrière professionnelle là-dedans. Et très, très vite, en fait, je me suis un peu embêtée.
J’ai cherché ce que je voulais vraiment faire, et à l’époque, c’était au début des années 2000, j’ai trouvé une formation de webmaster. Et il se trouve que dans cette formation, il y avait, je crois, 15 jours de découverte d’Unix et Linux avant d’attaquer le job de webmaster. Et en fait, ça m’a passionnée. Et je me suis dit, c’est ça que je veux faire.
J’ai continué, j’ai fini la formation et après je suis partie sur cette thématique-là. Après, ça a été un enchaînement de choses plutôt positives parce que le libre étant un domaine très ouvert, j’ai pu rencontrer plein de gens, m’auto-former.
J’ai démarré aussi avec Léa Linux. J’ai d’abord consulté beaucoup la documentation et après, j’en ai écrit beaucoup. Je suis rentrée dans l’équipe de Léa Linux. Je faisais partie des 4 ou 5 qui géraient le site. Ça m’a permis de découvrir cet univers qui est quand même très particulier, qui est hyper enrichissant, et faire des conférences, etc.
Ensuite, il fallait bien vivre, et j’ai trouvé un job dans une petite société qui faisait du support open source. Et il se trouve que cette petite société a été rachetée par Mandriva, MandrakeSoft à l’époque. Et c’est comme ça que je suis rentrée chez MandrakeSoft, où j’ai passé un peu plus de neuf ans. D’abord au support, et puis ensuite, ça me titillait depuis très longtemps, je suis passée côté distribution, pour faire du packaging, et notamment de l’intégration, jusqu’à gérer une partie de l’équipe et les releases, et puis, une partie aussi de gestion de communauté.
Donc, tout ça s’est enchaîné plutôt pas mal, plutôt très vite. Et puis, depuis ce temps-là, je suis restée effectivement dans le milieu de l’open source. Et aujourd’hui, je travaille dans une petite société où je suis à mon compte. Je travaille justement sur l’intégration de socles open source avec des outils aussi, donc pas mal de formations, de consulting, etc.
Walid : et tu es restée dans l’environnement Mandriva après avoir quitté Mandriva, puisque tu as travaillé sur Mageia, c’est ça ?
Anne : oui, alors effectivement, une de mes contributions au libre. Le projet Mandriva, était beaucoup plus qu’un boulot, pour la plupart des salariés qui étaient dans cette société. Et on voyait effectivement la société péricliter, on n’avait pas du tout envie que le projet s’arrête là. Donc, on a décidé de faire un fork.
Alors, c’était peut-être un peu inconscient au départ, parce que c’est un truc énorme. En deux ou trois mois, on a réussi effectivement à reposer des fondations. On a appelé la distribution Mageia. C’est une distribution qui existe toujours. Moi, j’ai passé, je ne sais plus si c’est huit ou neuf ans sur la distribution, sur Mageia, en étant la plupart du temps chairman. Donc, c’est un bloc qui est très, très lourd, qui prend beaucoup de temps. Alors aujourd’hui, je n’ai plus trop le temps, donc je suis la distribution de loin. Mais oui, ça a été une contribution extrêmement enrichissante.
Walid : très bien. Et donc, pour finir, là, tu disais juste qu’actuellement, tu as ta propre société, c’est ça ?
Anne : oui, alors en fait, donc Mandriva, ça ne s’est pas très, très bien fini. Tout le monde le sait. Moi, je faisais partie de la société, d’une des filiales qui avait été placée en liquidation judiciaire. Et donc, suite à ça, on avait monté une première société avec plusieurs salariés, enfin des anciens salariés de Mandriva, qui s’appelait hupstream. Et c’est d’ailleurs avec cette société-là qu’on a démarré Kernel Recipes. Et aujourd’hui, en fait, je travaille plutôt toute seule parce que j’y trouve mon compte. Et puis pour gérer la famille, c’est vrai que c’est plus simple pour moi.
Walid : ok, très bien. Et tu travailles plutôt sur quel type de sujet ?
Anne : alors en ce moment, je travaille beaucoup, beaucoup sur tous les outils qui sont liés au développement, comme Git, tout ce qui est CI/CD, GitLab. Des outils aussi de déploiement, par exemple, je travaille pas mal sur Ansible. Et puis toujours sur le socle Linux, l’industrialisation, le packaging, parce que c’est des demandes effectivement qui sont toujours là.
Présentation de Kernel Recipes
Walid : écoute, je te propose de faire une première partie sur Kernel Recipes, d’introduire la conférence. Qu’est-ce que Kernel Recipes ? C’est quoi son but, d’abord, dans un premier temps ?
Anne : alors, Kernel Recipes, comme son nom l’indique, c’est avant tout une conférence axée sur le noyau Linux. Et pourquoi Recipes ? Parce que c’est une conférence qu’on veut assez pratique, c’est-à-dire d’échange de trucs, que ce soit de développement, de contribution, de gestion de communauté, etc.

Elle permet de faire se rencontrer les contributeurs du projet entre eux, mais aussi les utilisateurs du noyau, que ce soit pour des objectifs individuels ou pour des sociétés, d’ailleurs. Tout ce petit monde se mélange un peu. Ça reste au niveau technique uniquement. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’impact derrière commercial, etc. C’est vraiment des discussions techniques.
Walid : ok. Donc, kernel, Recipes, on pourrait traduire ça par les recettes du noyau…
Anne : c’est ça, exactement. Et comme on est en France, ça nous semblait pas mal, quoi 🙂
Walid : et ouais et d’accord donc c’est donc les gens qui viennent c’est des gens techniques oui c’est des gens qui viennent de loin c’est plutôt des gens qui viennent d’Europe c’est plutôt enfin il y a des gens qui viennent de partout
Anne : la première édition était franco-française c’est-à-dire que c’était uniquement en français et il n’y avait que des français et la conférence a pris très fort, enfin elle s’est développée très très fortement et aujourd’hui ce sont des gens qui viennent du monde entier.
Au niveau des speakers et au niveau des participants, on a quand même des gens qui viennent effectivement des US, mais aussi de l’Europe entière.
Walid : d’accord. On y reviendra après sur un peu les ambitions de la conférence et tout. Et cette conférence, cette année, elle se tient à Paris. Elle s’est toujours tenue à Paris ?
