JDLL 2025 : souverainté, liberté, indépendance numérique de nos villes

[JDLL 2025] Logiciels Libres, souveraineté et liberté – repenser l’indépendance numérique de nos villes

Logiciels Libres, souveraineté et liberté – repenser l’indépendance numérique de nos villes

Walid : eh bien, bonjour, bienvenue d’être là, bienvenue à tous, bienvenue sur le podcast RDGP, RdGP, ça commence bien, je vais refaire. Bienvenue sur le podcast RDGP, un podcast qui traite des enjeux de droit numérique, de liberté individuelle et de la vie privée.

Benjamin : bonjour, bienvenue sur le podcast Projets Libres!, un podcast qui traite des modèles économiques et des communautés du logiciel libre. Par avance, on s’excuse, ça va être un tout petit, peu pénible, mais on va y arriver.

Walid : aujourd’hui, un épisode doublement exceptionnel, car nous enregistrons en duo pour un crossover incroyable… On n’avait pas prévu le double de micro.

Benjamin : et donc doublement exceptionnel, puisque nous enregistrons en direct des journées du logiciel libre de Lyon. Donc, en public, Lyon, vous allez bien ? Je ne vous entends pas, vous allez bien ? Merci.

Walid : notre invité se tient la tête entre les mains, ça commence bien. Et donc, notre invité aujourd’hui est Nicolas Vivant, et Nicolas Vivant est directeur de la stratégie et de la culture numérique à la Mairie d’Échirolles. Nicolas, bonjour. Et alors, première question.

Benjamin : bonjour, on n’a pas entendu sa voix.

Nicolas : bonjour.

Le parcours de Nicolas

Walid : Nicolas, première question. Est-ce que tu peux commencer, s’il te plaît, par te présenter pour l’audience et pour les auditrices et auditeurs des podcasts RdGP et Projets Libres ?

Nicolas Vivant (crédit Nicolas Vivant)

Nicolas : oui, je suis le directeur de la stratégie et de la culture numérique à la Ville d’Échirolles. Donc, je suis le responsable, le directeur du numérique de la Ville en fait. Avec deux équipes, une équipe qui est la DSI, donc l’informatique interne de la commune, et puis une équipe qui travaille sur l’inclusion numérique avec des conseillers numériques qui interviennent dans les maisons des habitants pour aider les habitants sur des problématiques, soit d’accès au droit, des problématiques, on va dire, administratives, de demande de papier, ce genre de choses, ou des problématiques d’utilisation des outils numériques, smartphone, PC, créer une boîte mail, ce genre de choses-là.

J’ai été auparavant, pendant 12 ans, le DSI de la Mairie de Fontaine. Et les 20 années précédentes, je travaillais dans le privé, et notamment dans des sociétés américaines, à savoir HP et Motorola, où les logiciels libres n’étaient pas tout à fait la règle.

Benjamin : est-ce que tu peux revenir un peu sur ton parcours, tes études ? Qu’est-ce qui fait que tu es arrivé, où tu es aujourd’hui ? On sent que tu es un expert dans pas mal de domaines, mais avant d’en arriver à Échirolles et à Fontaine, et même chez HP, quel cursus t’as suivi ? Et pour toi, l’informatique, ça représentait quoi quand tu étais jeune ? Il y avait des ordinateurs quand tu étais jeune ? On a à peu près le même âge, je précise.

Nicolas : oui, donc. J’ai démarré avec des bouliers et des cartes perforées, évidemment. Alors, mon cursus, je n’ai aucun cursus dans l’informatique. J’ai fait un bac littéraire, un bac A2 pour les personnes âgées comme moi, qui ont le souvenir de ce type d’études. Donc, avec principalement des langues et de la philo. Derrière, j’ai fait un DEUST communication audiovisuelle. Parce que mon rêve dans la vie, c’était d’être journaliste et de pouvoir parler devant 12 micros…

Benjamin : et de rien !

Nicolas : et puis j’ai trouvé du boulot dans l’informatique, donc c’était en 1990, au tout début des années 90. Donc dans un contexte où on cherchait beaucoup d’informaticiens et finalement, il y avait assez peu d’informaticiens formés. Et donc, j’ai fait toute ma carrière en me formant sur le tas. Mon premier jour chez HP, quand on m’a parlé de fichiers, j’ai demandé ce que c’était qu’un fichier. Donc, je n’avais vraiment aucun niveau en informatique. L’avantage de travailler dans une grosse, grosse boîte, c’est qu’il y a plein de métiers et qu’on a une possibilité d’évoluer en interne. Et donc, j’ai travaillé d’abord, j’étais opérateur, la nuit, je faisais des sauvegardes. J’ai travaillé sur des gros systèmes où je faisais des sauvegardes, un travail de manard, la nuit. Et puis, je suis devenu administrateur système. Et puis, j’ai travaillé sur des bases de données. Et puis, j’ai travaillé sur… Et puis, Internet est arrivé.

Enfin, voilà. J’ai construit mon cursus en interne. Je suis autodidacte complètement de l’informatique. J’ai eu la chance, disons, de m’intéresser à des sujets, et je crois que les logiciels libres en font partie, qui sont des sujets qui n’intéressaient pas grand monde au moment où je m’y intéressais et qui sont devenus prégnants par la suite. Donc, c’est le cas d’Internet, du Web, voilà. Parce que moi, j’ai connu Internet sans le Web, par exemple. Donc, évidemment, quand le Web est arrivé, ça a un peu tout changé et j’étais déjà dedans. Je me suis intéressé à la cybersécurité à un moment où c’était un sujet pour personne et c’était du coup assez amusant. Et puis voilà, et là, c’est un peu pareil avec les logiciels libres, finalement. On sent bien qu’il y a une dynamique importante. J’ai commencé à travailler, moi, sur les logiciels libres quand je suis arrivé à Fontaine, en 2009. Et puis là, on sent qu’il y a une vraie dynamique dans les collectivités. Ma carrière s’est faite de ça, de centres d’intérêt et de compétences développées sur des sujets qui sont ensuite devenus importants.

Donner envie de passer des vacances à Echirolles

Benjamin : ok, merci. On en sait un peu plus sur toi. Quand on a préparé l’interview de manière très sérieuse et très scolaire, on a évidemment écrit des questions auxquelles tout le monde s’attend sûrement. Et puis, on avait décidé de finir par des questions peut-être un peu plus légères et un peu moins dans le cœur du sujet. Et comme on a très peur de ne pas avoir de temps pour poser les questions de la fin, on va commencer par la question de la fin. Et donc, la question de la fin qu’on avait retenue, c’était : Nicolas, est-ce que tu peux, en deux mots, donner envie à toutes celles et ceux qui sont présentes dans la salle et qui nous écoutent sur les podcasts RdGP et Projets Libres de passer des vacances à Échirolles ?

