Projets Libres : Linux sur Mobile, où en est-on ?

[Smartphone] Linux dans ton smartphone : où en est-on ?

Linux dans ton smartphone

Walid : bonjour et bienvenue sur Projets Libres, le podcast de LinuxFr.org qui parle de logiciel libre, de données ouvertes et de commun numérique. Je suis Walid Nouh et aujourd’hui, je suis ravi car avec moi j’ai Arnaud Ferraris qui est le développeur principal et le fondateur de Mobian, une distribution Linux sur smartphone et avec lui on va parler de Linux sur vos téléphones.

C’est la suite des quatre autres épisodes qu’on a faits, dont le dernier avec Fla de Framasoft qui introduit les problématiques liées à la vie privée et là maintenant on rentre un peu plus dans la partie Linux qu’on a introduite et donc avec Arnaud on va faire un panorama. On va vous expliquer où est-ce qu’on en est, les différentes possibilités que vous avez, les problèmes rencontrés, à quoi s’attendre dans le futur ou pas. Voilà, donc ça va être très sympa. Bienvenue Arnaud, bienvenue sur le podcast Projets Libres.

Arnaud : bonjour Walid et merci de me recevoir.

Présentation d’Arnaud

Walid : eh bien écoute, pour commencer, question rituelle, je vais te demander de te présenter s’il te plait. Est-ce que tu peux nous expliquer qui tu es, qu’est-ce que tu fais dans la vie d’abord ?

Arnaud : je m’appelle Arnaud et je suis globalement ingénieur logiciel embarqué sous Linux en règle générale. D’une manière générale, on va dire que je suis un geek de très haut niveau et au fur et à mesure finalement des orientations, choix de carrière, j’ai fini par m’orienter vers le logiciel embarqué et le hasard a fait que j’ai pu trouver du travail dans le domaine de Linux embarqué.

Et depuis, ça remonte à 2013, donc ça fait 13 ans déjà et depuis je continue sur cette voie. Et actuellement, je travaille chez Collabora pour des clients assez variés, ça peut être Google, Mediatek et d’autres, où justement je fais du développement assez bas niveau, au niveau bootloader [chargeur de démarrage] et noyau pour des systèmes Linux.

Walid : comment est-ce que tu es tombé dans le logiciel libre ? comment est-ce que ça s’est passé ? et c’était quand ?

Arnaud : alors c’était une très longue histoire, ça a démarré en 99 ou 2000, si je me rappelle bien. En fait, à l’époque, j’étais très jeune étudiant en première année de fac, après une prépa qui ne s’était pas forcément très bien passée. Et j’étais déjà passionné d’informatique, mais on va dire de loin. J’ai eu des ordinateurs depuis l’âge de 8 ou 9 ans, mais je m’en servais comme d’une console de jeu améliorée. Arrivant en fin d’adolescence, début d’âge adulte, j’avais envie d’aller plus loin, de comprendre comment les choses marchaient, d’apprendre la programmation. J’avais du temps libre, justement, sur cette première année de fac, donc j’ai voulu m’y mettre et j’étais sous Windows. Les possibilités pour un environnement de développement, c’était des choses comme Visual C++ de Microsoft. Il y avait aussi Borland C++ Builder. Mais on n’était que sur du logiciel propriétaire et bien évidemment payant.

J’ai fini par entendre parler de Linux et du logiciel libre sous l’aspect d’abord de la gratuité. J’ai commencé à m’y intéresser, à installer une première distro. Et au final, j’ai testé tout un paquet de distributions assez rapidement. Les distributions de l’époque, donc Red Hat, SUSE qui existaient déjà, Mandrake qui a disparu, quelques autres aussi historiques. Donc, voilà, j’ai commencé à me passionner finalement pour Linux d’un point de vue purement technique, utilisateur.

J’ai ensuite migré vers Linux From Scratch, histoire de vraiment bidouiller complètement mon système de A à Z. Ce faisant, finalement, j’ai plongé dans l’écosystème qui existait autour de Linux, l’écosystème du logiciel libre d’une manière générale. Donc, j’ai adhéré petit à petit à la philosophie et aux pratiques et aux problématiques liées à ça, sans être utilisateur exclusif de logiciel libre dans un premier temps. J’étais, comme on dit, un pragmatique. Et notamment, pendant toute une période de, je crois, 2003 à 2010, j’ai utilisé macOS, qui était à l’époque un système assez révolutionnaire parce qu’une base Unix, un système avec lequel on pouvait bidouiller, dans lequel on pouvait aller farfouiller et configurer un petit peu à sa sauce dans une certaine mesure. On n’avait bien sûr pas le degré de personnalisation qu’on avait sous Linux, mais comme je n’étais plus étudiant à ce moment-là et que j’avais moins de temps aussi à consacrer, ça faisait un bon entre-deux. Et petit à petit, finalement, Apple a commencé à fermer le système jusqu’à un point où c’était devenu trop pour moi. J’ai voulu retrouver ma liberté d’une certaine façon et je suis revenu sous Linux, que je n’ai pas quitté depuis. Et j’ai la chance depuis dix ans maintenant d’utiliser exclusivement Linux au travail également. Donc plus ça va et plus je n’utilise que du libre et que des systèmes basés sur Linux.

Walid : donc là, tu ne l’as pas mentionné, mais toi, tu es fondateur de Mobian. Tu es dans l’écosystème Debian aussi. Tu es développeur Debian ?

Arnaud : alors, je suis développeur Debian, mais finalement, c’est venu grâce à Mobian plutôt qu’un inverse. J’ai mentionné mon passage Linux from scratch, tout début des années 2000. Quand j’ai voulu quelque chose d’un peu plus stable et d’un peu plus abouti quand même, j’ai fini par retester différentes distributions. C’était à l’époque où Debian version 3 est sortie, aux alentours de 2002-2003 de mémoire. Et finalement, je me suis arrêté sur Debian qui était au fond beaucoup moins compliqué à utiliser que ce qu’on en disait. Peut-être aussi parce que j’avais passé deux ans à bidouiller des scripts shell, des installs de package sans package justement sur mon PC. Mais en tout cas, ça m’a paru nettement plus accessible que ce qu’on en disait. Et un système dans l’ensemble extrêmement bien fait avec notamment le gestionnaire de paquets, apt, qui, à l’époque, était assez révolutionnaire. Les distributions basées sur RPM, comme Red Hat ou Mandrake à l’époque, n’en avaient pas encore, ou alors c’était vraiment les tout débuts.

Le gestionnaire de paquets qui pouvait tout simplement télécharger un paquet avec toutes ses dépendances depuis Internet et l’installer en une commande sur son système. Donc depuis 2003, je dirais, j’utilise Debian comme distribution Linux de référence. Et au fil du temps, à chaque fois que j’ai eu une nouvelle machine à mettre en place, que ce soit un petit serveur à la maison, un media center ou quoi, mon réflexe immédiat, ça a toujours été « ok, est-ce que je peux installer Debian dessus et comment ? ».

Qu’est-ce que Linux sur mobile ?

Walid : ça nous amène à la première partie qui est pourquoi mettre Linux sur un smartphone ? Déjà, est-ce que tu peux expliquer ce qu’on appelle Linux sur un smartphone, sur un mobile ? S’il te plait.

Arnaud : il y a plusieurs façons de faire tourner Linux sur un téléphone. La première, ça va être par exemple, sous Android, d’utiliser une machine virtuelle qui fasse tourner un Linux. La deuxième, c’est quelque chose qui est utilisé par d’autres distributions orientées mobiles comme Ubuntu Touch par exemple, où on prend finalement le noyau et les services bas niveau d’Android et par-dessus, on fait tourner un système plus proche d’une distribution Linux classique avec la glibc, donc la libc du projet GNU en général et tous les utilitaires auxquels on va être habitué. Et la troisième façon de faire qui est celle dont je parle quand je parle de Linux sur mobile, globalement cette acceptation qui est répandue dans la communauté Linux mobile, c’est tout simplement de faire tourner un noyau Linux dérivé du noyau mainline, donc le noyau maintenu par Torvalds, avec assez peu de patchs par-dessus, quelques dizaines, voire quelques centaines dans le pire des cas. Cela peut paraitre beaucoup, mais on y viendra surement plus tard, c’est quelque chose quand même de vraiment très réduit finalement. Et donc faire tourner un noyau Linux standard qui ne vienne pas d’Android, qui ne soit pas fourni par un fabricant de téléphone Android, avec finalement toutes les utilitaires et les applications de l’espace utilisateur qu’on a dans une distribution classique comme Debian ou Fedora.

Walid : donc je disais là, quand on parle de distribution Linux sur un smartphone, sur un téléphone portable, en fait on parle de porter une distribution existante sur un téléphone. Pour les gens qui veulent savoir la différence entre un téléphone et un ordinateur, on en parle l’épisode avec Fla de Framasoft, où on fait toute une partie sur quelle est la différence entre un téléphone et un ordinateur, voilà en termes de composants, en termes d’écosystèmes, etc.

Arnaud : l’idée est effectivement de porter des distributions existantes comme Debian, Fedora ou même Arch. Donc il y a plusieurs projets dans ce sens. En bénéficiant finalement de tout le travail qui est déjà fait par les distributions elles-mêmes sur l’empaquetage des logiciels, sur la gestion des dépendances, sur l’infrastructure aussi de compilation et tous les outils qu’on va avoir pour créer finalement la distribution elle-même, tout en l’adaptant aux spécificités du mobile, qui au fond ne sont pas si différents que ça des ordinateurs, on va dire au niveau élémentaire.

Et la différence d’ailleurs est de moins en moins importante, notamment avec des machines comme les ordinateurs portables sur base de processeurs ARM, où on retrouve exactement les mêmes problématiques que ce qu’on a dans le mobile. C’est-à-dire déjà un processeur d’une architecture ARM, donc qui est une architecture différente des PC habituelles, mais surtout le fait qu’on ait un certain nombre de périphériques intégrés dans le processeur. Cela inclut notamment la carte graphique, mais également la carte son parfois, tout un tas de blocs qui ont besoin d’un driver spécifique. Et là où c’est compliqué, ça a été que pendant très longtemps, les fabricants de processeurs mobiles ne jouaient pas le jeu de l’upstreaming, c’est-à-dire de reverser leurs modifications au noyau Linux de référence.