Anne : oui, elle s’est toujours tenue à Paris. Alors d’abord pour des raisons pratiques, parce qu’en fait, on est très petit sur l’organisation. On fait avec le plus près possible, avec ce qu’on connaît. Et puis parce que tout simplement, c’est central pour faire venir les speakers, les participants,
Walid : cette année-là, c’est en septembre. Est-ce que ça a été toujours à peu près dans les mêmes eaux ou est-ce que les dates ont changé, ont varié au fonction des années ?
[NDR : La conférence a lieu du 21 au 23 septembre]
Anne : alors oui, parce qu’on s’est rendu compte que le calendrier des conférences est extrêmement chargé. Quand on regarde, par exemple, sur LWN, quand on regarde le calendrier, les conférences se posent toujours à peu près aux mêmes dates chaque année. Donc, on a décidé de faire pareil.
Il se trouve que fin septembre, ça correspondait en fait à un espèce de créneau entre Plumbers [Linux Plumbers Conference], qui est une autre conférence pour les développeurs du noyau, et puis certaines conférences de la Linux Foundation. On a trouvé un petit créneau ici. La seule année où ça n’a pas été le cas, c’est juste après le COVID, où là, on voulait faire rapidement une édition. On en reparlera, ça a été interrompu. On l’a faite en juin cette année-là, mais ça a été la seule fois.
Walid : est-ce qu’on peut donner en quelques mots, avant de rentrer plus dans le détail, quel est le rôle de cette conférence par rapport à l’écosystème du noyau ? Est-ce qu’elle a une une place particulière ? Est-ce qu’elle a quelque chose de particulier par rapport à d’autres conférences comme celle que tu viens de citer, par exemple ?
Anne : alors, un rôle, je ne sais pas, on ne s’est pas vraiment donné de rôle au départ, si ce n’est d’échanger dans des conditions sympas, un peu informelles, parce que c’est vraiment ça qu’on met aussi au centre, c’est le côté informel de la conférence.
Si je compare aux principales conférences auxquelles on pourrait se comparer, celles qui parlent du noyau, en tout cas, il y a Plumbers, qui est la grosse conférence des contributeurs du noyau, assez formelle dans son organisation et il y a les conférences de la Linux Foundation, qui ont toujours des créneaux dédiés au noyau. Il y a le FOSDEM, qui depuis quelques temps a une salle aussi dédiée au noyau, ce qui n’était pas le cas au départ, quand on a organisé Kernel Recipes.
C’est à peu près tout dans des choses qui sont très axées comme ça sur le noyau. Comment on se positionne par rapport à ça ? C’est plutôt sur la taille, c’est-à-dire qu’on reste volontairement petit. On est à 130 participants au maximum, pour justement garder cette dimension d’échange, de faciliter les échanges.
Contrairement à toutes ces conférences qui existent, on a un seul track, c’est-à-dire une seule conférence à la fois. On n’a pas plusieurs salles, on n’en a qu’une seule. L’idée, c’est vraiment que tout le monde assiste à toutes les conférences de l’agenda.
Au début, on s’est dit que c’était un petit peu risqué. Et puis on a eu des retours, même des contributeurs du noyau qui nous ont dit « Finalement, c’est pas mal parce que, par exemple, moi, tout ce qui concerne les cartes graphiques, j’en ai absolument rien à faire. Le fonctionnement du serveur graphique, c’est pas mon truc. Mais là, ça m’a semblé super intéressant et j’ai eu des infos que je serais pas allé chercher si je n’avais pas été quelque part forcé de rester dans la salle ».
On a eu plusieurs retours dans ce sens là qui fait qu’on a continué sur ce mode là.
Walid : C’est vraiment un gros différenciateur par rapport aux autres conférences parce que quand tu vas dans des grosses conférences comme le FOSDEM ou autre tu as 15 conférences en même temps, tu as tout le temps la frustration de pas pouvoir voir la conférence que tu voulais parce qu’il y en a une autre et que t’es obligé de faire des choix. En plus de ça, les salles peuvent être pleines et donc à la fin tu peux être un peu perdant.
Anne : oui, et on a toujours l’impression de ne pas être dans la bonne salle. Et puis finalement, celle à laquelle on assiste, finalement, elle ne correspond pas à ce qu’on espérait, etc. Il y a toujours cette frustration, effectivement. Et ça, c’est un truc qu’on n’avait pas envie de reproduire avec cette dimension plus restreinte et ce track unique. Et en fait, ce différenciateur, je pense qu’il marche bien.
Walid : parmi les autres choses que j’ai notées ou dont on m’a parlé, il y a le fait que je trouve très intéressant, qui est qu’il n’y a pas d’appel à conférence, c’est vous qui choisissez les speakers. Est-ce que tu peux en dire deux mots ? Est-ce que c’était comme ça depuis le départ ?
Anne: j’ai fait partie de comités d’organisation de conférences, notamment à Solutions Linux [NDR : aujourd’hui OSXP]. J’ai vu aussi les appels à candidature, j’ai aussi participé, etc. Moi, ce qui me gêne un peu dans l’appel à candidature, c’est très bien, mais c’est qu’on a un peu toujours les mêmes personnes qui se présentent. On a quand même des speakers « un peu professionnels », dont leur boulot, c’est de faire de la conférence.
Et à côté de ça, il y a des gens qu’on n’entend jamais et qui ont des choses extrêmement intéressantes à raconter. On s’est dit que si on veut éviter ce mode de fonctionnement, effectivement, on ne va pas faire d’appel à candidature.
Donc, les premières années on allait chercher nous-mêmes les speakers et on faisait l’intégralité de l’agenda en fonction de l’actualité du moment, des sujets un peu brûlants, etc. Et puis après, ça marchait par le bouche à oreille, c’est-à-dire qu’il y a un speaker qui nous contactait l’année suivante et il dit « Tiens, j’ai vu ce mec-là, ce serait peut-être pas mal qu’on l’ait à la conférence, il y a des trucs à raconter, etc. ».
Et puis, depuis 4-5 ans, on a ce qu’on appelle un parrain. On trouvait intéressant de mettre en avant quelqu’un qui a une place un peu particulière dans la communauté. Alors, on a eu Steven Rostedt, et cette année c’est Jonathan Corbet de LWN.
Le parrain, son boulot, si je puis dire, c’est de nous aider à organiser l’agenda, nous aider à trouver ses speakers. Donc il fait une grosse partie du boulot, même si nous on en amène aussi, parce qu’on va en chercher aussi, par exemple au FOSDEM typiquement. Et tout ça, en fait, à la fin, donne cet agenda qu’on présente tous les ans.
Walid : est-ce que c’est un travail qui est long d’aller chercher les speakers et est-ce que vous arrivez à faire une forme de parité ?