La ville d’Echirolles (crédit : mairie d’Echirolles)

Nicolas : eh bien, sans difficulté, parce que c’est une ville dans laquelle je n’habite pas. J’y travaille, mais je n’y habite pas. Et c’est une ville qui est hyper agréable à vivre, avec une vraie offre culturelle, commerciale, associative. C’est une ville super agréable à Échirolles. Et même au niveau urbanistique, c’est une ville très sympa. On souffre beaucoup, nous, les gens qui soit travaillons, soit habitons à Échirolles, de l’image qui est donnée de cette ville, parce que quand on cherche dans les journaux, ça parle surtout de deal, de fusillade et de… voilà. Et on souffre pas mal de ça parce que c’est pas du tout l’image qu’on en a quand on y vit, à la grande surprise des gens qui s’y installent.

L’autre chose, pour revenir quand même un tout petit peu au thème qui est le nôtre, je sais qu’on est à la fin de l’émission, mais… c’est qu’on fait effectivement du numérique pas tout à fait, comme tout le monde dans la ville d’Échirolles. Et en fait, c’est quelque chose dont je parle assez rarement finalement, mais ça essaime dans la ville. Le fait, par exemple, que les conseillers numériques qui font de l’inclusion numérique soient dans la même direction que le service informatique, ça fait que les ordinateurs portables, qui sont sous Linux, sur la même distribution que celles qu’on utilisait à l’hôtel de ville, du coup, quand ils ont besoin de réinstaller une machine pour un habitant, ils ont tendance à réinstaller aussi cette distribution de Linux, ce qui n’est pas problématique puisqu’ils ont les compétences, et qui sont là pour aider s’il y a une difficulté. Et donc, vous voyez qu’il y a une dynamique qui serait à l’échelle de la ville, pas simplement en interne dans le service informatique, et qui fait qu’il est intéressant d’être à Échirolles pour ça. Nos élus sont parfois surpris par des habitants qui disent bravo pour ce que vous faites sur le numérique, parce qu’on ne communique pas énormément, en interne auprès de nos agents, sur ce qu’on fait. Mais voilà, ça, c’est un truc aussi qui est vraiment intéressant, je trouve, y compris au niveau associatif aussi.

Cohérence politique autour du numérique

Walid : si on rentre un peu dans le vif du sujet, une des premières questions, c’est qu’il y a plein de villes qui utilisent Windows, Office, Teams, et elles sont très contentes. Alors, pourquoi est‑ce que vous avez décidé de passer au logiciel libre ? Est‑ce que c’est parce que vous ne vouliez pas faire comme les autres ? Quelles étaient les motivations ?

Nicolas : alors, en fait, ce qu’il faut bien mesurer, c’est que ce n’est pas du tout mon idée, et c’est l’idée de personne dans le service. En fait, c’est vraiment une décision des élus d’être cohérents dans l’action municipale, cohérents politiquement, y compris sur le sujet du numérique. C’est‑à‑dire qu’il y a eu une prise de connaissance du fait qu’il y a des enjeux politiques autour du numérique, et qu’il y a des façons de faire de l’informatique qui sont plus ou moins en cohérence avec le projet politique. Donc, on est dans une ville qui est une ville avec une majorité plurielle de gauche, mais dont la maire est communiste. Mettre tous ses œufs chez Microsoft, une société Big Tech américaine, quand vous êtes communiste, ce n’est pas forcément ultra cohérent avec le reste de l’action municipale, par ailleurs. Et donc il y a eu cette prise de conscience et donc la volonté d’adresser un certain nombre d’enjeux que vous connaissez tous et je pense auxquels vous êtes tous attachés. Ce sont les enjeux autour de l’autonomie stratégique, la souveraineté numérique, donc, des enjeux autour de l’impact environnemental, des enjeux autour de l’inclusion numérique, des enjeux autour de la bonne gestion des données personnelles et des données publiques, on va dire. Les logiciels libres, c’est une réponse à ces enjeux. On ne fait pas des logiciels libres parce que c’est génial de faire des logiciels libres. C’est la meilleure solution qu’on a trouvée pour répondre à ces enjeux politiques qu’on nous a demandé de travailler. Donc, il y a eu à Échirolles la création de ce poste de direction de la stratégie numérique avec cet objectif‑là. C’est‑à‑dire, quand je suis arrivé, les élus avaient fait un travail, ils avaient fait une feuille de route politique qui était d’ailleurs parfaitement positionnée. C’est‑à‑dire qu’ils ne parlaient pas de projet, ils ne disaient pas qu’il fallait mettre en place des logiciels libres. Ils disaient qu’on veut que cet enjeu, cet enjeu, cet enjeu soit adressé. Et sur la base de ces orientations politiques, ils m’ont demandé de rédiger avec des allers‑retours, bien sûr, avec les élus, un schéma directeur numérique pour la ville, qui prend en compte ces enjeux. Et donc, les logiciels libres, c’est une des réponses. Les conseillers numériques dans les maisons des habitants, c’est une autre réponse à l’enjeu d’inclusion numérique. Donc, voilà, c’est vraiment partie d’une volonté politique. Et moi, je ne suis que l’outil, on va dire, à cheval entre la technique et la politique pour une déclinaison opérationnelle de ce projet.

Les logiciels libres, un truc de gauchistes ?

Benjamin : c’est super intéressant ce que tu dis, merci. En t’écoutant, je me pose une question : mais alors les logiciels libres, c’est un truc de gauchiste ? Parce que moi, un peu naïvement, j’ai du mal à voir pourquoi est‑ce qu’on ne pourrait pas être de droite. Et fondamentalement, pour les logiciels libres. Et est‑ce que, par hasard, tu aurais une expérience d’une mairie où tu aurais déployé du libre, où il y aurait eu un changement de majorité et où, du coup, on aurait retiré les logiciels libres. Parce que c’est vraiment trop gauchiste ?

Nicolas : c’est rarement parce que c’est trop gauchiste qu’on supprime les logiciels libres. En fait, il y a une image des logiciels libres, un peu gauchiste. Mais en réalité, ta question, tu pourrais la poser en disant « Mais les valeurs du service public, ce n’est pas un truc un peu gauchiste ? » Parce qu’en réalité, les valeurs qu’on défend, qui sont des valeurs de se mettre au service des habitants, d’être dans le partage, la transparence et tout ça, ne sont pas tout à fait des valeurs de… néolibéral hardcore, quoi. Donc, les logiciels libres sont ni de droite, ni de gauche, ni de rien du tout. Mais il y a un certain nombre de valeurs qui sont défendues. Il se trouve que ces valeurs, elles, sont quand même de plus en… enfin, bon, elles sont très communes dans le service public, qu’on soit de droite ou de gauche, et elles deviennent de plus en plus prégnantes. Quand on se retrouve dans des situations comme la situation actuelle, où le numérique est utilisé comme une espèce d’arme géopolitique. Et où les logiciels libres, l’auto‑hébergement, la fédération deviennent une façon de ne pas être dépendant et de se protéger d’un certain nombre d’attaques sur le service public. En réalité. Donc, ce n’est pas trop une question… je pense qu’une mairie de droite, je connais des mairies de droite, en fait, et je connais des fervents défenseurs des logiciels libres qui sont de droite. Alors peut‑être qu’ils y trouvent un intérêt qui n’est pas tout à fait le même que quand une mairie communiste décide d’y aller. Mais il se retrouvent sur « c’est une réponse ». À ce sujet d’ailleurs, j’en profite pour dire un truc, puisque ça va être publié, super important. Quand on parle de souveraineté numérique, on ne parle pas de souverainisme. On parle d’autonomie, de ne pas être dépendant, de réduire le niveau de dépendance en fait. Ce qui n’empêche pas la collaboration et l’entraide. Le principe de la fédération, c’est chacun chez soi, avec son serveur PeerTube ou son serveur Mastodon. Mais tous interconnectés et travaillant ensemble, en fait. Donc, je vous dis ça parce qu’il existe des sites Web ou des comptes sur les réseaux sociaux, type Souveraine Tech. Retenez ça, surtout, ne reprenez pas les publications de Souveraine Tech. Il y en a qui peuvent rejoindre des interrogations qui sont les nôtres, parce que derrière, c’est un projet de Pierre‑Edouard Sterrin, qui est un milliardaire, qui veut faire avancer les idées d’extrême droite, conservatrices et voilà. Donc, c’est très, très important d’être très clair sur le fait qu’on est dans de l’autonomie, pas dans du souverainisme, et qu’on est dans de la collaboration, y compris internationale, y compris avec les Américains. Simplement, on évite de se rendre dépendant les uns des autres. Ça, c’est quelque chose, pour revenir à la question, qui est ni de droite ni de gauche, c’est juste du bon sens. On voit bien les problèmes que peuvent poser une dépendance trop importante à un outil quelconque.

Pourquoi passer au logiciel libre dans un contexte professionnel ?

Benjamin : et donc j’avais déjà oublié que j’avais trois micros. Merci. Je ne vais pas prendre les questions dans l’ordre. Pourquoi est‑ce qu’on passe au logiciel libre ? Du coup, de manière assez classique, l’argument marketing et commercial, le plus répandu. Et le plus entendu pour passer au logiciel libre, c’est que c’est gratuit. N’utilise pas Photoshop, utilise Gimp, parce que c’est gratuit. Pas besoin de le pirater, tu peux le télécharger et l’installer. Très personnel, c’est comme ça que je suis venu au logiciel libre, parce que c’était gratuit. Dans un contexte professionnel, où les utilisateurs ne payent pas les licences, de toute façon, c’est leur employeur qui le paye, je me disais, en préparant avec Walid, que l’argument du « le libre c’est mieux parce que c’est gratuit », il n’a absolument aucune valeur. Il y a forcément autre chose. Et est‑ce que tu peux nous en dire un peu plus sur qu’est‑ce qui apporte l’utilisation de logiciels libres ? Dans un cadre professionnel, dans le cadre d’Echirolles.

Nicolas : alors, ce que ça apporte typiquement, c’est ce qui est important pour une collectivité, c’est moins le fait que ce soit gratuit que le fait que les coûts soient maîtrisés. Alors ça rejoint un peu la question de la dépendance, c’est‑à‑dire que la difficulté, le problème, ce n’est pas de payer des licences Microsoft, c’est que ce qu’on paye cette année, on ne sait pas combien ça va nous coûter l’année prochaine. Et ça, vous savez que les collectivités, on est obligé de présenter chaque année un budget à l’équilibre, c’est‑à‑dire que toute nouvelle dépense doit être équilibrée par une nouvelle recette. Et ça, c’est une vraie difficulté pour nous. Alors, quand Microsoft est dominant dans votre infrastructure et que d’un coup, ils augmentent de 20 % le coût de leur licence, vous vous retrouvez à devoir compenser cette augmentation en faisant des économies quelque part. Et vous êtes dans l’impossibilité de planifier ça, d’anticiper ça. Et ça, c’est un vrai problème pour nous. Un des énormes avantages de l’utilisation du logiciel libre à Échirolles, c’est qu’avec un périmètre fonctionnel, c’est‑à‑dire un nombre d’outils sur notre réseau qui a doublé depuis 2021, entre 2021 et 2025, on a doublé le nombre de solutions disponibles. Depuis 2021, chaque année, on présente un budget en baisse, en fonctionnement et en investissement. Ce qui est intéressant, ce n’est pas cette baisse. Ce qui est intéressant, c’est que notre budget est linéaire. On n’a pas d’un coup une augmentation monstrueuse des dépenses à cause de critères qui sont exogènes. Avec VMware, qui, d’un coup, dit que les licences universelles n’existent plus. Vous connaissez l’histoire, un rachat par Broadco, et d’un coup, on se retrouve à devoir payer un prix basé sur le nombre de cœurs qu’on a sur ces hyperviseurs, et avec des coûts, des DSI qui, d’un coup, explosent. Bon ben, on est complètement protégé de ça. On est aussi protégé de l’UBI, du type « Ah ben Windows 11 ne sera pas supporté sur tout un tas de processeurs, et vous allez devoir jeter la moitié de votre parc ». Notre directeur général des services, quand il discute avec les autres directeurs généraux des services de ces problématiques, comment vous allez faire vous pour gérer la fin de Windows 11 ? Et tout, il est ultra content et ultra, soulagé de ne pas avoir à gérer ce type de problématique-là. C’est quand même agréable quand on a une direction de savoir à quoi s’entendre au niveau budgétaire d’année en année. L’autre chose que je voulais dire, ce n’est pas que c’est gratuit. Dans un certain nombre de cas, il faut le dire, c’est juste mieux. Les logiciels libres sont juste mieux que les logiciels propriétaires. Alors tu as pris l’exemple de Photoshop, mauvaise idée, parce que Photoshop, s’il y a un truc qu’il est vraiment très, très difficile de changer, c’est Photoshop, pour des raisons qui ne sont pas des raisons en réalité fonctionnelles, parce qu’à Gimp, on peut faire énormément, énormément de choses, mais qui sont des raisons culturelles. Enfin, tous les infographistes sont formés à la suite Adobe, ils débarquent, ils sont tous sur Mac, sur la suite Adobe. Et quand on fait un passage au libre, on ne commence certainement pas par les infographistes au service communication. Il vaut mieux commencer par les journalistes qui, eux, sont bien contents d’être sous Linux et laisser les infographistes tranquilles se concentrer sur les choses plus faciles. Mais vous savez tous que sur les logiciels d’infrastructure, Internet fonctionne avec des logiciels libres, pas parce que c’est des logiciels libres. C’est juste qu’on a tous connu, enfin, les plus anciens d’entre vous ont connu IIS, le serveur web de Microsoft, c’était une catastrophe par rapport à Apache à l’époque et par rapport à Nginx aujourd’hui. Donc, dans un certain nombre de cas, et dans de plus en plus de cas, on a des logiciels libres qui sont juste supérieurs aux logiciels propriétaires, et en plus, on a du choix. Je ne sais pas, si vous voulez faire du montage vidéo, par exemple du montage vidéo simple, moi, je connais trois logiciels libres qui permettent de faire du montage vidéo. Et après, ce qui fait la différence, c’est les quelques fonctionnalités différentes et l’interface utilisateur. Mais on a du choix aujourd’hui. Aujourd’hui, prendre un logiciel de montage gratuit, mais propriétaire, ça n’a pas de sens. Un logiciel comme Shotcut est absolument génial pour faire du montage de base. Donc, on choisit, nous, des logiciels libres parce que c’est mieux, en fait. Et puis, alors, une autre chose que je peux en profiter pour dire, c’est c’est génial quand on fait un passage libre de commencer par répondre aux nouveaux besoins. Je m’explique. Si vous avez de l’édition collaborative et un cloud basé sur SharePoint de Microsoft et que vous passez à un S‑Cloud, les gens vont comparer. Ils vont dire, on pouvait faire ça, là, on ne peut pas faire ça. On ne pouvait pas faire ça, maintenant, on peut le faire. Il y a des éléments de comparaison. Si vous êtes dans une infrastructure où il n’y a pas de cloud, mais il y a un besoin, et vous déployez un Nextcloud, vous répondez juste à un besoin qui n’était pas couvert jusque‑là, et les gens sont très contents. Ils n’ont pas d’éléments de comparaison, ils ne peuvent pas dire que c’était mieux avant. Et donc il y a comme ça, en termes de stratégie de migration au libre, des façons d’augmenter le niveau de satisfaction de ces utilisateurs, sans que ce soit basé sur la gratuité, mais simplement… les nouvelles fonctionnalités, les nouveaux besoins auxquels on répond.

Comment maîtriser les coûts sur la partie matérielle ?

Walid : j’avais une question annexe à ça quand tu parlais du passage à Windows 11. Le fait de ne pas être contraint par le renouvellement des éditeurs, est‑ce que ça fait en sorte que vous gardez plus longtemps vos matériels ? Comment vous gérez, parce que ça aussi, en fonction du coût, l’achat du matériel, c’est quelque chose d’assez important. Comment est‑ce que vous faites pour justement maîtriser les coûts sur cette partie matériel ?

Nicolas : effectivement, Linux est une vraie contribution à ça. C’est une contribution, pas seulement à ça. Effectivement, les machines Linux vieillissent mieux. Vous avez tous entendu parler… j’imagine, d’obsolescence logicielle, on a des PC qui arrivent, qui sont de plus en plus lourds de base et qui ont besoin de tourner sur des plateformes de plus en plus puissantes, simplement parce qu’ils arrivent avec des logiciels qui sont de plus en plus consommateurs de ressources, Linux, beaucoup moins. Et donc, on a des ordis qui ne rament pas au bout de deux ou trois ans. Et donc, ça permet effectivement de faire durer les PC plus longtemps. Mais au‑delà de ça, on a des objectifs aussi de travailler sur l’impact environnemental du numérique. Et donc, on a changé complètement notre façon de gérer le renouvellement de notre matériel. Première chose, on s’est remis à faire de la réparation. Là où, avant, on changeait simplement rapidement l’unité centrale, par exemple. Et puis c’était réglé. Même chose sur les smartphones, par exemple, où on s’est remis à faire de la réparation. Autre chose, là où, avant, la vie était belle, vous aviez 1 000 PC dans votre parc et vous disiez bon la durée de vie d’un PC, c’est cinq ans, voilà, et donc je vais renouveler 20 % de mon parc tous les ans et comme ça, je renouvelle sur cinq ans 100 % de mon parc et c’était bien. Vous pouviez anticiper vos coûts. Du coup, dire ben voilà, il suffit que je budgète chaque année telle somme, pour pouvoir assurer le remplacement régulier de mes postes. Et vous vous retrouviez du coup à remplacer des postes qui étaient parfaitement fonctionnels et dont les gens étaient très contents, simplement pour des facilités de gestion. Ça vient évidemment en contradiction avec la prise en compte de l’impact environnemental, puisque, comme on le sait, la production des terminaux, c’est ce qui impacte le plus l’environnement. Donc, aujourd’hui, notre façon de travailler, c’est de dire, on remplace les postes quand ils ont besoin d’être remplacés, soit parce qu’ils dysfonctionnent complètement, soit parce qu’ils rament trop, soit parce que voilà. Du coup, c’est beaucoup moins confortable. C’est‑à‑dire qu’on a des difficultés à dire exactement combien de postes on va changer pour une année donnée. Parce que, ben, on ne sait pas lesquels vont dysfonctionner, tout ça. Mais du coup, on a du matériel qui dure beaucoup plus longtemps. Des coûts qui sont diminués, mais surtout un impact environnemental qui est diminué. Donc, il y a une vraie contribution des logiciels libres à ça. Mais ce n’est pas la seule, et à vrai dire, ce n’est pas la plus grande. Une chose qu’on a faite à Échirolles, c’est que là où auparavant, pour obtenir un PC portable, par exemple, on passait par un processus de validation qui pouvait être assez lourd, aujourd’hui, c’est à la demande. Pourquoi ? Parce qu’un PC portable consomme beaucoup moins d’énergie qu’un PC fixe. Et que donc ça vient contribuer à cet objectif de réduction de l’impact environnemental. Donc, vraie contribution du libre, pas la seule, et qui vient s’inscrire dans une cohérence en fait de notre travail sur l’impact environnemental.

Les décisions politques et la mise en place des logiciels libres

Walid : ce que tu disais au tout départ, c’est que tout provient des élus qui fixent des grands caps. Donc, toi, tu arrives à ce moment‑là, tu étais déjà présent, tu arrives pour mettre en avant cette politique. Quand eux, ils fixent ces objectifs, est‑ce que certains ont déjà en tête le fait que ça va passer par des logiciels ou pas ? Première chose. Et deuxièmement, quelques années après, qu’est‑ce qu’ils en tirent comme conclusion de cette mise en place pour eux et aussi pour les citoyens ? Et est‑ce qu’ils en voient pour eux, concrètement, de cette mise en place ?

Nicolas : en 2014, moi, j’arrive en 2021 à Échirolles, en 2014, Échirolles a déjà signé la charte des logiciels libres de l’April. La difficulté, comme souvent, c’est que l’injonction politique ne suffit pas, la volonté politique ne suffit pas. Si vous avez un service qui n’a pas les compétences qui permettent de mettre en œuvre les logiciels libres, vous mettez votre service en difficulté. Et évidemment, ils vont avoir tendance à soit ne pas faire parce qu’ils pensent que ce n’est pas possible, ce n’est pas par mauvaise volonté, c’est parce que juste, ils pensent que ce n’est pas possible, ou mal faire par manque de compétences. Et donc, ça peut être très, très contre‑productif finalement de pousser un service à mettre en œuvre des solutions qu’il ne maîtrise pas pour tout le monde, pour les utilisateurs, pour les habitants, pour le service lui‑même. C’est pour ça que quand on parle de résistance au changement, en vérité, ce n’est pas la résistance au changement des utilisateurs en général, c’est la résistance au changement du service. Et c’est bien à cette problématique‑là qu’ils souhaitaient répondre en créant ce poste. C’est‑à‑dire, ils savaient que… alors, ça a été un vrai recrutement. Moi, je sais que ce qui a pesé dans la balance, c’est le travail que j’avais pu faire à Fontaine sur le passage au libre, justement.

Mais il y avait d’autres candidats aussi, qui avaient d’autres expériences, évidemment. Mais voilà, l’idée, c’était : on va créer quelqu’un qui aura une responsabilité hiérarchique sur l’équipe et qui va, d’une façon ou d’une autre, trouver un plan pour que ça fonctionne. Et donc le travail, ça a été… j’en parlais hier dans la conf que j’ai faite, le travail, ça n’a pas été de faire monter en compétence l’équipe, ça a été, un, de communiquer sur le fait qu’on changeait de direction, que ce n’était pas mon idée, parce que la région grenobloise, ce n’est pas très grand, les gens me connaissaient, on se connaît entre services en fait. Quand ils m’ont vu arriver, ils m’ont dit : « oh là là, il va mettre des logiciels libres partout ». Ils ne savaient pas, eux, que c’était une volonté, vraiment, des élus d’aller dans cette direction‑là. Et d’ailleurs, quand je leur en ai parlé, ils en ont douté. Il a fallu que je fasse venir l’élu en réunion d’équipe pour qu’il dise « Eh oh, j’ai signé la charte du logiciel libre en 2014 ». C’est vraiment la direction dans laquelle on veut aller. Ce n’est pas l’idée de Nicolas. Bref, donc, c’est passé par quoi ? C’est passé par de la patience, beaucoup. Et ce n’est pas passé par convaincre les équipes. Chaque fois qu’il y a un turnover naturel dans toutes les équipes, à chaque départ d’un membre de l’équipe, il a été remplacé par quelqu’un qui avait à la fois des compétences sur les logiciels libres et une appétence pour les logiciels libres. Et c’est avec le temps, en fait, qu’il y a eu une montée en compétences, mais pas des agents : une montée en compétences de l’équipe liée à l’intégration d’agents techniquement plus forts et qui connaissaient les logiciels libres. C’est comme ça que les choses se sont faites.

Concrètement, aujourd’hui, qu’est‑ce que ça donne ? J’ai un retour de mon directeur général des services, qui est assez sympa, où je lui demandais : « bon ben, voilà, ça fait plus de 4 ans maintenant qu’on est dans cette dynamique, qu’est‑ce qui a changé pour toi ? » À noter, c’est le premier qu’on a passé sous Linux. Et il dit : oh, j’ai pas vu vraiment de changement en fait. Ah, si, si, il n’y a plus de panne ». Mais c’est le meilleur retour qu’il pouvait me faire. C’est‑à‑dire, le premier truc, on a une infrastructure qu’on maîtrise complètement. Il peut se passer n’importe quoi sur notre réseau, sur nos systèmes, sur un PC. On maîtrise complètement notre truc. Et donc on a une réactivité, puisqu’on n’est plus dépendant de prestataire, on a une réactivité quand un problème se pose, qui est importante. Et on a une infrastructure d’une stabilité qui est extraordinaire. C’est‑à‑dire que ça ne plante jamais. Et quand ça plante, c’est parce qu’on a planté et que la personne n’a pas lu le mail qui disait « Ah, on met à jour à midi ». Voilà. Donc il y a une… la première chose, c’est ça.

La deuxième chose, c’est que, je vous disais, cette stabilité financière, par exemple, cette stabilité budgétaire, ça, évidemment, elle est visible par les élus. La préparation budgétaire, pour ma direction, c’est jamais un problème. Les arbitrages, voilà. C’est là où une autre chose a changé dans le lien qu’on a avec les élus, quand même, c’est que, quand vous travaillez avec des logiciels propriétaires, le fonctionnement habituel d’une DSI, c’est : au mois de septembre, lors de la préparation budgétaire, vous contactez les autres services et vous leur dites quels sont vos besoins informatiques pour l’année. Ils vous disent, vous faites arbitrer ça par les élus et la direction générale. Ils disent ce projet‑là oui, ce projet‑là non, cet achat de logiciel, oui, cet achat non. Et hop, vous avez votre roadmap pour l’année et votre budget pour l’année.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le driver, c’est le budget. Ça veut dire aussi que chaque année, au mois de septembre, lors de la préparation budgétaire, vous donnez de la visibilité sur ce que l’équipe va faire tout au long de l’année. Quand vous passez au logiciel libre, tout ça, ça disparaît. Puisqu’évidemment, il n’y a plus de budget associé au logiciel. Donc, vous n’écrivez pas au mois de septembre pour dire quels sont vos besoins. S’il y a un besoin qui est exprimé par un service au mois de février, aucun problème. Au mois de mars ou avril, il a son logiciel.

Du coup, le driver, c’est le besoin des services. Ou des habitants, c’est les priorités qu’on met, c’est la charge de travail de l’équipe, mais ce n’est plus le budget. Ça, c’est le côté positif. Le côté moins positif, c’est qu’on perd en visibilité sur les projets du service et sur la charge de travail de l’équipe. Donc, il a fallu trouver des processus permettant de montrer, un, ce qu’on fait, et deux, pas seulement ce qu’on économise, parce que ça, c’est visible au niveau budgétaire.

Vous avez un logiciel propriétaire de messagerie, il vous coûte 30 000 euros par an. D’un coup, il n’y a plus les 30 000 euros parce que vous êtes passé sur un logiciel libre. C’est visible, ça fait moins 30 000 sur votre budget. Mais quand vous n’aviez pas de cloud, vous installez un Nextcloud, au niveau budgétaire, vous étiez à zéro, vous êtes toujours à zéro. C’est invisible sur le budget. Donc, il a fallu trouver un moyen de donner de la visibilité sur, pas des économies, mais des coûts évités.

C’est‑à‑dire… on a fait ça, ça a une valeur. Si on l’avait pris chez Microsoft ou chez Google, ça aurait coûté tant. Donc ça a une valeur. C’est une augmentation de la charge de travail de l’équipe. Il faut faire le support, évidemment, les mises à jour, la maintenance au quotidien de la solution. Et donc, on a dû mettre en place tous ces mécanismes qui n’existaient pas auparavant.

Ça, c’est quelque chose qu’on mesure assez peu, mais quand on se lance dans un vrai passage sérieux au logiciel libre, ça a un vrai impact organisationnel. Et ça oblige à mettre en place des outils et des façons de travailler qu’on n’apprend pas. Quand je discute assez régulièrement avec des DSI qui sortent d’école, qui sont formés au métier, ils ne sont pas du tout formés à ce genre de choses. Et ça, dans le lien avec les élus, il y a ça aussi. C’est‑à‑dire dire attention, j’arrive avec une nouvelle notion, ça s’appelle les coûts évités et il faut qu’on en parle.

Les bénéfices pour les citoyens

Walid : et pour les habitants, les citoyens ?

Nicolas : et pour les habitants, je vous disais, ça passe surtout par la partie inclusion numérique. Parce qu’en réalité, dans les téléservices qu’on met à disposition, les habitants, que ce soit des logiciels libres ou pas, tout ce qu’ils voient, c’est : quand j’écris un mail, est‑ce que ça répond ? Quand je candidate, que ce soit un Odoo qui me réponde ou une solution propriétaire, pourvu que j’aie une réponse du système et que ce soit fluide, c’est tout ce qu’ils demandent. Mais c’est la même chose pour nos agents, d’ailleurs. On ne met pas forcément en avant le fait que ce soit des logiciels libres. On n’a pas besoin de ça. On a confiance dans les solutions qu’on met en place, elles fonctionnent bien, les gens sont contents. Et c’est ça, l’essentiel : c’est de rendre le meilleur service, ce n’est pas de faire des logiciels libres. Donc, on communique assez peu en interne et assez peu à destination des habitants sur le fait que ce qu’ils utilisent, ce sont des logiciels libres.

