Fedora et la communauté Fedora-Fr – G. Kulakowski C.A. Couret

Fedora et la communauté Fedora-Fr

Walid : bienvenue à tous pour ce nouvel épisode de Projet Libre!. Aujourd’hui on va faire encore un épisode un peu différent. C’est la première fois qu’on va parler de communautés autour d’une distribution Linux et j’en suis ravi. Je dois remercier un ancien collègue, Emmanuel Seyman, qui m’a proposé l’épisode du jour.

Il m’a dit que ce serait sympa de faire un épisode sur l’association Fedora-Fr. Ça fait 20 ans cette année, c’était une super opportunité. Et avec moi aujourd’hui pour parler de Fedora et de la communauté française francophone de Fedora, j’ai avec moi deux membres, Guillaume Kulakowski et Charles-Antoine Couret.

Écoutez messieurs, merci d’avoir accepté l’invitation, bienvenue sur le podcast Projet Libre.

Guillaume : merci à toi pour nous recevoir et puis d’offrir cette vitrine à notre distribution.

Charles-Antoine : merci, c’est un plaisir de pouvoir communiquer autrement sur la distribution c’est une chouette initiative.

Présentation de Guillaume (Lliaumgui) et Charles-Antoine (Renault)

Walid : super, pour commencer je vais vous demander de présenter un petit peu et de nous dire un petit peu d’où vous venez et puis comment est-ce que vous avez dans un premier temps découvert le logiciel libre ? Guillaume est-ce que tu veux commencer ?

Guillaume : oui je veux bien oui, donc moi c’est Guillaume Kulakowski mais je suis peut-être plus connu sur IRC ou Matrix maintenant parce que c’est vrai qu’on a arrêté IRC , sur le pseudo et sur le forum aussi sur le pseudo de LLaumgui. J’interviens sur Fedora et Fedora-Fr depuis quasiment le début, donc ça va faire 20 ans.

Alors je suis, qu’à la base, j’en ai même fait ma profession, parce que je suis devenu informaticien, maintenant je suis architecte et tout. Et j’ai commencé Fedora et le logiciel libre parce qu’on était dans une période où j’avais acheté mes premiers PCs à l’époque c’était Windows ME et j’en étais super pas content de la stabilité et tout ça. Du coup l’alternative c’était Windows 98… mais bon c’est comme si on me dit que l’alternative à la nouveauté c’est de revenir cinq ans en arrière… donc je me suis dit peut-être que l’alternative c’est d’arrêter d’utiliser Windows donc du coup j’ai commencé à me renseigner et à l’époque il y avait une distro qui pesait pas mal c’était Fedora Core – à l’époque on avait encore le Core – qui avait un petit peu la réputation de la Red Hat Open Source gratuite du peuple.

Donc j’ai testé et j’ai vite adopté. Ah oui non c’était horrible.

Walid : ah ouais mais là c’était parfait là. Pour abandonner Windows c’était parfait quoi.

Guillaume : Ah ouais c’était…

Walid : super. Charles-Antoine et toi de ton côté?

Charles-Antoine : alors je suis Charles-Antoine Couret, je suis connu aussi sous le pseudo de Renault, je suis actuellement le président de l’association Borsalinux-fr qui fait donc la promotion de Fedora en francophonie.

Je suis également ingénieur en informatique mais je fais du développement système embarqué, pas système ou développement web.

Le logiciel libre j’ai commencé en 2004. En fait sur l’ordinateur familial on avait un navigateur qui s’appelait Mozilla et à l’époque Firefox venait de sortir. C’est vrai que je trainais pas mal sur le web à ce moment là et il y avait des annonces partout sur Firefox et comme il y avait la proximité avec le nom de Mozilla ça m’a intéressé. Et mon père est aussi fan d’informatique en tant qu’hobby. Et il y avait un magazine de Linux Pratique sur Firefox qui traînait à la maison, je l’ai lu.

Et ça m’a permis de découvrir d’autres logiciels libres comme ça, Linux, etc. Et donc j’ai posé des questions et il utilisait Fedora Core sur sa machine perso. Donc quand j’ai eu ma machine perso en 2005, je lui ai demandé de m’installer Fedora Core 3 et c’est comme ça que ça a commencé.

L’histoire de Fedora

Walid : classe. Maintenant ce que j’ai envie de vous demander c’est de nous faire un peu l’histoire de Fedora. Je voudrais bien savoir un peu comment ça a commencé Fedora ?

Charles-Antoine : Fedora à la base c’est un dépôt pour Red Hat Linux qui est la distribution grand public de Red Hat à l’époque. Il y avait Red Hat Enterprise Linux aussi pour les entreprises qui continuent encore aujourd’hui. Mais à l’époque Red Hat Linux était vraiment contrôlé uniquement par Red Hat, donc il y avait très peu de paquets fournis, parce qu’il n’y a que les employés qui pouvaient proposer des paquets dans les dépôts.

Et en fait l’idée de Fedora c’était d’être un dépôt externe, mais de qualité, qui pouvait assembler des programmes de la communauté et donc pas par Red Hat.

Donc il y a un développeur, Warren Togami, qui a créé le dépôt Fedora.us et qui a proposé au premier paquet et le mode de gouvernance et ça a pris un peu de l’ampleur très rapidement pendant cette année-là. Et en 2003, Red Hat a décidé de fusionner Red Hat Linux avec ce dépôt Fedora.us pour former le projet Fedora, qui donnera Fedora Core 3 fin d’année 2003.

Sans doute aussi pour des raisons financières car Red Hat Linux malgré tout n’avait pas des ventes non plus extraordinaires et coûtaient assez cher à maintenir. Ce qui permettait donc à Red Hat d’avoir une forme d’ouverture, d’avoir des contributions extérieures facilement et aussi une plateforme de développement ouverte pour sa version entreprise derrière.

Guillaume : ce qu’il faut savoir, c’est que Fedora, le projet Fedora, fait des packages qui, par la suite, vont être récupérés dans la distribution Enterprise. Alors, ils vont repackager, ils vont rajouter de l’assurance dessus, ils vont quand même se baser sur des packages. Donc, on est un petit peu en avance technologiquement, mais ensuite, ça va être quand même récupéré par Red Hat, donc c’est plutôt pas mal, c’est un gage de confiance, effectivement.

Walid : depuis le départ, Fedora est un peu un incubateur pour les futures distributions Red Hat Enterprise ?

Guillaume : depuis le départ, peut-être alors version 3, 2, 3, à partir de la 2, 3, mais ouais très rapidement, effectivement, ils ont récupéré, je veux dire la Fedora N préfigure ce que sera la Red Hat dans quelques mois, slash (/) années. Ouais, plutôt années que mois, oui. Parce que, ouais, effectivement Red Hat, je sais plus ce que c’était à l’époque, mais grosso modo Red Hat, ils supportent leur distribution pendant 10 ans, grosso modo. Nous, c’est 13, mais mois…

Donc, il y a quand même un grand écart, ce qui veut dire que nous, quand il y a Red Hat N plus 2 qui sort, un mois après on arrête le support de la Red Hat N. Donc c’est quand même assez rapide, mais parce qu’on est communautaire et qu’on ne peut pas non plus supporter dix mille versions au ryhtme où on va de deux par an.

Le nom Fedora

Walid : Pourquoi le nom Fedora ? Vous savez un peu ce qu’il y a ? Vous avez une idée ?

Charles-Antoine : en fait, le logo de Red Hat c’est un chapeau et le chapeau c’est en fait un Fedora, tout simplement. Quand Warren Togami l’a nommé, c’est juste une référence à ce nom en tant que clin d’œil. Tout simplement. Je ne pense pas qu’il y ait d’autres raisons derrière ça.

Guillaume : et nous on continue la tradition et notre association s’appelle Borsalinux parce qu’on pouvait pas l’appeler Fedora parce que Fedora est un nom déposé. Donc Borsalino, chapeau encore, Borsalinux. Nos serveurs se sont appelés Stetson, Trilby, chaque fois on reste dans le domaine du chapeau.

La place de Red Hat dans la gestion communautaire

Walid : ouais c’était une de mes questions après, c’était pourquoi l’asso s’appelle Borsalinux et pourquoi l’asso s’appelle pas Fedora-Fr. Donc dès le départ la place de Red Hat est quand même assez prépondérante. Est-ce que c’est toujours le cas dans la gestion communautaire ?

Charles-Antoine : alors il y a plusieurs aspects. En soi, oui, Red Hat est bien sûr très présent dans Fedora, c’est évident. Il faut voir Red Hat comme un très gros sponsor et même on va dire partenaire de développement de Fedora, donc ils fournissent bien sûr l’infrastructure, avec les serveurs, le matériel, la bande passante.