Anne : la parité, c’est quelque chose d’extrêmement compliqué. Déjà, sur le logiciel libre, enfin en tout cas dans le développement, dès qu’on tombe sur des parties très techniques, on a moins de femmes, ça c’est sûr… très peu de femmes.
Alors le noyau Linux, c’est encore pire. Alors l’année dernière, on en a eu beaucoup, parce qu’effectivement, on avait eu quelqu’un qui travaillait sur les programmes liés à la parité dans l’apprentissage du développement sur le noyau Linux. Ça nous avait beaucoup aidé. Cette année, ce sera moins le cas. On essaye tous les ans, mais c’est somme toute assez compliqué.

Walid : est-ce que c’est dur de trouver des speakers ? Est-ce que c’est un gros travail ?
Anne : non, en général, on a trop de personnes. C’est-à-dire que plus ça va, plus on avance, et effectivement, plus le bouche-à-oreille a fonctionné, les gens sont assez surpris, même les premières années.
Les gens nous ont dit oui très rapidement, très vite. Et ce qui nous a considérablement aidé, c’est qu’au bout de quatre ans, on a eu un certain Greg K-H qui est venu parler à la conférence. Il a été tellement emballé par la conférence qu’à la fin, il m’a dit « écoute, si tu as besoin de speakers, tu me dis, j’envoie un mail et je te mets en contact avec les gens en question ». Donc avec une carte d’entrée comme ça, c’était difficile de faire mieux.
Walid : est-ce que tu peux juste rappeler qui est Greg K-H?
Anne : alors, oui, Greg K-H, Greg Kroah-Hartman, j’ai peur d’écorcher son nom. C’est le numéro 2, si je puis dire, du noyau Linux. On a d’un côté Linus Torvalds qui est responsable, quelque part, du développement, des versions de développement du noyau.
De l’autre côté, on a Greg qui s’occupe des versions stables. Et c’est lui qui chapeaute, en fait, l’intégralité de toutes les versions stables qui sortent aujourd’hui. Donc, qui a une place prépondérante aujourd’hui dans le noyau.
Walid : ok. Parmi les autres spécificités, j’avais aussi noté plusieurs choses déjà au niveau du prix, parce que la conférence n’est pas très chère, si tu veux en dire deux mots.
Anne : oui. Elle était même gratuite au départ, parce qu’il faut savoir qu’au départ, les deux premières salles qu’on a eues, étaient la Cité des sciences à la Villette, au carrefour numérique, et puis c’était devenu trop petit, nous sommes allés chez Mozilla, comme beaucoup de conférences à l’époque.
De toute façon chez Mozilla, ce qui nous était imposé, c’était la gratuité de l’entrée. On avait les locaux, mais il fallait la gratuité de l’entrée. Nous, ça nous allait très bien, parce que ce qu’on voulait dès le départ, c’était d’avoir quelque chose d’hyper accessible.
Alors hormis le FOSDEM, qui est un cas un petit peu à part, il y a beacoup de conférences qui sont chères, par exemple, typiquement, les conférences à la Linux Foundation sont extrêmement chères et très, très peu accessibles, sauf quand, effectivement, on arrive à se faire payer une place, par exemple, par la société.
Donc ça, c’était quelque chose qui nous tenait beaucoup à cœur. Et puis après, on a été obligés de changer de salle, puisque Mozilla a déménagé. Aujourd’hui, on est à Cité Universitaire. C’est un environnement qui est extrêmement sympa. Mais là, on a été obligés, effectivement, de commencer à faire payer l’entrée parce qu’effectivement, les coûts ne sont plus du tout les mêmes. Mais toujours en essayant de rester extrêmement raisonnable sur le prix d’entrée.
Walid : et le prix d’entrée, est de combien ?
Anne : alors, cette année, par exemple, c’est 50 euros hors taxes, donc 60 euros avec les taxes par jour.
Walid : c’est très, très raisonnable. On m’a parlé d’une autre spécificité qui est le micro-volant. Est-ce que tu peux expliquer ? Parce que moi, je ne sais pas trop, mais explique-moi, s’il te plaît. On m’a dit que c’était sympa.
Anne : c’est le Fly-In Mic. Quand on parle de Fly-In Mic, ça fait partie des traditions de Kernel Recipes. En fait, c’est un truc qu’on a piqué à Mozilla.
Il y avait ça dans la salle chez Mozilla. C’est donc un micro qui est emballé dans une espèce de polystyrène. Et puis, par-dessus, on a un emballage en mousse avec des logos, etc. Et plutôt que de traverser dans la salle pour passer le micro au moment des questions-réponses, on envoie le micro. Et alors, quand on a commencé sur Kernel Recipes, les gens ont tout de suite adhéré.
C’est assez fun. Il y a des trucs assez marrants qui se passent des fois, le micro qui part dans la tête, etc. Mais ça contribue justement à la convivialité des échanges. Et je sais qu’il y a quelques confs qui ont effectivement repris ce principe-là ensuite.

Walid : est-ce qu’il y a d’autres spécificités ou d’autres choses que tu voudrais mettre en avant ?
Anne : depuis quasiment les premières [éditions], on a dans la salle un personnage un peu particulier qui s’appelle Frank Tizzoni et qui, pour tout te dire, est mon beau-frère.
Il travaille dans le graphisme, le design, et qui a la petite particularité d’être caricaturiste. Et donc, son boulot, c’est de croquer les participants et les speakers dans des trucs assez sympas. On met à dispo les dessins. Alors, les speakers repartent tous avec leurs dessins.
Ce qui, petite anecdote, souvent, c’est le truc qui identifie la conférence, c’est : « Moi, j’ai vu Steven Rostedt présenter la conférence à quelqu’un en disant ‘Viens parler, tu sais, c’est la conf là où tu repars avec ton dessin.’ » Et là, ça a été super génial, etc.

On en voit plein sur le net en termes de petites images, etc. Et donc, ça, c’est vraiment un marqueur. Et aujourd’hui, ce serait difficile de faire sans lui. En fait, c’est devenu vraiment le truc qui identifie la conf.
Une autre chose aussi qui nous tient à cœur depuis quelques années, c’est ce qu’on appelle ça les « charity auctions », c’est-à-dire qu’on organise une session par rapport à un projet, qui, à un moment donné, va être mis en avant. C’est un projet caritatif : alors ça peut être de l’aide à l’informatisation. Cette année, par exemple, c’est la Software Freedom Conservancy. Et ça nous permet déjà de mettre en avant la fondation. Donc, en général, on a un représentant qui vient présenter le projet, discuter, etc., des actualités.