Les choses sont heureusement en train de changer, notamment par exemple chez Qualcomm, on a beaucoup de travail qui est fait pour que les processeurs les plus haut de gamme soient supportés par le noyau Linux de [Linus] Torvalds, tout simplement parce que ça leur donne un avantage compétitif aussi. Ça leur permet de mettre en avant cela auprès de leurs acheteurs professionnels en particulier, mais aussi dans l’IoT et l’automobile. Autant un fabricant de téléphone va vouloir que les gens renouvellent leur téléphone tous les deux ans, et donc au bout d’un an ou deux, on arrête de supporter tel modèle, parce que de toute façon, on veut que les gens le remplacent, on veut vendre tout simplement. Autant dans l’automobile, c’est quelque chose qui n’est pas envisageable. Une voiture, la vocation a resté en état de marche pendant au moins une dizaine d’années, et un fabricant automobile va demander spécifiquement au fabricant du processeur d’assurer un support logiciel sur une durée qui est quand même assez longue, et extrêmement longue, même si on prend comme référence la durée de vie des téléphones.

Arnaud Ferraris

Donc il y a du changement, j’ai parlé de Qualcomm, Mediatek qui est l’autre gros fabricant de puces pour téléphones, essaye aussi d’attaquer les marchés IoT et automobiles, et du coup se retrouve confronté aux mêmes problématiques, et doit aussi s’adapter en participant à l’upstreaming d’un certain nombre de processeurs. Donc les choses de ce côté-là sont en train de changer.

Mais au-delà du processeur, il y a aussi tous les périphériques physiques qui vont être raccordés. L’écran en général a besoin d’un driver spécifique. On est aussi dans une architecture qui n’utilise pas les mécanismes qu’on a sur X86, comme UEFI au niveau du BIOS, ACPI, notamment la gestion de l’énergie, mais aussi pour, en fait on a des tables ACPI, qui sont des tables de données, qui répertorient le matériel présent sur un ordinateur. Et donc ça c’est fait par le BIOS, c’est à disposition du système d’exploitation, et donc sur un PC, Windows comme Linux vont aller regarder dans ces tables ACPI pour dire j’ai tel matériel disponible sur la machine, donc je vais utiliser tel driver pour tel élément.

C’est quelque chose qui, en règle générale, n’est pas présent sur les machines ARM, donc on doit utiliser d’autres mécanismes, en l’occurrence le Device Tree, qui est initialement un fichier texte qui décrit en fait le matériel sous forme arborescente, mais ça implique d’avoir un bootloader, donc en quelque sorte un BIOS par machine. Sur les téléphones portables, ce bootloader ne fournit pas de table ACPI, donc on est obligé de trouver un autre moyen et donc d’embarquer finalement le Device Tree avec le kernel pour avoir une image noyau, on va dire, par machine. Donc ça fait partie des difficultés qu’on a sur les téléphones par rapport aux ordinateurs.

Walid : ça fait du boulot.

Arnaud : ça fait effectivement du boulot, et je dirais même que c’est l’essentiel finalement du boulot de porter une distribution Linux sur mobile. La plupart des grandes distributions maintenant, notamment avec l’arrivée des portables ARM, génèrent des paquets ARM64, donc des paquets binaires qui peuvent être exécutés sur ces machines. Très clairement, les paquets qui sont prévus pour un ordinateur portable ARM sont utilisables tels quels sur un téléphone portable de la même architecture. Il n’y a aucune différence. La seule variation, le seul élément logiciel qui va varier entre une machine et une autre, quel que soit son form factor, on va dire, ça va être le noyau lui-même, le binaire du noyau, et en particulier le device tree. Mais du coup, par exemple au niveau Mobian, on a seulement une vingtaine de paquets Debian qui font partie exclusivement de Mobian. Tout le reste vient directement des archives Debian, et on se contente soit de les maintenir directement dans Debian, soit de finalement compter sur le travail d’autres développeurs Debian pour empacter ces logiciels, et on va se servir dans les FTP Debian au moment de mettre à jour ou de construire le système.

Pour quelles raisons mettre Linux sur un smartphone ?

Walid : une question plus fondamentale, la question c’est pour quelle raison on souhaiterait pouvoir mettre Linux sur un smartphone ? Qu’est-ce qui fait qu’un smartphone Android, on a envie de changer pour mettre Linux dessus ? Qu’est-ce qu’on gagnerait à faire ça ? J’aurais dû commencer par cette question d’ailleurs.

Arnaud : ça dépend effectivement beaucoup des utilisateurs. En ce qui me concerne, la raison numéro un, c’est tout simplement parce que je peux, parce que c’est rigolo, et parce que ça me permet finalement de faire comme avec toutes mes machines. Comme je le mentionnais plus tôt, j’utilise Debian sur tous mes PC, mes serveurs, etc. Et donc pourquoi pas sur mon téléphone aussi ? Finalement, ce n’est jamais qu’un ordinateur dans un format de poche. La motivation personnelle, à la base, c’est ça. Et donc ça peut être une des raisons d’utiliser Linux sur mobile.

Une autre raison, c’est le contrôle total qu’on va avoir sur le système. Que ce soit avec Apple ou avec Google, on est toujours dans un cas de figure où le distributeur, le développeur principal, en tout cas l’entreprise qui gère le système d’exploitation, contrôle les éléments bas niveau. Sur Android, à part les quelques projets complètement open source qui existent, et qui dans l’ensemble fournissent une base complètement open source, on va avoir toujours des services propriétaires, et des applications propriétaires qui vont tourner en tâche de fond, et dont on ne sait pas finalement ce qu’ils et elles font. On a beaucoup de fuites, entre guillemets, de données. Je mets fuites entre guillemets parce que c’est le fonctionnement normal, en fait, de l’application. Le fonctionnement normal d’Android, c’est d’envoyer la position GPS du téléphone à Google à chaque instant. Et finalement, dans ces systèmes d’exploitation-là, tout est fait pour récolter un maximum de données. Un OS mobile, c’est avant tout un aspirateur à données personnelles. Donc, installer un système purement Linux sur mobile, c’est déjà s’affranchir de ça. C’est garder le contrôle de ses données et garder le contrôle de son informatique. Et donc, par corollaire, quand on s’inquiète aussi du respect de sa vie privée, c’est le moyen, on va dire, assez ultime de protéger sa vie privée.

Arnaud Ferraris

Walid : est-ce que tu vois d’autres raisons supplémentaires qui te pousseraient à faire ça ? Je pense en particulier, une des problématiques principales qu’on a avec Android, c’est qu’en fait, le fournisseur de ton téléphone, il te fournit un téléphone Android avec une version du noyau Linux. Et cette version du Linux, elle bouge assez peu finalement pendant la vie du téléphone, peut-être une ou deux mises à jour, qu’en maximum ?

Arnaud : donc, le noyau Linux à jour est un des arguments, notamment en termes de sécurité, parce que typiquement, les noyaux Android fournis par les fabricants, déjà quand le téléphone sort, c’est un noyau qui a plusieurs années, on va dire au minimum deux à trois ans. On parle d’un noyau qui a un support à long terme, qui va être modifié notamment par Google pour ajouter un certain nombre d’éléments spécifiques à Android, puis par le fabricant du processeur pour ajouter le support de la puce, puis finalement par le fabricant du téléphone lui-même pour ajouter les drivers manquants, que ce soit par exemple pour l’écran, les amplis audio, le lecteur d’empreintes digitales, etc. Donc, on se retrouve déjà avec un noyau Linux qui est assez ancien dès la sortie du téléphone. Ensuite, il va être mis à jour en général sur la même branche du noyau Linux. Donc, par exemple, à l’heure actuelle, on va avoir des téléphones qui sont peut-être vendus avec un noyau 5.4 ou 5.10. Et on va rester sur cette version-là. On va juste prendre les mises à jour qui sont du noyau stable, on va dire du noyau LTS, donc Long Term Support de Linux. Mais cette version LTS, elle a aussi une date de fin de vie. Et au bout d’un certain moment, on finit par ne plus avoir de support du tout de la communauté Linux pour ce noyau. Typiquement, à l’heure actuelle, le dernier noyau LTS le plus ancien, c’est la 5.10. Et je pense que le support va s’arrêter 5.10 comme 5.15. Le support s’arrête à la fin de cette année.

Donc, ça veut dire que si vous avez déjà un téléphone avec un noyau 5.4 ou plus ancien, il n’y a déjà plus un seul correctif de sécurité qui est issu pour ce noyau-là. Donc, ça pose déjà potentiellement un problème de sécurité. En plus, comme ce sont des noyaux qui sont très lourdement modifiés, on parle de plusieurs millions de lignes de code ajoutées par Google et les différents fabricants, c’est des noyaux qu’on ne peut tout simplement pas, en tant qu’acteur communautaire, mettre à jour vers une version plus récente de Linux. Ça serait un travail colossal. C’est complètement hors de portée de développeurs indépendants et bénévoles comme nous.

Donc, dans le monde Linux mobile, on essaye justement de suivre les évolutions du noyau, d’avoir un nombre de patchs par-dessus le noyau mainline qui soit limité. Ça représente en général quelques dizaines de milliers de lignes de code par rapport aux quelques millions que ce que le fabricant fournit. Et du coup, c’est possible pour un seul développeur de maintenir un noyau et de le tenir à jour par rapport à la dernière version du noyau Linux officiel, sans trop de difficulté. Je sais que typiquement, en général, au niveau Mobian, quand on va faire une mise à jour d’un noyau, selon l’expérience du développeur, qui doit être quand même évidemment familier avec le noyau, mais sans être expert non plus. Et donc, selon l’expérience du développeur, ça va prendre de 2 à 6 heures pour faire un saut de version majeure, par exemple de la 6.17 à la 6.18.

Walid : toi, tu tournes quel noyau, par exemple, sur ton téléphone ?

Arnaud : j’ai un 6.18. Ok. Sachant que mon téléphone, en l’occurrence, c’est un Google Pixel 3a, qui est sorti il y a de nombreuses années [2019] et qui n’est plus supporté par Google depuis très longtemps.

Walid : un autre point qui semble évident, mais qu’il faut quand même dire, c’est que ça permet aussi de prendre des vieux téléphones et de prolonger leur durée de vie aussi.