Il y a des employés qui sont dédiés dessus, même s’il n’y en a pas tant que ça qui sont vraiment dédiés à Fedora, il y en a quand même qui le sont. Bien sûr, tout l’aspect marketing, etc., qu’ils gèrent aussi derrière. Mais Red Hat n’a pas non plus le total contrôle de Fedora, le mode de gouvernance est fait que c’est partagé. Red Hat a bien sûr des employés qui sont à certains postes pour s’assurer de la qualité de la distribution, notamment au sein du conseil. Le Fedora Project Leader par exemple est obligatoirement un employé de Red Hat, mais il y a quand même un mécanisme en place pour que les différents conseils de décision partagent le pouvoir avec la communauté pour que la communauté ait son mot à dire et d’ailleurs il y a des décisions parfois qui ne vont pas dans le sens de Red Hat parce que c’est la communauté qui a décidé et ça ne pose pas de problème.

Walid : la communauté c’est plutôt des individuels ou c’est aussi des sociétés ?

Guillaume : les deux effectivement, il y a des individuels qui participent, il y a des individuels qui sont rémunérés par leur société pour participer. Après le projet Fedora est un projet assez novateur, c’est à dire qu’on va essayer plutôt, il y a certaines distributions, plutôt que de contribuer à un système de gestion de fenêtres par exemple ils vont créer le leur. Nous on a fait le choix depuis longtemps, alors on propose tous les systèmes de fenêtres mais quand même Gnome a sa part dans notre cœur et il y a des échanges qui se font avec les équipes de Gnome etc. On est souvent l’une des premières distributions à proposer la nouvelle version de Gnome. Il nous est même arrivé de la proposer avant qu’elle sorte officiellement, c’est à dire qu’on partait sur une RC1, RC2, voilà parce qu’on ne voulait pas avoir 6 mois de retard.

Donc effectivement il y a de l’individuel mais il y a aussi des sociétés. Et il y a des sociétés qui délèguent un temps de travail à des personnes et ces personnes peuvent faire ce qu’elles veulent, dont contribuer à Fedora.

Charles-Antoine : d’ailleurs, il y a un exemple, c’était il y a quelques années, Fedora a pris la décision d’utiliser par défaut le système de fichiers Btrfs ,que Red Hat ne prend pas en charge dans ses versions officielles car ils n’ont pas les compétences pour permettre un support long sur ce système de fichiers, ils ont le leur à côté. Donc c’était, par exemple, une décision qui n’était pas dans le sens de ce que Red Hat souhaitait. Ce changement a été porté en partie par des employés de Facebook par exemple, parce qu’ils s’en servent dans leur infrastructure avec CentOS Stream aussi, et eux ils s’en servent plus intensivement et ils ont fait la proposition et c’est passé.

Le début de la Fedora-Fr

Walid : on reviendra après sur la distribution et son histoire, mais si on reprend le départ, j’aimerais bien comprendre à quel moment vous décidez de… enfin déjà qui et comment vous fondez une communauté francophone autour de Fedora ? Comment ça se passe au départ ?

Guillaume : alors là, c’est moi le plus ancien, je suis quasiment le dernier des mohicans.

Il faut savoir c’est qu’il y a 20 ans, il y a un site Fedora France qui est né par l’initiative de 3-4 personnes. Alors c’est désolé, j’ai plus leurs noms. Certains ont quitté leur communauté, ils ont demandé d’effacer leur compte, tout ça, donc j’ai plus trop leurs noms, je suis désolé. Mais très rapidement je me joins à eux et je leur propose de les aider sur la maintenance du site, l’amélioration du site, parce qu’il y avait une communauté Fedora monde qui commençait à prendre de l’importance, mais, à l’époque j’étais pas aussi anglophone que ça. Et du coup, offrir un support sur Fedora, en français c’était important surtout qu’il y a 20 ans Fedora n’était pas aussi user-friendly (NDLR : facile d’utilisation) que maintenant. Moi je me rappelle au tout début on avait encore le Red Hat Manager pour gérer les packages qui ne marchait pas sous Fedora donc le gestionnaire de packages de base ne marchait pas il fallait le dégager pour installer Yum… C’était juste… pas Yum, ouais non, le premier c’était Yum. C’était juste… voilà. Et du coup ça s’est corrigé avec Fedora 2 ou 3 là, je sais plus.

Mais du coup c’était beaucoup plus difficile d’accès, c’était quand même un peu élitiste. Donc offrir un support en langage francophone c’était quand même assez intéressant pour faire grandir la communauté. On on est rapidement devenu une des communautés non anglophone les plus importantes avec la communauté polonaise à l’époque c’était aussi l’espagnol parce que bon il y a l’Espagne, il y a aussi tous les pays d’Amérique du Sud mais voilà. Donc du coup il y a eu cette volonté de créer un site Fedora France et après le nom de domaine appartenait à quelqu’un qu’on a un peu perdu de vue donc très vite on s’est dit de toute façon France c’est pas notre identité, parce qu’on avait des Belges avec nous, on avait des Suisses, notre identité, elle est francophone, et même des Africains. Notre identité, elle était francophone, donc on en a profité, ça raccourcit en plus l’URL, et on est passé de Fedora France à Fedora Fr très rapidement. Ça c’était il y a 20 ans.

Walid : ouais, et au départ c’est quoi, c’est un site internet, c’est un forum, c’est quoi ? Qu’est-ce qu’on a fait ?

Guillaume : au départ c’était un site internet avec un forum intégré qui était basé sur Xoops pour ceux qui connaissent, c’était un vieux CMS chinois je crois. Ouais, ouais, Xoops 1. A tu te rappelles?

Walid : le nom il y a bien longtemps, je l’ai jamais utilisé mais le nom il y a bien bien longtemps.

Guillaume : ah ouais, voilà. Et donc du coup je les ai aussi aidés à migrer sur Xoops 2, mais très rapidement on s’est dit que Xoops c’était un petit peu limitatif parce qu’on a commencé à avoir de plus en plus de gens et surtout de plus en plus de gens qui voulaient contribuer donc on s’est dit « ok le forum c’est bien mais il va falloir aussi offrir une documentation, des wikis etc ». et donc là on a rajouté des briques autour donc MediaWiki, on a dégagé le forum de Xoops pour mettre un vrai forum à base de FluxBB à l’époque. L’idée c’était vraiment d’offrir des briques pour que les gens puissent contribuer.

L’association Borsalinux

Walid : et dès le départ vous créez une association ou l’association s’arrive après ?

Guillaume : alors l’association s’est venue un petit peu plus tard pour justement les premières techniques, c’est à dire le nom de domaine à qui il appartient. On a un peu le traumatisme de la personne propre qui possédait le nom de domaine. Du coup, on a rétrocéder ça à l’association. Et d’ailleurs, le deal (NLDR : accord) avec Red Hat, c’est qu’on a le nom de domaine qui porte l’identité de Marc Fedora, ils ne nous embêtent pas avec ça, parce qu’on est une association. Par contre, le jour où l’association est dissoute, on va devoir leur restituer le nom de domaine. Je ne pourrais pas le garder moi par exemple. Et puis aussi pour les salons c’était plus facile.

Puis la loi 1901 je crois nous permet de récupérer des cotisations, ce qui peut nous payer du matériel lorsqu’on faisait des salons, des install parties.

Walid : et donc l’association elle possède son propre matériel en fait ?

Guillaume : alors, l’association possède le nom de domaine, après l’idée aussi c’est d’avoir des partenaires, là actuellement notre partenaire c’est Scaleway, qui nous héberge gracieusement. Au tout début ça a été Ikoula, puis récemment on est passé chez Scaleway, depuis 2-3 ans, et c’est eux qui nous mettent à disposition gratuitement les serveurs.

Après l’association a essentiellement des goodies, on a des kakémonos, on a une page qui faudrait qu’on retrouve..

Walid : et donc le but de l’association, son but c’est de faire la promotion de la distribution Fedora, c’est bien ça ?

Charles-Antoine : globalement c’est ça son objectif, de maintenir le site web et un petit peu de coordonner aussi les différentes activités en lien avec les contributeurs francophones comme la traduction, la documentation francophone et aussi, s’il y a des gens qui veulent commencer à contribuer dans le projet on a une porte d’entrée toute indiquée pour faire les premiers pas.

Walid : et est-ce qu’elle est chargée aussi de je sais pas, d’organiser des événements ?

Guillaume : alors ça c’est un peu en baisse je trouve malheureusement et ça vient aussi, c’est un changement d’état d’esprit, on le voit aussi sur les forums, sur le wiki.