Et puis ensuite, on met aux enchères tout un tas de trucs, justement, au profit de cette association ou fondation. Et ça, c’est un moment assez sympa aussi.
Walid : attends, donne-moi un exemple s’il te plaît de tout un tas de trucs. Je ne vois pas trop. Qu’est-ce que vous mettez aux enchères ?
Anne : alors, tu vas voir que c’est hyper varié. Par exemple, chez nous, on fait de la bière. Donc tous les ans, on apporte en fait des bouteilles de bière avec l’étiquette signée par tous les speakers. C’est le truc assez classique.


On a eu aussi des sociétés qui nous ont fait aussi des dons. Par exemple, l’année dernière, c’était une formule 1 en Lego. Alors ça, ça fait un tabac.
On a une amie qui est brodeuse professionnelle à Paris et qui a fait des casquettes.
Le petit truc complètement différent : on fait des soirées avec tout le monde, et un jour on avait un set de table en papier, tout crado avec les taches de gras et tout. On a demandé aux speakers de signer ce truc-là. Et c’est parti pour 200 euros.
Voilà, c’est pour dire que c’est vraiment l’idée derrière, c’est vraiment de mettre en avant ce projet, de venir apporter une aide aussi petite soit-elle, mais voilà, c’est assez sympathique.
L’histoire de Kernel Recipes
Walid : je te propose de revenir un peu en arrière maintenant et de repartir en 2012, au moment de la création de Kernel Recipes pour comprendre vos motivations. Quel était l’environnement en 2012, qu’est-ce qui fait que vous vous dites « Ah, ça serait bien de faire cette conférence » ?
Anne : je vais te décevoir un peu, on n’avait aucun plan au départ. En fait…
Walid : attends, déjà, « on » n’avait aucun plan.
Anne : on n’en est pas nombreux dans l’organisation de la conf et on n’a pas d’objectif particulier. On ne s’est pas dit un jour, « tiens, on va faire une conf, on va parler du noyau et on va faire ça comme ça ».
C’est parti tout à fait au hasard : on a organisé, à la maison, un barbecue. Et ça tombait au moment où, je ne sais pas si tu te rappelles, il y a le serveur de kernel.org qui a été compromis, et toutes les clés GPG ont dû être réapprouvées.
Et il se trouve qu’Erwan, mon cher et tendre, a fait le boulot pour un certain Willy Tarreau, qui est un contributeur et mainteneur du noyau stable.
Willy Tarreau, c’est quelqu’un dont on nous disait : « tu vas voir, il est asocial, il ne veut jamais sortir, il ne voit personne, etc ». Et en fait, on s’est tellement bien entendus qu’il est venu à la maison, on a fait un barbecue avec d’autres personnes qui travaillaient plus ou moins sur le noyau. Et puis, en discutant, on s’est dit, « tiens, c’est cool, on échange là, on est en train d’échanger. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire ça avec d’autres encore ? Parce qu’il n’y a rien qui se passe en France« .
Et en fait, tout est parti de là. A l’époque, moi, je travaillais dans la société hupstream, donc, c’était le post-Mandriva et je me suis dit que c’est peut-être aussi ma façon de contribuer à l’open source, d’organiser cette conférence et de donner du temps, de favoriser ces échanges et de mettre à disposition un espace, un lieu, etc., avec des thématiques particulières.
C’est parti comme ça : on visite les conférences depuis très longtemps, donc on savait qu’on ne voulait pas faire un truc trop gros, parce qu’on en a parlé du FOSDEM, on voulait quelque chose de différent. Très vite on s’est dit qu’il n’y aura qu’une seule conf à la fois.
Finalement, ça s’est mis en place très très rapidement, alors au début de manière complètement artisanale. On s’est dit qu’on allait tester à la Villette, comme je te le disais tout à l’heure, tout en français, des participants français.
Note d’Anne et Erwan : difficile de raconter Kernel Recipes sans parler de Willy Tarreau. Sans lui, on ne l’aurait probablement pas fait. Mainteneur kernel de longue date et créateur de HAProxy, il n’a pas seulement mis son nom sur le projet : il a ouvert son réseau, ce qui a permis de faire venir des mainteneurs hors de portée d’une jeune conférence parisienne. Depuis 12 ans il nous apporte son support et continue à nous apporter aussi des speakers, comme Paul McKenney.

Et il y avait un speaker anglais qui était là ce jour-là. C’était une seule journée. C’était David Woodhouse, qui est spécialisé dans la gestion du stockage et qui travaille chez Amazon aujourd’hui. Le pauvre s’est coltiné toute la conférence en français. Il a fait la sienne en anglais, évidemment. Et on s’est dit, si on veut avoir des gens qui parlent d’horizons un petit peu plus variés, il va falloir qu’on passe en anglais.
Donc la deuxième édition est partie en anglais, et on est passé sur deux jours parce qu’on nous avait demandé. Et à la fin de la deuxième édition, on nous a demandé de passer sur trois jours. Et là, on a le format d’aujourd’hui. Donc c’est parti un peu par hasard, si je puis dire.
Walid : de ce que je comprends, c’est que vous vous êtes surtout inspirée des autres conférences pour ce que vous ne vouliez pas faire. Et donc après, vous avez trouvé votre voie au fur et à mesure ?
Anne : c’est ça, exactement. Oui, tout à fait.
Walid : qu’est-ce qui fait que ces premières éditions fonctionnent et que la conférence commence à gagner en renommée ?
Anne : on a eu de la chance d’avoir, dès le départ de la première édition, des sujets qui étaient plutôt super intéressants, même si on n’avait que des speakers français, etc. Et les sujets ont bien accroché.
Les gens se sont dit, tiens, c’est une conf qui est super intéressante. Et je me souviens de la première édition, il n’y avait personne qui ouvrait son laptop dans la salle. Et souvent, en conf, tu vois les gens qui sont un peu distraits, qui font autre chose, etc. Et là, on avait des gens qui étaient plutôt très accrochés. Donc, on s’est dit, on tient peut-être le bon truc, le bon mode de fonctionnement. Donc, on va continuer. Mais on a été les premiers surpris, je dois dire.
Walid : est-ce que vous avez eu des parrains ou des sponsors, des gens qui vous ont aidés et qui ont fait aussi que ça fonctionne ?