Arnaud : absolument, on se rend compte finalement que des téléphones qui sont sortis il y a 6 ou 7 ans sont parfaitement utilisables sous Linux. Alors, à condition évidemment que des développeurs aient fait le travail de porter le noyau Linux mainline sur cette machine, bien sûr. Mais en termes de rapidité, de performance en règle générale, c’est des machines qui sont parfaitement utilisables. Et un des téléphones de référence de la communauté Linux mobile, c’est le OnePlus 6 qui a au moins 8 ans, il me semble, si ce n’est plus.

Les enjeux de l’utilisation d’un téléphone sous Linux au quotidien

Walid : 2018. Moi, j’ai un OnePlus 6T, c’est un quad-cœur 8Go de RAM et ça marche super bien. Avec un noyau 6.17 et ça marche vraiment très très bien. Ok, donc ça c’est super intéressant. Les auditrices et auditrices pourraient se dire, d’accord, c’est super, je vais passer sur un Linux sur mobile. Parce que ça a l’air vraiment super quoi. Mais en fait, quels sont les enjeux de l’utilisation d’un Linux sur mobile ? En gros, quels sont les points qui vont être critiques par rapport à l’utilisation d’un téléphone sous Android si tu veux utiliser un smartphone Linux au quotidien ?

Arnaud : alors, il va y avoir deux aspects. Le premier va être le support du matériel. Comme le support Linux de ces machines est développé entièrement par une communauté de développeurs bénévoles pour l’essentiel, le support matériel n’est pas forcément au top. Et le fait que chaque machine ait en général un écran différent, des capteurs caméras différents, etc. ne facilite pas les choses. Typiquement, le support des caméras dans Linux mobile est vraiment balbutiant. On a assez peu de machines sur lesquelles on peut utiliser les caméras et encore moins de machines qui nous donneraient des photos d’une qualité acceptable. Donc ça, c’est déjà un premier point puisque l’utilisation d’un téléphone comme appareil photo est devenue, on va dire, banale. Du moins dans le monde Android, iOS. Mais dans l’univers Linux, ça n’est vraiment pas le cas. Il y a quelques téléphones qui permettent de faire des photos acceptables, mais ils sont vraiment très rares et on ne peut pas considérer que ce soit un appareil photo principal. Donc, c’est déjà un premier point bloquant.

Mais le point qui est le plus problématique, on va dire, c’est que sous Linux, par défaut, on n’a pas toutes les applications propriétaires d’Android. Donc, étant donné que les utilisateurs en général sont habitués à avoir accès à tout un tas d’applications, pour ne citer que celle à laquelle je suis personnellement le confronté le plus souvent, c’est WhatsApp. Quasiment tout le monde, finalement, va partir du principe qu’on a ou on peut avoir WhatsApp. C’est quelque chose qui n’est pas vrai quand on a un téléphone Linux. Donc, il y a des possibilités d’utiliser ces applications. C’est quand même assez hasardeux, pas d’une fiabilité à toute épreuve. Et du coup, selon l’utilisation qu’on a de son téléphone, ça peut être très compliqué de garder le contact avec son entourage immédiat, avec ses proches, et ensuite de finalement trouver des alternatives à toutes ces applications propriétaires, puisque les applications en elles-mêmes, parfois, ne sont pas très compliquées, mais elles donnent accès à un réseau qui est, lui, propriétaire, où elles utilisent une API, donc une interface de programmation, de communication entre le téléphone et les serveurs du développeur de l’application, qui sont propriétaires, qui ne peuvent pas, finalement, être facilement implémentées sous Linux dans une application open source.

Walid : le client de messagerie Signal, d’un message instantané, il n’y a pas de version ARM ?

Arnaud : absolument, et le cas de Signal est très intéressant, puisque c’est une application open source. Mais la politique des propriétaires, en quelque sorte, de Signal, est de ne pas accepter de clients développés par d’autres sur leur réseau. Déjà, d’une part, ils ne fournissent pas d’application Linux ARM pour Signal : ils fournissent des bibliothèques qui permettent de s’interfacer avec leur réseau. Mais, à l’heure actuelle, elles ne permettent pas d’utiliser une machine Linux, quelle qu’elle soit, en tant que client principal pour Signal. Sur Signal, on va avoir une machine principale, une machine primaire, qui va avoir toutes les clés de sécurité. Et derrière, on va pouvoir autoriser d’autres machines, donc qui pourront être des PC sous Linux ou autres. Et donc, pour Signal, on ne peut pas avoir un Linux en tant que machine primaire. Ça peut évoluer, mais ça nécessite d’avoir une machine Android ou iOS en tant que téléphone primaire pour ensuite pouvoir autoriser son téléphone Linux pour accéder à Signal.

Walid : pour ça, c’était un exemple Signal, mais il y en a plein d’autres, des exemples. On y viendra après, je pense, sur la partie application.

Le problème de la caméra sous Linux

Walid : L’appareil photo, c’est quelque chose d’hyper intéressant, parce qu’en fait, le capteur en lui-même, il te donne des photos, mais après, il y a tout un ensemble logiciel qui permet de retoucher la photo et de faire en sorte qu’on a des photos de bonne qualité. Et ça, en fait, toute cette partie logicielle, ce n’est pas open source, on n’y a pas accès, ce qui fait qu’entre autres, sous Linux, au mieux, tu as les photos du capteur photo.

Arnaud : absolument.

Et dans le cadre de tout ce qui est photo, ça va même encore plus loin dans le sens où, comme c’est un élément assez sensible en termes de propriété intellectuelle, ils ne veulent pas libérer le moindre code à ce sujet. Et on se retrouve finalement dans un cas où Google a mis en place un sous-système spécifique dans le noyau Linux qui permet d’utiliser des drivers en espace utilisateur, donc qui ne font pas partie du noyau. Donc même les téléphones Android qui ont un noyau basé sur Linux, qui doit donc être rendu disponible par le fabricant, les sources du noyau ne contiennent rien en rapport avec les éléments qui permettent de faire des photos.

Arnaud Ferraris

Donc ça va être les drivers, effectivement, des capteurs caméra, mais aussi sur le processeur, l’interface de communication qui est utilisée avec le capteur, et surtout l’ISP, donc c’est Image Signal Processor, donc c’est un bloc hardware dans le processeur du téléphone, qui fait tout simplement du traitement d’image, et qui implémente des fonctionnalités comme l’exposition automatique des photos, l’autofocus, la balance des blancs, etc. Et donc même ces blocs ISP n’ont pas de driver open source pour la plupart, donc les choses sont en train de changer petit à petit, mais on se retrouve avec quelque chose qui est uniquement distribué sous forme binaire dans l’espace utilisateur, et finalement, ça tourne sous Linux, certes, mais on ne peut même pas avoir un début de source là-dessus.

Les appels et le VoLTE

Walid : et il y a une dernière chose que tu n’as pas mentionné non plus, c’est toute la partie voix pour appeler et recevoir des appels, qui est aussi potentiellement assez problématique sous Linux.

Arnaud : dans l’ensemble, c’est plus un manque de familiarité des développeurs avec les systèmes audio qu’une réelle difficulté mise en place par le fabricant ou autre. En général, les drivers audio qu’on va trouver dans les noyaux downstream, des fabricants Android, sont utilisables pour comprendre comment ça fonctionne et le réimplémenter en driver mainline. L’audio sous Linux reste quelque chose d’assez complexe, et notamment, on a toute la partie Alsa (Advanced Linux Sound Architecture) derrière, avec notamment des configurations par machine pour indiquer qui est-ce qui est le haut-parleur, quel est le micro, etc., comment tout ça doit s’organiser.

Walid : donc, attends, Alsa ?

Arnaud : Alsa, ça représente essentiellement l’API du noyau Linux vers l’espace utilisateur, mais aussi un certain nombre de bibliothèques et d’utilitaires en espace utilisateur pour communiquer avec le noyau. Donc, c’est un système assez vaste, et sur lequel s’appuie toute la pile audio derrière, Pulse comme Pipewire, vont utiliser les API Alsa pour communiquer avec le noyau, etc. Du coup, tout ça fait que l’audio sous Linux est vraiment complexe.

En plus, l’audio en soi, finalement, c’est un concept assez basique, mais on se rend compte qu’il y a énormément de difficultés et de cas d’usage différents qui vont finalement rendre l’implémentation très compliquée. Donc, au niveau le plus basique, on a des développeurs qui sont tout à fait compétents, on va dire, et très bons dans la programmation noyau, etc., mais qui ne sont pas forcément familiers avec l’audio numérique. Ça, c’est un premier obstacle, mais on arrive à passer outre, on arrive à trouver des solutions, et petit à petit, à arriver à un niveau relativement correct de support.

Un point, par contre, qui est plus problématique, c’est le déploiement actuel de VoLTE, donc Voice over LTE, c’est-à-dire que la voix ne passe plus par les mécanismes habituels du téléphone portable, 2G, 3G, enfin depuis les débuts du GSM, mais sont transportés sous forme de données en 4G ou 5G. Donc le problème, c’est que c’est assez propriétaire : on n’a pas de spécification publique sur le sujet, et j’ai envie de dire que même quand on a une spécification publique dans le monde du mobile, en règle générale, ce n’est pas forcément quelque chose d’utile, puisque les opérateurs, en général, vont faire toutes sortes de choses qui ne sont complètement hors spec, et donc avoir des interfaces non standards.

Arnaud Ferraris

Un très bon exemple de tout ça, c’est le MMS ou la messagerie vocale visuelle, où chaque opérateur, finalement, va rajouter sa petite sauce et on ne va pas pouvoir faire d’application réellement universelle pour ça. Et donc, on a le même souci avec VoLTE, qui fait que ça dépend des implémentations des opérateurs. Du coup, il faut avoir le support logiciel, sachant que le modem est généralement intégré à la puce, donc qu’on n’a pas non plus une marge de manœuvre folle sur ce qu’on peut ou ce qu’on veut en faire.