C’est à dire que avant, installer description Linux et Fedora, il fallait quand même s’accrocher un petit peu, c’est pour ça que l’association aussi avait dans son rôle de promotion, je crois que c’était une fois par mois, on allait à… comment ça s’appelle le truc là, Paris ? La Villette.

Charles-Antoine : le samedi du Libre.

Guillaume : ouais, le samedi du Libre à La Villette, où on faisait des install parties, on aidait les gens, etc. Maintenant, installer Fedora c’est super facile, maintenant il y a YouTube, donc on n’a plus besoin de quelqu’un qui vous explique comment faire, c’est beaucoup plus facile. Donc du coup on organise moins d’événements, mais on essaie d’y participer. Par contre, il y a des gros événements, des salons ou autre, là on va s’y rendre en tant que Borsalinux, mais voilà en propre on organise moins d’événements parce qu’il y a moins de besoins.

Charles-Antoine : le dernier grand événement que l’association a géré, même si ce n’était pas dédié aux francophones. c’était la FUDCON, c’est donc une réunion internationale des utilisateurs de Fedora, la grande messe annuelle, si je puis dire, qui a été à Paris en 2012, et l’association a permis en partie d’organiser ce week-end-là de souvenir. C’est le dernier grand événement que l’association a géré. Et pour les 20 ans, on aimerait faire justement une activité physique. Peut-être dans le cas de la prochaine Assemblée Générale, peut-être en dehors, on doit encore définir la modalité, mais pour justement essayer de réunir les gens et de faire quelques activités ensemble.

Guillaume : le Covid n’a pas aidé non plus remarque.

La communauté Fedora-Fr

Walid : la question que je me posais avant de revenir un peu sur les débuts, c’est combien il y a de personnes actives maintenant dans la communauté Fedora Fr ? Grosse maille

Guillaume : ça dépend de ce qu’on dit actifs, parce que déjà on a ouvert certaines choses, c’est-à-dire qu’à une époque, au tout début quand on a commencé le wiki, il faut savoir que le site Fedora, enfin le projet Fedora, n’avait pas un wiki aussi riche que le nôtre. On avait, tu en parlais tout à l’heure, Trashy, Johan qui était notre rédacteur en chef et tous les articles étaient validés, il y avait vraiment un workflow et le wiki était pas en écriture libre.

Là, maintenant on essaie un petit peu d’ouvrir, de faciliter la contribution. Donc n’importe qui qui a, je crois que c’est une cinquantaine de postes sur le forum, a le droit d’éditer des pages du wiki et ça permet qu’il y ait un peu plus de contributions qui se fassent. Mais depuis, le Fedora Project a créé son propre wiki qui monte en richesse lui aussi, donc on maintient les deux. Et effectivement, donc des contributeurs, ça dépend vraiment de ce qu’on appelle un contributeur. Est-ce que contributeur c’est participer à des événements ? Est-ce que contributeur c’est répondre dans les forums et aider les nouveaux arrivants sur le forum ? Est-ce que c’est contribué à des wikis, est-ce que c’est contribué à la traduction de Fedora en français, c’est plein de choses, et sortir un chiffre comme ça, je ne sais pas, je dirais entre 20 et 30, qu’est-ce que tu en penses ?

Charles-Antoine : oui, je pense que c’est un nombre possible dans le cadre large, dans l’association en elle-même, on est plutôt une poignée à s’en occuper activement.

Guillaume : mais le site n’est pas l’association et l’association n’est pas le site, donc il y a des gens qui sont dans l’un et pas dans l’autre.

Je vais vous dire un truc, c’est que déjà, rien qu’avoir un problème, plutôt que d’ouvrir un topic et dire ça marche pas et de cracher sa haine, mais réfléchir un peu à son problème, sortir un log intéressant et ouvrir un ticket sur le Bugzilla de Red Hat qui nous sert également sur le projet Fedora. Ça c’est déjà participer. Il y a plein de manières de participer et de contribuer. Et c’est ça qui est merveilleux dans le logiciel libre.

Walid : ouais tout à fait. Est-ce que parmi les gens dans la communauté francophone, il y a des gens qui sont impliqués dans la distribution en elle-même ? En termes de je sais pas, qui font du packaging ou ce genre de choses ?

Guillaume : packaging ouais, bah t’en fais toi aussi.

Charles-Antoine : moi, non. Mais par exemple, Remi (NDLR : Collet), qui est l’un des plus grands packageurs francophones qu’on connaît, il a beaucoup aidé sur le forum, il a aidé dans la documentation.

Si il y a quelqu’un qui pose des questions à ce sujet, concernant créer son premier paquet, par exemple, il répond volontiers. Donc la communauté francophone a beaucoup de contributeurs actifs dans le projet en lui-même. D’ailleurs Emmanuel Seyman dont tu parlais au début, il maintient les paquets Perl du projet Fedora aussi et il va sur les salons. Guillaume aussi a maintenu quelques paquets également.

Guillaume : c’était avant d’avoir des enfants mais effectivement j’ai packagé pas mal de choses.

Charles-Antoine : moi j’ai fait de la traduction. Jean-Baptiste par exemple faisait de la traduction aussi.

Il y a quand même du monde qui contribue au projet au sens large et pas que dans la partie francophone. Même si aussi il y a l’inverse, il y en a qui sont francophones mais ils contribuent qu’à Fedora et la communauté francophone n’y touche pas vraiment. Il y en a aussi.

Walid : je passe un grand bonjour à Remi et à Johan que j’ai eu la chance de côtoyer pendant plusieurs années. Et voilà, je leur passe le bonjour avec grand plaisir.

Les touts débuts de la communauté Fedora-Fr

Walid : juste une petite chose sur les débuts. Vous avez dit un truc assez intéressant. Le fait qu’effectivement, vous avez fait un accord avec les gens de Fedora pour pouvoir utiliser le nom Fedora Fr. Quand vous avez monté la communauté, vous avez tout de suite été discuter avec eux en leur disant, on voudrait monter une communauté francophone et tout, comment ça s’est passé au tout départ en fait ?

Guillaume : j’était pas là au tout départ, moi je suis arrivé trois mois, trois ou quatre mois après, donc c’était pas là au tout départ, je pense que ça s’est fait un peu sans trop demander. Quand on commence à avoir des contributeurs au projet Fedora qui viennent avec un étendard Fedora France ou Fedora Fr à l’époque, je pense qu’ils se sont rapidement rendu compte qu’on existait. Puis sur les salons au départ on a essayé de négocier des goodies et autres. Moi je me rappelle avoir bu des bières sous le stand de Red Hat à Solution Linux plusieurs fois, les relations étaient pas mal.

Après ce qu’il faut savoir, s’il y a des lois américaines c’est ça qui pose des soucis, c’est que quand on a monté l’association, on l’a appelé l’association Fedora FR, et ils nous sommes subventionnaient un petit peu. Du coup ça posait soucis comptablement parce qu’on portait leur nom et ça pouvait être perçu comme des transferts de fonds vers une société ailleurs. Donc c’est ça qui a posé souci et c’est pour ça qu’ils nous ont demandé de changer de nom pour pouvoir continuer à nous aider parce que sinon fiscalement c’était dérangeant pour eux.

Charles-Antoine : pour donner juste quelques dates, je suis sous la main. Donc le site Fedora Fr est donc né en mai 2004. l’association a été fondée en janvier 2007 et on a changé de nom en signant l’accord avec Red Hat pour l’usage du nom de Fedora et donc on a changé de nom vers BorsaLinx Fr en 2011 voilà. ça donne un peu le temps donc en effet pendant une bonne poignée d’années en tout cas l’association a pu tourner avec son nom sans problème et sans que Red Hat ou le projet Fedora ne s’y intéresse spécialement, en dehors de nous donner un peu d’argent ou des goodies directement.

Les évolutions de la distribution Fedora

Walid : la partie suivante dont j’aimerais qu’on parle, c’est les évolutions de la distribution. Vous avez vu toutes les évolutions de la distribution Fedora, et j’aurais bien aimé que vous nous en parliez un peu, que vous nous disiez pour vous quelles ont été les grandes étapes.

Charles-Antoine : que dirais que dans l’historique du projet Fedora, l’un, sans doute, l’événement marquant, le premier, c’était notamment Fedora 7, quand il y a eu la fusion des dépôts Core et Extra. Avant Fedora 7, la distribution s’appelait Fedora Core, car en fait il y avait deux dépôts principaux, le dépôt Core qui était géré globalement par les employés Red Hat et le dépôt Extra qui était communautaire. Même si les deux étaient officiellement supportés, ils étaient distincts.

