Lasuite.coop, des outils libres pour coopérer basés sur la suite de la DINUM

#71 – [Communs] LaSuite.coop : faire un commun autour de la suite de la DINUM

LaSuite.coop : faire un commun autour de la Suite de la DINUM

Walid : Bienvenue sur Projets Libres, le podcast de LinuxFr.org qui parle de logiciels libres, de communs numériques et de données ouvertes.

Je suis Walid Nouh et aujourd’hui, on va parler d’un sujet très actuel ces temps-ci. Vous en avez peut-être déjà entendu parler si vous vivez en France ou si vous suivez un peu l’actualité française. On va parler de LaSuite.coop. On va vous expliquer juste après, de quoi il s’agit.

Et avec moi pour parler de ce sujet passionnant, j’ai deux personnes. Bertille Mazari, cofondatrice et directrice générale de LaSuite.coop, et Timothée Gosselin qui est cofondateur et président du CA de Lasuite.coop.

Alors, tous les deux, bienvenue sur Projets Libres. J’espère que vous allez bien, malgré cette chaleur un peu étouffante.

Timothée : Salut, merci.

Bertille : bonjour Walid.

Timothée : Un peu chaud, mais on est très content d’être là.

Présentation des invités

Walid : Très content de vous avoir. On va commencer par vous présenter pour les auditrices et auditeurs. Qui êtes-vous ? Quand est-ce que vous avez découvert le logiciel libre, les communs numériques ? Bertille à toi l’honneur, je te laisse la parole.

Bertille : Moi, je suis effectivement Bertille Mazari, à l’origine, je suis issue des sciences sociales. C’est-à-dire que j’ai fait des études en études politiques à l’EHESS, et j’ai fait un mémoire de recherche sur la démocratie participative, plus sur l’aspect philosophique que pratique.

Et à la fin de mon master, j’ai dû faire un stage et du coup, je suis arrivée chez Open Source Politics, une entreprise qui fait de la démocratie participative numérique et qui propose et déploie des plateformes de participation citoyenne basées sur un logiciel libre qui s’appelle Decidim, et qui se destine à toute la collectivité ou à l’institution souhaitant engager des démarches de participation citoyenne numérique.

Moi, mon rôle, initialement, c’était surtout d’accompagner les collectivités et institutions à la co-conception de ces démarches. Donc, des collectivités type Marseille, Lyon ou Toulouse, qui souhaitent mettre en place des budgets participatifs ou des assemblées citoyennes.

Et il y a aussi le côté institutionnel, comme l’Assemblée nationale, par exemple. Je pense que la loi Duplomb peut parler à beaucoup de personnes. En fait la pétition de la loi Duplomb se déroulait sur Decidim, donc une plateforme qu’on a déployée au sein de Open Source Politics, et c’était ma première rencontre avec le logiciel libre via Decidim et grâce à Open Source Politics.

Donc, au début, j’étais assez novice, je ne comprenais pas forcément tous les sous-bassements, tout ce qu’est-ce que ça s’articulait, toute la communauté qui existait, préexistait au sein de Decidim.

Je crois qu’il y a un podcast qui a déjà été tourné avec Valentin Chaput qui raconte l’historique de Decidim. Je vous invite à aller l’écouter parce qu’il est assez riche et assez intéressant sur la manière dont ce commun numérique s’est construit et aussi pérennisé au fil des années de par son indépendance à la municipalité : comment est-ce qu’on fait sortir un commun du public pour avoir une communauté et construire au fil des années un logiciel libre et pas seulement open source dépendant d’un service public.

Cela recoupera pas mal avec ce qu’on veut faire un peu avec Lasuite.coop, Cela fera écho avec des enjeux qui se présentent à nous.

Et donc, oui, pour revenir sur ma connaissance du logiciel libre, oui, c’est par le biais de Decidim que j’ai appris à le connaître et ensuite, je me suis intégrée et j’ai commencé à être curieuse sur différents écosystèmes, différents logiciels. On a eu du Metabase, ensuite on a eu du Grist, et maintenant les outils de Lasuite.coop.

J’ai commencé à m’acculturer et à prendre tout comment est-ce que ça marchait, est-ce qu’il existait, et on pourra y revenir plus en détail, mais je laisse la main à Timothée peut-être.

Walid : Ouais, juste effectivement, saison 2, épisode 5, l’épisode avec Valentin Chaput d’Open Source Politics parler de Decidim. Je voulais certainement en dire deux mots à un moment ou un autre, parce que le sujet est sorti quand on a préparé cet épisode, mais Timothée à toi la parole.

Timothée : Yes, moi Timothée, en fait, je fais partie d’une coopérative qui s’appelle Indie Hosters, une des entreprises fondatrices de Lasuite.coop. Cela fait un peu plus de 10 ans que je suis dans ce milieu du logiciel libre côté hébergement. On fait partie du collectif CHATONS et on propose des outils de collaboration en ligne quand on héberge en mode SaaS.

Moi, à la base, ce qui m’a amené dans ce monde, j’ai toujours été un peu curieux de cette notion de partager la connaissance, l’accès à la culture, au savoir, devrait être quelque chose d’ouvert. C’est toujours quelque chose qui m’a animé et le côté bidouille, j’aime bien mettre les mains dedans.

Je ne suis pas tech à la base, moi, j’ai un profil plutôt école de commerce. Mais voilà, j’aimais bien bidouiller, je m’étais installé un Linux, j’avais commencé à déployer un forum pour un projet que j’avais lancé il y a quelques années. Et je suis vraiment rentré dedans en fait, moi à la base, comme client d’Indie Hosters. Donc, initialement, j’étais client de ce projet.

Et de fil en aiguille, j’ai sympathisé avec Pierre [Ozoux-Krebber] le fondateur, et je me suis retrouvé à travailler pour Indie Hosters et faire tourner la boutique depuis plus de dix ans, comme je disais, toujours avec Pierre et l’équipe a grossi depuis.

Mais voilà, le truc qui m’anime vraiment dans ce truc du logiciel libre, c’est la possibilité de pouvoir mettre les mains dedans, de pouvoir t’approprier le projet, le logiciel, le détourner, l’améliorer.

Et pour moi, la connaissance et la rendre accessible à tout le monde c’est ça qui m’anime dans ce monde.

Qu’est-ce que Lasuite.coop

Walid : Très bien. Je vous propose qu’on commence par définir ce qu’est Lasuite.coop, parce que la suite, il y en a plusieurs : il y a la suite de la DINUM, la suite territoriale, la suite.coop. Pour les gens qui pourraient être un peu perdus avec ces trois noms identiques, de quoi on parle quand on parle de Lasuite.coop ? Bertille ?

Bertille : LaSuite.coop, c’est une coopérative d’intérêt collectif. Il existe deux modèles prépondérants dans les coopératives : les SCOP et les SCIC.

Du coup, nous, c’est une SCIC, une coopérative d’intérêt collectif comme je disais, qui est composée de différents collèges, dont celui des opérateurs de service. Elle réunit plusieurs entreprises et principalement des coopératives qui proposent des services autour des outils de Lasuite de la DINUM.

Un des opérateurs de service le plus prépondérant, c’est Indie Hosters, qui propose de déployer, héberger et accompagner à la prise en main les outils initialement développés en partie par la direction interministérielle du numérique, donc la DINUM. Je sais pas si on entre dans le détail maintenant de la DINUM ?

Walid : Non, on va en parler juste après, mais plutôt si tu peux expliquer un peu plus en détail le projet et quels sont les services que vous proposez.

Bertille : Lasuite.coop, donc c’est une suite d’outils, d’où le nom, la suite, qui peut évoquer une suite d’outils collaboratifs, mais aussi une volonté de préparer la suite, donc préparer la suite dans le sens où se rendre plus autonomes et indépendants de logiciels propriétaires qui préexistent et qui dominent nos pratiques du quotidien et nos pratiques de travail.

Donc, en fait, on propose une suite bureautique qui est composée de logiciels open source et libres qui vont de la messagerie à la prise de notes collaborative, au mail, à l’agenda, la visio.

Et donc, en fait, l’objectif, c’est de proposer une suite complète qui permet de se dégafamiser, en fait, donc de rendre possible une alternative aux suites bureautiques de Google et Microsoft qui sont celles qui sont le plus largement utilisées.

Walid : À qui ça s’adresse ? Vous avez un public cible que vous voulez toucher en premier ou pas ?

Bertille : On a différents publics cibles qui ne sont pas forcément plus prépondérants les uns que les autres.

On a les collectivités territoriales qu’on souhaite adresser, il y en a pas mal qui prennent en ce moment conscience des enjeux de souveraineté et de leur dépendance à certains outils propriétaires et entreprises.

Donc, il y a les collectivités, les entreprises, mais aussi les associations et les collectifs, toute entreprise issue de l’ESS particulièrement, qui souhaitent changer leur feuille de route du numérique et qu’on peut adresser.

Walid : Ça veut dire que mon club de sport pourrait utiliser vos services ?

Bertille : Ouais, complètement.

Timothée : Ouais, c’est l’idée. Aujourd’hui, je pense qu’on est un peu cher pour des petites orgas, et c’est un peu tout l’enjeu qu’on essaie de développer aussi, c’est trouver des moyens pour qu’on puisse mutualiser les ressources.

Aujourd’hui, on propose des instances dédiées, donc chacun a son monde, son domaine, c’est ton espace à toi, donc du coup pour au moins dix personnes. En dessous d’un point de vue ressource, on va déployer beaucoup de ressources pour pas beaucoup de monde, pour que ça respecte la pacte écologique, etc., c’est quand même quelque chose qu’on essaie de prendre en compte.

Et l’idée, c’est trouver des moyens pour que des assos, des collectifs puissent se regrouper et mutualiser leurs ressources ensemble et en faire un peu un commun dans le commun, d’une certaine façon.

Et l’idée, c’est que plus on va réussir à mobiliser le plus de collectifs et de monde, plus nos coûts vont pouvoir baisser.