Anne : côté speaker, effectivement, Greg Kroah-Hartman, qui nous a beaucoup aidés parce que, tout simplement, par sa position sur le noyau, et qui a été hyper porteur aussi. Et puis, on a eu des gens comme Steven Rostedt, qui lui est hyper enthousiaste sur la conf et qui, un jour, m’a emmenée sur l’événement de la Linux Foundation qui avait lieu à Lyon il y a 3-4 ans. Il m’a fait faire le tour de la conf et me présentait des gens. J’avais du mal à suivre je notais je notais je notais et j’ai même rencontré Linus Torvalds. On essaye de le faire venir mais c’est compliqué parce qu’en gros il ne fait plus beaucoup de conférences.
On a Jens Axboe, qui tant au niveau speaker que sponsoring est très très actif. On le remercie.
Walid : il fait quoi ?
Anne : Jens Axboe, il bosse sur IO_uring, un projet qui permet de gagner en efficacité sur l’utilisation des disques, sur la gestion des entrées-sorties. Donc c’est un truc qui a explosé aussi.
On a eu également David Miller qui est le mainteneur de toute la stack réseau du noyau. Il y a eu quelques émotions aussi, parce que David Miller a fait un AVC il y a quelques années. Il est revenu après à Kernel Recipes.
Il a été parrain, justement. Il était assez mal en point, mais c’est aussi montrer le côté humain. Effectivement, de tous ces gens-là, bossent derrière leurs écrans, ont leurs problèmes, etc. Et ça nous a permis de soulever aussi des problèmes de gestion de communauté. À l’époque, il allait faire un talk sur « qu’est-ce qui se passe quand je ne serai plus là ? ». Ça a été pas mal d’émotions dans la salle, mais c’était super intéressant.
Walid : je te pose une question juste avant que j’oublie, mais ça m’intéresse. Est-ce que les conférences, elles sont filmées ? Parce que typiquement, celle-là, j’ai bien envie d’aller l’écouter.
Anne : toutes les conférences sont filmées. Alors, elles sont proposées en live. c’est-à-dire pendant la conférence. Et puis on les enregistre et elles sont reproposées ensuite. On les diffuse sur YouTube. On a une chaîne Kernel Recipes. C’est classé par année et tout est dispo là.
L’impact du COVID sur Kernel Recipes
Walid : dans toute la chaîne d’événements, je comprends que globalement, ça a bien fonctionné, les éditions les unes après les autres. Tu l’as évoqué tout à l’heure mais qu’est-ce que le Covid a fait ? Est-ce qu’il a changé des choses ? Est-ce que c’était juste une parenthèse et vous avez repris derrière ?
Anne : quand le Covid est arrivé, on nous a posé la question, est-ce que vous allez le faire en distanciel ? Et en fait, on s’est dit non, on ne va pas le faire, on va s’interrompre, parce que le propre de cette conférence, justement, c’est de favoriser les échanges, les contacts de visu.
C’était contre, quelque part, l’ADN de la conférence de passer en mode distanciel. Donc, on s’est arrêté. Ça a été long parce qu’effectivement, deux années de suite, on a été obligés d’annuler. C’est pour ça qu’on a programmé une date un peu décalée en juin pour essayer de reprendre le plus vite possible. Les gens étaient super contents de se retrouver.
Walid : qu’est-ce que ça a changé ?
Anne : je pense que le remplissage de la salle est moins rapide qu’avant parce qu’avant le Covid. Remplir la salle de Kernel Recipes, parfois, ça prenait une heure. C’est-à-dire qu’en une heure, tous les tickets étaient finis. Je sais qu’il y en a qui faisaient des scripts, etc., pour arriver à se connecter, choper les billets, etc. Donc, c’était ultra rapide.
Après le Covid, ça a pris plus de temps. Je pense que certains qui se déplacaient pour voir en direct les conférences ne le font plus aujourd’hui, pour des raisons X ou Y, je ne sais pas.
C’est à peu près tout, pour nous, l’impact qu’a eu le Covid. Après, en termes d’organisation, ça n’a absolument rien changé pour nous.
Le choix des lieux pour la conférence
Walid : ok. Je me posais la question en termes de lieu. Donc là, au départ, vous étiez à la Villette, après, vous êtes passée chez Mozilla. Donc après, vous avez des problématiques d’avoir des lieux assez grands, pas trop trop chers. Je me demande comment est-ce que vous choisissez les lieux ? Est-ce que vous avez changé beaucoup de fois de lieux au cours des années ?
Anne : alors, on a eu La Villette puis Mozilla. Une année, on s’est retrouvés dans un cinéma à côté d’Opéra, parce qur le délai était très court.
Mozilla, on pensait pouvoir garder les locaux mais finalement, ce n’était plus possible. Donc il a fallu trouver une autre salle très, très rapidement. Ce n’était pas l’idéal, mais ça nous a permis de faire cette année-là.
Et puis après, il a fallu trouver une salle. Les critères : il y a la taille, évidemment, le coût, parce que les salles sur Paris sont extrêmement chères, et la convivialité. Et en fait, on s’est rendu compte que le type de salle était super important.
Aussi, il y avait sa place dans l’ambiance de la conférence. Chez Mozilla, on était bien, on avait des dorures sur les murs, etc. C’était un superbe bâtiment. Donc, on a essayé de chercher en fonction de ça et on s’est retrouvés à la maison de la Belgique, à la fondation Biermans-Lapôtre, dans la cité universitaire, où on a retrouvé ces trois critères-là.
Et en plus, ce qui ne gâche rien, c’est que le prix qu’on met dans la salle est reversé à l’organisation pour les étudiants. Donc, quelque part, c’est une pierre deux coups aussi. Ça rentre tout à fait dans notre façon d’envisager les choses.
Donc là, on est bien et on n’a pas bougé depuis : c’est la quatrième année là-bas. Et franchement, c’est une très belle salle avec des extérieurs, etc. Et les participants sont vraiment attachés à ça. On n’avait pas envie de se retrouver dans un amphi quelconque ou un hôtel ou un truc comme ça, parce que c’est très, très impersonnel finalement.
Embbeded Recipes
Walid : et avant qu’on finisse sur cette partie-là, j’aimerais que tu parles d’un projet qui a commencé un peu plus tard, qui est Embedded Recipes. Est-ce que tu pourrais expliquer ce que c’est et comment vous en arrivez à l’idée qu’il faut créer une autre conférence ?
Anne : alors, en fait, au bout d’un certain temps, on s’est rendu compte que l’agenda, dans les propositions aussi qui nous étaient faites, se remplissait de sujets qui étaient liés à l’embarqué, avec des problématiques particulières.