Pour Fedora 7, ils ont décidé de fusionner en 1, qui devient le dépôt Fedora, d’où le changement de nom à ce moment-là. En termes de briques logicielles, il y a eu beaucoup de changements dans ces années-là. Par exemple, on est passé à Network Manager pour gérer le son. Pour le système d’init, on est passé d’un système traditionnel.

Guillaume : Network Manager, c’est pour gérer le réseau.

Charles-Antoine : Oui, c’est le réseau. Ensuite pour le système d’init, à ce moment là, on passait aussi vers Upstart qui était la solution de Ubuntu et peu après, pour améliorer Upstart, il fallait le refaire et c’est Systemd qui a été développé, qui a pris le relais, qui est maintenant à peu près partout.

Pour le son aussi, à cette époque là, il y avait l’introduction de Pulse Audio par exemple pour gérer le son ce qui permettait quand même d’utiliser sur le réseau le son mais aussi d’avoir une meilleure gestion dynamique du son sous Linux qui était à l’époque très statique et notamment il y avait parfois des problèmes genre avoir plusieurs applications qui jouaient du son en même temps c’était pas possible. Il y a eu vraiment beaucoup d’évolution à ce moment là pendant quelques années. Et après la situation s’est un peu stabilisée au début des années 2010, le projet gagnait en maturité, en stabilité, et s’est posé la question de » bon maintenant qu’est ce qu’on fait car il y a moins de changements de rupture, est-ce que le fonctionnement d’une distribution traditionnelle c’est encore pertinent ? » Et le projet en 2013-2014 a fait une pause d’un an, c’est-à-dire il n’y a pas eu de release (NDLR : sortie) pendant une année alors que d’habitude c’est tous les 6 mois.

Le but c’était d’avoir une période de réflexion pour définir ce qu’allait devenir la distribution après, et c’est ce qu’on appelle Fedora.next Alors il y a eu plusieurs décisions qui ont été prises à ce moment-là. Tout d’abord très rapidement de créer des produits, c’est-à-dire plutôt que d’avoir une distribution générique avec Gnome par défaut par exemple pour tous les usages, on a décidé d’avoir trois différentes versions, donc la version bureau de travail qui est Fedora classique avec Gnome pour les ordinateurs bureautiques, mais aussi une édition serveur pour les usages purement serveur, et une version cloud qui deviendra aussi atomique plus tard, dont le but c’est de fonctionner au sein d’un container, d’être vraiment minimal pour lancer une application ou deux, pas plus.

Comme ça, l’objectif c’était de faciliter la communication, mais aussi de définir des objectifs pour chaque groupe. Du coup, il y a des groupes de travail qui ont été formés. Par exemple, le groupe autour de Workstation, essaye de se dire, on va améliorer l’excellence utilisateur, comment est-ce qu’on va faire, quels paquets on doit installer ? comment on les configure ? est-ce qu’il y a des problèmes de compatibilité entre différents projets, par exemple entre Gnome et l’installateur de Fedora, par exemple, est-ce qu’il n’y a pas moyen d’intégrer ça un peu mieux ?

Donc le but c’est de faire des groupes de travail comme ça pour améliorer peu à peu le produit et je dirais que globalement ça a bien marché. Et une autre décision importante, qui d’ailleurs gagne un peu en popularité ces dernières années, c’est d’essayer de redéfinir le fonctionnement de la distribution.

Avant, je veux dire de manière classique, et c’est d’ailleurs toujours le cas d’une Fedora normale aujourd’hui, on agglomère plein de logiciels ensemble qu’on peut installer, mais déjà c’est globalement à peu de choses près toujours une version d’un paquet ensemble. On essaie de mutualiser les ressources, c’est-à-dire si il y a une bibliothèque qui est utilisée par différents logiciels en même temps, on va essayer d’avoir une version de cette bibliothèque pour toutes les applications, ce qui parfois demande du travail d’intégration car il y a des incompatibilités à gérer. Et aussi tout est sur un même niveau, c’est-à-dire le paquet du noyau est au même niveau que la gestion du son, qui est au même niveau que Firefox par exemple.

Il n’y a pas vraiment d’un point de vue système de différence entre tout ça. Donc l’objectif c’est de penser éventuellement une architecture en couche, où on aurait un système de base très minimal, qui serait très fiable, bien testé, qui pourrait fonctionner par état et être en lecture seul. Et par-dessus, par exemple, on pourrait mettre différents langages de programmation ou environnements de travail, et au-dessus de tout ça, des applications beaucoup plus indépendantes. L’objectif est d’offrir ainsi plus de fiabilité, de flexibilité aussi, parce que c’est parfois conséquence négative des fonctionnements traditionnels et des distributions. Et c’est ce qui deviendra notamment pour la version bureautique de Fedora le projet Fedora Silverblue donc un environnement GNOME classique mais avec un fonctionnement en couche avec un système de base très minimal en lecture seule et la possibilité d’installer des logiciels non pas sous forme de paquets tout intégrés flatpack ou de conteneurs pour différents environnements.

Et ça, c’est en train de gagner un petit peu en popularité ces derniers temps. On ne sait pas si ça deviendra la référence un jour, mais peut-être. En tout cas, il y a beaucoup de travail qui est mis dessus pour essayer de bouger un peu les lignes. Et peut-être qu’en fait, c’est juste les deux cohabiteront en fonction des besoins et des avantages et inconvénients pour chacun. Ça on ne peut pas dire. Mais tout ce travail là découle de cette réflexion qui a eu lieu il y a maintenant déjà dix ans.

Walid : et ça c’était une approche plutôt novatrice dans le monde des distributions classiques ?

Charles-Antoine : je sais qu’il y a eu des projets autour de ça, notamment par exemple la distribution NixOS reprend certaines idées qu’il y a là-dessus. Les choix technologiques ne sont pas les mêmes, les implications non plus, mais ça donne quand même quelques idées similaires.

Mais c’est quand même assez novatrice, car aucune distribution, on va dire, est assez connue, parce qu’une NixOS, on ne va pas se cacher, ça ne reste pas une distribution très connue et très utilisée. Parmi les grandes distributions majeures de Linux aujourd’hui, c’est la première à avoir initié ça, et d’ailleurs, beaucoup commencent à réfléchir et à proposer ce genre de modèles de leur côté.

Walid : on parlait de cette pause dans les fonctionnalités, de cette nouvelle architecture, mais ces dernières années, le paysage s’est aussi bien transformé. Je pense avec l’arrivée de Wayland par exemple, pour gérer tout ce qui est affichage graphique. Pipewire, ce genre de choses.

Vu de l’extérieur, j’ai l’impression que Fedora est un peu les premiers à aller là-dessus et à peut-être essuyer les plâtres et à emmener tout le monde devant. Mais est-ce que je me trompe ou est-ce que c’est un peu ça ?

Guillaume : j’ai un exemple tout à l’heure, c’était Pulse Audio. On a été l’une des premières distributions à le proposer. Et c’est vrai qu’à l’époque, on a un peu essuyé les plâtres. Ça a été décrié. Mais ça a permis à Pulse Audio d’avancer, je pense. On est à la fois dans les quatre foundations de Fedora, il y a Freedom, la liberté, il y a Friends, c’est côté communautaire, il y a Features, c’est proposer des features et il y a First, c’est être les premiers.

Des fois on est les premiers, ben ça marche pas bien effectivement, mais je pense que c’est aussi ce qu’on recherche sur Fedora, c’est d’avoir une distribution un petit peu à la pointe. Pipewire également oui on l’intègre. Wayland on a été une des premières distributions à l’intégrer. Je crois que arrêtez-moi si j’ai dit une bêtise, Renault, mais Fedora 41 ou 42 ça va être par défaut, il n’y aura plus de retour en arrière possible je crois. Voilà donc l’idée c’est vraiment avancer avec le libre et faire avancer le libre.

Walid : c’est un choix depuis le départ de faire en sorte que les modifs soient faits upstream, soit remontés directement au niveau des gestionnaires des paquets des logiciels, de tout de suite contribuer sur le projet communautaire qu’on intègre.

Charles-Antoine : très clairement, et d’ailleurs quand j’avais regardé pour la préparation des 20 ans du projet Fedora l’année dernière, en faisant ma rétrospective, notamment il y avait des articles qui pointaient justement que très rapidement Fedora a permis de diminuer la quantité de patchs que Red Hat maintenait dans Red Hat Linux de leur côté et qui ne contribuait pas officiellement et que Fedora a permis de pousser upstream parce que l’objectif c’était justement de pousser vers l’ouverture au maximum et de diminuer la charge de maintenance aussi au long terme des équipes et de faire avancer tout le monde ainsi.