Voilà, il y a tout cet enjeu de mutualisation et essayer de… de faire masse pour que ce soit de plus en plus accessible.

L’histoire de la Suite de la DINUM et son périmètre

Walid : Commençons maintenant, si vous voulez bien, à présenter la suite en elle-même, le projet de la DINUM.

Donc La suite, c’est donc une suite d’outils qui a été développée par la DINUM. Qu’est-ce que ça couvre au sein de la DINUM ? C’est-à-dire, est-ce que le périmètre fonctionnel de la suite de la DINUM est le même que celui que vous proposez, ou est-ce que vous avez des briques supplémentaires ou des choses en moins ? C’est la première chose.

Et deuxièmement, est-ce que vous pouvez un peu expliquer l’histoire de la suite de la DINUM, et aussi, ben, après, on le verra après, comment est-ce que vous vous êtes insérés là-dedans ? Première chose sur le périmètre peut-être.

Timothée : Aujourd’hui, Lasuite.coop, c’est à peu près complètement équivalent à ce que la suite de la DINUM propose. On a juste un petit truc en plus sur les mots de passe.

Le mail, on n’utilise pas le même outil en fait : en fait c’est un peu compliqué, ce que tu as la suite de l’ANCT et tu as la suite de la DINUM. Donc l’ANCT, c’est pour les collectivités, pour les agents publics, et même là, ils n’utilisent pas exactement les mêmes outils, notamment sur le mail.

Là, on est en train de partir sur la solution qui est la suite de l’ANCT pour le mail, mais globalement, LaSuite.coop, c’est la suite que les agents publics utilisent, mais pour tous ceux qui ne sont pas agents publics, qu’on utilise les mêmes outils.

Marginalement, on a changé juste la partie mot de passe comme je le disais. Sur le long terme, on ne se ferme pas la porte de rajouter nous des outils qui ne seront pas forcément dans la suite.

Et voilà, c’est vraiment de couvrir tous les besoins d’un système d’information pour une entreprise, une collectivité, comme mentionné juste avant.

Pour faire simple au début : voilà, c’est vraiment on prend la même, on la déploie pour le privé et le public qui ne sont pas agents publics.

Je pense que même au sein de la suite de la DINUM, ils ont un peu du mal à clarifier exactement leur positionnement. Là, ils vont clarifier pas mal de choses, mais je pense qu’ils se cherchent encore un peu.

Et c’est aussi là que la communauté a un rôle à jouer aussi pour définir ensemble qu’est-ce qu’on veut dans cette suite. Et c’est aussi une des ambitions de la DINUM d’en faire un vrai commun, d’avoir une communauté qui se saisit de ces outils, qui contribue, etc.

En tout cas le périmètre fonctionnel, c’est vraiment sur la collaboration et à sortir de Microsoft 365, c’est l’enjeu principal.

Pour faire un peu l’historique de la suite de notre point de vue à nous. Ce n’est pas la DINUM, mais comment nous on l’a perçu et vécu. Pour les détails, il y a le super article de Framasoft, la critique des critiques de la suite qui reprend notamment l’historique de la suite, mais aussi de tous les projets de l’état dans le numérique. je vous recommande de fortement le dire, c’est qu’il est très complet, très détaillé et bien sourcé.

Mais en gros, la suite ça arrive il y a trois ans, un peu plus, trois ans je crois. Il y avait un projet qui s’appelait le sac à dos numérique de l’agent public. c’était un petit projet sur le numérique et en fait nous à ce moment-là Indie Hosters, on hébergeait ce projet pour la DINUM. On gérait un cluster Kubernetes pour ce projet. Et à un moment donné, il y a peut-être trois ans, peut-être quatre ans, il y a l’équipe de la suite qui se monte, notamment avec Samuel Paccoud, pareil qui en parle très bien sur A la French.

Walid : je mettrai le lien dans la transcription en tous les cas.

Timothée : qui raconte aussi un peu toute cette histoire. d’arriver avec cette ambition de… pas vraiment remplacer Microsoft, mais c’est un peu le déshabiller d’une certaine façon et proposer des nouveaux usages aussi. Parce qu’ils avaient cette stratégie de ne pas se mettre directement en concurrence parce que tu ne peux pas arriver au niveau d’une suite 365. qui a été vraiment pensée comme totalement intégrée, tellement intégrée que tu es enfermé en fait aussi.

Du coup là ils se sont dit, on va prendre des petites briques et on va proposer de nouveaux usages, typiquement Docs, voilà tu sors un peu du truc, on va faire du office en ligne, tu es plus sur de la prise de note, type Notion ou… du pad plus plus quoi, Grist qui apporte quelque chose de nouveau par rapport à du Excel, enfin c’est plus voilà sur du no-code, low-code etc. donc voilà ils ont pris pas mal de petits usages comme ça, ils se sont dit « on va proposer ces outils ».

On est un peu là au début parce que du coup on gérait cet ancien projet et on s’en retrouvé à devoir proposer l’infrastructure pour installer les outils de la suite. Et on a pu discuter aussi au début pour les conseiller aussi un peu sur nous, notre retour en tant qu’hébergeur, qu’est-ce qu’il y avait comme besoin, comme manque dans l’écosystème open source sur ces outils-là.

Et donc là, petit à petit, ils ont remplacé, voilà, ils ont commencé par reprendre des outils qui fonctionnaient bien comme Grist, re-développer certaines briques comme Docs, ou Visio, tout en s’appuyant encore sur des librairies qui existent. c’est du ProseMirror, du BlockNoteJS, il y a des libraries qui existent et qui sont appuyées sur des communautés. Pareil pour Visio, ça appuie sur LiveKit, en dessous la brique WebRTC, c’est Pion, c’est des technologies assez modernes. Et donc ils ont pris un peu différentes briques comme ça pour proposer, comme le dit si bien Samuel dans sa vidéo, la stratégie tapas. Ils te propose plein de petits plats là pour tes usages et ça a super bien pris.

Petit à petit, tu as des dizaines de milliers et puis centaines de milliers d’agents qui se sont mis à utiliser ces outils. ils ont amélioré petit à petit le catalogue. Le truc dont j’ai pas parlé c’est qu’il y a quand même Tchap qui est là depuis beaucoup plus longtemps. je pense c’est, ouais je pourrais dire de connerie sur les dates mais 2019 un truc comme ça je crois, on pourra vérifier mais Tchap était déjà là avant, donc Tchap c’est la partie messagerie instantanée qui est basée sur Matrix et un fork du client Element. le plus gros projet au final.

Usage par usage, besoin par besoin, ils ont remplacé petit à petit. des briques que tu peux retrouver dans du Microsoft 365 ou d’autres outils collaboratifs.

Walid : Je mettrai aussi en lien vers une conférence du FOSDEM où ils expliquent bien les dynamiques de collaboration avec les librairies sous-jacentes.

Timothée : Il y a beaucoup de critiques autour de la suite, où on les a beaucoup pointés du doigt de réinventer la roue, de ne pas s’appuyer sur des projets existant. Mais en fait c’est ce qu’ils font, comme Samuel l’expliquait, c’est plus simple parfois de partir sur des blocs bas niveau pour construire ton app, plutôt que d’avoir une app totalement finie que tu vas vouloir customiser, à être obligé de forker, du coup c’est difficile de reprendre le fil avec le projet initial. Mais voilà, ils essayent de vraiment collaborer avec les communautés existantes et des développements qui ont déjà été faits.

Et voilà ce que je voulais dire quand même sur la suite : ce qui est important de comprendre, c’est que c’est un changement de paradigme quand même assez majeur. Enfin, moi, je suis fasciné par ce projet, enfin c’est fou ce qui se passe d’un acteur public qui s’est dit : « Ok, moi, je vais arrêter d’acheter sur étagère. Je ne vais pas passer par une grosse ESN pour faire mon développement, avec tous les travers qu’on peut connaître. » Et on va monter des petites équipes ultra-agiles et on va faire nous-mêmes en se basant sur le besoin de nos utilisateurs, nos agents, avec des équipes produits qui sont à l’écoute des besoins, les développements qu’il faut.

Et voilà, cet acteur public qui, ici, contribue à un commun numérique, pas non plus un logiciel métier de l’État, mais un logiciel que tu peux utiliser pour le grand public. Et du coup, tu peux développer une communauté autour de ça. Et c’est ce qu’on vise et ce qu’on fait avec LaSuite.coop, c’est de s’intégrer dans cet écosystème et faire vraiment ce dont on parle depuis des années dans le milieu du libre ou des communs, c’est cette idée d’avoir des collaborations au public-privé-commun.

Et là, on touche à ce truc qui est assez incroyable.

Walid : C’est aussi la volonté, si j’ai bien compris, de réinternaliser un certain nombre de compétences, au sein de l’Etat.

Timothée : Ça va vers ça, alors c’est fragile cette volonté.

C’est compliqué parce que la suite cristallise tellement de débats des deux côtés : des gens comme nous qui sont ultra-fascinés et qui veulent complètement jouer le jeu, comme d’autres acteurs qui sont plutôt contre cette idée que l’État puisse être indépendant sur cette partie de développement et d’opérer ses services.

Ils naviguent… on est sur un équilibre, on marche sur une petite crête.

Et c’est tout l’enjeu sur lequel travaille la DINUM : créer ce commun pour dire aux acteurs privés : « Saissiez-vous de ce travail. » Mais oui, il y a cette volonté de pouvoir être plus autonome.

Et je pense que c’est là où, enfin, Samuel Paccoud qui a apporté beaucoup cette vision des petites équipes agiles, beaucoup d’autonomie sur les devs qui sont compétents, et les retours avec les utilisateurs.

Tu arrives à prototyper et mettre en prod des applications assez rapidement, tout en s’appuyant, bien sûr, sur des briques qui existent, sans réinventer complètement la roue.