On a essayé d’assembler tout ça mais à un moment donné, on s’est dit vu le nombre de sujets proposés, peut-être qu’on pourrait faire une conférence dédiée à l’embarqué ? Et c’est comme ça en fait qu’est né Embedded Recipes.
Et on s’est dit : « on va appliquer les mêmes recettes. Donc, un track, même recette convivialité, informelle, etc. » Et donc, pendant 4 ans, on a fait 3 jours Kernel Recipes, et ensuite 2 jours Embedded Recipes. Ça marchait plutôt pas mal. C’était un petit peu plus difficile à remplir parce qu’il y a plus d’événements sur l’embarqué, très clairement, que sur le noyau. Le public n’est pas tout à fait le même, c’est beaucoup plus corpo que sur le noyau. Mais ça marchait plutôt pas mal, ça tenait plutôt la route.

Sauf que cela nous prenait beaucoup de temps et cinq jours de conférence, c’est carrément épuisant. Au bout d’un moment, on s’est dit que notre attachement va à Kernel Recipes, c’est l’événement qu’on a fait au départ. Et on a essayé de voir si quelqu’un voulait reprendre cet événement, Embedded Recipes, en respectant justement les principes de base.
Et il se trouve que dans notre environnement, dans ceux qui travaillaient aussi sur Kernel Recipes, il y avait des gens de la société Baylibre, qu’on connaît très bien et qui partageaient les mêmes avis que nous sur l’organisation de la conf. Donc en gros, on leur a repassé le bébé. Ils ont fait la première année à Paris. Et maintenant, c’est organisé à Nice, puisqu’ils sont originaires de Nice.
Walid : il y a pire comme endroit, quoi.
Anne : il y a pire.
Walid : et même recette, et avec une jauge à combien de personnes ?
Anne : c’est le même type de chose, 120-130 personnes. C’est vraiment les mêmes principes calqués à un sujet différent.
Le financement
Walid : partie suivante, très importante, je pense, c’est la partie du financement. Tout à l’heure, tu as expliqué que l’entrée était aux alentours de 60 euros TTC, ce qui n’est vraiment pas cher. Et donc comment est-ce que vous arrivez à financer tout ce travail de préparation et puis d’accueillir les gens ? On n’a pas parlé des repas, etc. Mais comment est-ce que vous arrivez à financer ça ? Quels sponsors vous avez ? Parce que c’est dur de trouver des sponsors.
Anne : alors, sur le financement, c’est un peu le nerf de la guerre, effectivement. Maintenant, ce qu’on a à sponsoriser, c’est la salle, les repas (puisqu’il est proposé systématiquement à tous les participants), les pauses, des t-shirts, des petits trucs comme ça.
Tout ça, effectivement, doit tenir avec un prix pas trop élevé pour l’entrée à la conf. Donc les sponsors ont un rôle primordial là-dedans. On a des sponsors qui nous suivent quasiment depuis le début, qui sont hyper fidèles. Donc ça, c’est génial parce qu’on sait qu’on peut compter tous les ans sur eux. Ils sont là.
Depuis deux, trois ans, c’est un petit peu plus compliqué. Le contexte étant un peu tendu à tout niveau, effectivement, on sent que c’est un petit peu plus difficile. Mais ils sont toujours là, ça se renouvelle, on a des nouveaux arrivants. Sachant que ce qu’on leur impose quand même, c’est : « vous contribuer à financer la conférence, mais par contre, vous n’avez pas forcément un talk qui est garanti ». Il n’y a pas d’espace commercial, si ce n’est le logo sur les badges, la vidéo, etc. Il fallait qu’ils aient ça en tête.
Walid : il n’y a pas de stand ?
Anne : il n’y a pas de stand, non. Et pour le moment, ça marche plutôt pas mal. Je dois dire qu’ils jouent plutôt le jeu. Ils recherchent tout simplement de forces de développement sur le noyau. Et le fait d’avoir de la visibilité là-dessus aussi, ça aide aussi à collecter des candidatures, par exemple.
Walid : est-ce que tu veux citer, par exemple, des sponsors principaux pour qu’on se fasse une idée de quel type d’entreprise est intéressée à sponsoriser un tel événement ?
Anne : des géants du numérique, par exemple, Meta qui est là régulièrement. On a des constructeurs, par exemple. ARM, AMD. On a une boîte française, HAProxy. C’est une des rares boîtes françaises, malheureusement. On a des sociétés de services comme Igalia, Collabora. Cette année, on va l’annoncer, ça sera une petite primeur ici, on a Qualcomm, par exemple, qui s’ouvre sur Open Source et donc qui s’est proposée cette année. Donc voilà, on a quand même des boîtes intéressantes et qui nous donnent de la visibilité aussi en terme de conférence.
Walid : la question que je me pose aussi, c’est quelle est la relation entre l’organisation de cet événement et ta propre société ? Est-ce que c’est deux choses différentes ? Tout ce travail de préparation, tu le fais passer sur sa société. Est-ce que toi, ça t’apporte professionnellement d’organiser cette conférence ?
Anne : pour ma part, que ce soit dans la boîte précédente ou la boîte actuelle, c’est notre façon de faire de la com. Et qui, en plus, de manière productive, puisque c’est de la contribution. Quelque part aussi, c’est une contribution à l’open source. Donc, on trouvait ça intéressant.
Aujourd’hui je le fais. sur mon temps de boîte, même si effectivement ce n’est pas toujours compté. Mais j’estime effectivement que ça fait partie de mon job de faire ce genre de choses.
Walid : de quelle manière dans la conférence tu mets en avant ton travail, le travail de ta société ?
Anne : très peu. À part le logo qui figure sur les badges, les kakémonos, les choses comme ça, je mets très peu en avant parce que comme pour les sponsors, notre idée c’est vraiment de ne pas mettre en avant une boîte plutôt qu’une autre mais mettre en avant les échanges de la conf, ce que ça apporte éventuellement à la communauté. Mais ce n’est pas un événement commercial donc volontairement, on ne se met pas du tout en avant.
Walid : pour toi, les retombées sont directes ou plutôt indirectes ? Est-ce que c’est plutôt qu’on vient te contacter parce qu’on t’a rencontré ? Ou est-ce que c’est plutôt que tu as des contacts qui font qu’à un moment, ça peut être intéressant pour ton travail ?