Et avec l’arrêt programmé de la 3G, et donc la généralisation de VoLTE sur toutes les infrastructures mobiles, on a effectivement quelque chose de potentiellement problématique à ce niveau-là. Donc, il y a des efforts, notamment OpenIMSD ou 81Voltd, je crois. Enfin, il y a quelques projets logiciels qui visent à permettre l’utilisation de VoLTE depuis une machine Linux. Pour l’instant, ça reste très aléatoire, et pour certains utilisateurs, ça fonctionne, pour d’autres, ça ne fonctionne pas. Parfois, il faut reflasher un système Android pour pouvoir finalement le configurer pour VoLTE, et derrière, réinstaller un Linux qui utilisera la config précédemment établie. Mais dans tous les cas, on n’a pas de solution unique, universelle sur ce sujet.

L’intérêt d’Halium vs utiliser un noyau mainline

Walid : j’aimerais qu’on vienne maintenant, 5 minutes, sur les différentes approches. On en a parlé très rapidement, on en a parlé aussi un peu avec Fla dans l’épisode précédent. Ce sont les différentes approches des distributions Linux. Tu en as touché deux mots tout à l’heure en introduction : soit on part d’un noyau Linux, et dessus, on va faire sa distribution, soit on part d’un noyau Android, et on vient rajouter toute la couche des utilisateurs Linux par-dessus. Ce qui s’appelle Halium, de mémoire.

Arnaud : absolument.

Walid : quel est, d’après toi, les avantages et les inconvénients d’Halium par rapport à utiliser un noyau Linux standard ? Pourquoi on utiliserait Halium?

Arnaud : alors, l’avantage d’Halium, et ça, c’est indéniable, c’est qu’il permet d’arriver très vite à un support matériel complet. Vu qu’on utilise le noyau Android avec les couches de bas niveau d’Android également, ce qu’on appelle Hardware Abstraction Layer, donc abréviation AL, et donc ça donne Halium derrière.

On utilise finalement les drivers propriétaires qui sont fournis par le fabricant du téléphone directement, avec le noyau qu’il a lui-même concocté et qui est optimisé pour cette machine. Et du coup, on va avoir un support des caméras tout à fait raisonnable, avec possibilité d’avoir des images de qualité bien meilleures que ce qu’on a avec un « Linux pur ». On va avoir le support du capteur d’empreintes digitales, par exemple. L’audio n’est pas un problème. En règle générale, VoLTE, dont j’ai parlé tout à l’heure, fonctionne aussi de la même façon que sous Android. Halium permet d’avoir rapidement un système Linux fonctionnel et un support assez complet du matériel du téléphone pour une machine donnée.

Walid : pardon, tu sais d’où ça vient Halium? Qui c’est qui a commencé à travailler là-dessus ?

Arnaud : alors, il me semble que c’est SailfishOS. C’est quelque chose, je ne sais pas si ça date de l’époque d’avant Sailfish, donc Meego, les anciens de chez Nokia, mais il me semble que Sailfish a été très impliqué là-dedans et qu’ils ont notamment développé libhybris, qui est à la base finalement de Halium. Mais je ne suis pas certain du tout, ça mériterait d’aller fouiller un petit peu plus au niveau de l’historique [la société Jolla a embauché le développeur original de libhybris].

Mainline vs libhybris, Alfred Neumayer (conférence FOSDEM 2025)

Walid : et tu sais quelle distribution ont décidé d’utiliser Halium ?

Arnaud : oui, la plus grosse, ça va être Ubuntu Touch finalement. C’est en plus une décision assez logique de leur part, on va dire, dans le sens où Ubuntu Touch a été lancé à la base par Canonical. Donc c’est un projet d’une entreprise qui cherche à avoir un résultat, un produit à mettre sur le marché. Et déjà à l’époque, les fabricants de téléphone fournissaient un téléphone, même les fabricants, on va dire OEM, pouvaient fournir un téléphone sous Android et après à charge derrière aux commanditaires d’adapter l’Android, etc. Mais ils n’ont jamais fourni un téléphone avec un noyau Linux Mainline. Donc en tant qu’entreprise, la réponse logique, si on veut mettre sur le marché un téléphone sous Linux, c’est effectivement de prendre ce téléphone Android, derrière, de rajouter Halium et de mettre un Linux par-dessus. Donc Ubuntu Touch étant, la version actuelle étant une émanation de ça, ils sont restés finalement sur le mode de fonctionnement où on utilise Halium et ça leur permet quand même de supporter un nombre très important de téléphones avec un niveau de support matériel pour chaque qui est du point de vue d’une distribution Linux Mainline qui est assez impressionnant.

Walid : donc on a SailfishOS, on a Ubuntu Touch, c’est les deux grosses distributions qu’ils utilisent.

Arnaud : absolument.

Vers quel matériel se tourner pour avoir un expérience correcte de Linux ?

Walid : ok. Imaginons, je suis un utilisateur, je suis intéressé par tester Linux en mobile. La première chose, c’est trouver la bonne plateforme, trouver le bon téléphone. Moi, quand j’ai cherché, mon téléphone principal, je ne voulais pas y toucher dans un premier temps. Et mes téléphones de secours, ils n’étaient pas forcément supportés. Donc j’ai regardé les supports sur les sites de postmarketOS, de Ubuntu Touch, etc. Et effectivement, de tout ça, de manière un peu empirique, j’en suis arrivé à me dire « ok, bon, un Oneplus 6 ou 6T, ça a l’air bien ». Mais globalement, qu’est-ce qu’on peut se dire si on veut faire du Linux sur mobile et avoir une expérience correcte ? Vers quelle plateforme tu te tournes ?

Arnaud : ça, c’est une très bonne question. Je dirais qu’effectivement, ce que tu as mentionné, donc One plus 6 et 6T, ça fait partie des machines de référence.

Walid : pourquoi ça fait partie ? C’est le support du processeur qui est bon ? Qu’est-ce qui fait qu’on en est arrivé un peu partout  à voir des gens qui disent « moi, j’ai un One plus 6 ou 6T ?

Arnaud : alors, en fait, le Oneplus 6 est basé sur un processeur Snapdragon 845 de chez Qualcomm. Et il se trouve que Qualcomm avait sorti, à l’époque où ce processeur était leur haut de gamme, une carte de développement, Dragon Board 845C, si je ne dis pas de bêtises. Et donc, comme c’était une carte de développement qui se voulait une carte de référence pour tout type de développeurs, afin promouvoir aussi les processeurs Qualcomm auprès de développeurs embarqués, plus traditionnels, etc, ils ont missionné Linaro pour supporter finalement cette carte de développement, et donc ce processeur, dans le noyau mainline. Donc, ce qui fait que le Oneplus 6 est si populaire, c’est d’une part qu’ils utilisent un processeur qui avait déjà un support matériel dans le noyau Linux qui était existant, et d’assez bonne qualité.

Ensuite, c’est le hasard qui a fait que certains développeurs avaient ce téléphone. Ils se sont dit : « le processeur est déjà supporté, qu’est-ce qu’on peut faire nous de notre côté pour l’utiliser vraiment en tant que téléphone ? ». Et il y a une communauté qui s’est créée autour de ça. Et finalement, ça a jeté les bases du support communautaire des processeurs Qualcomm, en tout cas des téléphones à processeurs Qualcomm. Parce que derrière, il y a eu un certain nombre d’autres développeurs qui s’y sont intéressés, qui se sont rendus compte que « ah tiens, le processeur que j’ai, ce n’est pas un 845, mais il est quand même dérivé de celui-ci ». Et finalement Qualcomm, comme tous les fabricants de processeurs en général, réutilise les blocs matériels d’un processeur à l’autre. Ils vont rajouter des cœurs, ils vont les rendre plus rapides, ils vont changer une ou deux choses. Mais c’est toujours incrémental des variations sur un même produit. Et à partir du 845 qui était bien supporté, on a pu avoir le support d’autres processeurs, le Snapdragon 670 par exemple, qui est utilisé dans les pixels 3A et 3A XL, d’autre part, on a Fairphone qui a sorti le Fairphone 5 avec un processeur orienté IoT, mais qui est un dérivé d’un processeur Qualcomm qui était sorti il y a quelques années, le 7C Gen 2 je crois, qui était pressenti pour être intégré dans des Chromebooks. Et donc Google, en tout cas la division Chrome OS à l’époque, imposait aux fabricants du processeur d’implémenter un support upstream pour le processeur, s’il voulait avoir une chance d’être intégré dans des Chromebooks.

Donc le travail d’upstreaming pour le Snapdragon 7C Gen 2 a été fait également. Et comme le processeur du Fairphone 5, tout comme le Shift 8 d’ailleurs, étant basé sur le même processeur, juste sous une appellation différente, ça permet d’avoir un support matériel déjà relativement avancé pour ces machines-là. Et finalement, on se retrouve dans un cas où de plus en plus de processeurs de base, en tout cas chez Qualcomm, sont supportés dans le noyau mainline. De plus en plus de développeurs s’y intéressent, décident d’implémenter les drivers pour l’écran tactile et deux, trois autres petites choses, ça devient presque exponentiel finalement en termes de nombre de machines supportées et d’architecture matérielle supportée par le noyau mainline.

Walid : je mettrai dans la transcription des liens vers, je pense, conférence du FOSDEM de cette année sur le support de, je ne sais plus quelle version, de processeur Qualcomm, mais il y a toute une conf assez technique là-dessus qui est assez intéressante. Je mettrai les liens dans la transcription.

Conférence sur le travail de portage sur un SoC Qualcomm (Neil Armstrong, FOSDEM 2026)

Walid : le cas de Fairphone est intéressant puisque déjà, ils ont Luca [Weiss], un de leurs développeurs, qui est un des core développeurs de PostmarketOS, dont on parlera après. Il fait un travail, je crois que ce n’est pas forcément le seul d’ailleurs là-dessus, de portage des Fairphones dessus. Donc ça aussi, même si ce n’est pas, ça aussi certainement pour but d’avoir un support correct de ces téléphones qui, en plus de ça, sont là pour durer un certain temps.

Arnaud : absolument, côté Fairphone, on a effectivement une vision de support à long terme, et ça inclut potentiellement, c’est plus au stade expérimental de leur côté, mais ça inclut potentiellement l’utilisation d’un noyau Linux mainline pour s’affranchir des difficultés de maintenance des noyaux de fabricants Qualcomm, etc. Ils ont une vraie volonté là-dessus, et en plus de ça, effectivement, le fait que Lucas soit développeur Postmarket OS et employé par Fairphone en même temps, permet d’avoir un support encore meilleur, en tout cas potentiellement meilleur, puisque en tant qu’employé Fairphone, Lucas a accès à des documentations techniques et à des schémas électroniques qui ne sont généralement pas disponibles pour les développeurs de la communauté.