Walid : Donc vous suivez le projet depuis le départ et donc vous avez eu des discussions dès le départ sur les volontés de la DINUM, mais aussi ce que vous en faites depuis le départ : vous dites : « Ça serait vraiment super de s’emparer de ça pour le mettre à disposition du public ? »

Timothée : Je vais faire un petit peu en arrière sur comment on est arrivé à créer la suite.coop.

Comme je disais, moi, Indie Hosters, ça fait 10 ans qu’on fait ça, en tant que CHATON. On est content, mais c’est un peu un projet de tech qui se font plaisir et qui essaye d’aider des collectifs, des assos, des petites entreprises, etc. On fait plutôt bien depuis 10 ans, mais on a trouvé un peu cette frustration e rester dans un projet très technique et plutôt aussi sysadmins. Donc, on n’est pas des devs, donc quand faut débuguer là, quand faut faire des améliorations, etc., on est un peu limités.

On essaie de t’endre mal et tout l’enjeu dans notre domaine, c’est aussi l’accompagnement et l’humain, parce que quand tu parles de migration, quand tu parles de changement d’habitudes, ça passe par de l’information, l’accompagnement, du support, etc. On essaie de le faire tant bien que mal, mais on est une petite équipe et on galérait un petit peu. Du coup, on s’était dit qu’il faut qu’on arrive à s’associer avec d’autres acteurs qui font ça bien.

C’est comme ça qu’on a on a rencontré Yaal qui était aussi CHATON, plutôt une boîte de devs, Open Source Politics dont Bertille fait partie, qui est plutôt sur la partie consulting, accompagnement, etc., et d’autres entreprises comme Algoo qui fait du mail. Et du coup, chacun avec son expertise. Et l’idée, c’était plutôt de créer une méga-structure, on se fédère entre acteurs et on utilise nos ressources pour proposer un produit ensemble.

Il y avait déjà ces réflexions depuis pas mal de temps et là, tu as la suite qui poppe.

Et tu as des supers outils qui fonctionnent super bien, qui sont modernes, qui nous sort aussi de cette frustration qu’on avait dans l’open source de « ok le projet est open source, mais je dépends toujours d’une entreprise qui détient le projet et c’est elle qui tient la main sous la roadmap ». C’est sa survie économique qui va faire un peu la vie du projet, même s’il y a plein de boîtes super dans l’open source.

Tu n’es pas dans ce truc de commun, quoi.

Donc t’as tous ces éléments qui se croisent et du coup, on s’est dit : « Ok, là, la ligne est tracée, la suite, les outils sont super, on a l’équipe qu’il faut, on va s’appeler LaSuite.coop et on va prendre ça pour le marché privé et public, en tout cas, tous ceux qui ne sont pas agents publics. Et on va le faire en forme de coopérative d’intérêt collectif, parce que voilà, si on a une gouvernance partagée avec nos utilisateurs, nos utilisatrices, tous ceux qui font niche le service, on fait vraiment un commun ».

Walid : Bertille, je te donne la parole mais juste avant je trouve qu’il y a beaucoup de parallèles avec la manière dont on… Enfin en tout cas, moi quand j’ai commencé dans l’Open Source, on avait beaucoup de projets communautaires avec des., on appelait ça des SSII, mais bref avec des ESN, des gens qui faisaient de la prestation, potentiellement qui payaient des développeurs pour améliorer le système. On n’est plus dans le cas d’un truc communautaire mais on est dans un cas assez connu d’une entité qui a sa feuille de route et des gens qui s’agrègent autour et qu’après on va arriver à un système où on va essayer, on en parlera après, d’avoir une gouvernance partagée.

Bertille : ouais, c’était pour aussi compléter ce que le propos de Timothée. En fait, il y a aussi une volonté à travers LaSuite.coop, c’est effectivement en fait d’agréer tous ces acteurs qui sont petits pour essayer d’être un petit peu plus gros. Mais il y a cette volonté aussi pour le client final ou utilisateur final ou utilisatrice finale. c’est qu’il n’y ait qu’une seule porte d’entrée. Nous, on l’explique comme ça, et c’est la vérité de ce qui se passe sous le capot.

En fait, c’est l’agrégation de plusieurs collectifs ou entreprises ou opératives. Mais la volonté qu’on a, c’est que pour les utilisateurs finaux et les clients finaux, il y a un guichet unique par lequel il passent pour accéder aux différents services de la Lasuite.coop. Et que ça puisse apporter une offre qui est de toute la chaîne alimentaire du numérique, d’une certaine manière, du numérique de bureautique, de collaboration, c’est-à-dire qu’on puisse proposer d’abord une prestation d’évaluation du périmètre de migration, du calendrier de migration, au déploiement, à la migration en elle-même, ensuite à la formation, à l’adoption.

Et en fait c’est à la fois de proposer les outils en eux-mêmes mais aussi tout l’accompagnement qui va avec et c’est ça qu’on a envie aussi de construire un fort ancrage territorial au contact des clients et clientes, c’est-à-dire avoir une sorte d’essaimage du projet de la suite.coop où d’autres personnes puissent s’en saisir, d’autres personnes puissent accompagner, former, aider à l’adoption.

Parce que ce qui est important aussi derrière ce projet-là, c’est l’humain pour nous et qu’on ne devienne pas juste une plateforme où on fait clic-bouton et ensuite on se débrouille avec nos outils. Et de conserver quand même un contact prégnant et un service support qui permet de l’interaction et favorise le partage de connaissance et de compétence.

Pourquoi le logiciel libre n’a pas gagné

Walid : ok, je pense que le côté humain, c’est quelque chose d’hyper important.

Je dis ça parce que je regardais il y a peu la conférence que tu as donnée, Timothée aux journée du logiciel libre (JDLL) 2026.Tu disais qu’en fait le logiciel libre c’était bien mais c’était en gros un truc un peu un truc de geek et ça avait échoué parce qu’il n’y avait pas, tu en parleras certainement mieux que moi mais je comprenais et il manquait ce côté humain quoi, c’était quand même très technique, on n’avait pas ça, si j’ai bien compris.

Timothée : il y a deux aspects moi dont je vois dans l’échec entre guillemets du logiciel libre. Le logiciel libre a gagné techniquement, je pense qu’on est tous d’accord avec ça. On a partout du logiciel libre internet tourne grâce au logiciel libre. Les big tech américaines utilisent le logiciel libre, contribuent au logiciel libre aussi, même si elles captent toute la valeur quand même.

Mais techniquement on a gagné et pour moi il y a plusieurs échecs, il y a un échec économique.

On a pas réusi à mettre des modèles économiques qui font que la valeur est vraiment partagée, le fameux ruissellement. Il y a cet échec là, et en effet, nous, les libristes, militants et ce qu’ils font, on est un peu dans ce monde de techos entre techos, de mecs, cis-genre, 30, 40, 50 ans. et on reste dans notre petit monde et notre petit truc à nous. Et ça n’ouvre pas vers un plus grand public ou d’autres profils des communicants-communicantes, des profils à la plus marketing. C’est un gros mot, et accompagnement.

Je pense que c’est ce qu’a essayé de beaucoup faire Framasoft avec CHATONS, pousser les CHATONS à ce côté humain. Je pense qu’on n’a pas réussi vraiment.

Walid : tu peux définir les chatons pour ceux et celles d’eux qui n’auraient pas écouté les épisodes avec Framasoft sur les vingt ans de Framasoft s’il te plaît [voir cette partie sur les CHATONS].

Timothée : donc le CHATON, c’est le Collectif des Hébergeurs Autonomes, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. En gros pour la faire rapide donc Framasoft lance sa campagne dégooglisons internet, énorme succès. Plein de gens découvrent qu’il y a des alternatives. Mais Framasoft ne veut pas devenir le nouveau point de centralisation des services.

De coup, ils se disent on va développer un collectif avec plein d’hébergeurs, des gens qui peuvent héberger des services en ligne. soit accessible au plus grand nombre. Il y avait cette idée de justement d’humain : tu peux aller prendre un café avec ton hébergeur. Aujourd’hui ça fait dix ans, il y a plein de chatons, c’est un beau succès en soi, mais on est restés encore un peu un projet de tech entre tech.

Je pense qu’on n’est pas ultra lisible sur les personnes un peu éloignées de ces questions-là. Enfin ça fait partie des raisons pour lesquelles on a voulu lancer LaSuite.coop aussi, je pense, c’est qu’aujourd’hui c’est pas lisible tout ce bordel du logiciel libre, t’as plein de solutions différentes, t’as plein de façon de la faire différente.

Je pense qu’il y a un peu cette volonté d’avoir une marque forte, que les gens disent ok c’est ça. Tout en gardant ce côté on ne veut pas recentraliser tout le monde, on ne veut pas créer une méga structure, on va fédérer plein d’acteurs experts dans leur domaine qui derrière opèrent les services mais par contre pour la personne qui utilise les services, t’as la marque, la suite.coop et tu ne te poses pas de questions, tu sais que ça va être solide derrière.

Walid : Bertille, combien de temps ça a pris à partir du moment où vous voyez arriver les développements de la suite ? Combien de temps et quel type de discussion vous avez avec les autres acteurs avec qui vous discutiez déjà pour arriver justement à faire LaSuite.coop ? Quelles sont les étapes par lesquelles vous passez ?

Bertille : en fait, on a commencé à avoir les outils arriver en 2024, si je me trompe pas. En fait, il y a deux parcours un petit peu différents, il y a le parcours de Indie Hosters qui eux ont vu et ont contribué en fait à la conception des outils, notamment des outils Visio et Docs, si c’est bien ça Tim, avec DINUM ?

Timothée : on a discuté, on les a conseillés, on leur a donné nos retours d’expérience et j’aurais donné quelques petits tips sur les librairies notamment mais notre contribution reste modeste.