Anne : alors, je n’ai même pas de contact direct. Enfin, ce n’est pas directement. Par contre, moi, dans ma carte de visite, dans mon CV, quand je vais vendre mes prestats, je dis que j’ai contribué à Mageia, je dis que j’ai bossé chez Mandriva, que j’organise Kernel Recipes. Ça fait un package qui est intéressant. Cela fait un profil qui se différencie des autres et ça, c’est super intéressant. Et puis accessoirement, c’est un truc que j’adore faire, donc c’est un beau compromis pour moi.
La communication autour de Kernel Recipes
Walid : oui, c’est cool. Si on parle maintenant de la communication, ce que j’aimerais savoir, c’est comment est-ce que vous, l’organisation, vous faites la publicité de l’événement s’il y a un tel engouement ? Est-ce que vous avez besoin de faire vraiment de la publicité ? Et d’ailleurs, quel type de publicité vous faites ? Quels types de posts ? Comment vous annoncez ça ?
Anne : alors avant, on avait un compte Twitter qu’on a fermé, pour diverses raisons. On fait aujourd’hui beaucoup sur Mastodon, parce que c’est devenu un lieu où, effectivement, ça relaie beaucoup. Bluesky, un petit peu moins, mais on en fait quand même, sur LinkedIn, pour le côté professionnel, ça marche pas mal. Sur LinuxFR… On a notre poste tous les ans aussi, où ça nous donne pas mal de retombées. Et généralement, ça suffit. Et après, c’est beaucoup, beaucoup de bouche à oreille.
Walid : les sociétés qui sont partenaires, qui sont sponsors, elles aussi, elles font tourner dans leur propre réseau ?
Anne : tout à fait, oui.
Walid : et donc, c’est vous qui faites vous-même la communication, les posts ?
Anne : c’est très artisanal, le site, les posts. Bref, tout est fait [en interne], effectivement.
Walid : et d’ailleurs, les vidéos de la conférence, que ce soit le live ou après, où est-ce qu’on peut les trouver ? Moi, je les mettrai après, tout en description, bien entendu.
Anne : le live, en fait, on diffuse le lien tous les jours pendant la conférence sur tous les supports de réseaux sociaux qu’on peut utiliser. Donc, c’est un essai que ce soit accessible rapidement. Et puis ensuite, les vidéos, c’est une chaîne YouTube. Alors, on nous a reproché pas mal, effectivement, d’utiliser ce média-là. On est très peu nombreux. On n’a pas beaucoup de temps, forcément, de tester d’autres solutions. Peut-être qu’il y en a d’autres qui seraient préférables. Je ne sais pas. En tout cas, là, ça fait le job. Et effectivement, toutes les vidéos depuis le départ sont sur YouTube, sur la chaîne de Kernel Recipes.
L’investissement en terme humain pour l’organisation
Walid : OK, ça marche. On en a un peu parlé, mais moi, ce qui m’intéressait, c’était tout faire comprendre aux gens, organiser une conférence pareille, qu’est-ce que c’est en termes d’investissement humain, personnel ? Est-ce que c’est un travail qui est condensé sur les 3, 4, 5 derniers mois avant la conférence ? Est-ce que c’est un travail sur toute l’année ? Est-ce que c’est un travail où tu peux le faire sur ton temps professionnel ou alors tu es obligé d’en faire aussi un peu à côté sur ton temps personnel ? En gros, pour donner un peu une idée aux gens, organiser un truc pareil, qu’est-ce que c’est en termes d’investissement ?
Anne : alors, on est très peu sur la conf. Globalement, si je devais résumer, il y a moi, qui fait toute la préparation en fait. Il y a Erwan, mon mari, qui fait ça aussi par passion sur cette conférence, qui m’aide à chasser un peu les sponsors, à faire de la com, et surtout le jour de l’événement.
C’est à peu près tout. On n’est pas nombreux, donc on s’évite beaucoup de discussions interminables qui ne sont pas forcément très constructives et on gagne beaucoup de temps là-dessus, je pense.
Après, c’est un boulot qui s’étale de début janvier jusqu’à fin septembre. Donc début janvier, c’est le démarrage de la recherche des sponsors, les relances, la fabrication de la plaquette (ça on les fait faire quand même pour avoir quelque chose d’à peu près correct), pour présenter justement la conférence aux nouveaux sponsors.
C’est la recherche du parrain aussi, pour chaque année, et puis ensuite l’élaboration de l’agenda, c’est ça qui prend le plus de temps. Et ce temps-là, il est très éclaté et peut être très condensé. C’est la journée, le soir, parfois la nuit, quand on n’est pas sur la même fuseau horaire. Et puis après, le travail redémarre vraiment au début septembre, où là, c’est les derniers éléments de préparation, la salle, les sponsors, les budgets, le repas, etc.
Walid : ça vous arrive qu’il y ait des gens qui vous disent non pour le parrainage ?
Anne : non, enfin, si, il y en a un qui nous a dit non, mais parce qu’il n’était pas dispo en fait l’année en question et que ce serait l’année suivante. Mais non, pour le moment, on n’a eu que des oui.
L’édition Kernel Recipes 2026
Walid : ok. Et justement, sur cette année 2026, à quoi on peut s’attendre ? Est-ce qu’il y a des particularités ? Donc le programme est déjà en ligne ?

Anne : le programme est en ligne. Il est quasiment complet, là. Il nous manque juste des descriptifs de talk, mais quasiment tout est là.
Walid : il y en a combien ?
Anne : 20 talks sur 3 jours. Le parrain, c’est Jonathan Corbet de LWN, qui fera lui-même un talk. Ce n’est pas encore complètement arrêté son sujet, donc ça va être un peu la surprise. Et puis sur l’agenda, c’est très varié. Il y a des choses sur le développement, sur le C, sur Rust. Il y a des choses, par exemple, sur la sécurité, sur la QoS. Il y a des choses sur les outils de testing.
Il y a des choses sur l’IA, à la fois sur l’usage de l’IA, mais aussi sur les problèmes que ça pose en termes d’organisation de la communauté. On a un talk qu’on avait fait au FOSDEM qu’on avait beaucoup aimé sur Git, qui va nous permettre d’avoir ce qui est à venir sur Git, et ça, c’était hyper intéressant. Donc c’est aussi les outils qui entourent le développement du noyau. De quoi je pourrais parler ? Ça va parler de mémoire, ça va parler de bases de données, enfin bref, les sujets sont extrêmement variés.
Anecdotes à partager
Walid : est-ce que tu as des anecdotes à partager, des trucs qui se sont mal passées ou des trucs un peu rigolos à partager avec les auditrices et les auditeurs du podcast ?