Ça a vraiment été un parti pris dès le départ et ça s’est vu dès les premières versions pour la plupart des projets pour lesquels Fedora a contribué. J’ai plus l’histoire qu’en tête, mais ce n’est pas justement les cafouillages qu’il y aurait eu avec Pulse Audio, ou c’est peut être sur une versoi du kernel, qui ont fait qu’on a fait une vraie initiative Alpha, Beta, RC et même la version de développement de Fedora qui est, j’ai oublié son nom, c’est la Rawhide qui est vraiment la version de développement.

L’idée c’était quand même pour ceux qui veulent encore plus essuyer les plâtres et qui veulent contribuer d’utiliser ces versions là pour que quand on arrive en stable on soit de plus en plus stable et c’est vrai que ça a beaucoup apporté. Il y a même des semaines qui sont organisées, par exemple le week-end du kernel, on va faire des tests de kernel. Voilà, donc l’idée c’est vraiment de stabiliser beaucoup plus la version lorsqu’elle va sortir via ce système alpha, beta, RC et avant la Rawhide.

Walid : le cycle de release, donc de sortie des versions de Fedora, il a évolué dans le temps ?

Guillaume : ça fait un petit moment que c’est une tous les six mois, à part la pause de un an, très rapidement c’est monté à une version tous les six mois.

Charles-Antoine : oui dans l’idée après au début c’était un peu plus long parfois, il y a eu des neuf mois ou plus, c’est déjà arrivé. Le cycle de développement lui-même je crois pas qu’il a beaucoup évolué mais je sais qu’avec l’amélioration ces dix dernières années de la qualité de Fedora, la version alpha par exemple n’existe plus, on passe directement à la bêta. Car en effet, même si Fedora cherche à inclure toujours des technologies assez en avance, ce qui peut poser des problèmes de fiabilité, par rapport aux années 2000, il y a quand même une amélioration importante de la qualité, déjà parce qu’il y a une équipe qualité dédiée qui a des outils et beaucoup de personnes qui travaillent dessus et ça a apporté ses fruits. Et les gens, je pense, sont aussi plus réticents à inclure des nouveautés qui ne sont vraiment pas fonctionnelles par rapport à l’époque où il y avait beaucoup de développement qui se faisait, c’était assez dynamique. Là, c’est un peu plus stable maintenant, il y a moins de technologies de rupture quand même.

Et également, dans la partie de test, donc outre l’amélioration de la qualité des tests de Fedora, il y a aussi l’amélioration de la qualité des tests des logiciels en eux-mêmes. Dans l’industrie, il y a beaucoup plus de tests automatisés dans tous les sens ou d’intégration. Et ça se ressent dans tous les projets. Je me rappelle le passage à KDE 4 par exemple a été très difficile. Beaucoup de choses manquaient, la configuration fallait changer tous les 6 mois parce qu’ils étaient incompatibles avec les versions antérieures. Aujourd »hui tout le monde me dit que KDE 6 par rapport à KDE 5 ça fonctionne et ça marche très bien, il n’y a pas ces soucis qu’il y avait il y a dix ans. Donc ça aide aussi à améliorer la qualité de Fedora à la fin car on intègre des logiciels qui aussi s’améliorent de ce point de vue là.

Guillaume : et puis surtout oui les mises à jour sont facilitées. Moi je me rappelle une époque, il y a 20 ans, la meilleure façon de mettre à jour Fedora c’était de la réinstaller. Là depuis des années, enfin moi la dernière fois, j’ai changé de PC mais ça faisait dix fois que je faisais une mise à jour de mon serveur, enfin de mon PC et ça marchait nickel. Donc effectivement on a gagné en stabilité.

Charles-Antoine : moi je réinstalle plus de Fedora en dehors de changement de matériel. Je réinstalle plus, je fais que des mises à niveau. Maintenant ça marche vraiment très bien.

Les architectures sur lesquelles Fedora est disponible

Walid : j’ai oublié de vous demander tout à l’heure dans les débuts. Au tout début on parlait de matériel, sur quelle architecture Fedora était disponible et maintenant sur quelle architecture elle est disponible. Vous savez ça au tout début ?

Charles-Antoine : Au tout début je crois qu’il n’y en avait que trois. Donc les processeurs Intel donc x86, il y avait la version 32 bits et 64 bits. Dès le départ même si c’était plutôt à 32 bits qui était la version de référence à l’époque. Il y avait aussi le PowerPC de souvenir et je crois que c’est tout.

Guillaume : il n’y a pas une époque où on avait le i386, le i686 et le i586 ?

Charles-Antoine : si, mais jamais en même temps. On passait de l’un à l’autre. Au début c’était i386, après on est passé à l’i686.

Guillaume : ouais, c’est effectivement le Power App d’IBM effectivement. Mais maintenant c’est plus simple, il y a plus de 32 bits.

Charles-Antoine : non, en fait on a toujours le x86 64 bits qui est la référence aujourd’hui, il y a l’ARM 64 bits également, le 32 bits n’est plus supporté depuis quelques versions, le PowerPC 64 bits aussi et le processeur d’IBM Z, c’est l’architecture S390X. Voilà il y a que ça qui est pris en charge. Fedora n’a jamais vraiment brillé pour la gestion du matériel en termes de diversité, c’est pas vraiment son point fort et ça se reflète assez bien avec ça mais on va dire que c’est quand même suffisant pour la plupart des usages, on va pas se mentir.

Guillaume : moi je suis pas d’accord, je trouve que ça brille parce qu’il y en a plein qui supportaient pas le PPC64 par exemple. Moi j’ai des souvenirs d’avoir acheté des pc neufs et que j’étais bien content d’avoir une Fedora parce que elle avait la dernière version du kernel et que du coup je pouvais avoir mon wifi qui marche.

Charles-Antoine : oui, moi je parlais plus d’un point de vue architecture, oui d’un point de vue gestion des pilotes tout ça, en effet avoir le dernier noyau en particulier à une époque c’était un atout vraiment décisif.

Retour sur 20 ans de Fedora Fr

Walid : j’aimerais bien maintenant qu’on fasse un petit peu un retour sur ces 20 ans. J’aimerais bien que vous parliez un petit peu de ce qui s’est passé, enfin de ce que vous retenez de ces 20 ans en termes de communauté francophone. Est-ce que pour vous il y a des choses qui ont été vraiment marquantes qui vous restent sur ces 20 ans ?

Guillaume : moi j’ai fait à mon vieux mais j’aimais bien les débuts où on était tous là. C’était vraiment le début de Fedora donc c’était c’était aussi le début de Fedora France. C’était très sympa il y avait encore beaucoup de salons. Dans les salons la part du libre c’était c’était un tiers deux tiers. Voilà les derniers salons que j’ai fait, il n’y aurait plus eu des strapontins ça aurait été pareil.

Walid : oui tu parles du communautaire, les stands communautaires. Les stands communautaires ?

Guillaume : oui, moi je me rappelle des Solutions Linux où c’était pas 50-50 puis tout le monde passait parce qu’on savait que c’était là où il y avait l’ambiance et les bières c’était pas très sympa. Après effectivement le fait que ça s’est devenu moins élitiste le fait que l’ADSL s’est démocratisé qu’on n’ait plus besoin de venir avec le USB pour récupérer l’ISO et le fait que les grands salons en France, il y en a quand même de moins en moins, le Covid a encore fait encore plus de mal et cette époque là, l’âge d’or entre guillemets était très sympa.

Après ça continue à être sympa mais on a aussi vieilli, on a des enfants, tout ça, en tout cas c’est mon cas, et du coup c’est plus à distance qu’on fait les choses, par exemple les derniers AGs, moi je les ai fait à distance, je ne me suis pas déplacé sur Paris, parce que moi je suis dans le sud de la France, je suis à Montpellier. Donc tout ça fait que ça rajoute un petit peu de l’éloignement, on n’a plus ces samedis, ces premiers samedis du mois à la Vilette, parce que c’est plus des choses que les gens veulent maintenant. On le voit, rien qu’un forum, ça devient presque dinosaure. C’est-à-dire que les gens, ils veulent quoi maintenant ? Ils veulent un chat en direct et qu’on les aide en direct. Du coup, oui, et côté un petit peu temporel du forum pose aussi des soucis à certains. Je crois que je vais faire mon vieux qui sait que c’était mieux avant. Je fais ça.

Walid : j’ai l’impression que c’est un peu… toute notre génération elle s’est beaucoup investi là dedans et que juste les pratiques ont changé et les gens s’investissent plus forcément de la même manière.

Charles-Antoine : Ouais je pense aussi.

Walid : et puis de plus en plus, enfin tu vois maintenant tu veux un truc tu vas demander à chatGPT il va te prendre tout le contenu, il va te sortir un truc direct, même les vidéos. C’est vrai que les vidéos YouTube et tout ça, ça a vachement changé les choses même si personnellement je peux pas faire un Ctrl F dans une vidéo donc bon c’est mort mais les pratiques ont changé quoi…

Guillaume : je pense que la virtualisation a aussi changé les choses c’est à dire que avant on avait déjà un pc qui avait du mal à faire tourner un os maintenant on a un pc qui peut faire tourner plusieurs OS donc du coup avant de tester Fedora sur une partition multigoot et se mettre en danger on peut tester Fedora on peut tester Ubuntu on peut tester Arch Linux on peut tester plein de choses, voir ce qu’on préfère, tester Fedora avec du GNOME, avec du KDE, avec les systèmes qu’on propose et si ça nous plaît, si on accroche, on l’installe sur sa machine.

Donc ça aussi, ça fait que les gens sont beaucoup plus autonomes je pense.

Walid : je me demandais si pendant ces 20 ans, il y avait des choses qui vous ont fait gagner des contributeurs, où vraiment vous dites, ok, à partir de là, on a gagné du monde. Il y a plus de gens qui ont contribué à la communauté francophone.

Charles-Antoine : au début, c’était assez dynamique. On faisait des install parties, je crois, une fois par an à Paris. Et ça ramenait du monde quand même. Je pense qu’on a gagné des contributeurs à cette période-là. C’est vrai que ce genre d’événement, on ne les fait plus. Mais on va peut-être essayer de les refaire, on va voir aussi si les gens sont demandeurs, c’est aussi important. D’ailleurs dans ces 20 ans, j’avais déjà mentionné mais qui était marquant, c’était aussi le FUDCon en 2012 à Paris, c’est quand même un événement assez important, c’était un chouette événement, bien organisé, qui s’est très bien passé.

Et je me rappelle aussi d’un premier avril où je crois que c’est Guillaume qui avait changé le thème du site pour faire croire que Red Hat rachetait Fedora et l’association, tout ça. C’était un poisson d’avril assez poussé, qui était bien marrant aussi. Ça montrait un état d’esprit quand même à l’époque.

Guillaume : on avait tout repeint en rouge, c’était assez marrant. Faut que je retrouve des photos d’ailleurs de ça.

Charles-Antoine : je crois qu’il y a des scènes qui traînent, ouais. Faudrait que je trouve. Ouais, sur archive.org peut-être, on va voir.

Guillaume : non mais je crois qu’on a même des copies de notre côté. Possible, faut que je cherche. Puis il y a quand même aussi une fragmentation je trouve. Avant il y avait Fedora, Ubuntu, SUSE, Mandriva, maintenant il y a Arch Linux, il y a de plus en plus de distributions, des distributions ultra spécialisées dans la sécurité par exemple ou dans l’électronique.

On subit une fragmentation qui a eu et on a perdu certains grands membres de la communauté, M. Tom, pense à toi, c’est que quand les gens se sont commencé à dire qu’ils pouvaient lâcher Windows et Microsoft, ils ne sont pas forcément allés du côté de Linux, ils sont aussi allés du côté de la pomme (NDLR : Apple), donc du coup ils ont quitté un enfermement logiciel pour un autre enfermement logiciel, mais du coup avec un sentiment de liberté qui était toute fausse. Ça m’aura pas ça d’applaudir mais je suis anti Apple donc voilà.

Donc je pense qu’effectivement Apple a pris des parts de marché qui auraient pu être les nôtres et maintenant il est quand même très dur de quitter Mac du coup les gens y restent.

Fedora sur les mobiles ?

Walid : alors là je sais pas du tout, je connais pas du tout la réponse. Il y a des projets mobiles autour de Fedora.

Guillaume : téléphone portable ?

Walid : oui oui téléphone portable smartphone.

Charles-Antoine : alors officiellement pas vraiment, enfin on va dire qu’il y a des initiatives pour essayer de travailler dessus mais c’est pas non plus hyper abouti et très structuré. C’est plus des expérimentations et on joue avec. Par exemple Fedora a des paquets pour la version de Gnome Mobile qui est utilisée je crois par les téléphones Librem et je crois que Fedora est installable sur certains téléphones comme PostMarketOS. Je crois qu’ils peuvent cibler à peu près les mêmes matériels en se basant sur l’environnement Gnome Mobile et peut-être qu’KDE Mobile aussi je ne sais pas. Je pense qu’il y a des groupes de travail mais c’est pas quand même quelque chose de très mis en avant parce que c’est plus de l’expérimentation et peut-être qu’un jour ça prendra mais…

Guillaume : le marché est un peu trusté quand même, il y a deux gros acteurs et je pense que c’est difficile de s’insérer on voit même que même Microsoft a pas réussi s’il fait dégager donc…

Charles-Antoine : le problème des téléphones portables là dessus c’est déjà c’est du matériel très intégré il faut que tout fonctionne c’est pas comme les pc ou bon… t’as peut-être un composant qui marche assez grave là si t’as pas de micro ou si t’as pas internet ou si l’écran marche pas très bien bon très vite tu es vite pénalisé et la gestion du matériel est très compliquée sur un téléphone, c’est très diversifié, c’est pas aussi standardisé qu’un PC. C’est ce qui rend plus compliqués les initiatives du genre malheureusement. Et en plus, installer sur un téléphone c’est aussi plus compliqué que d’installer une Fedora sur un PC. C’est quand même des étapes plus compliquées, qui sont plus risquées aussi. C’est quand même pas la même approche.

Walid : pour ceux qui veulent en savoir plus, je redirige les auditrices et auditeurs vers les épisodes que j’ai fait avec Agnès Crepet de Fairphone et avec Gaël Duval de Murena, dans lequel on parle un peu de ces sujets-là aussi, et ce que c’est que travailler avec du matériel tout intégré, etc. Donc ça peut être aussi un complément.

Envies pour les années futures ?

Walid : moi j’avais une autre question en termes d’association. Quelles sont vos envies pour le futur ? On a parlé là du fait de pouvoir peut-être réorganiser des événements, est-ce qu’il y a des choses qui vous branchent pour les années à venir ?

Guillaume : c’est vrai que se rencontrer, se re-rencontrer ça pourrait être intéressant.

Charles-Antoine : oui, d’avoir une base de rencontre physique en dehors de l’Assemblée Générale évidemment, ou ça peut se faire aussi physiquement, mais pour le faire dans un contexte plus informel, soit pour aider les gens, ou soit pour aussi découvrir des choses. Par exemple on peut faire des présentations des démonstrations ça peut ça peut être fun aussi et juste discuter parce qu’on se connaît un petit peu mais c’est bien de passer du temps plus physiquement et bien posé quoi ça. C’est une chose que personnellement ça me plairait aussi faut voir après la demande des volontaires tout ça avoir plus de monde aussi qui participe ça serait je pense quelque chose d’important pour le renouvellement parce que c’est vrai que l’association souffre un petit peu, notamment de ce côté-là.

On a du mal à avoir de nouveaux contributeurs qui viennent donner un coup de main. Ce qui nous freine aussi dans nos capacités de faire des activités, comme organiser un événement, ça demande quand même du temps, des ressources. Il faut pouvoir compter sur quelques personnes au moins pour faire ça. C’est vrai que ça serait plus facile de le faire si on était un peu plus nombreux aussi.

Guillaume : je vais faire le parallèle de la vie, mais moi les années où j’ai le plus contribué à Fedora, c’est quand j’avais plus de temps, donc quand j’étais ni marié ni avec des enfants, et du coup ça serait bien, je paraître le vieux con, mais que des gens plus jeunes reprennent le relais. On a un petit peu du mal effectivement à rafraîchir nos participants en tout cas au sein de l’association.

Walid : ça pose la question de où est-ce qu’on va chercher ces gens en fait, qui ne vous connaissent pas forcément ? Mais pour plein d’assos c’est pareil en fait, le renouvellement de génération c’est pas quelque chose qui est forcément très très facile.

Guillaume : je sais pas, j’ai l’impression que les jeunes générations sont moins sensibles à la cause du libre. On est quand même sur une démocratisation des marketplaces (NDLR : places de marchés) fermés. Je veux dire, ça choque personne que lorsqu’on achète un pc à 2000 euros, on ne peut pas installer ce qu’on veut dessus. Enfin merci, maintenant il y a l’Europe, on pourra installer avec difficulté ce qu’on veut, mais je pense que les gens sont moins sensibles à la cause du libre.

On le voit, ils ont tout souvent dû leur âme à Chrome et les parts de Firefox baissent. Il y a cette culture qui donne tellement de données à Facebook, Twitter, Instagram, TikTok, – TikTok qui est peut-être le pire – du coup, il ne se pose même pas la question de qu’est-ce que c’est le libre que leur donnée sur une Fedora, leur donnée est à eux. Il y a la possibilité d’envoyer des metrics (NDLR : metriques) pour aider le projet Fedora, c’est-à-dire grosso modo qu’est-ce que vous avez sur votre PC, votre processeur, etc. pour nous aider à faire nos efforts et vous n’êtes pas obligé de le faire, c’est une case à cocher lors de l’installation. Mais sinon, tout ce qu’il y a dedans, ça ne remonte pas à Red Hat. Voilà, ce côté liberté, je trouve que les gens sont moins sensibles.

Walid : et est-ce que ce n’est pas aussi lié aux évolutions des distributions elles-mêmes ? Ou comme vous le disiez avant, c’était compliqué d’installer une distribution et maintenant, tu as un container, une ligne de commande, c’est installé et tu n’as même pas besoin de poser ce genre de questions. Ce qui fait que tu te concentres plus sur les communautés des applications et pas sur la communauté de la distribution qui va avec ?

Guillaume : peut-être même que les gens utilisent du Linux sur des Raspberry Pi ou autre pour des projets bien particuliers, mais gardent leur Mac ou leur Windows sur leur poste principal, c’est aussi une possibilité.

Charles-Antoine : de toute façon, depuis 20 ans, l’écosystème d’informatique a beaucoup changé. Déjà, ça s’est démocratisé, donc c’est sûr que proportionnellement, il y a peut-être moins de bidouilleurs aujourd’hui qu’à l’époque. Car à l’époque, avoir un PC, ce n’était pas dans toutes les familles. Maintenant, beaucoup de familles en ont un. Beaucoup de périphériques aussi sont apparus. Les tablettes et les téléphones ont remplacé le PC pour beaucoup de personnes, pour beaucoup de familles.

Le PC c’est plus un outil de travail maintenant et c’est vrai que du coup ça incite peut-être moins à bidouillerer car bidouiller son téléphone et la tablette c’est pas aussi facile que le PC. Je pense que cette évolution globalement de l’écosystème de l’informatique fait que c’est peut-être un peu plus difficile de sensibiliser les gens dessus et que les gens qui contribuent peuvent contribuer en effet comme tu dis plus aux applications parce qu’ils ont moins à se soucier de la distribution en elle-même parce que ça marche, ça remplit le besoin et ce qu’ils veulent c’est faire autre chose avec. Et ils travaillent plutôt sur ce qui se passe au-dessus plutôt que la distribution en elle-même, c’est tout à fait possible.

Walid : Avant qu’on conclue deux choses, la première c’est que je voulais savoir si dans vos défis il y avait le défi de la mixité aussi ?

Charles-Antoine : c’en est fait un sujet, d’ailleurs le projet Fedora a fait un travail là-dessus. Ils essayent d’avoir des gens déjà qui ne sont pas que du monde anglo-saxon, on va dire, ou même du monde occidental. On essaye d’attirer des contributeurs de pays qui ont moins l’habitude de contribuer au logiciel libre. La présence de femmes aussi, ils essayent, mais c’est compliqué.

Nous, on a le même problème. Globalement, on n’est que des hommes. On a eu très peu de femmes membres de l’association. Malheureusement c’est aussi quelque chose qui… c’est pas quelque chose qu’on peut non plus renverser nous tout seul, on essaye d’être ouvert bien sûr à tout le monde mais on peut pas non plus forcer on va dire les gens à s’y intéresser et malheureusement il y a on va dire le poids historique de la société qui fait que ça mettra du temps sans doute à se résorber de lui-même.

L’évolution des distributions Linux

Walid : j’avais une dernière question, en fait j’étais intéressé d’avoir votre point de vue sur comment vous voyez l’évolution des distributions Linux. Il y a quand même pas mal de changements sur, on a parlé tout à l’heure de Flatpak, on a parlé, enfin il y a les distributions immutables aussi etc, donc comment est-ce que vous voyez les choses en fait avec tout ce recul ? Qu’est-ce que ça vous inspire ? Ce qui peut se profiler ?

Guillaume : moi je suis un ancien packager, donc du coup Flatpak ça me donne des boutons. Puis du coup rien, que ne serait-ce pour une approche éco-responsable ou autre, mais avoir des paquets les plus petits qui occupent le moins de place sur un disque dur, etc. c’est quand même un peu plus green que de se dire « je m’embête pas je fais un gros truc, je mets tout dedans ». Après l’avantage d’un Flatpak, c’est qu’effectivement le Flatpak de Ubuntu va pouvoir aller sur une Fedora, etc. Donc je comprends que l’interopérabilité est importante, mais bon c’est en plus le bouchon, pourquoi aussi plusieurs distributions Linux ?

Donc s’il y a plusieurs distributions Linux c’est qu’elles ont plusieurs identités et je pense que chaque identité est intéressante. On a Fedora qui est novatrice, mais après on a toutes les distributions Rolling Release type Arch Linux ou autres qui ont aussi leur public, qui sont elles aussi novatrices, qui sont elles aussi intéressantes. De l’autre côté, le grand écart, on a les distributions à support très très long qu’on va installer, qu’on va beaucoup utiliser dans le monde professionnel type Red Hat ou autre.

Je pense qu’il y en a pour tout le monde. Après, moi j’aime bien le concept de Fedora. Tout à l’heure, Renault parlait de Silverblue. J’ai un peu du mal avec Silverblue moi par exemple, parce qu’il y a du Flatpak dedans. Moi Flatpak c’est vraiment par défaut quand je trouve pas ce qu’il y a d’autre. Par exemple, si je regarde actuellement FreeCAD, FreeCAD ne marche pas en version compilée sur Fedora parce qu’il y a un problème de version de Python.

Donc effectivement, Flatpak est la seule solution en attendant qu’il y ait résolu le problème.

Walid : donc voilà, ça fait partie des rares paquets que j’utilise en Flatpak. Justement, je me demandais cette évolution du packaging en fait. Ça fait des années que tu fais du packaging un peu de la même manière et puis là ça évolue quoi. Et donc là tu dis bien que ça évolue, toi dans un sens qui ne te plaît pas forcément quoi. C’est aussi quelque chose qui est intéressant de voir comment sur toutes ces années les métiers évoluent aussi autour de ça quoi.

Guillaume : oui tout à fait, tout à fait. Le Flatpak c’est effectivement portable un peu partout. On le voit même sur GitHub, on peut très bien avoir un GitHub Actions qui va faire un Flatpak du projet et n’importe quel utilisateur de Linux pourra utiliser son projet. Donc c’est bien, ça permet une ouverture, mais pour moi c’est juste du dépannage et dès qu’il est possible de créer un RPM propre qui soit optimisé pour la machine, c’est vers ça qu’il faut aller.

Charles-Antoine : moi je pense que les deux modèles vont en fait cohabiter, pour une raison très simple que globalement il y a des besoins antagonistes qui sont là depuis le début de Linux, on ne va pas se mentir.

Les systèmes traditionnels sont très bien, très efficients, mais le problème c’est aussi que c’est un peu rigide. Tu veux une autre version que ce que propose la distribution, quelle que soit la raison, ça peut être pour une raison de compatibilité avec le travail, ou parce que tu veux la dernière fonctionnalité qui est disponible, et bien c’est compliqué avec une distribution traditionnelle, alors que les Flatpak, ça améliore ce genre de choses.

Et aussi, par exemple, moi j’ai quelques exemples à donner pour donner des cas d’usage où flatpacks par exemple ou même Silverblue ça peut être intéressant. À mon travail on fait des LANs parfois pour s’amuser, on a tous nos distributions pour le travail, on est assez libre là dessus, c’est cool. Il faut la même version du jeu pour pouvoir jouer ensemble avec les distributions traditionnelles, c’était ingérable on passait notre temps à essayer de savoir quelle version on va se mettre et éventuellement il faut compiler, régler ça machin. Avec Flatpak tout le monde télécharge le Flatpak, c’est réglé en 5 minutes. C’est quand même un atout qui est assez appréciable et dans des environnements de travail où on peut être interconnecté comme ça et on a besoin d’avoir les mêmes versions parfois pour faire certaines tâches, c’est quand même un atout appréciable.