Bertille : et moi quand j’étais encore chez Open Source Politics, en fait il y a deux ans et demie, on m’a montré l’existence de Grist, un logiciel qui a la croisée des chemins en Excel et Airtable, qui permet de faire des petites applications de No-code et Low-code. Nous, on en avait besoin dans le cadre de participation citoyenne pour faciliter le traitement de données par les agents publics, surtout sur le périmètre de la démocratie participative.

En fait, ça a bien pris et on a vu la pertinence de cet outil et de quelle manière est-ce que ça pouvait vraiment simplifier la vie et beaucoup de temps d’agents publics qui parfois étaient encore sur des fichiers Excel qui se partageait v1, v2, v15, version finale 1, version finale 2, 3.

Du coup on a compris le décalage entre parfois des pratiques de collaboration qui pouvaient exister dans le privé et là dans le public, est-ce qu’on voyait l’état de fait . On se disait que Grist était une très bonne nouvelle et que finalement les autres outils de la suite qui étaient proposés par la suite de la DINUM étaient aussi assez intéressants.

Décembre 2024, il me semble, on était à un événement, encore sur Paris. Et on se disait, on voit tout à fait la pertinence des outils, ils sont super chouettes, on a quelque chose à faire, je crois qu’on était en décembre 2024. Je crois que c’est plus côté Indie Hosters qu’ils ont commencé à activer aussi le réseau qu’ils avaient donc notamment Yaal, donc la coopérative de développeurs et développeuses qui est basée à Bordeaux est Galae pour le mail.

Et en fait tout ce qu’on voyait, c’était un petit peu dans la manière dont Tim le racontait juste avant, c’était le fait… le projet CHATON par exemple, c’était un peu du tech entre tech et qu’il n’y avait pas forcément de dépasser ce public-là. Et avec des profils comme des personnes issues d’Open Source Politics, donc tels que moi, mais il y en a aussi d’autres, nous, on utilisait des logiciels libres et on défendait leur utilisation.

On mettait plus la pratique en exergue et l’accompagnement et le conseil qu’on pouvait y apposer. Le profil c’était un petit peu la complémentarité qui était nécessaire entre ok on a toutes les boîtes et les compétences techniques, mais comment est-ce qu’on a arrive, à y aggreger aussi des regards un petit peu moins techniques pour dépasser les outils de la suite juste entre soi, de libristes et de l’écosystème qui est très chouette mais qui n’est pas suffisant en fait pour atteindre d’autres strates de la population.

Ça c’était en décembre 2024, en mars 2025 on se réunit dans une campagne Lyonaise. Je ne sais plus où c’était mais Tim c’est parce que c’était vers chez lui. Et donc là, on a notre première réunion, on va vous dire qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on propose ? Donc, commencez et lancez la marque, Lasuite.coop, où on a défini un petit peu quel était notre offre de service, quel était notre tarif, comment est-ce qu’on allait se structurer pour pouvoir articuler aussi un petit peu toutes les entreprises qui allaient proposer les prestations derrière notre offre.

Cela débute comme ça en mars et puis on a fait beaucoup d’itérations quand même c’est-à-dire que pendant un an on a révisé régulièrement notre offre, notre offre tarifaire principalement mais aussi de produits c’est-à-dire que la DINUM continuait à développer, à renforcer et rendre plus mature leur produit. Nous, au début, on avait mis plein d’outils, donc il y avait ceux de la DINUM, mais on avait mis aussi plein d’autres à disposition, puis on a fait marche arrière en se disant que notre offre n’était pas lisible.

Donc c’est plein d’itérations pendant un an et là on peut dire que depuis début 2026 on a une offre stabilisée à la fois produit et tarifaire. Sur les personnes qui ne prennent pas ça aussi ça a fait un petit peu de chemin, donc je vous parlais pas mal de mon côté d’Open Source Politics : Open Source Politics a été racheté par une entreprise qui s’appelle Go Vocal et qui a racheté seulement le périmètre de la démocratie participative numérique. Donc les personnes qui contribuaient à la suite panco-op par le biais d’Open Source Politics pouvoir continuer à le faire mais sans passer par Open Source Politics parce que c’est cette aventure finit de ce côté là.

Donc on intègre progressivement le projet de Lasuite.coop à part entière. Et là, on vient de déposer les statuts, en juin. Donc ça nous a pris un an et demi, voire deux ans, à faire tout ce cheminement entre les premières réunions, lancer la marque, lancer l’offre des services, et là avoir la structure juridique qui puisse nous permettre de lancer réellement le projet et le pérenniser sur les années à venir.

Walid : Timothée, est-ce que t’as des choses à rajouter ?

Timothée : la marque, comme disait Bertille, elle est lancée depuis un petit moment déjà, portée par Indie Hosters, la coopérative, la SCOP. Mais ouais, c’était plein d’itérations. Faire du collectif, ça prend du temps, on le sait tous : on va plus vite tout seul, mais on va plus loin à plusieurs, on connaît tout cette phrase. Le truc que je trouve intéressant, qui est notable dans nos communautés, c’est… Je sais pas, on a un peu ce truc d’humilité ou de peur, on veut bien faire. Et on a cette crainte, tu vois nous, de pouvoir te reprendre de place.

On a toujours été essayés d’être prudents sur bien mobiliser plusieurs personnes. Indie Hosters nous on ne voulait pas prendre trop de place, parce que c’est un projet qu’on a en tête depuis longtemps mais on veut que les autres s’en saisissent. Et du coup, tu navigues toujours sur ce truc. Il faut que chacun puisse vraiment avoir sa place. Il ne faut pas trop prendre le lead, etc.

Et voilà, tout cette dynamique de faire collectif, c’est un travail énorme. On est accompagnés pour ce genre de choses. prendre de l’accompagnement dans les collectifs, c’est quelque chose de très important. Voilà, on a pas mal navigué entre on part complètement d’une feuille blanche, on repart de l’historique d’Indie Hosters, on itère dessus. A un moment donné, il était question que ce soit une ndie Hosters qui devienne la nouvelle coopérative. Finalement on a créé une nouvelle entreprise et on porte encore cette crainte de vous voir prendre toute la place, la place est énorme, de là qu’on prenne toute la place, on a du chemin.

Le but est de dégafamiser tout le monde, en même temps ne pas centraliser et faire qu’il y ait plein d’acteurs qui puissent être payés pour leur travail parce que c’est aussi le projet qu’on porte, c’est que les gens qui travaillent là-dessus soient payés dignement, et que tout le monde puisse travailler sur le logiciel libre. Mais voilà, c’est ce truc qui est fascinant dans nos collectifs, de naviguer à faire ensemble et on n’est pas des start-up, on ne veut pas aller vite et le but c’est pas de faire un exit à plusieurs milliards. Donc voilà, on navigue dans cet équilibre des communs j’ai envie de dire.

Le choix d’avoir fait une SCIC

Walid : j’ai plein de questions dans tout ce que t’as dit, alors je vais essayer de les poser au fur et à mesure. La première, peut-être Bertille, est-ce que le choix de la structure comme une SCIC était un choix qui a été discuté ou est-ce que c’était une évidence ?

Bertille : alors ça, je te propose de la rediriger à Timothée cette question.

Walid : ok, Timothée alors ?

Timothée : ça on l’a posé direct. En fait nous Indiostars on a tout testé, qu’à la base c’est un projet d’auto-entrepreneur. Pierre et moi en auto-entrepreneur, ensuite on est passé en coopérative d’activité d’emploi [CAE]. Moi, j’étais au Oxalis, parce qu’on commençait à avoir des charges et tout et il fallait un peu sécuriser notre statut, on est passé en CAE. C’était à peu près le moment où on avait gagné un gros marché public, il fallait qu’on se sécurise.

Ensuite, on est passé en association commerciale soumis à la TVA. Alors on aimait bien ce modèle de l’association qui est ultra simple. Tu peux faire un peu ce que tu veux dans tes statuts. Et tu vois là, tu fonctionnes comme une entreprise et là on a commencé à ce moment là à grossir un peu aussi donc ça c’est à peu près, c’est un peu avant le Covid et…

Et post-Covid l’équipe grossie, on passe une étape, on va dire que c’est la V2 d’Indie Hosters. C’est là qu’on revoit aussi notre offre, etc. Mais du coup, là, on est un asso, mais pas employeuse, parce qu’on s’est dit que c’est l’ingénierie du travail, on va la mettre dans des coopératives d’activité et d’emploi. On encouragait les gens à faire partie de ça, sauf que voilà c’est un peu compliqué de faire double collectif : t’es dans collectif de ta CAE et à eux t’es dans collectif de ton asso.

Là on s’est dit, « ok, on va devenir une coopérative, une SCOP ». Notre projet c’est que les salariés détiennent leur outil de travail. On fonctionnait déjà comme ça dans l’asso, ultra-horizontale, tout le monde avoir un chapitre. On fait partie aussi d’un réseau qui s’appelle LibreEntreprise, donc on porte des valeurs comme le salaire unique par exemple.

Libre entreprise, pour info là, c’est des entreprises qui appliquent les valeurs du logiciel libre à l’entreprise : l’idée d’horizontalité, de pouvoir au travailleur, le salaire unique, ce genre de choses. Une taille limitée aussi dans les entreprises, je crois que c’était 30 salariés ou un truc comme ça. Au dessus, tu changes les dynamiques, je crois aussi.

On est parti d’un projet vraiment technicien, de gens qui se font plaisir, en mode d’entrepreneur. Après ça devient un peu plus sérieux, c’est à eux. Ok, maintenant on est plus nombreux, on crée une asso, puis on devient un SCOP parce que c’est un projet de travailleur qui détient leur outil de travail. Et il nous manquait ce truc, « bah maintenant qu’est ce qu’on fait de nos clients qu’on appelle des contributeurs et contributrices chez Indie Hosters ? ».