Walid : oui, ce que je voulais dire, c’est qu’en fait, à partir du moment où tu as fait une fois le travail du support matériel et qu’il est mis dans le noyau Linux mainline, après, c’est gagné, quoi.

Arnaud :

absolument, une fois que c’est upstream, c’est quelque chose qui n’est plus à faire, et en plus, au sein de la communauté mobile, quasiment tout le monde communique. Donc, finalement, ce que va faire un sur une machine va pouvoir être, d’une part, facilement porté sur une autre distribution, par exemple, mais aussi facilement essaimé sur d’autres machines. Et le support des caméras, dans ce cas-là, est un très bon exemple. Dans le sens où on a un certain nombre de développeurs qui se cassaient les dents dessus, jusqu’au jour où il y en a un ou une qui a trouvé une solution qui fonctionnait sur sa machine, qu’il a publiée, les autres sont allés regarder, s’en sont inspirés, et on se retrouve à un point où, trois ans en arrière, on était quasiment tous persuadés qu’on n’aurait jamais de support de caméra sur les téléphones basés sur le puce Qualcomm. Et maintenant, quasiment tous les nouveaux téléphones supportés sous Linux gagnent le support des caméras avant le support de l’audio.

Arnaud Ferraris

Donc, il y a une évolution très rapide et toujours très positive, ce qui est sème sur l’ensemble de l’écosystème dès qu’on a trouvé une solution qui fonctionne sur une machine ou une famille de machines.

Les environnements de bureaux disponibles

Walid : si maintenant, on passe à une des couches au-dessus, c’est-à-dire la couche des environnements de bureau, qu’est-ce qu’on va retrouver comme environnement de bureau, comme type d’environnement de bureau différent ? Est-ce qu’on va retrouver les mêmes environnements de bureau qu’on trouve sur un desktop Linux, mais version mobile ? Est-ce qu’on va en trouver d’autres qui sont spécifiques ? Qu’est-ce que tu peux nous dire sur ce sujet ?

Arnaud : ça reproduit finalement assez bien ce qu’on a sur les ordinateurs plus classiques, dans le sens où on a des environnements qui sont basés sur les technologies KDE, d’autres qui sont basés sur les technologies GNOME, et d’autres encore qui sont complètement différents. On n’aura pas exactement les mêmes environnements, mais en tout cas, on aura quelque chose de très proche dans le sens où les technologies sous-jacentes sont de toute façon les mêmes.

Et donc, par exemple, d’un côté, on va avoir [KDE] Plasma Mobile, qui est une version mobile de Plasma Desktop. L’essentiel des briques logicielles est identique, mais on va avoir des petites différences, comme par exemple le compositeur ou le lanceur d’application, qui sont vraiment faits pour mobile, parce que l’ergonomie est quand même très différente. On a uniquement un écran tactile à disposition, pas de clavier ni de souris. Donc, il y a des choix d’ergonomie qui sont différents. Mais finalement, l’essentiel des briques logicielles vont être identiques.

Environnement Plasma mobile (source : Phoronix)
Environnement Plasma mobile (source : Phoronix)

Et de la même façon, on va avoir le pendant GNOME. Donc là, pour le coup, on a deux environnements. Phosh, qui utilise les technologies GNOME, notamment les processus en tâche de fond, mais la partie visuelle, le compositeur, est basé sur Wayland. Le compositeur et l’environnement graphique, d’une manière générale, sont des projets spécifiques, vraiment dédiés au mobile. GNOME Mobile, c’est pour l’instant, un fork de GNOME Shell, avec une volonté quand même des développeurs, d’intégrer petit à petit leurs modifications dans GNOME Shell, et donc faire en sorte que le GNOME pour bureau puisse être installé tel quel sur un mobile, et fonctionner, s’adapter finalement en termes de fonctionnement, et fournir une interface tactile utilisable [voir cette conférence du FOSDEM 2026].

Environnement Phosh, basé sur GNOME (source : Alternativeto)
Environnement Phosh, basé sur GNOME (source : AlternativeTo)

Donc on a déjà les deux gros environnements de bureau habituels, qui sont disponibles, sous une forme ou une autre, sur mobile. Et à côté de ça, on va avoir les outsiders, je pense notamment à SXMO, qui est un projet complètement différent, qui réplique finalement, l’expérience utilisateur, en tout cas qui a vocation à répliquer, l’expérience utilisateur, des Tiling Window Manager, donc i3, Sway et compagnie, avec une utilisation assez extrême, des mouvements, à 1, 2, 3, 4 doigts, sur l’écran, pour différentes fonctionnalités.

On a aussi un environnement, qui est un petit peu différent, qui est Lomiri : c’est l’environnement graphique, Ubuntu Touch, qui est dérivé de Unity, qui existait avant sur Ubuntu. Donc voilà, là on a les principaux, les principaux environnements mobiles.

Environnement Lomiri d'Ubuntu Touch (source : wikipedia)
Environnement Lomiri d’Ubuntu Touch (source : wikipedia)

En général, les utilisateurs et utilisatrices vont souvent s’orienter vers Plasma Mobile, ou Foch, selon qui viennent de l’écosystème GNOME, ou KDE.

Walid : j’avais commencé par KDE Mobile, et puis en discutant avec les gens de PostmarketOS sur leur stand, du FOSDEM, ils m’ont dit « tu devrais essayer Phosh quand même ». Et effectivement, j’ai mis Phosh, et c’est quand même, je trouve que c’est personnellement un peu plus abouti, en tout cas sur le téléphone que j’ai, ça marche vraiment bien pour le coup. C’est vraiment très utilisable.

Arnaud : oui, je suis assez d’accord avec ça. Ceci étant, il y a eu quand même beaucoup de progrès côté Plasma Mobile dans les deux dernières années, je dirais. Globalement, quand on était sur Plasma version 5, il y avait énormément de bugs, et c’était clairement pas abouti, mais justement, ça venait beaucoup du fait qu’il y avait beaucoup de briques logicielles qui étaient spécifiques au mobile. À partir de Plasma 6, et en particulier 6.2, ils ont réussi à intégrer un certain nombre de ces briques spécifiques au mobile dans le Plasma Desktop de base, et donc finalement, ça permet d’avoir plus de développeurs impliqués, plus d’utilisateurs, de corriger les bugs, donc déjà de repérer les bugs plus facilement, et de les corriger plus facilement aussi. Donc, effectivement, j’ai aussi cette expérience du fait que Phosh soit beaucoup plus abouti et plus utilisable au quotidien. Ceci dit, pour les inconditionnels de KDE, il faut noter qu’il y a beaucoup de progrès qui ont été faits dans les deux dernières années, je pense, sans l’avoir vraiment utilisé récemment, que Plasma Mobile est maintenant à un stade où il peut être utilisé quotidiennement. Je sais que typiquement, un des contributeurs de Mobian utilise Plasma Mobile au quotidien, et c’est d’ailleurs lui qui nous aide le plus pour corriger les bugs et mettre en place ce support-là.

Walid : toi, tu utilises Phosh?

Arnaud : j’utilise Phosh, oui, depuis que j’ai commencé sur Linux Mobile, tout simplement parce que, déjà de base, je suis plus GNOME que KDE, mais aussi que j’ai démarré, on va dire, mon voyage Linux Mobile, bientôt six ans, et qu’à l’époque, il n’y avait vraiment que Phosh qui était utilisable.

Les applications sous Linux mobile

Walid : alors, si on continue à remonter, et maintenant, on parle des applications. Là, c’est un gros suje., Ce qu’on a dit tout à l’heure, c’est que même si, on va en parler après pour expliquer qu’il y a quand même quelques moyens de le faire, globalement, on se retrouve avec un Linux. Ce n’est pas un Android, donc par défaut, sans rien faire, on ne peut pas faire tourner d’applications Android.

Les applications, c’est un vrai sujet, à la fois parce que la suite du desktop Linux, elle fournit des applications, et donc, il faut trouver la bonne pour faire ce dont on a besoin. Un des exemples, c’est pour écouter des podcasts, j’utilise Antennapod sur Android et il n’y a pas de version Linux. Finalement, j’ai découvert qu’il y avait GNOME Podcasts, c’est très sympa, et je me suis mis à utiliser GNOME Podcasts sur le téléphone sous Linux.

Donc, il y a un travail à faire de toutes les applications : j’utilise KeepassXC, sur mon desktop Linux [et KeepassDX sur Android]. Donc, le client pour KeepassXC existe sous Linux, mais l’interface n’est pas du tout adaptée au téléphone. Donc, on se retrouve avec un client qui est complètement inutilisable. En cherchant, je suis tombé sur Secret, qui est une autre application, pareil, qui supporte le format Keepass et qui fonctionne très bien.

Donc, en fait, il y a à la fois des applications qui existent, d’autres qu’on peut utiliser tel quel, mais qui ne sont pas du tout adaptées au mobile, d’autres, c’est comme Signal, qui n’existent pas. Qu’est-ce que tu peux nous dire un peu là-dessus ?

Arnaud : déjà, un premier point, c’est quand on est sur les environnements, les deux gros environnements que sont KDE, GNOME, ou du coup, Plasma Mobile et Phosh sur mobile, on bénéficie quand même d’un écosystème assez complet, d’applications qui sont faites pour fonctionner ensemble et qui sont mises en avant : telle application correspond à ça, notamment dans l’écosystème GNOME que je connais le mieux. On a un client pour les podcasts comme tu le mentionnais, on a un agenda, on a un gestionnaire de contacts, etc. avec une volonté en plus des développeurs d’adapter leur application au mobile.

Donc, on a finalement beaucoup d’applications basiques qui fonctionnent d’emblée, qui sont exactement les mêmes applications que sur desktop. Mon agenda est le même sur mon ordinateur portable et sur mon téléphone. Pour les contacts, pareil, le navigateur, c’est la même chose. Donc, on a quand même déjà un certain nombre de solutions et si on se limite à l’écosystème, on va dire, de l’environnement graphique qu’on utilise, on est déjà bien pris par la main pour savoir quelle application installer et qu’est-ce qui devrait fonctionner sur mobile. Donc, ça, c’est déjà le premier point positif quand même sur le sujet.