Anne : alors déjà, la création autour du barbecue, déjà on trouvait ça marrant.
Il y a eu une fois une anecdote assez marrante. On a un des speakers qui n’est pas forcément un développeur sur le noyau mais qui est utilisateur plutôt. Il venait parler de son expérience, de son premier patch sur le noyau Linux et des difficultés qu’il avait rencontrées. Cette personne, avait vu son enthousiasme sérieusement douché par justement le mainteneur du réseau, qui n’est pas réputé pour être extrêmement facile sur la mailing list, mais parce que tout simplement débordé. Et il avait failli abandonner suite à ça. Et il se trouve que l’année où il a fait cette conf, il y avait dans la salle, justement, comme speaker, le mainteneur de la stack réseau.
Et pendant les soirées qui sont organisées, pendant la conférence, on les a mis en contact tous les deux. Et on a expliqué au mainteneur du réseau à quel point, effectivement, il avait très, très mal vécu ce moment-là. Et on a vu quelqu’un d’extrêmement humain se décomposer totalement et se rendre compte, effectivement, que ça pouvait avoir un très fort impact, mais en expliquant aussi qu’ils avaient un boulot absolument phénoménal tous les jours et qu’effectivement, ce qui passait à l’intérieur d’un mail, ce n’était pas forcément ce qu’ils auraient dit s’ils avaient été de visu, par exemple.
Et donc, ça donnait lieu à des discussions super chouettes, en fait, entre justement un mainteneur et un contributeur. Voilà, c’est une petite anecdote qui est assez révélatrice, je trouve, de l’état d’esprit de la conférence.
Walid : je mettrais le lien vers une autre des conférences. Je ne sais plus comment s’appelait le speaker en question, mais il avait parlé dans une de vos éditions, quelqu’un je crois de Netflix, qui avait parlé justement du sujet, du fait que quand tu arrives, tu vas peut-être te faire jeter, mais tout le monde va se faire jeter.
Et qu’en fait c’est la manière de fonctionner pour garder un certain niveau. Et parce que justement, les gens n’ont pas le temps. Donc, ce n’est pas personnel, mais juste qu’en gros, tout le monde va être traité pareil.
Anne : on se rend compte en discutant avec eux que c’est des gens qui ne travaillent pas jour et nuit, mais presque, qui n’ont pas de vacances quasiment, qui sont complètement débordés, qui sont passionnés par ce qu’ils font, et qui sont débordés tout simplement.
C’est vrai que le côté humain sur la mailing list, du coup, ça passe un petit peu à côté. Et puis sinon, on a eu, justement, avec Greg Kroah-Hartman, le mainteneur du noyau stable, on a eu une release en direct, une release Noyaux en direct. C’est-à-dire qu’il nous a fait ça avec son laptop. En fait, il a tout simplement créé en direct une version stable qui a été diffusée sur les miroirs. Donc ça, c’était le petit côté sympa, effectivement, pour montrer justement la production du noyau.
Walid : ça a été filmé, ça ?
Anne : ça a été filmé il faut que je regarde alors avec une petite mention justement, Kernel c’était dans la description de la release Kernel Recipes etc c’était rigolo.
[Autre anecdote rapportée par Anne : Paul McKenney comainteneur RCU dans le noyau qui explique la latence avec du papier toilette]

Mot de la fin d’Anne
Walid : ah ouais super, je vais encore passer du temps à regarder des conférences. Avant qu’on conclue je voudrais te laisser un mot de la fin si t’as quelque chose à faire passer, si t’as aussi des remerciements à faire ouais qu’est-ce que tu voudrais dire avant qu’on se quitte
Anne : c’est beaucoup de temps d’organiser une conférence, mais c’est un vrai enrichissement. Moi, c’est ma bouffée d’air frais dans l’année.
Dans une année où on bosse beaucoup, c’est vraiment, voilà, on va vers les autres. Et vraiment, il ne faut pas hésiter à s’engager.
Toutes les conférences recherchent des bénévoles. Je pense par exemple au FOSDEM, où ils sont constamment en recherche. Et vraiment, il ne faut pas hésiter à se présenter, à passer un petit peu de temps dessus. C’est aussi une contribution au libre. C’est comme ça qu’on fait vivre ces événements-là. Et on en manque. Donc, il ne faut vraiment, vraiment pas hésiter.
Walid : je dois avouer que pour préparer, quand je t’ai demandé à toi, Anne et à Erwan, si vous aviez déjà parlé avant tout ça, que vous m’avez donné un lien vers une vidéo sur YouTube qui a été vue par assez peu de personnes, je me suis dit, « ok, ça va être intéressant si vous n’avez jamais raconté, si toi, tu n’as jamais raconté l’histoire de Kernel Recipes, ça va être assez intéressant justement de voir ça et de partager cette expérience avec d’autres gens ».
Anne : oui.
Walid : écoute, on va s’arrêter là. C’était vraiment intéressant. Merci beaucoup. J’espère qu’on pourra t’avoir dans les années futures. Je viens de lancer, il y a quelques jours, un nouveau format de 10 minutes pour présenter une édition d’une conférence. Donc, j’espère que dans les éditions futures, tu pourras venir présenter les prochaines éditions.
Pour les auditrices et les auditeurs, je vous invite, bien sûr, à aller regarder, à lire les posts de Kernel Recipes sur LinuxFr, bien entendu, et à regarder les vidéos sur YouTube, comme j’ai commencé à faire. Après, c’est le temps qui manque…
Anne, merci beaucoup de ton temps. Et puis à une prochaine.
Anne : merci.
Walid : peut-être qu’on se recroisera dans d’autres conférences.
Anne : pas de souci, merci.
Walid : merci.
Pour aller plus loin
Production de l’épisode
- Enregistrement à distance le 11 août 2026
- Trame : Walid Nouh
- Montage : Walid Nouh
- Relecture de la transcription : Anne Nicolas & Erwan Velu
Un grand merci à Michael Opdenacker pour ses impressions et son expérience de Kernel Recipes.
Utilisation d’IA
Vous pouvez consulter notre charte IA.
Production :
- Réduction du bruit dans Audacity via OpenVino et le modèle DeepNetFilter2
- Transcription : whisper-medium
- Amélioration de la transcription : Kimi K2.6
Publication :
- Traduction en anglais des posts réseaux sociaux : Mistral-Small-3.2-24B-Instruct
- Vignette : Claude Design
Licence
Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieure











