Odoo Community Association : Odoo en mode communautaire – J. Grand-Guillaume

Odoo Community Association

Walid : bienvenue pour ce nouvel épisode de Projet Libre. Aujourd’hui on va parler d’un sujet que j’affectionne tout particulièrement. Si vous êtes un auditeur ou une auditrice fidèle, vous avez déjà entendu des épisodes sur d’autres ERP. Mais aujourd’hui on va parler d’un outil que j’aime beaucoup qui s’appelle Odoo. Et en particulier on va parler de la Odoo Community Association, sur lequel je me suis pas mal documenté, mais j’ai encore beaucoup de questions. Et pour répondre à ces questions, et bien qui de mieux qu’avoir avec moi le président du board de l’Odoo Community Association, Joël Grand-Guillaume.

Joël, écoute, merci beaucoup d’avoir accepté, bienvenue sur le podcast Projets Libres!, j’espère que tu vas bien.

Joël : eh ben oui, bonjour, je vais très bien, je te remercie, merci pour ton invitation, je me réjouis de passer ce petit moment avec toi pour partager un petit peu tout ce qu’il y a à savoir dans ce monde là.

Présentation de Joël Grand-Guillaume

Walid : première chose, c’est que j’aimerais d’abord que tu puisses te présenter pour les auditrices et les auditeurs qui ne te connaîtraient pas.

Joël : d’accord, bon alors moi je m’appelle Joël Grand-Guillaume – ça fait un bien long nom – j’habite en Suisse. J’ai 43 ans, 3 filles. Je suis responsable du département business solution chez Camptocamp qui travaillait avec Odoo depuis ses tout débuts. Et j’ai aussi l’honneur d’être le président de l’OCA et membre du conseil d’administration depuis maintenant 10 ans.

Walid : comment est-ce que tu as découvert le logiciel libre ? Par quels moyens ?

Joël : alors ça c’est une anecdote assez rigolote. J’étais en CDD chez Camptocamp à l’issue de mes études et puis j’ai eu l’occasion de participer à FOSS4G. FOSS4G c’est le plus grand événement sur l’open source géospatial dans le monde du libre. C’est une conférence internationale où l’innovation et la collaboration convergent pour l’avenir de la géomatique. Et vraiment c’était là que j’ai découvert toute cette communauté internationale, rencontré des gens extraordinaires et cette façon de créer des logiciels que je ne connaissais pas alors. Et je suis tombé fan et donc je suis allé voir les patrons pour qu’ils m’engagent ce qui a été chose faite et donc c’est là que toute l’aventure a démarré.

Walid : d’accord donc tu as fait toute ta carrière sur Odoo, quasiment ?

Joël : ouais absolument ouais alors depuis mes premiers travaux d’ingénieur ou presque j’ai fait un petit peu de géospatial au tout début et ensuite j’ai embarqué sur ce logiciel extraordinaire.

Walid : A l’époque ça s’appelait pas Odoo, quelle version c’était quand tu as commencé ?

Joël : c’était TinyERP version 3.9. Donc ça date un peu, je crois que ça fait 18 ans. C’était un petit peu avant 2006, toute la fin d’année 2005 que j’ai découvert la première fois le logiciel.

Présentation d’Odoo

Walid : avant qu’on parle de l’OCA, est-ce que tu pourrais commencer par présenter assez succinctement Odoo pour les gens qui ne connaîtraient pas ?

Joël :

Odoo, c’est en fait une suite d’applications métiers open source. C’est un périmètre fonctionnel très large. En fait, c’est une sorte de boutique en ligne d’application, mais pour les entreprises, un petit peu à la manière de ce qu’on aurait sur l’App Store ou le Google Store, mais simplement pour le monde des entreprises.

C’est une solution qui est édité par un éditeur belge qui s’appelle Odoo SA. C’est une société qui aujourd’hui pèse plusieurs milliards, mais évidemment ça peut toujours être le cas. Et c’est un modèle économique qu’on appelle Open Core. Il y a une version communautaire qui est disponible et publiée sous une licence LGPL et on peut souscrire un abonnement pour avoir la version entreprise qui donne lieu à un certain nombre de services notamment les migrations et certaines fonctionnalités additionnelles.

Walid : je mettrais dans les notes de l’épisode des liens vers des interviews de Fabien le créateur d’Odoo qui explique toute l’histoire d’Odoo, c’est assez intéressant de voir par où il est passé pour en arriver là.

(NDLR : l’interview de Fabien Pinckaers sur GDIY)

Joël : absolument, c’est une très belle aventure.

Walid : c’est une grande réussite du logiciel.

Joël : absolument.

Les grandes étapes du dévelopement d’Odoo

Walid : est-ce qu’on pourrait juste revenir deux secondes sur qu’est-ce qui pour toi sont les faits marquants du développement d’Odoo ?

Joël : il y a peut-être pas mal de choses à dire, j’espère que je ne vais pas louper de trop important. Déjà, je pense qu’il y a son début, aux environs de 2005, avec ce logiciel connu sous le nom de TinyERP. Et puis quatre ans plus tard, aux alentours de 2009, il a été renommé OpenERP après la version 5. Il était plus si petit que ça. Il y a une petite anecdote que Danone s’intéressait au logiciel et le patron ne souhaitait pas payer cher pour une solution qui s’appelait « Tiny ». Donc ils ont décidé de le renommer OpenERP parce que sa portée était beaucoup plus large qu’alors et la communauté a vraiment commencé à croître à partir de ce moment-là.

En 2012, je trouve qu’il y a un autre fait marquant, c’est l’arrivée du premier client web et le passage de la GPL à la licence AGPL. Je pense que c’est un fait marquant aussi dans la communauté et aussi pour les utilisateurs. Avec un vrai client web, avant on était encore sur un client lourd développé en GTK, donc beaucoup plus compliqué à déployer.

Et puis en 2014-2015, OpenERP devient Odoo ! Et donc, je dirais que pour mieux refléter sa suite complète d’applications, dans leur vision, ça allait plus loin qu’un ERP. Donc ils souhaitaient enlever le mot ERP du nom du logiciel. Et c’est aussi à ce moment-là qu’Odoo a lancé une offre SaaS basée sur leur cloud, avec Odoo Online, et qu’ils ont changé de business model (NDLR : modèle économique) pour passer sur ce business model Open Core, qui connaît le succès d’aujourd’hui.

Walid : je pense qu’on y reviendra tout à l’heure un peu sur les licences.

Joël : ouais, ok, avec plaisir.

Présentation de l’OCA

Walid : maintenant, ce que j’aimerais, c’est qu’on passe à la présentation de l’Odoo Community Association, qu’on appellera certainement OCA, pour des raisons pratiques dans le reste de l’épisode.

Joël : très bien.

Walid : j’aimerais bien comprendre qu’est-ce que fait l’association en fait et pour quelles raisons elle a été créée.

Joël : alors déjà on est une association non lucratif donc ça c’est la première chose et on a été établi pour soutenir une communauté open source et collaborative autour du développement et la promotion de fonctionnalité autour d’Odoo. On aide en fait aussi les intégrateurs, les membres à créer plus rapidement des solutions Odoo plus efficaces avec un accès facile à des applications de haute qualité, et aussi des migrations libres. Parce qu’aujourd’hui, si on veut migrer une version d’Odoo à l’autre, il faut passer par la souscription entreprise. Donc là, on propose un projet alternatif open source. Donc je dirais que ça, c’est un peu l’essence de cette association.

La génèse de l’OCA

Walid : qu’est-ce qui fait que cette association est créée ? À quel moment exact c’est créé ? Et pourquoi l’association, vous décidez de la créer ?

Joël : alors ça il faut remonter pas mal d’années en arrière. A l’époque ce qu’il faut comprendre, c’était mes tout débuts dans cette communauté et je découvrais en fait un monde, une communauté internationale et j’ai eu un plaisir fou à collaborer en fait avec toutes ces personnes.