Ensuite, on va avoir des applications alternatives, d’une certaine façon, communautaires pour des services qui ne proposent pas d’applications natives Linux ou pas d’applications adaptées au mobile. Dans l’exemple de Signal, par exemple, on a un développeur qui travaille sur Flare, une application de l’écosystème GNOME, qui a, comme je le mentionnais plus tôt, l’inconvénient de ne pas pouvoir être utilisé en tant que client primaire pour Signal, du moins pour l’instant. Mais, voilà, les choses ne sont quand même pas si négatives que ça et on a des alternatives qui se développent. Pour Matrix, qui est très utilisé dans la communauté, on va avoir des clients comme Fractal, côté GNOME ou Nheko, il me semble, côté KDE.

Walid : il y a Tuba pour Mastodon.

Arnaud : absolument.

Walid : Tuba est très sympa aussi. Oui.

Arnaud : tu as effectivement Tuba pour Mastodon côté GNOME et Tokodon, je crois, côté KDE. Donc, dans l’ensemble, par rapport à ce qu’on peut faire sur un desktop Linux, on a de plus en plus de possibilités et d’applications qui fonctionnent sur les deux et qui sont donc tout à fait utilisables sur mobile. au niveau des applications plus lourdes, il y a aussi des évolutions positives. Je pense notamment à LibreOffice. Donc, on a CollaboraOffice qui est une nouvelle application qui utilise ces technologies et qui a vocation à être utilisée également sur mobile. Et donc, la petite parenthèse, je travaille pour Collabora. Donc, je promeux, évidemment, un des produits de l’entreprise mais c’est aussi parce que pour moi, ça reste une application importante d’un téléphone mobile.

Walid : je mettrai un lien vers la conférence d’une ou un de tes collègues, je ne sais plus, au FOSDEM de cette année qui parle justement du travail de portage de CollaboraOffice. Tout ça vient et les difficultés rencontrées, etc. C’est assez intéressant. Je l’ai essayé, effectivement. Il y a encore du travail mais c’est assez intéressant les perspectives.

Arnaud : il y a encore deux ans, utiliser un LibreOffice ou assimilé sur mobile sur Linux mobile était du domaine du doux rêve. On n’y est pas encore mais à l’heure actuelle, on s’en rapproche. Donc, finalement, l’écart entre ce qu’on peut faire entre un ordi Linux et un mobile Linux se réduit de plus en plus. Après, on a effectivement tout un certain nombre d’applications auxquelles on a accès sur les OS propriétaires qui ne sont pas disponibles sous Linux. Alors, dans beaucoup de cas, il faut modérer ça parce que finalement, les applications sont souvent juste une façon différente d’accéder à un site web. Pour un certain nombre de services, on a derrière un site web qui est utilisable sur desktop et donc sur Linux mobile aussi. Mais on a encore effectivement des cas où, mais si on n’a pas un site web classique, on ne peut tout simplement pas utiliser le service sous Linux. Je prends typiquement l’exemple des vélos en libre-service. Il y a quelques années, on se rendait à une borne, on achetait un ticket sur la borne et on prenait le vélo. Maintenant, ça passe par appli mobile et donc, dans ma ville en tout cas, à Toulouse [vélôToulouse], je ne peux pas prendre de vélo en libre-service sauf sur certaines bornes très rares, en général, et pas forcément bien fournies qui fournissent toujours ce service d’impression de ticket à la demande. Mais pour le reste, c’est une appli mobile propriétaire inaccessible pour les utilisateurs de Linux.

Waydroid, pour avoir les apps Android sur son téléphone Linux

Walid : donc, soit on a une application native Linux dont l’interface est optimisée pour l’application mobile qui existe, soit il n’y en a pas mais le service qu’on veut fournir une version web et on peut utiliser la version web. La troisième possibilité, c’est un autre projet qui s’appelle Waydroid et qui, lui, va permettre de faire tourner des applications Android sur son Linux, que ce soit son desktop ou téléphone.

Logo Waydroid : Android dans un conteneur

Arnaud : absolument, oui. Et tu fais bien de mentionner que Waydroid est aussi utilisable sur un desktop Linux. En fait, le principe est assez simple. Il s’agit de faire tourner réellement un système Android dans un conteneur Linux. Et donc, dans ce conteneur, on va pouvoir installer des applications Android et, par le biais de certains mécanismes, on arrive à afficher l’interface utilisateur et à lui envoyer des commandes sous l’afficheur Linux qui est sous Wayland en général. Et ça se fait de façon assez transparente. De mémoire, Waydroid utilise un conteneur LineageOS d’une version qui n’est pas la dernière. Donc, certaines applications pourraient ne pas fonctionner. il y a aussi, notamment, les services Google Play qui sont propriétaires qui ne sont pas disponibles dans ce conteneur. Et donc, du coup, on va avoir, notamment, par exemple, les applications bancaires qui utilisent un mécanisme d’authentification de Google qui permet, en fait, de vérifier l’intégrité de la machine ne peuvent pas fonctionner dans Waydroid.

Walid : quand tu installes Waydroid, en tout cas, sur mon téléphone, c’est comme ça. La première fois que tu lances, il te demande quelle image tu veux télécharger. Tu as l’image nue et tu as l’image avec les services Google. Moi, j’utilise la version nue. Et par contre, la problématique qu’il y a, c’est que, moi, dans mon cas, par exemple, le conteneur, il n’a pas accès à la caméra et il n’a pas accès non plus par défaut sans faire de manip à l’environnement de mon téléphone. tourner les applications Android. Ça tourne plutôt pas mal. J’avais un peu peur pour la batterie, mais en vrai, ça a l’air d’aller. Mais voilà, il y a des limitations.

Arnaud : absolument. Et oui, effectivement, on peut faire tourner les services Google Play, on va dire, dans ce conteneur. Mais il me semble que certains mécanismes, comme le mécanisme d’authentification de la machine, je ne connais plus le nom exactement, mais c’est…

Walid : ce n’est pas Play Protect [Android Integrity] ? Ce n’est pas les services Play Protect ?

Arnaud : non, il me semble que c’est quelque chose d’autre qui permet justement, en fait, de valider le fait que le téléphone ne soit pas routé, que le bootloader n’ait pas été déverrouillé et c’est utilisé notamment par les applis bancaires. Donc, pour avoir, soi-disant, ajouter un niveau de sécurité supplémentaire, dans les faits, c’est assez discutable, mais bon. Toujours est-il que ce service particulier d’authentification de la machine n’est pas disponible parce que forcément, on est sur un système rooté qui n’a pas un bootloader vérifié, sécurisé par Google, donc on n’aura pas ce niveau-là. Et du coup, les applications bancaires qui sont l’utilisateur principal quand même de ce mécanisme ne vont pas pouvoir fonctionner. On va avoir aussi, et ça, c’est plus inquiétant, je trouve, les applications qui sont mises en place pour la vérification d’identité numérique, comme France Identité, par exemple, qui ne devraient pas pouvoir fonctionner sur Waydroid, justement, parce qu’elles utilisent ce même mécanisme d’authentification de la machine. Et donc, on se retrouve avec des applications de services publics qu’on ne va pas pouvoir faire tourner sous un Linux et qu’on ne va pas pouvoir utiliser tout simplement par notre choix d’un OS différent. Donc ça, ça commence à être un petit peu plus tendancieux, à mon avis, que le simple fait de pouvoir utiliser ou non un vélo en libre-service.

Walid : mais ton application bancaire, c’est déjà le cas avec des ROM Customs. Je ne sais pas, si tu prends Revolut, par exemple, sur mon téléphone, sur /e/OS, Revolut, il ne marche pas. Il me dit que l’application ne peut pas fonctionner. Donc déjà, ce problème-là, on l’avait déjà avec les ROM Customs. Et de mémoire, il y a un projet qui est en train de se monter [UnifiedAttestation, voir cette dépêche de Korben] qui a été initié par, je ne sais plus si c’est les gens de Selfish, je ne sais pas, bref, de faire une espèce d’API open source concurrente pour pouvoir le proposer à des applications. Bon bref, pour l’instant, ça a l’air un peu embryonnaire quoi. Mais je crois qu’il y a un truc, j’avais vu passer un truc là-dessus.

Arnaud : oui, effectivement, ça avait popé il y a quelques semaines, je crois. C’est peut-être Sailfish ou /e/OS peut-être. Mais en tout cas, il y a effectivement une volonté d’offrir une alternative, toujours focus, par contre, sur Android pour l’instant. Donc, on ne sait pas si ça donne quelque chose, est-ce qu’on pourra s’en servir sous Linux ou non ? Ça reste encore une question ouverte. Mais effectivement, on a le même problème sur les ROM Customs et sous Linux pour ce type d’application.

La collaboration entre les projets qui travaillent sur Linux sur mobile

Walid : l’heure tourne. Si on continue notre voyage dans le monde magnifique de Linux sur mobile, il y a quelque chose qui m’intéressait de discuter, c’était la collaboration entre les projets et à différentes étapes. Ce que tu expliques depuis tout à l’heure, c’est qu’au niveau matériel, il y a de la collaboration. Donc, il y a des gens qui développent des drivers et puis qui vont être utilisés par d’autres. Il y a des gens qui travaillent sur du support de caméra et vont être utilisés par d’autres. En fait, on comprend qu’en fait, finalement, il y a de la collaboration à tous les étages, un peu ce qu’on retrouve sur un Linux depuis toutes ces années. Ça ressemble à être à peu près les mêmes dynamiques.

Arnaud : oui, tout à fait. C’est une communauté qui est tout de même relativement petite. On cherche tous à résoudre les mêmes problèmes. Très naturellement, finalement, on échange sur ce qu’on fait, sur les solutions qu’on trouve et on collabore assez naturellement sur un certain nombre de points. C’est d’autant plus le cas qu’il y a des projets aussi de collaboration de base sur le matériel, mais aussi sur l’écosystème et vers où on veut mener l’expérience Linux mobile via des contributions croisées aux environnements graphiques et parfois aux services qui vont tourner en arrière-plan pour, notamment, la gestion de l’audio.