Et d’ailleurs pour Silverblue aussi je fais des tests de Silverblue et Rawhide sur ma machine personnelle. Depuis 6 mois d’ailleurs, je vais faire des retours d’expérience bientôt là-dessus parce que je trouve ça intéressant. Deux, trois fois, ma machine n’était pas bootable (NDLR : ne démarrait pas), pas du tout. Je ne sais plus la raison en détail, mais ça n’a été pas. Grâce à ce système à état, je pouvais revenir à un système fonctionnel en deux minutes, juste en appuyant un bouton au moment de démarrer la machine. Ce qui, avec une distribution traditionnelle, pouvait être très difficile à régler, parfois même impossible, il fallait juste réinstaller, ce qui prenait beaucoup de temps. On peut voir un intérêt là aussi, en termes de fiabilité, en tout cas pour les briques de base, de fournir ce genre de solutions.

Et pour moi, comme tous ces besoins-là sont un peu antagonistes, entre le système classique d’un côté et ce que Silverblue et Flatpak proposent de l’autre, je pense qu’il y aura un mix et deux, qui vont, suivant les cas d’usage chacun on va privilégier l’un ou l’autre et parfois faire cohabiter les deux en même temps on va utiliser un système traditionnel mais pour quelques logiciels dont on a besoin parce qu’il n’est pas dans le dépôt parce qu’on veut une version spécifique etc on va utiliser le Flatpak.

Walid : c’est potentiellement les mêmes personnes qui font des Flatpak et qui font des RPM ?

Charles-Antoine : Fedora fait ses propres Flatpak à partir de ces RPM. Il y a des dépôts Flatpak fournis par Fedora ce qui permet aux autres distributions d’ailleurs de récupérer éventuellement des paquets compilés par Fedora sous forme de Flatpak pour avoir des versions plus récentes par exemple. Et c’est d’ailleurs ce qui est utilisé dans Silverblue. Comme il n’y a plus de paquets RPM en dehors de la base du système – il y a les RPM mais disons que ce n’est pas vraiment aussi accessible qu’avant – tous les Flatpaks qui sont proposés proviennent de ce travail là. Ils sont générés automatiquement à partir des RPM. Il y a eu un gros travail là-dessus.

Mais en général un empaqueteur ne va pas faire un travail sur Flatpak et sur RPM en même temps, mais des outils de conversion comme ça, de passer de RPM à Flatpak permettent de faire qu’indirectement c’est le cas. Mais en pratique j’ai pas l’impression que ça le soit.

Guillaume : moi par exemple il y a un truc qui me choque actuellement sur le logiciel, c’est à dire le package manager de gnome packagé dans Fedora, c’est que on télécharge du Flatpak ou du RPM sans s’en rendre compte, et même par défaut des fois, alors que le RPM existe, ça va télécharger le Flatpack si on n’est pas attentif, moi ça me dérange.

Charles-Antoine : alors ça de mes mains c’était des bugs au début et maintenant l’ordre est défini. C’est à dire, s’il y a le RPM, c’est installé en priorité, après c’est le Flatpak de Fedora, et s’il n’y a pas c’est le Flatpak de FlatHub ou d’une source de ton choix.

Normalement maintenant il y a une liste de priorité comme ça par défaut. Mais en effet avant c’était un peu plus bordélique et ça pouvait poser ce genre de confusion.

Tribune libre

Walid : ok, on arrive vers la fin de l’interview. Qu’est-ce que vous diriez à une personne qui connaît Fedora pour lui présenter la communauté Fedora Fr, enfin francophone ?

Charles-Antoine : bon, une personne qui connaît Fedora, on peut dire qu’on est en soi une communauté de gens assez curieux et compétents pour essayer de guider, si ils ont des problèmes avec la distribution ou s’ils veulent y contribuer aussi, on peut aider à faire ses premiers pas. Et s’ils veulent aider, aussi les autres gens, parce que tout le monde a sa propre expérience, tout le monde a ses petites astuces parfois. S’ils veulent les donner aussi, ils sont les bienvenus pour ça bien évidemment.

Walid : je vais vous laisser là une tribune libre si vous voulez faire passer un message avant qu’on se quitte chacun à tour de rôle voilà je vous laisse passer le message que vous avez envie de passer aux auditrices et aux auditeurs de Projets Libres!. Guillaume tu veux commencer ?

Guillaume : ouais je vais commencer moi c’est quelque chose qui vraiment compte pour moi et même si le projet Prédoral ne met plus en avant c’est les four foundations (NDLR : les 4 fondations) c’est vraiment Freedom, Friends, Feature et First. C’est vraiment pour ça que je suis venu à Fedora, c’est le First. Avoir toujours les derniers trucs qui vont bien, même si on se casse les dents dessus, et bien on va quand même le proposer.

Des Features, parce que Fedora est riche en fonctionnalités. La liberté, parce que effectivement, pour moi c’est important de savoir et de contrôler ce que j’installe sur mon pc et sur les données qui circulent entre mon pc et le reste du monde. Et ensuite le côté Friends, le côté communautaire, c’est vraiment intéressant. J’ai passé des superbes années et j’en passe encore au sein de Fedora Fr et je pense que ce qui est intéressant dans ce côté là, c’est d’être gagnant gagnant.

C’est ok, prendre du logiciel, prendre de l’information mais également donner du temps pour contribuer et ce côté là pour moi c’est vraiment intéressant. Le produit est gratuit, c’est pas vous le produit parce qu’on va pas vendre vos données mais du coup la façon de payer le produit c’est d’aider et de participer.

Walid : c’est beau!

Guillaume : voilà et comme je le disais tout à l’heure même ouvrir un ticket bien foutu avec des logs de quoi nous aider c’est déjà aider.

On est super bon en français, on a des anciens profs qui l’étaient, on peut relire les pages du wiki, on est super pointilleux en orthographe, il y a plein de fichiers de strings (NLDR : chaînes de caractères) pour aider la traduction, on a des architectures un petit peu exotiques, on peut aider et faire des pages rédigées sur comment installer, j’en ai discuté avec un collègue tout à l’heure, Fedora sur un Macbook Pro. Toutes ces choses-là, on peut contribuer pour aider les autres et ensuite s’aider soi-même.

Walid : super ! Charles-Antoine, à toi, Tribune Libre, le message que tu veux faire passer ?

Charles-Antoine :Je vais abonder un petit peu dans le sens de Guillaume. Si vous cherchez une distribution qui est à la pointe tout en étant simple et utilisable au quotidien, n’hésitez pas à tester Fedora, je pense que c’est une expérience quand même intéressante. Après on aime ou on n’aime pas, chacun fait son avis, mais le tester au moins une fois, je pense que ça vaut le coup et ensuite si ça vous plaît si vous voulez aider d’une façon ou d’une autre n’hésitez pas à participer à la communauté au projet Fedora, l’association franchement on est très ouvert là dessus j’irais même que Fedora est une distribution centrée sur les contributeurs.

Il y a vraiment beaucoup de besoins beaucoup de demandes là dessus et si vous avez même des compétences limitées, vous n’avez pas besoin de savoir faire grand-chose, vous pouvez essayer d’y participer, on essaiera de guider, il n’y a pas de problème.

Walid : et bien voilà, on est arrivé au bout, je remercie tous les deux de votre temps, pour parler de Fedora qui est votre passion, mais je trouve ça super parce que j’avais pas mal de questions, je ne suis pas un très grand connaisseur, donc c’est cool, on a abordé pas mal de sujets.

Guillaume : est-ce que tu as envie de l’installer suite à ce podcast?

Walid : je l’ai installé, pour être tout à fait honnête, je l’ai installé il n’y a pas très longtemps sur un Mac Mini 2012.

Guillaume : d’accord. C’est cool d’avoir une distribution récente sur ce matériel.

Donc merci beaucoup pour les auditrices et auditeurs de Projets Libres!. C’est comme d’habitude, vous pouvez me faire des commentaires et surtout, n’hésitez pas à partager autour de vous cet épisode.

Et on va reparler de distribution Linux dans pas très longtemps non plus. Donc voilà, ça devrait être assez sympa, on va continuer dans cette veine. Eh bien, à bientôt et merci beaucoup à tous les deux, Guillaume et Charles-Antoine.

Et bah écoutez, à bientôt, j’espère avoir l’occasion de vous ravoir pour reparler de Fedora dans le futur.

Charles-Antoine : merci à toi.

Guillaume : ben nickel!

Walid : merci à toi. À bientôt.

Cet épisode a été enregistré le 19 juin 2024.

Licence 

Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieure. 

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