Mais quelque chose me peinait beaucoup, c’est que chacun redéveloppait les mêmes modules en son propre nom pour avoir en quelque sorte le prestige de publier cette application à leur nom. Donc beaucoup de travail était fait à double, il y avait peu de collaboration sur les modules des concurrents parce qu’on ne veut pas contribuer aux modules d’un concurrent, etc. Et là, ça m’a fait poser plein de questions sur cette pertinence, en fait, d’être dans un monde open source, mais finalement pas collaborer.

Et puis là, j’ai la chance de travailler chez Camptocamp, donc dans le département géospatial qui fond des projets open source depuis très longtemps. J’ai découvert en fait comment fonctionnait l’OSGeo. C’est une fondation géospatiale pour l’open source et j’ai compris comment cette association a structuré et comment ils avaient réussi en fait à faire cette collaboration un succès. Et notamment je dirais un des points marquants de cette association, c’est le fait que le code des différents contributeurs est donné ou le copyright est… on donne une version de son copyright à l’association de façon à ce que l’association détienne le copyright du code qu’on publie et donc le code est sous l’égide de cette fondation et non plus sous la responsabilité de chacun de ses contributeurs. Et le fait de neutraliser ça sous une entité commune permet à chacun de contribuer librement.

On garde l’auteur évidemment pour avoir la reconnaissance du travail qui a été fait par chacun. Par contre, voilà un peu le principe. Et donc je suis parti sur cette idée et j’ai proposé en fait sur les mailing-lists de l’époque la fondation d’une telle association avec mes premières idées sur la question et ça a été très bien reçu.

Et donc je suis parti avec cette idée, avec quelques intégrateurs de l’époque qui jouaient vraiment ce jeu de l’open source et on a décidé de fonder cette association.

Et ce qui est incroyable c’est qu’à cette époque là c’est le même moment où tout s’est mis en route, où OpenERP est devenu Odoo et qu’ils ont changé leur modèle de licence. Ils sont passés de l’AGPL à la LGPL plus ses souscriptions entreprises, donc sur ce modèle Open Core comme il s’appelle.

Et donc ce jour là dans la salle d’annonce de la création de l’association il y avait un monde mais fou on pouvait plus passer dans les couloirs et en fait l’OCA a été perçu ce jour là comme un bateau de sauvetage pour de nombreuses personnes qui étaient convaincues que la méthode open source était nécessaire pour cet écosystème et pour assurer l’avenir de la solution Odoo.

Alors aujourd’hui on a un objectif bien différent. L’avenir d’Odoo il est désormais assuré, il y a des millions d’utilisateurs satisfaits qui en profitent partout dans le monde et donc on a redirigé un petit peu l’objectif de l’association pour pouvoir un petit peu au défi du jour.

Walid : quand tu annonces sur les mailing-lists, quelles sont les réactions chez Odoo en fait ? Est-ce qu’il y a des gens de chez Odoo qui font des retours là-dessus ? Est-ce qu’ils regardent ça de manière bienveillante ? Est-ce qu’ils ne font pas de retour en fait ? Qu’est-ce qui se passe ?

Joël : alors moi j’ai toujours été transparent avec Fabien, donc moi j’ai eu la grande chance, je dirais d’être dans les tout premiers. Fabien c’est quelqu’un que je connais, on se parle, on s’écrit, on se répond, donc il y a un respect mutuel je dirais qui s’est installé depuis toutes ces années qu’on côtoie, qu’on se côtoie. Et donc à cette époque là j’ai pas fait ça dans son dos, c’est quelque chose avec lequel il était au courant, on en avait parlé, il est même venu participer à un moment donné de cette session de la création de l’association pour répondre à quelques questions. Donc il n’y a jamais eu une volonté d’être en frontal avec lui.

J’ai toujours eu un esprit de collaboration, on est plus fort ensemble. Et le but ça n’a jamais été finalement de se battre contre ni Fabien ni Odoo, mais bien de regarder comment est-ce qu’on peut faire vivre une version Open Source, comment est-ce qu’on peut faire vivre cette vision-là et supporter l’éditeur dans son mouvement Open Core pour que ça se passe bien pour les deux parties en fait.

L’association OCA

Walid : avant d’aller un peu plus en détail là-dessus. Je voudrais savoir, donc l’association, c’est une association de droits Suisse ?

Joël : Oui.

Walid : d’accord. Que tu as créé parce que tu es Suisse en fait, donc tu l’as créé directement là ou il y avait une raison particulière de la mettre en Suisse ?

Joël : alors, en partie parce que j’étais établi en Suisse, Camptocamp a aussi des succursales en France et en Allemagne, donc j’avais aussi d’autres opportunités, mais je pense que la réglementation suisse elle est vraiment bien faite et surtout reconnue lorsqu’il s’agit d’organisations non gouvernementales. Il y en a plein qui sont ici à Genève, donc on a un droit, je dirais constitutionnel, qui favorise ce genre d’association et qui la rend crédible à l’étranger pour la stabilité, la neutralité pour laquelle la Suisse est connue. Et je pense que c’est quelque chose qui a fait l’unanimité à l’époque, quand je l’ai proposé, personne n’a remis en question le fait de le faire en Suisse, c’est quelque chose auquel les gens ont tout de suite adhéré.

Walid : et l’association, elle détient de la propriété intellectuelle ? Est-ce qu’elle est juste là pour faire la promotion de ce que vous faites ? Qu’est-ce qu’elle détient en fait cette association ?

Joël : alors peut-être qu’on pourra préciser ça dans le cadre des licences, mais en fait pour pouvoir contribuer du code dans l’OCA, on doit signer ce qu’on appelle une CLA, Contributor License Agreement, et ça, ça donne… Alors il y en a plusieurs formes, la nôtre elle est très restrictive par rapport aux licences open source, donc quand vous signez cette CLA, vous donnez une copie de votre copyright à l’association. C’est-à-dire que vous conservez le vôtre et vous avez le droit de changer de licence de votre bout de module comme bon vous semble, mais vous avez aussi donné une copie de ce droit à l’association qui donc permet à l’association d’être le représentant légal de ce module. Et ça c’est le plus important, c’est d’être capable d’avoir autorité auprès de la justice par rapport à l’écosystème qui se crée dans l’OCA.

Et c’est ce qui a crédibilisé les contributions Open Source et la volonté de chacun de vouloir contribuer dans cette association parce qu’elle en détenait finalement les droits. Et donc ça c’est l’aspect vraiment très important dans cet écosystème.

Walid : au début quand l’association est créée, elle est composée de combien de membres en fait ? Qui sont les premiers qui te rejoignent dans ce mouvement ?

Joël : alors je crois qu’il y a huit ou neuf membres fondateurs qui étaient alors les principaux contributeurs en fait des différents modules Odoo, des fonctionnalités additionnelles qu’on avait besoin. Donc c’était vraiment clairement des intégrateurs petits ou moyens à travers le monde qui ont été d’accord de se fédérer et de partager ça sous une licence Open Source pour pouvoir éviter de faire le travail à double et être plus fort ensemble. Donc ça c’était vraiment la volonté. Il y avait des développeurs, des consultants fonctionnels et même certains utilisateurs et clients. Donc je dirais ça c’est vraiment un paysage assez large.

Walid : ah oui, même en tant que client on peut faire partie de l’OCA ?

Joël : absolument, oui, on a quelques clients qui sponsorisent l’OCA parce qu’ils utilisent des pièces qui leur sont indispensables pour leur fonctionnement de leur instance Odoo et les fonctionnalités qui sont nécessaires pour eux.

Walid : maintenant, l’OCA est composé de combien de membres ?

Joël : alors les derniers chiffres je ne les ai pas, mais c’est entre 350 et 400 membres qui sont des membres donc qui souhaitent participer à la vie active de l’association. Par contre il y a plusieurs milliers de contributeurs sur les modules, donc on n’est pas obligé d’être membre de l’association pour contribuer à l’écosystème de l’OCA.

Être membre, c’est une volonté de vouloir la soutenir financièrement et d’avoir une possibilité de participer à sa gouvernance et à son futur. Par contre, pour être contributeur, la seule chose qui est requise, c’est de signer cette CLA et à partir de ce moment-là, vous pouvez contribuer à tout l’écosystème de l’OCA sans aucun problème.

Le financement de l’OCA

Walid : justement, on va passer à la partie suivante, qui est, je pense, une des parties très intéressantes c’est le financement. D’où vient l’argent dont vous disposez et puis ensuite après on parlera de qu’est ce que vous en faites de cet argent.

Joël : alors l’argent de fonctionnement de l’association elle vient principalement du sponsoring et des cotisations des membres comme on vient de l’expliquer donc là c’est des gens qui souhaitent soutenir et afficher leur soutien auprès de l’association ça c’est la principale source de revenus de l’association.

Mais après il y a aussi beaucoup de revenus en temps et qui finalement sur la balance pèsent beaucoup plus lourd. C’est tout le temps que nos contributeurs nous dédient pour participer en fait à ces différents modules Open Source, à ces contributions, au bugfixes, à l’évolution fonctionnelle, à toutes les discussions qu’il y a sur les mailing-lists. Et finalement ça c’est peut-être ce qui a le plus de valeur chez nous, beaucoup plus que le budget qui permettent à fonctionner je dirais l’association de manière administrative et de financer les quelques serveurs qu’on a besoin.

Walid : vous n’avez pas de salariés dans l’association ?

Joël : alors aujourd’hui on n’a pas vraiment de salariés mais on vient d’engager une CEO, on l’appelle Virginie Dewulf, depuis cette année. Avant ça il y avait Rebecca (NDLR : Gellatly) qui nous suit en tant que secrétaire générale, qui s’occupe vraiment de toute la pratique administrative, organisation des événements, qui est d’ailleurs une personne incroyable que je remercie énormément pour toutes les contributions qu’elle a apportées à l’association. Mais aujourd’hui il n’y a pas de salariés, c’est des mandats renouvelés d’année en année.

Walid : d’accord. Tu disais tout à l’heure qu’il y avait du sponsoring aussi. Donc il y a des clients qui vous sponsorisent ?

Joël : absolument. Donc là, aujourd’hui, le sponsoring, c’est vraiment quelqu’un qui nous souscrit pour un sponsoring Gold, Silver ou autre, pour afficher son soutien à l’association. Donc là, ça lui donne le droit à une certaine visibilité sur notre site Internet, à publier un certain nombre de références clients ou différentes blog posts sur notre site web. Et puis là-dessus, il y a aussi des clients qui nous soutiennent là-dedans parce qu’ils ont besoin de certaines pièces et ils souhaitent nous soutenir économiquement, à défaut par exemple de contribuer directement dans les différents repositories de code.

Il faut savoir qu’on est aussi en train de construire une offre d’abonnement pour les intégrateurs Odoo, pour qu’ils puissent accéder à des formations, à de la documentation, probablement des boîtes à outils spécifiques. Et l’objectif c’est vraiment que les intégrateurs qui utilisent la méthode Open Source ou qui sont affiliés à l’OCA soient plus efficaces que les autres et qu’ils soient reconnus comme tels. Donc ça c’est vraiment un projet qu’on a en train de construire cette année.

Walid : dans tous les membres qu’on a parlé, donc d’entreprises qui sponsorisent, on a parlé des intégrateurs, il y a des membres individuels aussi c’est ça ?

Joël : oui, alors ce qui est très important de noter dans la gouvernance de l’association, on n’a pas souhaité depuis le début que l’association soit pilotée par des entreprises. Donc en tant qu’entreprise, je peux sponsoriser l’association, bientôt je pourrais profiter d’un programme et d’une souscription pour accéder à du contenu, à des best practices (NDLR : bonnes pratiques), etc.

Mais aujourd’hui, la gouvernance de l’association, elle est régie par ses membres. Donc l’aspect politique gouvernemental de l’association est vraiment régie par les membres eux-mêmes, et donc ce sont des individus et non pas des entreprises. Ça, ça nous paraissait très important pour garantir la neutralité de cette association et sa crédibilité aussi vis-à-vis du monde.

Walid : et donc là, le board dont tu fais partie, il est composé de combien de personnes ?

Joël : alors on est neuf aujourd’hui et le board est élu par les membres délégués. Et les membres délégués eux-mêmes ont été élus par les premiers fondateurs et ensuite chaque année par l’Assemblée des délégués. Donc dans l’association, l’organe de gouvernance de l’association, c’est les délégués, c’est ce qui constitue l’assemblée générale de l’association et c’est eux qui votent pour toutes les décisions importantes liées à l’association.

Donc chaque année on élit 10 nouveaux délégués et ces délégués ensuite élisent le board pour l’année à venir.

Walid : d’accord, je me posais une question que j’avais pas noté mais ça te prend beaucoup de temps de travail, toi par exemple, de travailler sur l’organisation et sur l’OCA par rapport à ton emploi du temps professionnel ou familial en fait ?

Joël : Jocker (rires) ! Ouais, écoute, oui, c’est… Il y a le temps que tu passes effectif dans les réunions qui est somme toute assez raisonnable, où on essaie d’être efficace, et puis après il y a un temps qui est plus difficilement calculable, c’est aussi toute la charge mentale, tout ce qu’il faut que tu cogites dans ta tête pour que tout ça, ça continue d’avancer, que ça prenne la bonne direction. Et je pense que c’est plus cet aspect là qui est pas lourd à porter mais qui est voilà qui est quand même une certaine responsabilité aussi.

Ça fait dix ans que je suis là, les gens ils ont une certaine confiance et donc tout ça ça ça cause forcément une certaine pression dans la charge mentale de tout ce que tu dois penser au quotidien.

Les projets soutenus par l’OCA

Walid : quels sont tous les projets que vous faites et puis lesquels sont les plus importants ou sur lequel vous mettez par exemple le plus d’énergie ?

Joël : alors ce qu’il faut savoir déjà c’est que ce sont nos contributeurs qui fournissent l’énergie et qui décident sur quoi et comment ils souhaitent contribuer à ces différentes repositories.

Donc nous on va avoir finalement une capacité d’orienter ou de financement relativement réduite. Ça c’est vraiment dans la main des contributeurs comme n’importe quel projet Open Source j’ai envie de dire. Maintenant, quels types de projets sont hébergés chez nous ? Je dirais, d’une part il y a des outils qui sont plutôt techniques pour aider à maintenir les instances Odoo, pour être conforme à différentes normes. Voilà donc il y a tout un tas de toolkits qui permettent aux intégrateurs de faire leur travail de manière convenable ou efficace.

Ensuite il y a aussi un autre point qui est plutôt lié aux bibliothèques de bas niveau, typiquement pour faire du traitement en batch ou du traitement asynchrone de données, pour importer des choses, pour connecter des choses, donc vraiment des couches bas niveau. Une troisième catégorie de modules ou de fonctionnalités qu’on trouve c’est toutes les alternatives open source aux versions Enterprise de Odoo. Le plus connu c’est probablement tout ce qui est lié à la comptabilité qui est basculé dans la version entreprise lors du passage à Odoo. Et donc là on a un certain nombre de modules alternatifs libres au sein de l’écosystème de l’OCA.

Ensuite il y a un projet encore pas complètement connu mais qui commence à l’être c’est Open Upgrade. Donc ça c’est cet outil qui permet de faire des migrations Odoo par soi-même, sans être dépendant de la licence d’entreprise de l’éditeur.

Et puis après, et je dirais c’est la plus large portion, c’est les milliers d’applications fonctionnelles avancées qui permettent d’adapter Odoo à tous les secteurs ou presque, et de rendre finalement Odoo beaucoup plus efficace ou plus pertinent dans un contexte pour une industrie donnée.

Walid : ok, parce que j’avais écouté une conférence ou une session de questions réponses, je ne sais plus dans quelle conférence c’était en 2022 ou 2023, bref, où vous disiez qu’en fait une partie des financements ils étaient mis sur l’OpenUpgrade de mémoire.

Joël : oui ! Alors en fait là-dessus ce qui s’est passé c’est pas vraiment qu’on a placé ça, c’est-à-dire que l’OCA fait fonctionner aussi son site internet et son système de gestion qui est Odoo à la grande surprise générale. Et donc pour migrer cette instance d’Odoo on a décidé d’utiliser OpenUpgrade. Et donc, dans les RFQ (NDLR : demande de devis) qui ont été émis pour migrer notre instance, on a décidé de financer ça au travers de la migration de notre instance pour pouvoir publier les scripts de manière libre. Il faut savoir que c’est un projet assez compliqué. Les migrations, c’est toujours très difficile. C’est compliqué de le financer convenablement. Et ça, c’est vraiment un des défis auxquels on a été confrontés.

Donc, on a trouvé cette option, cette voie pour permettre finalement de faire vivre ce projet. Et c’est quelque chose qu’on a envie d’amener encore plus loin demain pour professionnaliser un petit peu plus ce service de migration libre.

Walid : c’est pas facile sachant qu’il y a une version qui sort tous les ans, il faut tout le temps un peu rattraper le train.

Joël : exactement, c’est un vrai enjeu et je pense que ça va rester un challenge pour les années à venir de conserver finalement un projet libre pour permettre à tout un chacun de migrer ses versions communautaires.

Les relations avec Odoo SA

Walid : je voulais qu’on parle aussi des relations que vous avez avec Odoo SA. On a parlé tout à l’heure du fait que tu connaissais bien Fabien. Moi ce que j’aimerais savoir c’est est-ce que les relations sont toujours plutôt bonnes ? Est-ce qu’il y a des moments où vous avez un peu des tensions parce que vous avez des avis divergents ? Comment ça se passe un peu la relation, pas quotidienne, mais régulière avec Odoo l’éditeur ?

Joël : comme je disais la relation est vraiment amicale. Je connais Fabien depuis très longtemps. Maintenant, ce qu’il faut comprendre, c’est que le but de nos deux entités est résolument différent aujourd’hui. Odoo SA, il veut conquérir le monde sur le marché mondial des ERPs, il veut faire d’Odoo la première application métier la plus performante du monde, ça c’est vraiment là-dessus, c’est vraiment son rêve, c’est ce qu’il est en train de concrétiser.

Et puis l’OCA, en regard de ça, soutient une approche Open Source de l’outil, ou une vision open source en fait de son développement. Pour nous c’est ainsi que les clients obtiennent le meilleur retour sur investissement qui vont plus loin avec le même argent.

Notre objectif c’est toujours de rendre ce projet Odoo plus efficace, d’aider à soutenir des développements collaboratifs et aussi d’éviter le vendor lock-in (NDLR : enfermement propriétaire). Donc là-dessus, on n’a pas toujours été dans cet état-là, surtout au tout début quand il y a eu ce changement de licence, mais aujourd’hui il y a un rééquilibre qui s’est créé.

On s’est finalement avéré être un des fers de lance de l’innovation dans l’écosystème Odoo aujourd’hui. Dans les 4-5 dernières versions, il y a de nombreuses fonctionnalités qui ont été intégrées dans le cœur, qui viennent des idées de l’OCA. Donc, on fait compte que c’est un petit peu une situation gagnant-gagnant aujourd’hui, où Odoo, grâce à son succès de ce modèle Open Core, peut financer la partie open source et la version communautaire avec beaucoup plus d’efforts que ce qu’il a pu faire par le passé. L’OCA, en échange, produit de nombreux modules innovants qui finissent par atterrir dans Odoo un jour ou l’autre. Et on est une sorte de pôle d’incubation en regard de cette relation avec Odoo.

Après, on est en train de s’orienter vers offrir à des intégrateurs l’opportunité d’intégrer mieux ces modules Open Source et de pouvoir se démarquer de la concurrence ou des autres façons de procéder pour intégrer Odoo, notamment avec des modules propriétaires. Et là-dessus, c’est vraiment le programme qu’on est en train de mettre en œuvre cette année.

Walid : vous n’avez pas de personnes qui travaillent chez Odoo SA qui contribuent à des modules de l’OCA ?

Joël : ça arrive mais c’est plutôt sporadique. On a plusieurs fois des personnes d’Odoo et des développeurs qui sont venus participer à nos code sprints par exemple. C’est des volontés, des initiatives individuelles qui ne sont pas spécialement sponsorisées par Odoo. C’est des personnes qui ont envie de participer à la communauté et à la vision Open Source du logiciel et elles sont toujours les bienvenues dans nos événements.

Walid : je me posais aussi la question de savoir, est-ce qu’il y a des modules Odoo qui sont plus populaires que d’autres ? Tu as parlé de la compta tout à l’heure ?

Joël : oui, alors là-dessus je peux peu me prononcer, mais il y a certainement un subset (NDLR : sous-ensemble) de modules qui sont beaucoup plus connus dans l’écosystème de l’OCA en tout cas. Il y a toute cette histoire, ou tout ce set de modules autour de Queue Job qui permet de faire du processing et des traitements asynchrones qui est très utilisé, ou très largement utilisé. Il y a aussi un fameux module qui s’appelle MIS-Builder qui permet de construire des rapports notamment financiers, une sorte de framework qui permet de le configurer.

Voilà, on a quelques projets comme ça qui sont très largement utilisés. Mais aussi la force, je pense c’est la multitude en fait de ces quelques milliers de modules qui trouvent faire tout leur sens dans un cas précis ou dans l’autre et qui évitent en fait de payer un développement spécifique 100% par le client, mais qui permet d’être cofinancé finalement par une communauté d’utilisateurs et ça je pense c’est l’aspect le plus intéressant.

Walid : moi j’ai découvert, maintenant je m’en rappelle, c’est parce que je cherchais à faire la connexion entre un Magento et un Odoo, je suis tombé sur le module, je ne me souviens plus comment il s’appelle, enfin le connecteur qui permettait de faire la synchro entre un site E-Commerce et Odoo et c’est comme ça que j’ai découvert, que j’ai découvert ça.

Joël : ça c’est un vieux module sur lequel j’ai travaillé il y a très longtemps.

Walid : donc on a parlé des relations avec Odoo, le fait que vous arriviez à influer, enfin vous, vous n’avez pas de prise sur l’évolution, sur les features (NDLR : fonctionnalités) qui sont rajoutés dans les versions ? vous les savez en avance ? vous les découvrez au moment où c’est… enfin comment ça se… ?

Joël : Fabien c’est le seul à savoir où va aller le produit. Il a une implication très forte
dans l’orientation du produit, c’est ce qui a toujours fait sa force. Alors bon il grandit et bien sûr
qu’il y a beaucoup de relais maintenant chez Odoo avec leurs Product Owners qui font du très
bon travail. Mais je dirais Fabien est vraiment à la tête, le fer de lance du développement de
son produit et c’est ce qui a fait son succès.

Et là dedans ni les intégrateurs ni l’OCA ont vraiment voix au chapitre aujourd’hui sur la direction que prend le produit à l’avenir. Mais c’est aussi vrai que parfois ils demandent des idées et là on est toujours libres d’y contribuer et de proposer finalement les sujets sur lesquels on pense que Odoo devrait travailler plus.

Walid : une autre question je me pose : le fait de travailler chez un intégrateur Odoo un peu privilégié, parce que ça fait très longtemps et vous êtes quand même très très reconnus là dessus chez Camptocamp, et je pense c’est pareil pour d’autres intégrateurs qui sont membres de l’OCA, vous n’avez pas non plus des informations ou des manières de discuter autres avec l’éditeur ? Ou c’est deux choses complètement différentes ?

Joël : ouais, alors c’est assez peu développé cette partie-là. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que vu que la plupart de ce code est libre, on a finalement au jour le jour accès aux différentes contributions que l’éditeur va faire sous forme de Pull Request (PR) dans GitHub. Et donc on peut tout à fait être au courant finalement de ce sur quoi l’éditeur est en train de travailler de manière tout à fait transparente, ce qui n’est pas du tout le cas dans un autre logiciel.

Donc peut-être que c’est le moyen qui est un petit peu différent là où les éditeurs de logiciels propriétaires vont par exemple éditer une certaine roadmap (NDLR : feuille de route) ou autre. Là finalement chaque personne qui souhaite s’y impliquer peut participer et suivre en fait l’évolution du produit au travers des contributions qui sont faites au jour le jour.

L’OCA et les licences

Walid : le sujet suivant c’est les licences. Quelles licences, tu en as parlé un peu tout à l’heure, mais sous quelles licences sont les modules Odoo, enfin Odoo OCA ? Est-ce qu’ils sont tous sous la même licence ? Pourquoi cette licence là ?

Joël : alors tout ça, ça a été un jour un très fort débat. Aujourd’hui il y a vraiment un consensus et c’est très largement accepté. Il y a eu beaucoup de discussions. Donc à ce jour ce qu’il faut comprendre donc, Odoo il est édité sous la version LGPL pour toute la version communautaire et puis il y a une version, une licence propriétaire pour tous les modules dits entreprises, c’est à dire ceux auxquels on accède uniquement via une souscription.

Au sein de l’OCA, dans les statuts d’association, on a défini que n’importe quelle licence certifiée par l’OSI est acceptée. Maintenant, dans les faits, la plupart des modules sont développés en AGPL ou LGPL. On a quelques autres licences, mais la plupart ont choisi l’une ou l’autre de ces licences. Ce qui est important de comprendre, c’est que l’auteur d’un module dans l’OCA choisit sa licence. A partir du moment où c’est une licence certifiée par l’OSI, l’OCA l’accepte. Donc c’est pas nous qui distribuons, qui décidons sous quelle licence un auteur souhaite publier son travail.

Walid : je vais juste rappeler OSI, Open Source Initiative.

Joël : oui, exactement. C’est donc ceux qui réagissent en fait à tous ces différents types de licences Open Source et qui essayent d’en faire le tri et de les différencier en expliquant les avantages et inconvénients de chacun. Donc voilà, et je rappelle que là, pour que les gens poussent leur contribution au sein de l’OCI, ils doivent signer notre CLA, le Contributor License Agreement, qui donne à l’OCA une copie des droits d’auteur et qui permet finalement de protéger ce travail d’un point de vue juridique.

Walid : D’accord. J’imaginais que pour des raisons de praticité, c’était plus facile d’avoir un seul type de licence ou deux, s’il y avait quoi que ce soit, mais en fait, je peux arriver demain et prendre une licence MIT et pousser mon module sous une licence MIT, par exemple ?

Joël : absolument. Après, la compatibilité des différentes licences entre elles et de la responsabilité de l’auteur aussi. Donc ça, il faut quand même que les gens se renseignent sur qu’est-ce que ça veut dire de choisir l’une ou l’autre des licences. Il y a une certaine FAQ sur le site de l’Odoo Community Association qui permet peut-être d’aider ou d’éclairer à ce choix. Après, chacun prend les responsabilités par rapport à ça.

Odoo et les changements de licences

Walid : est-ce que tu peux expliquer pour quelle raison Odoo ils sont passés d’une licence AGPL à une licence LGPL ?

Joël : bon alors peut-être que ce n’est pas moi qui devrais répondre, mais je vais quand même essayer. Donc en fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que à partir du moment où Odoo a senti la nécessité de changer son business model (NDLR : modèle économique) et de passer sur un modèle Open Core, ils ont besoin de pouvoir adjoindre une couche propriétaire sur un core Open Source, et la seule licence (NDLR : du type GPL) qui permet de faire ça, c’est la licence LGPL. Alors la seule licence en tout cas reconnue dans le milieu de l’open source ou de certifié par l’OSI. Là je ne sais pas exactement les termes exacts mais si on veut passer sur une licence comme ça de toutes les licences GPL, la LGPL est la seule qui permet finalement d’adjoindre un certain nombre de modules propriétaires qui cohabitent.

Et donc c’est ça qui a permis à Odoo de se développer à l’échelle mondiale depuis lors parce qu’ils ont pu faire atterrir beaucoup plus de contributions dans la version communautaire grâce aux souscriptions payantes qu’ils avaient donc l’un a financé l’autre. Le mauvais côté bien sûr il y a certaines fonctionnalités qui étaient Open Source qui ont basculé dans la version entreprise. On parlait, par exemple, de la comptabilité tout à l’heure.

Et c’est là que, par exemple, l’OCA propose un panel de modules alternatifs pour permettre aux gens de faire de la comptabilité avec une version communautaire. Je dirais globalement, ce changement, il a été bénéfique pour tout le monde. Il a permis à l’éditeur d’arriver où il se trouve aujourd’hui. Et finalement, on n’a jamais reçu autant de contributions dans la version communautaire depuis ce changement de Business Model. Donc il a été beaucoup critiqué mais aujourd’hui il faut quand même reconnaître que c’est un succès.

Walid : et pourquoi est-ce qu’il y a eu beaucoup de discussions au sein de l’OCA au départ sur les licences ? C’est un truc qui m’intéresse juste de comprendre. Les avis étaient très divergents ?

Joël : par rapport à quoi exactement ?

Walid : tu disais tout à l’heure, je te demandais quelles sont les licences qui sont reconnues au niveau de l’OCA et tu disais que c’était quelque chose qui avait fait beaucoup de débats. Je me posais la question de pourquoi ?

Joël : ouais alors ce qui a fait débat c’était le changement de Odoo, GPL à AGPL avec la version 8 et puis ensuite AGPL à LGPL. Ça ça a suscité beaucoup d’inquiétudes et il y a eu beaucoup de débats au sein de l’association ou de ses contributeurs sur alors finalement sous quel code il faut que je publie mes contributions. Et là il y avait le choix de la AGPL qui est beaucoup plus protective ou de la LGPL qui rend la chose beaucoup plus compatible.

En fait, ce qu’il faut comprendre, la différence entre la AGPL et la LGPL. La AGPL, elle a une certaine composante qui permet à un utilisateur de demander le code source de l’application. Donc ça a été fait à l’époque pour protéger les offres SaaS, quelqu’un qui ferait une contribution, et puis un éditeur qui proposerait d’un coup une version SaaS à partir de ce module publié en Open Source, et le contributeur initial finalement qui ne pourrait pas profiter des avancées que ça s’aurait mis en œuvre. Pour protéger ça, ils ont créé cette version AGPL qui donne droit à un utilisateur, quel qu’il soit, d’un logiciel open source de ce type, de pouvoir demander le code. Et donc en utilisant des modules AGPL, on voit bien qu’avec le shift (NDLR : passage) vers une version propriétaire d’Odoo, les contributeurs avaient peur que tout l’effort passé dans un module soit, en guillemets, volés par quelqu’un, packagés dans un module propriétaire et revendus à leur détriment. Pour ça, la licence AGPL était très appropriée, au contraire de la licence LGPL, qui ne protège pas contre ce type d’utilisation.

Walid : j’ai une autre question, d’expérience. J’ai bossé avec Odoo SA en tant qu’éditeur sur un de mes projets. Et en fait, ce que j’ai trouvé, c’est que finalement, si tu bosses avec Odoo, tu n’es pas du tout incité à bosser avec des modules de l’OCA, pas forcément on va dire.

Joël : non c’est très vrai, c’est pas du tout leur approche de l’intégration de leur logiciel. Dans leur vision à eux clairement, ils vont développer des fonctionnalités particulières qui manqueraient éventuellement pour tes besoins et ils vont t’en faire assumer finalement le coup.

Éventuellement ils vont profiter de ces expériences et de ces explorations au travers de leurs différents clients pour décider de renforcer leur version dans la prochaine release (NDLR : version) et d’améliorer telle ou telle fonctionnalité en fonction des expériences qu’ils ont faites sur les différents clients. Donc là, clairement, ils n’ont pas du tout une vocation de réutiliser ces briques-là. Je pense aussi que c’est pour une certaine partie une décision stratégique d’être le owner, le propriétaire de la propriété intellectuelle du travail qu’ils réalisent et en utilisant des modules OCA, du coup il se retrouverait avec des briques logicielles dont il n’aurait pas le copyright et je pense que ça, politiquement, dans une entreprise comme la leur, ça peut poser un certain nombre de questions.

Walid : je voyais bien effectivement qu’intégrer des modules qui sont faits par d’autres gens sur lesquels tu n’as pas la main sur la roadmap, tu n’as pas la main sur forcément la qualité du code, tout ça etc. Enfin c’est un peu compliqué mais le revers de la médaille c’est que potentiellement on va te redévelopper la même chose qui existe déjà dans un module et après tu vas devoir payer pour les mises à jour. Donc c’est un peu, il y a un peu les deux côtés mais ça se comprend mais d’un autre côté effectivement tu as potentiellement tu peux réinventer un peu la roue.

Joël : alors ça c’est sûr c’est un petit peu le drawback (NDLR : inconvénient) comme on dit, c’est un petit peu l’autre face de la pièce. Maintenant c’est clair qu’en tant qu’éditeur et étant donné leur position je pense que le choix qu’ils font c’est certainement le bon pour eux et si on souhaite profiter finalement de cet écosystème c’est pas auprès de l’éditeur mais il faut trouver alors un intégrateur pour faire ce travail là je crois que ça c’est très clair.

Des verticales Odoo via l’OCA ?

Walid : j’avais d’autres questions maintenant j’ai commencé à réfléchir parce que j’ai des collègues qui travaillent dans des coopératives alimentaires qui utilisent Odoo et donc il y a pas mal de versions d’Odoo FoodCoop etc. Enfin plein de trucs et tout ça et je me disais mais déjà est-ce qu’il y a des verticales comme là tu vois par exemple il y a plein de gens qui ont développé plein de modules pour gérer une coopérative alimentaire avec Odoo est-ce que tu connais des verticales de gens qui utilisent OCA pour faire leurs propres versions verticalisées d’Odoo?

Joël : alors aujourd’hui cette partie là n’est pas super bien pris dans l’OCA. C’est à dire qu’il y a plusieurs panels donc déjà première chose il y a quelques verticaux dans l’OCA notamment pour gérer les associations ou un certain nombre de choses, vous les allez trouver avec le petit préfixe vertical dans le nom des repos. Donc oui il y en a quelques uns.

Maintenant c’est pas un travail qui est super bien organisé parce que la grosse force de l’OCA c’est vraiment de proposer en fait une immense constellation de modules qui répond à différents besoins et je dirais aujourd’hui c’est encore le savoir des intégrateurs qui va savoir quel choix de modules il faut mettre pour tel métier ou pour telle industrie.

Et je pense que ce savoir-faire il fait partie un petit peu de le facteur de différenciation des intégrateurs qui utilisent cet écosystème de l’OCA par rapport aux autres. Et donc chacun a ses propres recettes un petit peu de cuisine et ça c’est une partie qui est plus délicate à partager je dirais. Donc ces verticaux on est aujourd’hui avec l’écosystème de l’OCA capable de tacler de nombreuses industries pour aller beaucoup plus loin que ce qu’on va trouver dans la boîte en standard dans Odoo, mais il faut un peu la connaissance de ses codes système pour en profiter.

Walid : et imaginons que moi, alors toute ressemblance avec un sujet d’actualité serait fortuite, imaginons que moi j’arrive, je regarde Odoo et je m’aperçois que pour mon domaine d’activité, en fait il manque des choses, tout n’est pas couvert avec et tout ça. Je me disais « si je veux faire avancer un peu mon sujet pour faire en sorte que ça profite à tout le monde, quelle est la bonne manière de faire pour faire en sorte que mes besoins, qui seraient potentiellement standards à tout mon domaine, un métier, améliore les modules OCA » ?

Joël : oui, alors déjà, ce qui est important de comprendre, c’est qu’en travaillant avec l’OCA, tout l’intérêt, c’est qu’on va déjà profiter de toute une base existante. Donc, en allant, je dirais, développer les quelques petits modules qui vont nous manquer et en s’appuyant sur la base existante, finalement, on arrive à couvrir des besoins avec très peu de développement.

Ça c’est vraiment l’immense plus-value pour les clients finaux. C’est que finalement on va financer le développement de quelques petites différences ou de quelques petits compléments de fonctionnalités. Et en s’appuyant sur le réservoir existant, on obtient tout de suite une fonctionnalité complète en n’ayant finalement financé qu’une fraction.

Et en plus de ça, ces fonctionnalités existantes se basent sur des best practices, donc on va en fait finalement profiter du meilleur de l’état de l’art et ça c’est vraiment le gros avantage pour l’utilisateur final.

Maintenant, comment faire pour arriver là-dedans ? Je dirais, déjà, il faut trouver un partenaire qui participe dans cet écosystème de l’OCA, ça c’est fondamental, ou à défaut, il faut déjà se renseigner sur ce qui existe, éventuellement challenger l’intégrateur que l’on a, lui demander d’utiliser l’écosystème, de s’y référer.

Et ensuite, je pense qu’il faut aussi veiller à ce que, à minima, le code qui est développé par l’intégrateur, on puisse en récuéprer les droits d’auteur ou qu’il puisse avoir une licence open source, pour éviter le vendre lock in et que l’on ait la liberté de main de pouvoir changer de prestataire si on n’est plus satisfait (NDLR : phrase modifiée après l’enregistrement). Et je pense que ça c’est vraiment l’important dans cette histoire. Il faut aussi comprendre qu’entre un intégrateur qui va jouer ce jeu et un intégrateur qui ne va pas le faire, il y a une différence importante.

Je peux très bien utiliser un module OCA et finalement ne pas y contribuer. Donc je vais finalement ne faire que tirer les choses de l’OCA, je vais les utiliser pour monter mon offre commerciale et finalement peut-être être compétitif. Mais pour le client final, le fait que quand je découvre des problèmes, je ne re-contribue pas les bugfixes, les améliorations que j’y apporte dans la base de code de l’OCA, et bien rapidement il y a une divergence qui se crée entre ce qu’on a fait pour un client donné et la version originale de l’OCA qui va continuer d’évoluer et en fait le coût de repasser de l’une à l’autre va toujours être à la charge du client à la fin. C’est pour ça que c’est important de trouver un intégrateur qui va jouer ce jeu, qui va aller contribuer les évolutions, les bugfixes que vous allez faire pour votre projet dans le cœur du repository original pour capitaliser finalement dessus.

C’est là où le client va bénéficier vraiment surtout sur investissement, sur la maintenance de sa solution et si on a un intégrateur qui ne joue pas ce jeu-là de manière fair-play, on va rapidement avoir des clients qui vont se retrouver à payer ces coûts de maintenance par eux-mêmes et qui n’auront finalement pas pu profiter du bras de levier que cet écosystème Open Source peut proposer.

Walid : c’est finalement la connaissance fine de tout cet écosystème sur laquelle vous voulez travailler pour proposer aux intégrateurs de monter en compétence et de travailler avec vous quoi, si je comprends bien ?