Par exemple, un point qui a été réglé comme ça par le passé, ça a été la gestion des appels audio sur un téléphone qui est quand même un cas d’usage assez fréquent où certains développeurs ont développé un logiciel qui permettait de switcher automatiquement dans le cas d’un appel audio sur le micro intégré, le petit haut-parleur qu’on porte à l’oreille, etc. Et vice-versa quand l’appel se terminait qui a derrière été adopté par toutes les distributions Linux. Donc, on essaye en général de faire des solutions qui vont à tout le monde et de les partager, d’aider les autres à les mettre en place de leur côté s’ils ont des difficultés. Tout le monde en retire quelque chose parce que de toute façon, les autres vont avoir travaillé sur un autre détail et donc, il y a un échange et une collaboration constant sur tous ces points-là.

Walid : je n’ai pas très bien compris. Tu sais si au niveau des environnements de bureau, il y a des discussions assez haut niveau justement là-dessus ? C’est ce que tu avais l’air de dire ? Ou des collaborations au niveau, non ?

Arnaud : il y a effectivement des collaborations, oui. Dans tous les cas, même entre le monde KDE et le monde GNOME, il y a des discussions sur des mécanismes pas forcément niveau graphique, mais ça peut être qu’est-ce qu’on fait pour les notifications push, par exemple. Et donc, je sais qu’il y a le projet UnifiedPush qui est un projet communautaire de développement finalement qui permettrait de fournir un service de notification push qui soit indépendant de Google et d’Apple qui pourrait fonctionner sur Android mais aussi sur Linux mobile et donc qui pourrait être intégré à l’ensemble des environnements graphiques.

Logo PostmarketOS

Walid : par exemple, pour donner un exemple de collaboration, il y a les gens de PostmarketOS qui n’ont pas très longtemps récupéré du code qui venait de SailfishOS sur la gestion de l’USB. Et donc maintenant avec un téléphone sous Postmarket quand on est dans la version développement, la version Edge, et qu’on branche son téléphone et bien en fait on peut accéder au protocole MTP des choses qu’on ne pouvait pas faire avant. Voilà, j’ai vu passer un message qui date d’il y a quelques semaines du 28 décembre, voilà, 2025 et donc effectivement j’ai testé et ça fonctionne. Donc c’est assez cool. Donc voilà, donc on voit qu’il y a des collaborations entre les différents projets mais malgré tout ça, il y a quelque chose que j’aimerais savoir c’est est-ce que d’après toi il y a des limites, il y a des trucs qu’on ne sera pas capable même avec la meilleure volonté du monde de faire dans les années à venir ?

Arnaud : alors évidemment, la première chose qui me vient à l’esprit c’est le support de tous les téléphones possibles et imaginables, essentiellement les récents puisque plus la machine est récente, moins on a de chances d’avoir un support du processeur dans le noyau mainline et donc plus ça demande du travail. Donc typiquement, la communauté se focalise en général sur un certain nombre de processeurs et des machines qui sont toujours un petit peu anciennes. Donc il y a ces problématiques de support matériel qui vont perdurer. on va continuer à faire des progrès, on va continuer à améliorer notamment le support des caméras, on va certainement trouver des solutions pour les appels téléphoniques VoLTE, etc. Mais on restera quand même limité en termes de nombre de machines disponibles.

Les points qu’on n’arrivera pas à résoudre, ça va être notamment le problème des applications bancaires et de toutes les applications de ce type qui finalement partent du principe qu’un utilisateur ou une utilisatrice a forcément un smartphone Android ou /e/OS. Et donc finalement, on se retrouve dans un cas où on est un peu prisonnier des choix de la société. Dans ce cadre-là, où on va créer une appli pour tout, c’est bien beau, mais ça exclut de fait un certain nombre d’utilisateurs et on ne peut pas proposer d’alternative puisque ça utilise soit des protocoles qui sont complètement fermés, soit des chiffrements auxquels on ne pourra jamais avoir accès en termes de clés de chiffrement par exemple, soit des services comme le service d’authentification de Google auxquels on ne peut pas avoir accès non plus sous un Linux. Pour moi, la principale difficulté, oui, ça va être finalement d’arriver à combattre ou de faire sans toutes ces applis qui se multiplient, qui envahissent en quelque sorte notre quotidien, en tout cas le quotidien de la plupart des gens, mais duquel on est laissé à l’écart.

Le financement des travaux de Linux sur mobile

Walid : je voulais qu’on parle du financement de tout ça. Qui travaille sur ces sujets ? Ce que je comprends, c’est que toi, ce n’est pas ton boulot. Pour une partie des gens en tout cas, ça n’a pas l’air d’être leur boulot non plus. Il y a des fabricants dont c’est le travail d’essayer de faire des téléphones qui sont supportés sous Linux. Où est-ce qu’on en est en termes de financement de tout ça ? C’est-à-dire, qu’est-ce qui est financé par le travail bénévole et qu’est-ce qui est financé par des sociétés ? Vaste sujet…

Arnaud : effectivement, vaste sujet. Globalement, ce qui est financé par le travail bénévole, ça va être à peu près tout. Les sociétés vont financer pour certaines, le support matériel upstream d’un processeur particulier. Ça, c’est le cas pour Rockchip, pour Qualcomm, même pour Mediatek maintenant. Donc, on va dire que les briques de base du support matériel sont financées par des entreprises. L’adaptation à chaque machine, en général, est un travail purement bénévole, sauf dans quelques rares cas. Donc, on a parlé de Fairphone, il y a aussi Shift qui participe un petit peu à ça pour leur téléphone. Mais, dans l’immense majorité des cas, c’est un travail 100 % bénévole.

Walid : pas Pine64 ?

Arnaud : ils ont financé un peu de travail là-dessus. Mais, dans tous les cas, ça n’inclut pas d’upstreaming. Donc, on se retrouve finalement avec des patches à porter sur chaque nouvelle version du noyau. D’ailleurs, c’est un des points qui a mis une partie de la communauté en désaccord avec Pine64, donc l’entreprise derrière le Pinephone. C’est que Pine64 se considère comme une entreprise purement matérielle qui font des produits à bas prix et que du coup, le logiciel est laissé entièrement à la communauté. Donc, ils y participent à la marge, mais ça ne fait pas partie, dans tous les cas, de leur vision d’entreprise. Ils ont, il me semble, été assez clair là-dessus quand même pendant pas mal de temps. Et donc, eux ne contribuent pas.

Walid : donc là, la majorité du travail est fait par des bénévoles.

Arnaud : il y a quand même un certain nombre de développeurs freelance qui vont réussir à décrocher des contrats pour améliorer tel ou tel aspect. Je pense notamment en briques, logiciels importants pour l’écosystème mobile, il y a Modem Manager, dont le développeur est embauché, ou l’était en tout cas, par Google, et la maintenance de Modem Manager faisait partie de ces attributions. On a des développeurs freelance comme le développeur principal de Phosh qui arrivent à avoir aussi des contrats, parfois privés, pour améliorer ce système. Et on a aussi le financement, qu’on va dire, public. Que ce soit PostMarketOS ou Mobian, on a un certain nombre d’utilisateurs et utilisatrices qui font des dons au projet, des dons financiers. Plus côté PostMarketOS, qui commence à avoir un certain montant disponible et qui peuvent du coup payer des développeurs sur une durée de plusieurs semaines à quelques mois sur des problématiques spécifiques. Ça a été le cas notamment récemment sur l’audio, la gestion de l’audio notamment dans l’écosystème Pipewire, où en tant que communauté bénévole, on avait trouvé une solution à l’époque où Pulse Audio était utilisé sur toutes les machines qui fonctionnait plus très bien dans le monde Pipewire. Et donc l’essentiel du travail était finalement de porter ce mécanisme dans un des logiciels de l’écosystème Pipewire, qui est Wireplumber. Et ça a été fait l’été dernier, financé par PostMarketOS, et donc un développeur indépendant qui a pris en charge ce projet sur une durée d’un mois et demi ou deux mois, pour arriver à une solution qui soit en plus upstream dans Wireplumber, et donc disponible sur toutes les distributions Linux à l’heure actuelle.

Walid : à côté de ça, je sais que de mémoire, en tout cas sur PostMarket, ils ont des financements NLNet. Je ne sais pas si toi, tu en as sur Mobian ou pas, mais donc est-ce qu’il y a des financements, des subventions qu’on peut avoir à côté d’organismes de financement ?

Arnaud : alors, côté Mobian, on n’y fait pas appel, tout simplement parce qu’on est un petit projet avec assez peu de contributeurs et personne dans le lot qui serait disponible pour travailler de façon payée là-dessus. Donc en général, les dons qu’on nous fait sont utilisés soit pour acheter du matériel, des nouveaux téléphones pour pouvoir porter Mobian dessus, pour payer l’infrastructure évidemment, le serveur web, le nom de domaine, etc. Et parfois, quand on a suffisamment pour faire un don à d’autres projets, pour les aider sur tel ou tel aspect, potentiellement dans les mois qui viennent, financer des petits projets, mais voilà.

Dans tous les cas, oui, il y a effectivement NLnet qui finance le logiciel libre, donc PostMarketOS en a bénéficié [voir cette page], Phosh [ici] en a bénéficié aussi, UnifiedPush [voir ici], il me semble, que j’ai mentionné tout à l’heure, a eu aussi une subvention de NLNet pour ça. De la même façon, GNOME, donc même si ce n’est pas spécifique mobile, l’été dernier ou l’an dernier, je crois, GNOME avait eu une subvention du Fonds souverain allemand pour améliorer l’accessibilité de leur stack logiciel. Et donc, oui, il y a quelques gros financements publics sur lesquels on peut s’appuyer, et notamment, il y a un programme européen qui est en cours de lancement, qui est le programme Horizon. Et je sais qu’un certain nombre de projets se sont alliés, donc des projets qui sont basés autant sur Android que sur Linux mainline, s’allient pour faire une proposition à ce programme pour une amélioration potentiellement significative. Là, on parlerait de plusieurs dizaines, peut-être, je dirais 10 à 15 développeurs qui seraient payés à plein temps pendant trois ans sur ces sujets. Donc, je pense que, effectivement, c’est la voie à suivre.

C’est une bonne chose, déjà, que tout ça soit en place. Et, effectivement, dans l’état actuel des choses, si on veut une amélioration de l’écosystème logiciel sur mobile, en particulier sous Linux, c’est véritablement vers des subventions publiques et des programmes publics, notamment de souveraineté numérique, que les choses vont pouvoir se débloquer.