Bah si on veut justement les amener dans cette dynamique de on fait du commun, contribuez à ce commun, bah en fait il faut que ce soit une SCIC, que ce que comme ça tu peux intégrer dans ta gouvernance toutes tes parties prenantes dont les utilisateurs et utilisatrices finaux. Et donc c’est un peu la suite logique de tout ce processus de notre histoire. Et là on veut vraiment faire un commun donc on ouvre la gouvernance à tous les parties prenantes. C’est le truc de base qu’on a posé sur la table : Lasuite.coop, ce sera une SCIC et on l’a fait ensemble.

Walid : ces aspects de SCIC que je vous renvoie vers l’épisode 4 de la saison 1 avec Florent Cayré de Commown, on en parle pas mal aussi.

Timothée : ils sont dans le conseil d’administration de Lasuite.coop, donc on essaye de s’inspirer de ceux qui ont déjà fait.

Créer un modèle reproductible

Walid : oui, bonjour à eux. Alors, deuxième question de ce que je comprends des discussions et de ce que j’ai pu écouter avant dans d’autres conférences, l’idée c’est de chercher à ce que le modèle que vous êtes en train de mettre en place, il soit reproductible si j’ai bien compris quoi. Bertille, est-ce que tu veux en dire deux mots ? Le but c’est pas d’être de grossir énormément, le but c’est plutôt d’avoir un modèle reproductible un peu comme les Chatons finalement.

Bertille : alors le but dans le très court terme c’est un tout petit peu de grossir quand même dans le sens de pouvoir embaucher quelques personnes pour pouvoir pérenniser le projet et effectuer surtout les développements qui sont nécessaires à la progression dans le marché. Par contre effectivement on n’a pas cette volonté de sur-croissance. On a une volonté de rentabilité mais pas forcément de croissance pour de la croissance.

Et on nous pose aussi beaucoup la question de « mais est-ce que vous adressez d’autres pays européens, parce que ça pourrait faire sens » ?. Et en fait, notre réponse, elle est pour l’instant « non, mais bon, s’il y a des luxembourgeois ou des belges qui ont besoin dans la semaine, on peut faire quelque chose ». Mais que la volonté c’est surtout de créer en fait une sorte de double communauté.

En fait c’est une sorte de commun au carré, à la fois le commun qui réside dans les produits, dans les logiciels, et donc d’essayer de construire une communauté de contributeurs et contributrices aux logiciels pour pouvoir les pérenniser et les stabiliser dans le temps.

Animer une vie aussi autour de ses logiciels là. Et il y a une deuxième communauté en fait qui peut préexister qui est la commune, enfin le commun qui est la coopérative et donc du coup que ce modèle ne soit pas exclusivement le notre mais que d’autres puissent y contribuer à la fois par une gouvernance qui est partagée et démocratique mais aussi qui puisse s’emparer de ce qu’on a essayé de construire en France, mais pas seulement en France… enfin en France dans le sens où ils peuvent le répliquer dans d’autres pays en Europe ou ailleurs.

Sur le territoire français, on n’est pas les seuls à pouvoir et vouloir déployer cette suite et on est volontiers ouverts à le faire et le permettre sa réplication dans d’autres territoires français. Pour l’instant on ne couvrent pas tout, ni tous les publics, ni tous les territoires, donc on est très ouvert et même impatient d’avoir d’autres personnes qui puissent nous rejoindre et à qui on puisse faire quelques recommandations des petites avancées qu’on a pu avoir ces derniers mois.

Donc là ça va être les prochaines étapes pas pour tout de suite mais d’ici 2027 ça va être comment est-ce qu’on arrive à open sourcer, en fait, complètement notre modèle coopératif et la manière dont on s’est construit pour créer aussi une fédération, une communauté qui, si en Espagne, si en Allemagne ou si en Bretagne, il veut y avoir des gens qui veulent mettre à disposition ces services, ces outils de la même manière qu’on l’a fait, qu’on puisse les accompagner, la documentation soit accessible.

L’accompagnement du projet

Walid : je reviens sur quelque chose que t’as dit, Timothée tout à l’heure. Je sais pas lequel des deux voudraient répondre, mais t’as parlé d’accompagnement et t’as dit que vous êtes fait accompagner ?

Timothée : oui

Walid : ça m’intéresse, est-ce que quelqu’un peut en dire deux mots ?

Timothée : Indie Hosters, même quand on était que quatre, on avait des personnes qui étaient experte dans l’intelligence collective ou les collectifs qui nous accompagnaint. C’était Cécile [Favé-Urbanet] en l’occurrence. Nous on est tous en full remote [travail à distance], on se voit pas souvent. On fait deux camp à l’année, on se voit au moins une semaine.

On loue un gîte et on vit, on travaille ensemble. Du coup pendant ces temps là on se faisait accompagner par quelqu’un ce qui nous a permis d’apprendre plein de techniques etc de faire collectif. Et après, sur Lasuite.coop, une partie dont on n’a pas parlé, mais on fait une campagne de levée de fonds, de mobilisation, en tout cas, la d’ouverture du sociétariat.

Walid : on y reviendra après.

Timothée : en tout cas sur cette partie là on se fait aussi accompagner. Il y a une partie aussi de l’accompagnement qui est de faire collectif avec toutes ces boîtes qui apprennent à travailler ensemble. Je suis pas mal ce que fait l’Université du Nous ce genre de trucs et ils ont plein de méthodes qu’on peut appliquer et on a sollicité ce genre d’accompagnement. C’est important de pouvoir un peu prendre de la hauteur, quand tu es dans la tête dans le guidon toi-même, même si tu es un petit collectif pour tes temps en groupe, c’est mieux d’avoir quelqu’un d’extérieur qui t’aide au début et après qui te donne les bons outils et les bonnes méthodos.

Bertille : si je peux compléter, c’est qu’on en est quand même au prémisses de la structuration de toutes ces entreprises et de toutes ces nouvelles personnes en fait qui sont amenées à travailler ensemble. Donc Indie Hosters avait déjà fait ce travail préalable. certaines personne d’Open Source Politics connaissaient déjà un petit peu Indie Hosters, mais c’est aussi une nouvelle manière de travailler ensemble.

Il y a l’on les découvre aussi depuis un an. Donc on a encore beaucoup de choses à apprendre et beaucoup d’accompagnement à solliciter mais aussi aussi à des personnes qui nous écoutent et qui ont déjà vécu ce genre de choses, de fédération d’entreprise qui doivent porter un projet ensemble et le co-construire. On est preneurs et preneuses de vos retours d’expérience donc n’hésitez pas à nous solliciter.

Timothée : et peut-être moi je vais juste revenir sur ta question d’avant. C’est un truc qui me travaille beaucoup, cette idée de comment on peut répliquer notre modèle. Et comme je disais avant, on va être à toujours cette tension entre aujourd’hui, il nous faut quelque chose qui soit vraiment visible par le grand public. Parce qu’entre nous, quand on est sensibilisé à ces questions, on va trouver les solutions, etc. Et on va trouver les bons prestataires, on va faire nous-mêmes.

Mais on a besoin d’un truc qui, malheureusement, d’une certaine façon, va prendre la lumière. un mouvement plus global et oui alors comment va réussir après à ne pas continuer à tout centraliser chez nous et réussir à décentraliser ce truc là, je curieux de voir commencer à se passer. Moi, j’ai quelques idées, ça peut être par territoire, ça peut être par thématique, ça peut être par question technique : les experts du stockage, les experts des infras, les experts de machin.

On fait des petits groupes comme ça, ou par territoire, ou ceux qui sont dans la santé, ceux qui sont assos machin truc, ou ceux qui travaillent avec les coopératives CAE, les tiers lieux… Enfin, je pense qu’il y a pas mal de façon où on peut penser ce maillage et faire fédération d’une certaine façon. Vous trouvez cet équilibre entre être le plus visible possible et à la fois ne pas tomber dans le travers de créer un nouveau gros truc, même si on en est tellement loin de toute façon et le marché est tellement énorme.

Aujourd’hui si on veut piquer des parts de marché à Microsoft, enfin, il faut qu’on arrive à porter un truc ensemble et on en est loin, il y a du chemin, mais on y arrive petit à petit et là en tout cas les signaux sont ultra positifs pour avancer.

Walid : ok, je vais revenir sur l’histoire du financement, mais à chaque fois, je trouve ça hyper marrant parce que vous parlez que de Microsoft, moi je bosse en start-up, Microsoft, ça n’existe pas, c’est Google. Donc ça me fait toujours hyper marrer d’entendre les gens qui parlent de Microsoft, parce que dans notre quotidien à nous, Microsoft, ce n’est pas lui le problème, c’est Google, mais bon, bref.

Timothée : je pense que c’est Bertille qui a transpiré sur moi avec ses collectivités. Dans les collectivités c’est Microsoft qui est très présent.

Walid : ha ha ha ha ! Ouais, c’est clair !

Bertille : mais en fait c’est assez intéressant parce que Microsoft on n’en parle jamais mais une très très grosse partie des collectivités françaises sont sur Microsoft.

Walid : bah oui, c’est historique !

Bertille : donc en fait, bah c’est ça. Et quand on va dans l’éducation nationale, dans l’enseignement supérieur en fait on est gangrénés par Microsoft. Effectivement dans les entreprises, c’est Google, mais du coup ce qui est aussi très intéressant c’est, on en parlait dans une réflexion pour une vidéo de campagne c’est : Microsoft en fait, ils ne sont pas qualifiés de méchants pour le grand public. On sait que OpenAI c’est pas bien, que Google c’est pas bien, qu’Apple c’est pas ouf. Mais Microsoft en fait, ils sont tellement discrets qu’on arrive à les oublier comme un problème qui est aussi prégniant et aussi important que Google.

Walid : ils ont l’expérience. Comparer aux autres ils en ont vécu d’autres les procès les machins bidules ils ont appris quoi. Je reviens toujours là-dessus mais, enfin, moi, mon club de sport qui veut se passer de Google à l’heure actuelle, c’est vraiment compliqué. Les outils de Frama, ça ne le fait pas. Quand un budget hyper réduit, ton offre est vraiment limité.

Timothée : ouais.

Walid : ça c’est ce que tu es à l’heure, c’est un vrai problème, je me suis dit « ok, qu’est-ce que je fais ? ». Et en fait avec un budget très très contraint, c’est pas magique, tu n’as pas grand chose pour sortir de Google, à part Google.

Timothée : ouais, c’est clair, ils ont été très forts là-dessus. En même si maintenant, c’est devenu payant, je crois, pour les assos au Google. Mais oui, tout le monde a été arrosé en mode gratos. il gagne de l’argent à côté avec comment ils exploitent des données et tout ça quoi.

Du coup c’est ultra dur de proposer quelque chose contre ça, sachant qu’on a des vrais coups. L’idée c’est que tout le monde soit bien rémunéré, justement, et c’est pour ça qu’on a besoin de passer à l’échelle aussi. Si on n’arrive pas à avoir un certain volume en fait nous nos coups seront forcément trop importants pour pouvoir proposer des prix plus accessibles à ceux qui ont moins les moyens. Après, Framasoft fait un super taff depuis des années.

Nous on discute beaucoup avec Frama, on ne se connaît plus des années. proches. Ils sont en train de réfléchir à proposer les outils de Lasuite d’ailleurs. On essaie de trouver un équilibre aussi entre ce que peut poser Framas, ce que pourrait proposer Lasuite.coop et avoir un offre un peu cohérente entre le full gratuit et mais service minimum, Lasuite.coop est un service « plus pro » quand on est payé à régler vos problèmes. on a des horaires de travail qui sont respectés.

Pour moi c’est la mutualisation qui va régler tout ça plus on va réussir à mutualiser nos services plus on va pouvoir baisser les coûts et là on peut rendre plus accessible les services des acteurs qui n’ont vraiment pas les moyens et de toute façon c’est normal, l’assos de sport ne va pas mettre des milliers d’euros dans… L’outillage, c’est dépend des assos, il y en a qui sont ultra professionnels aussi. Mais ouais, en tout cas, la mutualisation ça va être la clé du truc et tant qu’on n’aura pas passée une certaine masse, on ne pourra pas.

Le financement de Lasuite.coop

Walid : ok, j’aimerais qu’on revienne sur ce que vous êtes en train de construire et surtout comment vous allez financer tout ça. Donc là, vous construisez une SCIC. à qui et comment vous ouvrez les contributions des personnes autre que les personnes impliquées depuis le départ. Bertille ?

Bertille : une coopérative d’intérêt collectif permet d’avoir différents collèges qui la composent. Donc nous on a 5 collèges différents qui composent la SCIC qui sont les salariés, les opérateurs de services, donc les entreprises qui vont fournir une prestation dans Lasuite.coop, les clients, les bénéficiaires individuels, les clients finaux.

On va aussi avoir une autre typologie de clients qui sont les bénéficiaires collectifs, donc ça peut être une collectivité, ça peut être une entreprise. Enfin, on a un cinquième collège qui est celui des soutiens qui ne sont pas forcément clients des prestations que l’on peut mettre à disposition mais qui veulent prendre part au projet coopératif et intégrer la gouvernance et les prises de décision.

Chacun de ses collèges lui est à attribé une pondération pour le vote final, donc un vote doit être à 100 % et en fait chaque collège lui était attribué une part en fait de pourcentage sur le processus des décisionnel final. Donc les salariés il me semble à 30 %, les opérateurs de services sont à 20 %, les clients, que ce soit collectifs ou unitaires sont à 20 % également et les soutiens qui ne sont pas forcément clients mais qui souhaitent prendre part à la vie coopérative représentent 10%.

Sachant que ce sont des collègues mais qu’au seine de chacun de ces collèges il peut y avoir des entités morales ou des particuliers qui prennent part et chaque personne, donc chaque entité, égale une voix.

En fait, dans une coopérative pour pouvoir y rentrer, on a besoin d’acheter des parts sociales. Donc chez nous, une part sociale est égale à 100 euros. Donc même si une personne décide d’acheter plusieurs parts sociales, elle ne n’aura qu’un seul droit de vote, dans le sens où une personne égale, une voix, indépendamment du nombre de part dont vous êtes détenteur ou détentrice.

Du coup, comme on le disait précédemment, nous, on a déposé nos statuts la semaine dernière, donc courant juin, et on va ouvrir notre sociétariat tout début juillet, normalement. Donc, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on va proposer à des personnes, à des entreprises, à des collectivités, à toute entité morale ou particulière, qui le désire de prendre part à la coopérative en achetant des parts.

On a pris cette décision il y a huit mois maintenant, je pense que c’était fin d’année 2025 ou en fait on s’est dit qu’on allait avoir quand même une volonté de faire coopérative ensemble, donc vraiment d’avoir un socle de personnes qui prennent part, qui soient assez conséquents pour dépasser l’entre-soi qu’on connaissait déjà, et donc du coup vraiment construire une feuille de route avec les différentes parties prenantes qui vont être les utilisateurs finaux et aussi veulent contribuer à ce type de projet.

Donc pour ça, on se fait accompagner aussi dans toute cette campagne, parce que pour solliciter des nouvelles personnes, aller au-delà de nos cercles que l’on connaît déjà, il faut faire de la mobilisation, en fait, adresser différents discours selon la typologie des cercles que l’on souhaite solliciter et mobiliser, simplifier et vulgariser un petit peu notre discours, parce qu’on parle en général aussi encore une fois un entre soi.

Donc du coup comment on fait pour dépasser la connaissance et la sensibilisation qu’on a sur ces enjeux-là au-delà des cercles qui tournent autour du numérique et surtout des logiciels libres ou des coopératives pour adresser des publics moins avertis mais qui pour autant ont tout à fait une légitimité et aussi un intérêt à prendre part à ce type d’initiative.

Donc depuis janvier on se fait accompagner par Clément Perrault qui a une longue expérience de mobilisation citoyenne et aussi de levée de fonds pour des coopératives, donc il accompagnait deux ou trois coopératives dans le cadre de leur levée de fonds.

Quand on parle de levée de fonds, c’est vraiment mobilisation pour aller chercher de nouvelles personnes dans le sociétariat. Donc ça a été plusieurs étapes, d’abord c’est définir quels sont nos différents paliers, donc quel est notre objectif financier pour la première campagne de mobilisation, sachant que le Sociétariat restera ouvert ad vitam eternam, c’est juste qu’il y a des phases plus ou moins actives où on fait par en termes de communication en fait de l’ouverture de notre Sociétéariat.

Donc nous, on a un objectif qui est autour de 500 000 euros, voire 1 million d’euros pour cette première campagne. On a dû aussi définir tous les paliers qui allaient nous permettre d’atteindre cet objectif-là et ce qu’ils comprenaient, c’est-à-dire que à partir de 250 000 euros, qu’est-ce qu’on va faire à partir de 500 000 euros, qu’est-ce qu’on va faire à 750 000 euros ?

On pourra y revenir en détail juste après on a défini ces palliers là et on a aussi essayé de définir une stratégie un petit peu plus globale en fait que juste la bureautique parce qu’en fait Clément qui nous accompagnait disait « bah c’est super intéressant ce que vous faites avec la bureautique mais je comprends pas pourquoi est-ce que vous faites pas aussi les réseaux sociaux, et pourquoi est-ce que vous faites pas aussi les moyens de paiement ? ».

On lui a dit « bah parce que déjà on sait pas faire nous. Ce qu’on sait faire, c’est ça, c’est la bureautique, avec des suites de logicielles pour de la collaboration, et surtout qu’il y a d’autres personnes et d’autres acteurs qui s’attèlent déjà à ces enjeux-là ». Mais ça nous a quand même fait un petit peu réfléchir et maturer sur ce qu’on veut porter avec la Lasuite.coop.

Là où on en est actuellement, c’est le fait de se dire que Lasuite.coop, c’est un vecteur qui va permettre d’initier un mouvement de mobilisation plus large de dégafamisation de notre numérique. Nous, on sait faire la première brique de suite collaborative, de le bureautique : on est prêt les produits sont matures par contre avec plaisir et avec grande envie aussi d’essayer d’aller au-delà de la bureautique pour venir dépasser juste ce produit là, dans le sens où on a envie de faire dialoguer différents typologies de personnes et différents acteurs et entreprises. qui réfléchissent à ces enjeux-là et à s’organiser ensemble pour définir une stratégie qui va nous permettre de sortir des GAFAM à différentes échelles.

Donc, on a organisé un premier atelier en février, mars, qui réunissait différents acteurs et actrices du logiciel libre, mais aussi des chercheurs et des chercheuses qui portent ces réflexions depuis plusieurs années. Il y avait notamment David Chavalarias qui avait porté HelloQuitteX, pour leur partager notre idée et notre volonté de faire commun, d’ouvrir notre sociétariat, mais aussi de porter et d’initier un mouvement plus large.

Ce qui s’en était conclu, c’était le fait qu’on allait pas réinventer la roue, qu’il y avait beaucoup de choses qui existaient au préalable et que c’était surtout le fait de mettre en commun et de fédérer les différents acteurs pour avoir une feuille de route commune qui allait être nécessaire dans les prochains mois pour pouvoir se mettre en action.

Il y a une deuxième étape qu’on a faite aussi dans le cadre de cette mobilisation, c’est aussi se poser la question de comment est-ce qu’on a atteint un public plus large ? Donc là, on s’est fait aussi accompagner par une autre personne qui s’appelle Léa Garson, qui a accompagné d’autres coopératifs comme Coop-medias, et qui travaille actuellement par exemple avec les Licoornes et qui est engagée dans d’autres modèles économiques pour une économie plus intéressante et moins axée sur la croissance. Et par contre, elle a tout un maillage et un réseau d’influenceurs et influenceuses engagés.

Et donc en fait, on a organisé un deuxième temps d’échange à cette fois-ci. en croisant des personnes de la Lasuite.coop. chercheurs et chercheuses mais aussi des influenceurs et influenceuses. On a organisé une table ronde et on a aussi fait un temps d’atelier, une après-midi d’atelier, sur est-ce que déjà est-ce que vous êtes sensibilisé par ce sujet ? Quel est votre niveau de connaissance ? Est-ce que vous pensez que c’est un sujet qui pourrait vous intéresser, intéresser vos communautés ? Et surtout comment est-ce qu’on arriverait à mettre en branle une partie vraiment plus large de la société civile pour être alerte sur ces sujets et surtout y participer à ce mouvement de transition de notre numérique du quotidien ?

C’était assez intéressant parce que finalement ils avaient beaucoup d’idées, ils étaient alertes sur ces sujets mais n’avaient pas forcément conscience de toutes les implications et implications que ça nécessitait.

Et ils sont arrivés avec beaucoup de pistes et d’idées sur comment on allait pouvoir les solliciter et transformer cette dynamique d’engagement qu’on connaît sur les réseaux sociaux, type Instagram, mais justement pour sortir de ces réseaux sociaux. C’était assez chouette. Donc du coup, ça nous a beaucoup nourri tout ça et ça a fait écho aussi à beaucoup de réflexion qu’on avait, mais qu’on n’arrivait pas forcément à activer.

Et pour revenir sur la campagne de sociétériat en elle-même, on est actuellement aux prémices de l’ouverture vraiment grand public. On a activé nos premiers cercles, on a activé les préinscriptions aussi aux sociétariats. On est à plus de 850 personnes qui sont préinscrites. Donc ça on est très contents et très contentes, on aimerait en avoir plus.

Donc c’est aussi ce qu’on prépare dans la campagne plus large où là on va avoir des communiqués de presse pour partager l’information aux différents journalistes et médias mais aussi toucher le grand public à la fois parce qu’on a envie qu’ils prennent part à notre vie coopérative mais aussi pour les sensibiliser, leur montrer que des alternatives existent.

Et donc là pour ça on a une vidéo de campagne qui est dans les bas. a été tourné il y a quelques jours et qui va sortir dans quelques jours on espère. Et pour la temporalité on va se lancer le courant juillet enfin tout début juillet. On n’a pas encore décidé jusqu’à quand est-ce que la phase de communication active allait durer, mais comme je le disais précédemment, le sociétariat est toujours ouvert, donc même si vous nous écoutez en 2027, il n’y a pas de campagne active, vous pouvez rejoindre le sociétariat et prendre des parts pour prendre part à la vie coopérative.

Walid : c’est vraiment intéressant ce côté comment on sort de notre cercle et avec qui on va se faire accompagner pour ça.

Bertille : oui.

Walid : comment construire un imaginaire, un récit positif autour de tout ça aussi ? Je pensais aux gens de Framasoft qui en parlait bien de dire qu’il faut construire quelque chose de positif qui donne envie aux gens, et pas juste leur dire ou la la, les GAFAM, c’est mal et tout. Il y a des choses à faire. Donc typiquement, ces influenceurs et influenceuses, c’est quoi leur domaine par exemple, si t’as quelques exemples, juste que je me figure un peu, pas forcément les noms, mais plutôt sur quoi ils parlent habituellement.

Bertille : il y a des comptes qui dénoncent les types d’influences frauduleuses ou qui font du dropshipping et autres, donc des comportements peu acceptables pour ce moment. La majeure partie c’est pour le climat donc pour les alternatives à la fois de consommation mais aussi il y en a qui spécialisent dans l’agriculture, il y a deux agricultrices qu’on a rencontré. Il y a des humoristes aussi qui eux commentent et réagissent à l’actualité dans un courant plus tôt alternatif de gauiche.

En fait, ils se connaissent à peu près tous, pas vraiment tous, mais ils font tous un petit peu partie de ces influenceurs et influenceuses qui proposent une autre consommation des réseaux sociaux et qui souhaitent mettre en avant des alternatives qui existent et profiter de leurs notoriétés pour faire avancer des causes et des projets.

Walid : Tomothée est-ce que tu as des choses à rajouter ou est-ce qu’on passe la dernière partie ?

Timothée : notre enjeu de nous, c’est d’accélérer, on fait déjà ça depuis longtemps, de façon très, très, très organique. C’est cool aussi, mais vraiment si on veut passer ce cap, il faut qu’on soit plus nombreux, plus nombreuses, qu’on ait plus de moyens pour toucher un public plus large en fait c’est vraiment le tout l’enjeu quoi c’est sortir de notre nos silos.

Et c’est pour ça que plus on aura de sociétaires plus de gens aux sociétérias, plus on sera crédible aussi et un des enjeux aussi dont on n’a pas trop parlé dans cette partie-là et bon là il faut qu’on arrive à atteindre un cap assez haut, mais il y a tout un enjeu de plaidoyer aussi. Donc qu’on arrive à sensibiliser les politiques, à sensibiliser le plus grand nombre pour faire avancer cette idée de faire des communs.

On a besoin du politique et du public pour ça. des actions qui soient faites, et qu’on puisse un peu contrer tout le côté, la partie plus lobbying on va dire, qui n’est ultra agressive. Ils ne nous veulent pas du bien, alors pas tous, je ne mets pas tout le monde dans le même bateau, mais les capitalistes libristes sont bien en place aussi, les capitalistes dans le propriétaire. Ils ne vont pas laisser faire tout ça, donc il faut qu’on fasse corps et c’est ce qu’on veut proposer aussi. avec Lasuite.coop, c’est d’être attentif à de tout ça. Plus on ira haut ensemble puis on pourra être plus fort.

Peut-être un élément car il faut noter dans notre modèle que nous on a fait le choix de pas rémunérer les parts sociales parce qu’on est un peu dans une dynamique de non lucrativité. On est commercial, le but c’est d’être rentable évidemment, mais on réminère pas les parts. On contribue à ce commun. Il y a des avantages fiscaux qui sont intéressants, ça peut être plus intéressant que de laisser dormir de ton argent dans la banque en fait, d’autant plus qu’il y a de grandes chances qu’on soit reconnu ESUS, donc entreprise solidaire d’utilité sociale. C’est ce qui fait que tu peux avoir 25% d’exonérations sur tes impôts, mais ça, c’est des détails.

C’est quand même un petit avantage fiscale plutôt que laisser dormir ton argent sur un contendant, bah vaut mieux le mettre dans des coopératives, dont fait partie de Lasuite.coop, mais il y en a plein d’autres, on a mentionné les Licoornes, qui est un réseau de sociétés coopératives d’intérêt collectif sur plein de domaines de la société, l’énergie, le média, voilà, plein de domaines différents, pour montrer qu’il y a un autre modèle que le capitalisme qui est possible. Tous ces enjeux qui se retrouvent dans le modèle qu’on veut porter.

Les réflexions pour l’avenir / on vit une époque formidable

Walid : tu viens d’en parler mais j’ai la dernière grande partie et j’avais appelé ça à vos réflexions pour l’avenir. Je voudrais revenir deux secondes sur ce qu’on a dit au début parce que ça me semble… enfin, cette effervescence et tout, c’est quand même un moment assez formidable, je suis assez content qu’on le vive un peu de notre vivant, quoi.

Cet espèce de changement de paradigme de l’État qui se met à développer du logiciel, 100% libre et qui va permettre de, potentiellement, comme vous le faites, mais comme d’autres vont le faire, de créer un écosystème autour de ça. On peut dire ce qu’on veut mais ça quand même de l’attraction on voit que même à l’étranger il y a plein de gens qui regardent, c’est comme un modèle assez différent et assez novateur. Comment vous viviez ça ?

Au départ j’étais assez sceptique. Parce que je me suis dit, bon, encore faut-il que l’État, il ait les moyens de faire ça pendant longtemps. Et donc, ça pose des problématiques de gouvernance, puisque tu peux demain avoir une autre alternance politique qui vient et qui dit, votre truc, c’est terminé. D’où on revient à ce qu’on parlait sur Decidim où ils ont finement sorti la gouvernance de la mairie de Barcelone. Comment voyez les choses, vous, pour l’avenir ? Bertille, est-ce que tu veux commencer ?

Bertille : En fait, le sujet et tes remarques sont encore d’actualité. On ne sait pas encore, on ne sait pas ce que va venir la DINUM en 2027. Il y a toujours ces enjeux de gouvernance. Effectivement, il y a différents acteurs européens qui s’intéressent aux outils de la suite. Mais comment est-ce qu’on les co-construit ensemble et les pérennise ensemble ?

Déjà, pour répondre à la première question, c’est assez excitant. C’est-à-dire qu’on vit quand même un moment où de part les tribulations géopolitiques et surtout les influences américaines, on se dit que c’est le moment en fait et qu’on va pouvoir le faire et qu’il y a tout un espace qui nous donne de l’espoir en fait d’une certaine manière et qui rend notre action possible.

Après c’est bien qu’on la fasse, c’est bien qu’on puisse saisir le moment mais c’est comment est-ce qu’on construit la suite ? Et comment est-ce qu’on arrive à pérenniser à la fois la coopérative et à la fois les différents logiciels ? Et comment est-ce qu’on arrive à fédérer les différents acteurs qui pour l’instant ne sont pas très nombreux mais on n’en doute pas vont tendre à grossir sur à la fois sur le territoire français mais aussi européen, qui vont se saisir de ses enjeux et potentiellement de ces outils là qui ont été développés par la DINUM.

Nous, on a différentes pistes, déjà pour au niveau des logiciels, c’est qu’on travaille, on est déjà en lien avec Mosacloud, l’entreprise qui est basée aux Pays-Bas, qui intègre l’ensemble des outils développés par la DINUM, donc on est en lien assez régulier avec eux.

Avec la DINUM on a aussi quelques échanges sur leurs feuilles de route, on est à peu près au courant de vers là où ils vont, mais aussi on est en réflexion sur comment est-ce qu’on fait, on arrive peu ou prou a répliquer le modèle de Decidim donc à le faire sortir d’une dépendance unique du service public, pour le faire sortir et permettre d’être un acteur tiers qui va tendre à protéger en fait ce qui a été construit.

On est en réflexion dessus dans le sens où on a des idées d’association avec d’autres acteurs qui intégrent ces logiciels. On a aussi potentiellement une idée de dans la SCIC. Pourquoi pas des institutions ou des collectivités prennent part réellement à la coopérative et donc bien à la fois pérennés à la coopérative et donc le commun. C’est quelque chose qui est ouvert aussi.

On veut sortir de la dépendance du service public, mais on ne veut pas construire une dépendance via un modèle économique qui serait le nôtre, via une entreprise. Donc on ne veut pas uniquement que nous soyons détenteurs du code logiciels de la suite. Donc on aimerait trouver une alternance qui permette d’embriquer tous ces acteurs-là avec une gouvernance qui soit ouverte, une feuille de route qui soit partagée et une communauté qui soit réellement active et qui ne soit pas concentrée sur un, deux ou trois acteurs.

On a aussi une volonté de contribuer à la fois par des développements mais aussi financièrement à ces logiciels. On a un objectif de contribuer via notre chiffre d’affaires, de reverser une partie de notre chiffre d’affaires qui est généré par les logiciels libres que l’on déploie et qu’on met à disposition directement au commun. On est aussi en train de réfléchir à comment est-ce qu’on le fait, comment est-ce qu’on fait cet sous-montage financier pour pouvoir directement rétribuer.

Et comment est-ce qu’on prend la décision de « ah bon, on flèche vers ce comment-là », enfin, est-ce que c’est vers Element. Est-ce que c’est vers Grist ? Est-ce que c’est vers Docs ? Est-ce que c’est vers Visio ? Donc ça, je ne pense pas que ce soit nous de prendre la décision en silo, mais plus de s’il y a une association, qu’on prenne la décision peut-être au sein de l’association, sinon aussi avec les sociétaires au sein de la coopérative. mais peut-être avec d’autres acteurs si demain il se présente et qu’on avance un petit peu plus sur nos réflexions, mais peut-être que tu Tim tu as envie de compléter.

Timothée : déjà oui j’appuie sur le truc c’est pas assez fascinant là ce qui se passe moi je suis stupéfait que ça se passe dans ce gouvernement en plus C’est vraiment, comme je disais, un changement de paradigme majeur et comme tu redisais ça redessinne le paysage qu’on connaît du logiciel libre ou soit tu as un truc 100% communautaire avec 2-3 pélos bénévoles qui gèrent le truc et c’est fragile, soit tu as une entreprise qui drive le projet, tu as un bon goto market mais tu dépends toujours de cette boîte là.

Et là t’as un truc qui change tout le paysage, tu peux vraiment faire un commun. Moi, je suis dans ce milieu commoners depuis quelques années et on parle de ce partenariat public-privé. Et là j’ai l’impression d’y toucher donc moi je suis excité, j’ai envie d’y aller à fond. Moi, personnellement, je vis là, ce qu’on est en train de faire, je le dis depuis qu’on parle de la Lasuite.coop. Moi, je joue ma dernière carte.

Là, ça fait 10 ans, là, il y a tout qu’est vert. Let’s go, on y va à fond. Je suis en train de me cramer un peu, mais voilà, j’apprends à faire une petite pause quand même parce que c’est fatiguant tout ça. Il faut y aller, là on a plus choix, il faut vraiment qu’on y aille et c’est même pas qu’on a plus choix, c’est que là tout est bon pour y aller.

C’est ultra excitant, il y a encore plein de red flags [drapeaux rouges], il y a encore plein de dangers sur le chemin mais je pense qu’on est suffisamment nombreux et nombreuses à voir l’expérience et être déjà connecté entre nous dans les réseaux pour faire ça intelligemment.

Dans la DINUM, il y a des personnes qui sont formidables et de toute façon, dans le service public, il y a toujours des agents qui comptent vraiment sur le service public incarné. Des vrais libristes, des vrais commoners, et je pense qu’ils vont vraiment tout faire pour que ça fonctionne et réussir à convaincre les politiques là-haut et montrer que ça fonctionne et que c’est possible, et qu’on arrive à montrer que tout le monde peut s’intégrer à ça.

C’est un vrai enjeu économique où tous on va pouvoir s’y retrouver même ceux qui sont pas sensibles à ça et qui sont plus en dynamique classique, qui vont quand même pouvoir s’appuyer sur ces outils et du coup là c’est là que l’association Bertille peut rentrer en jeu et mettre un peu tout le monde autour de la table.

Bref, moi fasciné et il faut qu’on y aille. J’ai pas envie de dire c’est trop tard enfin on a dépassé le point de bascule mais c’est pas trop tard et voilà il faut qu’on y aille à fond parce qu’en face ils déroulent, donc allons-y.

L’Europe s’y met, j’espère que la France avec son modèle sera un peu le porte-étandard de ce qu’on peut faire, ce qu’il y a d’autres modèles aussi qui se passent en Europe, notamment en Allemagne avec openDesk, un modèle un peu plus classique j’ai envie de dire, qui est valable aussi, mais il peut y avoir des collaborations de façon entre les deux modèles. Allons-y, l’Europe se réveille, la France est en train de lancer un truc formidable. Il n’y a plus que vous, auditeurs, auditrices, à rejoindre le mouvement.

Walid : ce je trouve formidable pour ne pas beaucoup regarder les informations françaises et beaucoup regarder les autres informations ailleurs, c’est de voir que les autres ailleurs regardent ça ou même d’interviewer des gens qui sont dans d’autres pays et qui disent genre… On vous en vit quoi ? Moi je savais déjà depuis longtemps que faire d’open source en France avec le logiciel libre c’est quand même pas mal par rapport à certains autres pays.

Là, c’est quand même autre chose. De voir la couverture à l’étranger de ce qui se passe ici, les gens qui en parlent, etc. On se dit quand même qu’il se passe quelque chose. Et moi aussi, à travers le podcast que j’essaie de faire, c’est interviewer aussi des gens qui font des communs. On en a déjà fait plusieurs récemment, on a fait Open Terms Archive [épisode ici], on a fait d’autres choses. On va continuer, c’est aussi pour montrer tout ça. Et essayer de les faire connaître.

Bon on vit une époque formidable, c’est un peu la conclusion, je vais vous laisser un mot de la fin à chacun à tous les deux avant qu’on se quitte. On a déjà pas mal parlé Bertille, est-ce que tu as un mot de la fin à faire passer aux auditrices et aux auditeurs du podcast Projets Libres.

Bertille : Merci, si vous êtes restés, jusqu’à là. Merci pour votre patience. On a vraiment envie de faire corps ensemble, donc n’hésitez pas à nous contacter, à nous rejoindre. Si vous avez des idées de contribution, d’amélioration, d’évolution, de quoi que ce soit, contactez-nous, rejoignez-nous, devenez sociétaire. Si vous n’avez pas les moyens, contactez-nous tout court et on trouvera une manière de faire ensemble.

Donc vraiment, n’hésitez pas, c’est ouvert et à toutes et à tous. Et vraiment toutes et à tous, vraiment toutes, je le souligne, ne vous bridez pas, même si vous n’êtes pas des développeurs ou développeuses ou vous ne travaillez pas dans le produit, moi je ne suis pas tech encore une fois. il y a d’autres manières de contribuer, nous on est friant de faire courant.

Timothée : Moi je vais placer mon petit triptique que j’aime bien présenter, on n’en a pas parlé mais aujourd’hui on entend beaucoup parler de souveraineté, d’autonomie, indépendance, stratégique. Il y a beaucoup de souveraineté-washing, je pense.

Posez-vous les questions de est-ce que le projet est vraiment ouvert ? Est-ce que c’est du vrai open source ? Est-ce qu’il y a une gouvernance réellement partagée ? Vous avez voie chapitres. Et quel est le modèle économique ? À qui appartient l’entreprise ? Est-ce que c’est pour des actionnaires ? Est-ce que c’est pour le projet dans lui-même ?

Si vous couchez toutes les cases, je pense qu’on peut y aller. ou en tout cas on essaie de porter cette idée. Et comme disait Bertille, pour moi Lasuite.coop, c’est un véhicule, c’est une espèce de boîte à sable là, une sandbox, dont chacun peut se saisir. Donc venez, c’est votre projet à vous comme c’est le projet à nous et on veut vraiment co-construire ça ensemble. Et plus on sera en bleu, plus on aura des profils différents, on insiste là-dessus, plus ce sera riche en fait. Et voilà, les signaux sont verts, allons-y, arrêtons de nous résigner, let’s go quoi.

Walid : C’est une très belle conclusion. Je pense qu’on aura le moment venu les gens de la DINUM pour venir donner aussi leurs points de vue là-dessus. Je m’arrêterai, je fais ma conclusion, c’est qu’on vit une époque formidable, j’en dirais pas plus. J’encourage tout le monde à aller suivre ce que vous faites, vous intéressez au sujet si ce n’est pas déjà le cas. Bah écoutez, merci beaucoup Bertille et Timothée d’avoir pris le temps de venir expliquer ce que vous faites. Je pense qu’on se reparlera un peu plus tard pour voir vous en être avec grand plaisir.

Timothée : Avec plaisir, merci à toi

Timothée : et c’est top d’avoir le temps de pouvoir discuter. Merci pour ce joli projet de Projets Libres.

Bertille : Avec grand plaisir. Merci, Walid.

Walid : A bientôt !

Production de l’épisode

  • Enregistrement à distance le 22 juin 2026
  • Trame : Walid Nouh
  • Montage : Walid Nouh

Utilisation d’IA

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Production :

  • Réduction du bruit dans Audacity via OpenVino et le modèle DeepNetFilter2
  • Transcription : whisper-medium via mufidiwiwhi en local
  • Amélioration de la transcription : Kimi K3

Publication :

Licence 

Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieure

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