Communication externe et création de France Numérique libre

Benjamin : alors, tu dis que vous communiquez assez peu sur le fait que vous utilisez des logiciels libres auprès des administrés. Néanmoins, toi, tu communiques beaucoup. D’ailleurs, tu es présent aujourd’hui aux Journées du logiciel libre à Lyon. C’est comme ça que nous, on t’a connu. Tu fais pas mal de prosélytisme pour les logiciels libres et, on t’en sait gré. Je pense que dans le logiciel libre, on aime bien la transparence parce que ça permet de mettre en concurrence de manière tout à fait libre. Et donc, j’avais deux questions à te poser. La première, c’est quoi le mieux, les JDLL ou AlpOSS ? Et puis, la deuxième, est‑ce que tu peux nous parler de France Numérique Libre ?

Conférence AlpOSS à la mairie d'Echirolles.
Nicolas Vivant au micro
Nicolas Vivant lors de la conférence AlpOSS. @MC

Walid : il a mixé deux questions, il a mixé deux questions.

Nicolas : j’en parle beaucoup. En fait, l’objectif, c’est de partager, c’est de montrer que c’est possible. L’originalité du projet échirollois, et c’est lié à cette articulation politique‑service, c’est qu’on a fait concrètement les choses. J’adore quand des gens viennent nous rendre visite et leur montrer concrètement ce qu’on a fait. L’intranet, c’est nous qui l’avons fait. Il est synchronisé avec notre serveur de fichiers. On a fait tout un tas de trucs super suisses pour le streaming de notre conseil municipal. Il y a très peu de communes qui streament leur conseil municipal qu’avec des logiciels libres. Et nous, c’est un PC sous Linux, avec de l’OBS. Toutes les solutions qu’on utilise sont libres. Et c’est sympa de venir voir le résultat parce que vraiment, on est loin d’avoir le conseil municipal le plus moisi en termes de qualité. Et on le stream avec notre serveur PeerTube. Intégrer un stream d’un serveur PeerTube sur le site web de la ville, qui est sur Drupal, c’est quand même beaucoup, beaucoup mieux pour les habitants que d’intégrer un stream Facebook, où, au bout de 10 secondes, on vous demande de créer un compte. Vraiment.

Bref, donc l’originalité, c’est ça. Quand on met en place le streaming du conseil municipal, le coût total, c’est 5 000 euros en investissement. C’est‑à‑dire, en gros, l’achat de caméras et d’un switch. C’est ce que ça nous a coûté. Tout le reste, c’est zéro, et c’est zéro en coût de fonctionnement. Toutes les autres collectivités, elles se retrouvent à payer des sommes assez importantes pour pouvoir streamer leurs conseils. Nous, on se dit, il faut qu’on partage ça avec les collègues. Tout le monde cherche à faire des économies, et puis on est là, c’est le service public. Il n’y a pas qu’Échirolles dans la vie. Et quand on trouve comme ça un bon plan, on a envie de dire aux autres : les gars, j’ai un bon plan, voilà comment on a fait nous. Donc on communique beaucoup pour ça. On communique à la fois sur les outils, les outils qu’on utilise, on communique aussi sur les méthodologies, les stratégies.

Parce que, je vous parlais tout à l’heure du recrutement, des RH. Il y a plein d’idées reçues autour de ça. Il y a plein de gens qui disent que c’est très important de faire monter en compétence l’équipe. Il y a plein de gens qui disent que la résistance au changement chez les utilisateurs, quand même, c’est quelque chose. Et puis, ce n’est pas ce qu’on observe. Donc, on a envie de le partager aussi, de dire, en vrai, ce n’est pas comme ça que ça se passe.

Donc voilà, il y a beaucoup de ça. France Numérique Libre, je vais commencer là‑dessus et ensuite, je répondrai à la question « est‑ce que les JDLL sont mieux qu’AlpOSS ? » Et la réponse est oui. Mais AlpOSS est mieux que les JDLL, et je l’expliquerai aussi pourquoi.

France Numérique Libre, c’est un collectif des responsables informatiques de collectivités. Donc, par collectivité, on entend communes, conseils départementaux, conseils régionaux, les syndicats intercommunaux, les syndicats mixtes, les parcs naturels, les SDIS, donc les pompiers. Et l’idée c’est simplement de créer une mailing‑list qui nous permet d’échanger entre responsables informatiques de collectivités sur des outils, des stratégies, des méthodologies, pouvoir échanger des documents. Donc ça veut dire un Nextcloud, pouvoir communiquer sur le fait qu’on existe si une collectivité veut nous rejoindre, offrir un site web.

Nicolas Vivant

Bref, on a construit un certain nombre d’outils et on a construit ce collectif à destination des collectivités pour pouvoir échanger. Parce que nous, à Grenoble, on a une dynamique vraiment dans la région importante entre communes. On se parle beaucoup, on échange. Mais en fait, il y a plein de communes qui font plein de choses, on ne le sait pas forcément, et qui se sentent un peu isolées, elles, dans leurs coins. Et donc, le fait de pouvoir discuter entre nous comme ça, ça permet d’échanger, je vous dis, des bonnes pratiques, des outils et tout.

Walid : quand tu dis « on », c’est qui, on ?

Nicolas : on, c’est les responsables informatiques des collectivités.

Walid : quelle est l’étincelle qui fait que vous dites « OK, on va monter France Numérique Libre » ?

Nicolas : au départ, c’est qu’on avait un collectif local à Grenoble qui s’appelait Alpes Numérique Libre. Et ça se passait très, très bien, vraiment, avec une vraie dynamique locale qui a été augmentée, on va dire, par l’existence de ce collectif. Ça se passait super bien. Et comme je parlais aussi un peu de ça sur les réseaux sociaux, sur Mastodon, j’ai commencé à être contacté par des communes assez lointaines qui disaient : « On peut venir dans l’Alpes Numérique Libre ? » Alors, c’est‑à‑dire que toi, tu es en Alsace, donc ce n’est pas tout à fait les Alpes. On a eu des échanges avec Vandœuvre-lès-Nancy, par exemple. Alors tu te dis, quand même, les Alpes à Nancy… Colomiers, près de Toulouse. Voilà. Mais en même temps, on était embêtés, parce qu’on aurait aimé faire une place.

Bref. Donc voilà, au bout d’un moment, on s’est dit : ce qu’on a réussi au niveau local, est‑ce que ça ne vaut pas le coup de le tenter au niveau national ? On s’est appuyé sur la ADULLACT, qui est une association dont le périmètre est exactement ça. Et là, c’était pour travailler sur la pérennité de ce collectif. C’est‑à‑dire, on s’est dit : les outils du collectif ne peuvent pas dépendre d’un des membres du collectif. Parce qu’on a connu des marches arrière, effectivement, sur les logiciels libres dans un certain nombre de collectivités. Et il ne faudrait pas que ça vienne gréver la capacité du collectif à échanger.