Joël : absolument. Et on aimerait aussi les rendre visibles, qu’il y ait aussi un annuaire, que les gens puissent consulter pour trouver le partenaire le plus approprié pour leur secteur d’activité, pour leur région. Donc ça, ça nous paraît maintenant la prochaine étape à franchir pour finalement offrir le meilleur aux clients finaux.

Comment se matérialise la communauté autour de l’OCA ?

Walid : cette communauté autour de l’OCA, elle se matérialise comment ? Vous avez des événements ? Vous avez quoi comme outils pour collaborer, c’est juste GitHub ? Enfin comment ça se présente un peu cette communauté ? Comment vous rencontrez, comment vous travaillez autour de l’OCA ?

Joël : déjà, il y a toute une infrastructure que l’OCA fournit. Donc là, ça va depuis toutes les règles ou, je dirais, le cadre dans lequel les gens s’engagent à travailler. Comment est-ce qu’on peut faire ces contributions ?

Donc il y a tout un tas de documentation et de règles, de processus qui permettent à chacun de contribuer, qui sont explicités et à chacun peut s’entendre. Si on ne parle pas le même langage et qu’on n’a pas la même façon de fonctionner, c’est difficile de contribuer efficacement.

Ensuite, il y a tout un tas d’infrastructures, d’outils de CI et d’autres qui permettent en fait à cet écosystème de collaborer de manière internationale et en asynchrone. Donc ça, c’est aussi très important. Et puis, enfin, il y a tout ce système de revue de code et de conseil qui se créent autour de cette communauté par les règles qui sont instaurées, qui permet à chacun de grandir quand on apporte sa contribution, d’apprendre en fait de ses pairs et de devenir finalement meilleur et d’un jour contribuer aussi à la formation des autres. Donc je dirais, toute cette notion de collaboration Peer Review (NDLR : revue par les pairs), ça contribue à faire grandir chacun.

Et puis, enfin, il y a des événements, notamment les OCA days qui ont lieu la même semaine que les Odoo Experience en Belgique. On profite du fait que la communauté internationale se déplace pour le Odoo Experience en Belgique, pour pas qu’ils payent deux billets d’avions et donc on se cale sur le même agenda pour proposer deux jours qu’elles les gens peuvent se rencontrer, je dirais, en présentiel, échanger et participer à des conférences sur plein de sujets super intéressants, que ce soit sur les modules OCA, son avenir ou simplement prendre du temps pour travailler sur des sujets compliqués ensemble.

Walid : ok, donc il y a un meeting, un gros meeting, est-ce qu’il y a des communautés un peu plus locales ?

Joël : oui, alors absolument. Donc là, tous les pays ne sont pas égaux en regard des communautés locales. Il y a des pays beaucoup plus organisés que d’autres. Les plus connus sont certainement en Espagne, au Mexique ou en Italie où il y a des communautés qui sont vraiment locales, qui sont assez fortes et là elles vont gérer leurs propres événements en promouvant aussi la manière open source, l’écosystème de l’OCA, qui vont participer en fait à former des gens et qui sont très bien organisés dans ces différents pays.

Et c’est typiquement un réseau de communautés locales qu’on souhaite développer à l’avenir parce que c’est vraiment en étant proches en fait des gens qu’on arrive à avoir un impact.

Les défis de l’OCA

Walid : d’ailleurs je n’ai pas noté dans mes questions, je voulais savoir un peu quels étaient vos défis en fait, quels étaient les gros défis pour les mois années à venir ? Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas noté cette question.

Joël : non, non c’est une très bonne question. Alors je pense qu’il y en a beaucoup parce que Odoo il a vraiment pris un ascenseur absolument extraordinaire. Cette solution est en train d’exploser, elle a un succès fulgurant, elle a une croissance incroyable dans tous les pays et là il y a un sacré défi pour maintenir une vision ou un écosystème Open Source dans ce paysage qui devient de plus en plus compétitif et donc les défis de l’OCA c’est de continuer à grandir en face de cette expansion complètement faramineuse du produit, de continuer à promouvoir une vision Open Source et de surtout réussir à faire connaître des utilisateurs et des clients finaux toute la valeur de cet écosystème et de cette manière d’intégrer Odoo.

Donc, le défi, je dirais, c’est que les clients, ils entendent parler de l’écosystème de l’OCA, de tous les bienfaits que cet écosystème peut leur apporter. Et ça, ça va être un des défis.

L’autre défi, ça va être d’élever les intégrateurs qui participent à cet écosystème, d’être capables de les amener plus loin, de les rendre plus efficaces et d’apporter aussi, je dirais, un certain nombre de garanties, peut-être un jour sous la forme d’une maintenance pour un certain nombre de nos modules, encore à définir.

Mais voilà, donc je pense que les défis, c’est vraiment que l’OCA puisse apporter les garanties sur le travail qui a été réalisé jusqu’alors, qu’elle fasse connaître du grand public et des utilisateurs finaux, les bienfaits et les avantages qu’il y a de travailler avec un écosystème libre et pour les intégrateurs qu’ils comprennent finalement que cette vision Open Source c’est gagnant pour tout le monde, c’est gagnant pour le client au final parce qu’ils vont plus loin avec le même argent, c’est gagnant pour les intégrateurs parce que ça leur permet de participer et d’être collaboratif sur ces développements, de partager les coûts de maintenance de ces différentes fonctionnalités et à la fin c’est gagnant je dirais aussi pour le produit parce que ces innovations qui sont au qu’ils naissent au sein de cet OCA finissent par un jour ou l’autre se retrouver dans le cœur de Odoo et donc voilà je pense que les défis sont vraiment à la hauteur à la hauteur d’expansion du produit ces années.

Comment l’OCA se fait connaître ?

Walid : ouais c’est ça je me posais la question tu parles de faire connaître l’OCA. De quelle manière vous faites connaître l’OCA ? Parce que moi par exemple je sais pas dans les réunions, dans les libristes où je vais, type FOSDEM, etc. je vois pas de conférence de l’OCA tu vois et je me dis « pourquoi ? En fait si vous cherchez des développeurs et à vous faire connaître pourquoi il n’y a pas de conférence dans les grands salons dans les pays européens où il y a une conférence de l’OCA » ? Pour expliquer un peu ce qu’ils font etc. T’as bien d’autres fondations qui viennent faire des conférences pourquoi pas l’OCA par exemple c’est une question de temps, c’est une question d’argent ?

Joël : je pense un peu les deux. Et c’est d’ailleurs toute la remise en question qu’on a cette année. Je pense qu’on doit mener une petite révolution maintenant au sein du fonctionnement de cette association pour passer finalement à un autre niveau que ce que l’on a toujours été. Et on doit opérer maintenant cette mutation pour continuer d’exister demain.

Et je pense que la participation à ces salons ou à ces événements que tu mentionnes en est une. Il y a aussi tout un tas d’autres actions qu’on a listées.

On a un sacré défi maintenant devant nous pour se réinventer un petit peu, pour continuer justement d’avancer avec le produit et pour se faire connaître du grand public. Clairement, ça c’est vraiment le défi majeur de ces prochaines années.

Conclusion

Walid : On arrive vers la fin d’entretien, en tout cas on arrive vers la fin des questions que j’avais listées. Avant de te laisser la parole pour une tribune libre, je voulais te poser deux questions.

La première c’est pour résumer, qu’est ce que tu dirais à un utilisateur d’Odoo qui ne connaît pas l’OCA ?

Joël : je dirais que dans cette association il y a un savoir-faire immense et qu’il y a probablement déjà une solution à son problème.

Walid : et qu’est ce que tu dirais à un prestataire odoo qui ne travaille pas encore avec l’OCA ?