Walid : j’encourage les auditrices, les auditeurs qui veulent en savoir plus sur la fondation NLNet et les financements européens à aller écouter l’épisode 17 de la saison 2. C’est un épisode assez passionnant sur NLNet, ce que c’est, d’où ça vient, etc. et comment ils arrosent tout l’écosystème open source en Europe. C’est assez fou. Je suis un très, très grand supporter de NLNet.

Voilà. OK, donc, je m’aperçois qu’il y a un truc qu’on n’a pas dit. On a parlé de Mobian, on a parlé de Postmarket comme étant deux des projets qui se basent sur un noyau Linux mainline, mais est-ce qu’il y en a d’autres ?

Arnaud : alors, oui, il y en a d’autres. Ils sont un petit peu moins connus, on va dire, mais je sais qu’on a un projet basé sur Arch, on a un projet basé sur Fedora, on en a d’autres aussi qui sont un petit peu différents. Ça va être Devuan, qui a un fork de Debian, qui a aussi son pendant mobile. Il y a des projets comme LuneOS, qui se basent plutôt sur WebOS, anciennement PalmOS, donc quelque chose d’assez ancien à la base. Il y a aussi, ça doit être Maemo, qui est basé sur Meego, donc l’héritage des Nokia N900, qui travaille sur des problématiques similaires et qui essaye aussi d’aller sur des noyaux Linux mainline. Donc voilà, et dans les distributions, on va dire, desktop qui sont portées sur mobile, j’en oublie certainement aussi.

Linux sur mobile : comment le desktop il y a 20 ans

Walid : avant de se quitter, je voudrais que tu développes un tout petit peu, et je suis assez d’accord avec ça, dans une conférence que tu as donnée au Capitole du Libre et qui m’a servi en partie à écrire la trame que je t’ai proposée. Tu disais à la fin de ta conférence qu’on en est à peu près au même état que Linux desktop il y a 20 ans. Ce que je trouve assez vrai, est-ce que tu pourrais un peu développer ce que tu entends par là ?

Arnaud : il y a 20 ans, 20-25 ans, c’était globalement la période où moi je démarrais avec Linux sur ordinateur normal.

Walid : moi aussi.

Arnaud : et du coup, on avait effectivement cette problématique de support matériel qui était permanent. Quand on voulait acheter un ordinateur, déjà on achetait en général un ordinateur en pièces détachées et on se le montait soi-même. Et donc on devait vérifier que la carte graphique pouvait être supportée sous Linux. On devait vérifier que la carte réseau pouvait être supportée sous Linux. Il y a 20 ans, on commençait aussi à avoir le Wi-Fi et les cartes Wi-Fi avec un driver Linux étaient extrêmement rares. Au tout début, il y a eu une référence, puis une deuxième, etc. Ça finit par s’améliorer. Mais dans tous les cas, on devait choisir son matériel en fonction de ce qu’on voulait en faire, c’est-à-dire l’utiliser sous Linux. Et ça allait même jusqu’au modem ADSL dans les premiers temps de l’ADSL. Il y avait le fameux Speed Touch, qui était un modem USB Alcatel dont certains avaient réussi à écrire un driver pour Linux. Du coup il est devenue la superstar des modems ADSL assez rapidement et était en rupture de stock partout. Chacun cherchait à se le procurer par tous les moyens possibles. Donc, voilà, on avait vraiment toutes ces problématiques-là. Au niveau logiciel, on avait aussi d’autres enjeux. le fait qu’on n’avait pas de suite Office sous Linux il y a 25 ans, ça a commencé réellement avec StarOffice libéré par Sun Microsystems au début des années 2000. Mais avant ça, on n’avait rien de cette qualité qui a évolué par la suite en Open Office puis Libre Office. Donc, on était vraiment dans un état où, en tant qu’utilisateur ou utilisatrice de Linux, on était très limité dans ce qu’on pouvait faire, dans le matériel qu’on pouvait utiliser et dans le logiciel auquel on pouvait avoir accès. Avec, évidemment, tout un tas de logiciels qui n’étaient disponibles que sous forme propriétaire sous Windows. À l’heure actuelle, on peut acheter quasiment n’importe quel PC, mettre une clé USB Linux, que ce soit, quelle que soit la distribution, j’ai envie de dire, et quasiment tout va marcher direct. On peut avoir occasionnellement des problématiques avec le Wi-Fi, Bluetooth ou la carte graphique. Mais dans tous les cas, on arrivera à trouver une solution relativement simple. À l’heure actuelle, en plus, on a énormément de choses qui passent par des services web. Donc, le manque d’applications spécialisées n’est parfois plus un problème aussi sous Linux. Du coup, on en arrive à un stade où utiliser Linux sur un ordinateur classique est quasiment indolore.

Walid : on en est clairement pour l’instant à l’étape de choisir mon téléphone parce que je sais qu’il va fonctionner sous Linux. Moi, cette démarche me rappelle très fortement. Effectivement, j’ai acheté mon premier ordinateur sous Linux en 2000. Et donc, j’ai choisi le matériel, la distribution que je voulais, etc. J’ai dû chercher mes applications, les trouver et tout. C’était un travail intellectuel long de trouver [et s’adapter] son environnement, comment on allait vouloir le faire, les applications qui étaient alternatives à ce que j’utilisais avant, etc. C’était assez enrichissant, quoi.

Linux, un jour une alternative à Android et iOS ?

Avant de te laisser la conclusion, je ne sais pas comment aborder ça, mais moi, j’en suis venu à Linux sur mobile en me disant : « bon, en vrai, Google, ils sont en train de refermer progressivement Android. Les sources, ça devient de plus en plus compliqué, il est publié de moins en moins, etc. toutes les ROMs custom Android, elles sont basées sur le fait qu’il y a OSP et que le code, il est disponible régulièrement, mais si demain, il n’y a plus de ça ? Si demain, il n’y a plus de ça, ça devient super compliqué parce qu’en fait, on ne peut plus avoir de ROM custom, on est bloqué dans l’écosystème Android ? ». Et donc, en fait, ma démarche, c’était de me dire : « d’accord, mais en vrai, où est-ce qu’on en est sous Linux ? Est-ce que ça peut être viable ou pas ? ». Et j’ai ce grand questionnement : qu’est-ce qui se passe demain s’il n’y a plus d’AOSP ou si ça devient de plus en plus compliqué ? Voilà, c’est comme ça que j’en suis venu à m’intéresser à ça et à me dire aussi, en termes de souveraineté, ça pourrait être une bonne voie pour un jour, à terme, arriver à proposer une alternative à nous, une alternative à iOS et Android, quoi. Je ne sais pas quel est ton point de vue là-dessus.

Arnaud :

tu m’aurais parlé de ça il y a deux ans, j’aurais été un petit peu plus pessimiste. Au final, que ce soit Google et les changements qu’ils ont faits au cours de la dernière année par rapport au développement d’Android qui se ferment effectivement de plus en plus et dont ils ne partagent les sources que ponctuellement, tout comme le contexte politique mondial, finalement, tout ça, c’est une opportunité assez formidable pour l’utilisation de Linux sur mobile parce que ce n’est plus juste une bande de marginaux qui veulent faire un truc pas comme tout le monde. On se retrouve finalement au cœur de problématiques de vie privée, de soutenabilité aussi sur le long terme et de souveraineté numérique qui prennent une importance assez capitale ces derniers temps. Donc, c’est effectivement et notamment par le biais des programmes publics de l’Union européenne, une excellente opportunité pour nous.

Arnaud Ferraris

Après, il y a quand même, de mon point de vue, la problématique du fait de faire une app pour tout qui est aussi un problème de société qui sera à résoudre et pour lequel on n’a pas forcément de solutions techniques à apporter, mais plus, on va dire, du militantisme politique et finalement, promouvoir une vision un petit peu différente de la société. Mais dans l’ensemble, effectivement, les ROMs custom, sans dire qu’elles sont menacées à court terme, est un écosystème qui va devoir se réinventer aussi et s’adapter à tous ces changements de la part de Google. Côté Linux, ça peut nous apporter des utilisateurs et surtout, on l’espère, des contributeurs qui permettront justement de faire avancer encore plus vite et encore plus loin tout ce qu’on est déjà en train de mettre en place. Donc oui, on va dire que tout n’est pas rose, mais il y a quand même des bonnes raisons d’espérer et finalement, on peut être raisonnablement optimiste sur la possibilité de reprendre en main son informatique personnelle à tous les niveaux.

Conclusion

Walid : là-dessus, on va faire une conclusion. Je vais te laisser un mot de la fin.

Arnaud : n’hésitez pas, si vous avez la possibilité de vous procurer un téléphone qui est assez bien supporté, on trouve, on a beaucoup parlé du OnePlus 6, le Pixel 3 est aussi une option intéressante. Ce sont des machines qu’on trouve d’occasion à des tarifs très bas, moins d’une centaine d’euros. Si vous avez les moyens et l’envie, n’hésitez pas à aller essayer, à jouer avec et qui sait, peut-être que ça vous donnera envie de contribuer. La marche technique n’est pas si haute que ça et de toute façon, plus on est de fous, plus on arrivera à améliorer le système rapidement et de façon à ce qu’il plaise au plus grand nombre.

Walid : eh bien, parfait. C’est là qu’on termine cet épisode. Ça fait 1 h 40 qu’on parle. Je ne pensais pas qu’on avait parlé autant, mais c’était assez passionnant. C’est un sujet qui m’excite beaucoup. Je dois avouer que ça me travaille beaucoup, ce sujet-là. On va en reparler dans des prochains épisodes, je pense, pour creuser projet par projet. Restez à l’écoute.

D’ailleurs, on va en reparler bientôt dans un autre épisode assez court sur Mobian. Donc, voilà, restez à l’écoute, chères auditrices, chers auditeurs. À bientôt pour des nouveaux épisodes sur le Linux sur mobile ou autre sujet. Merci beaucoup, Arnaud. À bientôt.

Arnaud : merci, Walid. À bientôt.

Pour aller plus loin

Production de l’épisode

  • Enregistrement à distance le 13 avril 2026
  • Trame : Walid Nouh
  • Montage : Walid Nouh
  • Transcription : Walid Nouh

Licence 

Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieure

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