Donc, on a négocié avec la ADULLACT et ils étaient très contents de le faire, qu’ils hébergent gratuitement tous les outils du collectif. Donc, non seulement la ADULLACT est intégrée comme membre à part entière de France Numérique Libre, participe aux échanges… Ils avaient déjà un certain nombre d’outils que vous connaissez peut‑être, comme le Comptoir du Libre, où on a une liste de logiciels avec une liste de prestataires qui rendent des services pour ces logiciels‑là et qui étaient déjà beaucoup utilisés par les collectivités qui bossent sur le libre. Et ils ont pris en charge le site web, c’est eux qui ont déposé le nom de domaine, c’est eux qui gèrent le DNS, c’est eux qui gèrent notre Nextcloud, voilà. Et c’est un vrai travail en collaboration.

On a aussi travaillé les échanges avec des acteurs qui sont des partenaires quotidiens des collectivités, à savoir la DINUM, qui a une offre de logiciels à destination des collectivités, la NCT, qui a aussi une offre, la Suite Territoriale, avec le ministère de l’Éducation nationale, très, très important. Il faut savoir que la moitié du parc informatique des collectivités concerne l’éducation nationale, en réalité, puisque les communes équipent en informatique les maternelles et les élémentaires, les conseils départementaux les collèges, et les conseils régionaux les lycées. Donc, il y a beaucoup de collectivités pour qui l’éducation nationale représente quelque chose de très important. Et les échanges sont nombreux, donc ils sont aussi dans France Numérique Libre.

Aujourd’hui, France Numérique Libre est née officiellement le 1er avril, donc ça fait deux mois. Et aujourd’hui, on est 300 membres, environ 280, voilà, et un peu plus de 200 collectivités, puisqu’il peut y avoir plusieurs représentants d’une même collectivité. Et un peu plus de 200 collectivités, avec des échanges. Vous avez intérêt, dans votre Thunderbird, à mettre en place un filtre pour que ça tombe dans un dossier, parce qu’il peut y avoir 50 mails par jour. Et avec des vraies retombées déjà sur un certain nombre de choix de collectivités.

Walid : donc, là, toute cette initiative, c’est une initiative qui est pour parler de sujets techniques ou organisationnels, mais c’est absolument pas lié à une volonté politique. C’est pas du tout politique en fait.

Nicolas : alors non, même si un peu tout est politique, en réalité, c’est vraiment les services entre eux pour leurs besoins, indépendamment du fait qu’il y ait une volonté politique derrière ou pas, effectivement. La politique, on s’en mêle pas. Nous, on a un devoir de réserve, les fonctionnaires, on ne fait pas de politique. Nous, on est concrets. Je suis à la recherche d’un outil de MDM pour gérer mon parc de téléphones mobiles. Qu’est‑ce que vous utilisez comme logiciel ? Et bim, les collectivités répondent en disant « moi, j’utilise ça », « moi, j’utilise ça », « moi, j’utilise ça ». Est‑ce que quelqu’un a déployé ? Comment vous y êtes pris ? Et puis, hop, ça échange des documents. Mais c’est vraiment que technique. On ne parle pas de politique et je ne sais pas, moi, chaque collectivité, si elle a effectivement un projet politique autour du passage au libre ou pas.

Notre élu à Échirolles a créé un collectif des élus au numérique de l’agglomération grenobloise, un peu le pendant de ce qu’on a pu faire au niveau des services. Et il existe déjà des organisations, comme Les Interconnectés, France Urbaine, qui permettent aux élus au numérique d’échanger sur certains sujets. Vous savez, les élus, ils changent tous les six ans. Et nous, on reste là à travailler. Donc, il y a besoin de cette décorrélation.

Walid : c’est passionnant. J’ai encore des milliards de questions, typiquement sur comment vous choisissez les logiciels, etc. Alors, comme on n’a pas le temps, on va donner la parole à la salle pour poser des questions. Je te propose de venir en parler sur le podcast Projet libre dans la série Comment évaluer les logiciels libres dans quelques mois. Voilà, donc si ça te tente.

Nicolas : avec plaisir, avec plaisir.

Walid : voilà.

Questions du public

Benjamin : est-ce qu’il y a un micro pour la salle ? OK, alors il n’y a pas de micro pour la salle, mais pour que vous ne soyez pas jaloux, parce que nous, on en a eu quand même un bon paquet. On en a un et on va vous demander de parler dedans pour qu’on puisse avoir la trace de vos questions.

Walid : y a-t-il des questions ?

Nicolas : les chaussures de Benjamin, elles font un peu de bruit…

Question du public n°2 : trois petites questions. Question 1 : est-ce qu’un bilan a été tiré de Munich ? En gros quel est le risque de voir les munichois revenir ? Alors Munich, un très grand projet du libre qui a été saccagé pour des raisons idéologiques si j’ai bien compris. Deuxièmement, un peu dans la même logique, comment faire pour que les économies réalisées avec le libre servent à financer une informatique de qualité au service du peuple et pas les cadeaux fiscaux à Bolloré et Arnaud parce que tu as expliqué administrativement comment tu fais mais ça c’est parce que tu as des gens qui t’écoutent. Comment faire pour que les ne décident pas qu’ils préfèrent piquer de l’argent de l’informatique puisque finalement ça ne va plus à Microsoft, et donc y’a plus besoin d’argent logiquement

Walid : et on va s’arrêter là, parce qu’il y a d’autres gens qui ont des questions.

Benjamin : excusez-moi, j’ai oublié de poser la règle. Quand vous posez une question, déjà, c’est forcément une question. Et ensuite, c’est une question. Parce que sinon, déjà, on les oublie. Et puis, on ne va pas pouvoir partager. Il nous reste cinq minutes. Donc, si on veut que tout le monde puisse parler un peu, retenez bien la règle. Merci.

Nicolas : donc, sur « où va l’argent quand on économise avec les logiciels libres ? » C’était ça, ta deuxième question. Il reste de fait. On a suffisamment de difficultés dans les collectivités budgétaires.

Il y a des baisses de dotations de l’État et tout ça qui font qu’on est cruellement en manque d’argent d’année en année. Et donc, on n’a pas d’actionnaires, nous. On a des élus. Tous les six ans, ils sont changés. Et l’argent, il va dans des projets de rénovation d’école. Et nous, on est heureux de pouvoir, au niveau du numérique, et malgré une dématérialisation de plus en plus importante…

Il n’y a pas de moins en moins d’informatique dans les collectivités. Donc pouvoir présenter un budget en baisse depuis 4 ans, on se dit que pour le bien commun, c’est plutôt pas mal. Et on n’est pas inquiet sur l’utilisation qui est faite par les collectivités territoriales des deniers publics. Ne croyez pas ce que vous raconte le gouvernement quand ils disent que la dette, c’est de notre faute. Nous, on est obligés de présenter un budget à l’équilibre. Nous, chaque année, on présente un budget à zéro. On n’a pas le choix, c’est la loi. Donc, la dette, elle ne vient pas de chez nous.

Nicolas Vivant

Question du public n°2 : oui bonjour tout d’abord. J’ai une petite question au niveau technique c’était savoir, au niveau système d’exploitation Linux, vous utilisez quoi niveau entreprise ?