Joël : seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin. Je lui conseillerais fortement de s’impliquer maintenant pour être reconnu avant que les clients finalement commencent à le demander. Je pense que ça, c’est vraiment à mon avis, les clients sont de plus en plus au courant en fait de ces milieux Open Source c’est plus quelque chose de tabou ou de peu connu comme à l’époque. Les gens réalisent la valeur que ça a et je suis convaincu que demain les clients vont demander ça, vont demander de l’expertise, vont demander de l’Open Source et donc premier arrivé, premier service et maintenant il faut prendre le train.

Walid : rien à voir, mais en termes de financement, avec des organismes européens, je pense à tout le fonds NGI0, ou des trucs comme ça de l’Union Européenne et tout, vous n’avez pas des choses à faire ?

Joël : c’est possible. On a commencé d’étudier ces questions. Les procédures sont assez lourdes. Aujourd’hui, il y a un vrai palier à franchir en termes de finances. Tu vois, aujourd’hui, pour arriver à faire vraiment un scale-up de notre situation, on a besoin d’un budget qui est beaucoup plus haut. Alors, nos comptes, ils sont publics, donc voilà, il n’y a rien à cacher, mais on fonctionne finalement avec très peu de moyens et beaucoup de volontariat.

Et aujourd’hui, c’est aussi pour ça qu’on a décidé d’investir dans la position de Virginie, dans cette position de CEO, pour faire avancer les projets, parce qu’aujourd’hui, on va aller beaucoup plus vite que ce que le temps du bénévolat nous permet d’aller. Et pour aller plus loin, il faut des fonds et il faut du temps. Et aujourd’hui, les membres du board qui font la plupart de la gestion de cette organisation n’ont pas plus de temps à consacrer là-dedans. Donc ça ne peut passer que par l’engagement de ressources et donc par le financement de ces nouvelles ressources.

Et donc ça c’est tout le défi auquel on va être confronté maintenant, c’est de se trouver comment on va financer ces ressources de manière pérenne pour pouvoir passer à la vitesse supérieure. Et donc on a beaucoup d’idées mais pas encore les moyens de les réaliser toutes (rires).

Walid : il n’y a pas longtemps, j’ai eu la chance d’interviewer une des personnes francophones qui travaille dans la fondation Nelnet (NDLR : Lwenn Bussière), qui est le récipiendaire des fonds du programme NGI0 et qui expliquait les financements simplifiés où tu peux avoir entre 5000 et 50 000 euros, même en tant que personne, en tant qu’individuel pour travailler sur des sujets et en fait il y a peut-être des choses à faire de ce côté là sur certains sujets justement parce que c’est très simplifié tu remplis un formulaire t’attends deux trois mois et puis après derrière on dit ok tu fais le code et t’es payé quand le code il est produit. Donc il y a des choses certainement très intéressantes à faire de ce côté là moi j’en fais de la pub dès que je peux (rires).

Joël : ouais t’as bien raison c’est une bonne remarque je pense qu’il y a des fonds qui existent aussi comme ça dans certains pays localement pour ce genre de choses et ça mériterait clairement d’être étudié. Je suis totalement d’accord avec toi.

Tribune libre

Walid : ok, on arrive à la fin de l’interview. Moi je voudrais te laisser faire une tribune libre. Si tu as un message à passer avant qu’on se quitte, je te laisse la parole.

Joël : tu me prends un défaut, je n’avais pas réfléchi à cette question libre.

Walid : j’ai oublié de la noter encore une fois. J’ai encore oublié de noter la tribune libre…

Joël : je pense que dans un premier temps, mon message, il s’adresserait tout d’abord à tous les contributeurs de l’OCA.

J’aimerais tous les remercier pour le temps qu’ils ont consacré à créer, finalement, ce que l’on est devenu aujourd’hui. Ça, c’est grâce à toutes les contributions qu’on a reçues. Donc, je pense que mon premier message, ce serait pour nos contributeurs, les remercier pour tout le temps qu’ils ont passé, pour l’excellent travail qu’ils ont fait, pour la qualité de ce qui a été produit. Et je pense que ça, c’est vraiment une super fierté. Et donc voilà, ça ce serait la première chose que j’aurais envie de leur dire.

La deuxième chose c’est que j’aimerais remercier les intégrateurs qui participent finalement à cette aventure, qui y croient, et qui ont un soutien pour la plupart indéfectible depuis de nombreuses années envers l’association, de par le temps qu’ils laissent leurs employés y consacrer, mais aussi pour tout le soutien qu’ils nous ont montré toutes ces années. Donc ça, c’était mon petit mot de remerciement.

Ensuite, j’aurais un mot pour les clients. Pour tirer le meilleur parti de votre projet Odoo, vous devez prendre en considération ce qui existe dans l’OCA. Il y a vraiment une solution pour presque chacun des problèmes que vous avez rencontrés. Il y a quelqu’un qui l’a déjà vu, il y a quelqu’un qui en a certainement déjà proposé quelque chose et plutôt que de réinventer la roue, il y a là-dedans tout un paysage de fonctionnalités qui vous attendent et donc je pense que ça mériterait à ce que vous vous intéressiez et vous avez les clés pour orienter vos intégrateurs donc le monde de la gestion d’entreprise avec Odoo de demain sera construit aussi par les demandes que vous allez formuler. C’est celui qui paye qui décide à la fin. Le client est roi et donc si vous exigez de passer sur une technologie ou sur une stack Open Source parce que vous croyez que c’est là dedans que vous allez avoir le meilleur retour sur investissement, et bien c’est ça qui va mener finalement les intégrateurs à changer de monde.

Et puis enfin, un message pour les intégrateurs : commencez de s’intéresser à l’OCA, si vous y trouvez pas votre compte, que c’est un peu brumeux pour vous de mettre le pied à l’étrier, je vous invite simplement à nous écrire, qu’on puisse vous accompagner, qu’on puisse vous expliquer comment ça marche, comment vos équipes peuvent s’impliquer dans ces projets, qu’est-ce que vous avez à y gagner ?

Parce que tous ceux qui en ont fait l’expérience jusqu’à maintenant, ils sont restés. Donc il y a certainement de bonnes raisons pour rentrer dans cet écosystème, aussi pour votre propre profit et non pas seulement par intérêt philosophique. Donc je veux dire l’OCA c’est vraiment quelque chose qui permet à tout un chacun d’en ressortir grandi. Et donc voilà, j’inviterai chacun à s’approcher de nous pour découvrir ce qu’ils ont à y gagner.

Walid : super, rien de plus à ajouter à part de dire aux auditrices et aux auditeurs de projets libres s’ils utilisent Odoo ou s’ils vont commencer à utiliser Odoo de regarder du côté de l’OCA peut-être d’aller voir les OCA Days ?

Joël : exactement!

Walid : c’est ouvert à tout le monde ?

Joël : oui c’est ouvert à tout le monde vous pouvez acheter votre ticket dès aujourd’hui sur odoo-community.org.

Walid : et chers auditrices, chers auditeurs n’hésitez pas à partager cet épisode. N’hésitez pas à réagir aussi à cet épisode. J’aime bien avoir des petits retours, vous pouvez le faire par mail ou par Mastodon ou potentiellement par LinkedIn aussi, pourquoi pas.

Donc n’hésitez pas. Je pense que ce n’est pas la dernière fois qu’on va parler d’Odoo, j’ai déjà d’autres trucs dans les tuyaux là-dessus, d’autres épisodes, mais je voulais d’abord faire l’OCA et je suis content parce que ça fait un an, que mes premiers mails c’était il y a un an, donc je suis très content qu’on ait enfin pu faire cet épisode. Joël, merci beaucoup.

Joël : avec plaisir, c’était un plaisir. Je te remercie pour ta confiance et ta patience. C’est un vrai plaisir de passer ce moment avec toi. À disposition pour les prochains épisodes, aventures ou autres, si tu le juges nécessaire.

Cet épisode a été enregistré le 3 juin 2024.

Licence 

Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieure. 

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