Nicolas : alors, nous, on utilise Zorin OS comme distribution de Linux, mais c’est parce que c’était la distribution la plus adaptée à l’environnement qu’était le nôtre. Il n’y a pas de distribution meilleure qu’une autre, ça dépend vraiment de l’environnement. Moi, quand j’arrive, il y a principalement un environnement Microsoft, tant qu’un serveur de fichiers sous Microsoft, un Active Directory, des Windows Server. En veux-tu en voilà. Et quand on attaque le passage à Linux, c’est : quelle distribution est la mieux à même de s’intégrer dans un système d’information forcément hybride, et qui va rester hybride pendant un moment ? C’est-à-dire qu’on va pouvoir faire de l’authentification sur un Active Directory et ça va fonctionner. Voilà ce type de questionnement.

Et donc, on a choisi Zorin OS parce que d’abord, au niveau ergonomie, c’était quelque chose qui ressemblait énormément à Windows, avec un vrai travail qui a été fait là-dessus, et qui fait que l’effort de formation est minimal. Et puis, au niveau du look, c’est plutôt sympa et ça s’intègre parfaitement dans notre système d’information. C’est un travail qui a été fait par le service informatique et tout le monde était d’accord pour dire que c’était la meilleure option. Donc c’est Zorin OS.

C’est aussi une des distributions où le catalogue logiciel est le plus fourni, y compris en logiciel propriétaire dans Zorin. Vous cliquez sur votre icône logiciel et vous installez Teams ou Zoom, aucun problème. Et donc ça, pour l’acceptation par les utilisateurs, ça rentrait en ligne de compte aussi.

Oui, oui, c’est ça. Je vais vous raconter une petite anecdote à ce sujet, parce qu’elle nous a bien fait plaisir. Au mois de septembre, on a lancé — donc on a attaqué le passage à Linux il y a un petit moment — et au mois de septembre, on a lancé un appel à volontariat en disant « si vous voulez Linux, on vous l’installe ». Et on a une agente qui nous a demandé Linux, en disant « voilà, j’aimerais passer sous Linux », et on a refusé parce que cette agente, elle était là depuis le mois de janvier dans la collectivité, et depuis le mois de janvier, elle était sous Linux, et elle ne s’en était pas aperçue.

Nicolas Vivant

Et donc, elle nous réclame en septembre Linux, et le service a fait une réponse absolument savoureuse, en disant – une grande réponse – « il est malheureusement des cas où le passage à Linux n’est pas possible », et tout ça. Mais qu’est-ce qu’ils disent ? Et puis, en fait, voilà, l’agente était sous Linux depuis six mois, elle n’avait rien vu. C’est vous dire si on a travaillé sur l’ergonomie.

Walid : on a encore le temps pour une question. Ou peut-être deux, à voir.

Question du public n°3 : bonjour. Je voulais juste savoir comment on fait pour sensibiliser notre propre mairie à prendre le chemin que vous avez pris. Et ne me dites pas juste qu’il faut en parler à votre maire parce que quand on parle de logiciels libres aux personnes non sensibilisées…

Nicolas : alors, sensibiliser votre mairie, c’est surtout pas sensibiliser les élus. Parce que, comme je vous l’ai dit, si un service n’est pas compétent et s’il n’est pas convaincu que c’est par là qu’il faut aller, il ne se passera rien. Donc la solution, ce n’est pas les élus. Surtout pas maintenant. Ils changent dans un an, les élus, moins d’un an. Donc, surtout, pas maintenant. C’est les services avec qui il faut travailler. Et la façon de faire, ils utilisent tous des logiciels libres déjà. Voilà.

Là où je pense que France Numérique Libre peut être une vraie aide là-dessus, donc faire savoir que France Numérique Libre existe, et faire savoir que via France Numérique Libre, ils vont trouver des solutions vraiment sympas. Et ils seront entre collègues. Ça, c’est une très, très bonne façon de faire. Parce qu’il y a un certain nombre de collectivités autour de la région grenobloise qui n’avaient pas véritablement de vision autour du numérique avant l’existence de Alpes Numérique Libre. Et qui, aujourd’hui, vous expliquent qu’ils ont une vision, un vrai projet autour du libre et tout ça.

Et j’ai discuté avec les DSI en disant : « à quel moment vous avez basculé ? Parce que si je me souviens bien, il y a trois ans, vous vous moquiez de nous ». Et voilà. Et le point de bascule, ça a été les outils, justement. Ils entendaient parler d’outils, ils ne disaient rien. Ils en ont installé quelques-uns, ils les ont testés, ils ont dit : « mais attends, mais il est incroyable cet outil ! ». Et puis, une fois, deux fois, trois fois, ils ont commencé à se dire : « mais en fait, on tient peut-être un truc là ». Et ensuite, ce sont donc les services qui ont commencé à déployer comme ça des outils. Et les élus ont vu ces outils arriver et se sont dit : mais c’est bien ce que vous faites là, le service. Et donc, ce sont les élus, qui ensuite ont rebondi sur ce que faisait leur service et se sont dit : « mais attendez, il y a moyen de faire une vraie politique autour de ça ».

C’est comme ça que les choses se sont passées. Il y a des cas où il y a des élus qui sont très volontaires pour y aller et tout ça. Et ceux-là, ça vaut le coup d’échanger aussi avec eux sur la méthodologie, comment on arrive à transformer cette volonté politique en réalisation concrète. Sauf que ça, ce n’est pas mon boulot. Moi, je suis dans les services, et comme je vous disais, nous, services, on ne fait pas de politique. Ça, c’est le boulot de mon élu. Donc ça, ça se passe dans d’autres cercles. Et vous, les habitants, discutez avec vos services, vraiment.

À ce sujet, il faut que je vous raconte un truc, puis je vais finir là-dessus quand même. Quand on a commencé à communiquer à l’extérieur, sur le fait qu’on attaquait le passage au libre à Échirolles, il y a plusieurs habitants qui se sont pointés à l’accueil de l’hôtel de ville et qui ont expliqué aux femmes de l’accueil qu’elles voulaient absolument me parler et qu’il fallait absolument partir sur Debian, parce que, sinon, on était vraiment des merdes. Donc évitez de faire ça. C’est compliqué de faire le passage au libre dans une collectivité. Laissez faire vos DSI, même si vous n’êtes pas convaincus que c’est la meilleure façon de faire. Laissez faire, et surtout, parlez-en avec les services. C’est pour moi la meilleure façon de faire.

Nicolas Vivant

Benjamin : merci beaucoup, Nicolas. Merci à toutes et à tous. Vous avez écouté RdGP et Projets Libres!. Ces podcasts sont diffusés sur Castopod, aussi bien Projet Libre que RdGP. Castopod est évidemment une solution open source, libre et gratuite. Vous pouvez interagir sur le fediverse, et en particulier sur Mastodon. Vous pouvez repartager cet épisode, le liker et le commenter directement, sans intermédiaire. Merci à toutes et à tous.

Production de l’épisode

  • Enregistrement sur place le 25 mai 2025
  • Organisation et production : équipe des JDLL
  • Trame : Benjamin Bellamy et Walid Nouh
  • Transcription : Walid Nouh

Licence 

Ce podcast est publié sous la licence CC BY-SA 4.0 ou ultérieur

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