Walid : nouvel épisode de Projets Libres!. Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qu’on a déjà abordé plusieurs fois sur le podcast. Je refais encore une fois un lien vers l’épisode… sur les modèles économiques et les gouvernances du logiciel libre. On a assez longuement parlé des fondations et ça tombe bien parce qu’aujourd’hui, on va parler de la Fondation Eclipse. Pour parler de la Fondation Eclipse, déjà, je ne suis pas tout seul. Comme l’enregistrement précédent, je suis avec mon compère Raphaël Semeteys, que vous avez déjà entendu plusieurs fois sur le podcast. Et donc, avec nous aujourd’hui, on a un invité de marque. On a Gaël Blondelle, qui est un des dirigeants de la Fondation Eclipse. Donc écoute Gaël, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions et bienvenue sur le podcast Projet Libre.
Gaël : excellent, merci beaucoup de m’avoir invité, ça va très bien et j’ai hâte de ce temps d’échange avec vous.
Walid : parfait, Raphaël, j’espère que tu vas bien aussi.
Raphaël : oui, ça va super bien, merci de m’inviter à nouveau et je suis très heureux de retrouver Gaël.
Présentation et parcours de Gaël Blondelle
Sommaire
- 1 Présentation et parcours de Gaël Blondelle
- 2 Qu’est-ce que la fondation Eclipse ?
- 3 La forme juridique de la fondation aux USA
- 4 Les domaines d’activité de la fondation
- 5 A quoi sert une fondation ?
- 6 Les nomenclatures logicielles (SBOM)
- 7 Les évolutions de la fondation
- 8 Pourquoi l’association est basée en Belgique ?
- 9 Eclipse, la maison de la souveraineté digitale européene
- 10 La fondation Eclipse et les process de standardisation
- 11 Les principaux projets hébergés par la fondation Eclipse
- 12 Eclipse Thread X
- 13 Comment un projet rejoint la fondation Eclipse ?
- 14 La collaboration entre Eclipse et les autres fondations
- 15 Constituer un lobby européen de l’Open Source
- 16 Le futur de la fondation Eclipse
- 17 Conclusion
- 18 Licence
Walid : et bien parfait, comme d’habitude, les premières questions Gaël, on va te demander de te présenter, on aimerait bien que tu nous expliques un peu qui tu es et quel est ton parcours dans le logiciel libre s’il te plaît.
Gaël : ouais. Je suis Gaël Blondelle, comme tu l’as dit, je travaille pour la fondation Eclipse. Ça fait plus de 20 ans que j’ai démarré dans l’open source. Mon premier contact avec l’open source, à l’époque, je travaillais chez Orange, mais on appelait encore ça France Télécom. On faisait des tests sur les différents serveurs d’applications Java, etc.
Et à l’époque, j’avais été confronté à JBoss et à JOnAS. J’avais pu participer à une conférence d’Object Web. Et j’avais trouvé, je m’étais dit, « waouh, c’est sympa ce truc. Il y a des gens, ils viennent là pour se rencontrer et pour essayer d’écrire du logiciel ensemble ». Du coup, après, je me suis dit, « je vais continuer dans cette voie-là ». Voilà, ça fait 20 ans que ce petit épisode a eu lieu.
Et depuis 20 ans, plus ou moins, j’ai toujours fait des choses autour de l’open source. Alors, j’ai créé à l’époque une société qui a fait un ESB open source qui s’appelait PEtALS. J’étais CTO de PEtALS jusqu’en 2010. J’ai aussi fait partie des gens qui ont co-fondé OW2. Ensuite, j’ai travaillé quelques années pour Obeo. C’est avec Obeo, qui est une de nos PME françaises, qui fait beaucoup d’open source. C’est avec Obeo que je suis rentré de plein pied dans l’écosystème Eclipse.
En 2013, j’ai démarré à la fondation Eclipse. pour accompagner un projet, à l’époque ça s’appelait PolarSys, et pour finalement faire depuis plus de dix ans maintenant ma petite carrière à la Fondation Eclipse et en devenir un des dirigeants. Donc mon titre aujourd’hui c’est Chief Membership Officer, donc je m’occupe de tout ce qui a trait à aider nos membres à mieux collaborer et à recruter des membres à fournir une valeur ajoutée pertinente aux membres de la Fondation. Et aussi, je suis le directeur de notre branche européenne. Et donc, je gère toute l’équipe européenne de la fondation. Donc voilà, un des éléments aussi que j’ai bien aimé dans toute cette histoire, c’est que ça fait depuis 2010 que je travaille en remote. Et même si pour aujourd’hui, c’est peut-être un peu banal de travailler en remote, c’est quelque chose qui m’a pas mal plu depuis que j’ai rejoint Obeo, qui me semblent permettre en particulier dans des types de postes comme le mien où j’ai quand même beaucoup à me déplacer. J’aime bien à la fois avoir ces moments où je me déplace beaucoup et je vais rencontrer les gens, je vais rencontrer les communautés, je vais rencontrer des partenaires potentiels. Et puis, j’ai d’autres moments où je suis dans mon bureau et où je peux processer un peu tout ça. Voilà.
Un autre élément… que j’aimerais citer, c’est que depuis le début de l’année, j’ai été nommé au conseil d’administration de l’Open Source Initiative. C’est quelque chose qui me fait très plaisir et qui me tient beaucoup à cœur parce que l’Open Source Initiative, c’est l’organisation en charge de la définition de l’Open Source. Aujourd’hui, on a aussi une autre activité qui est de créer une définition pour l’Open Source AI et participer au conseil d’administration de l’Open Source Initiative. C’est quelque chose qui me tentait depuis longtemps et quand on m’a proposé, je n’ai pas hésité.
Walid : alors, les auditeurs et les éditrices ne peuvent pas voir le sourire sur le visage de Raphaël quand on a dit Open Source AI.
Raphaël : oui, c’est un de mes sujets.
Walid : oui, je sais, tout à fait. On en rediscutera, je pense, dans d’autres épisodes du podcast.
Raphaël : je pense qu’il faut qu’on fasse ça.
Gaël : oui, ce n’est pas… Exactement, ce n’est pas nécessairement le sujet sur lequel je pense qu’on peut s’étendre aujourd’hui parce que c’est encore vraiment quelque chose qui est en cours et on pourra en reparler, je pense, plus sérieusement d’ici quelques semaines.
Raphaël : ah, volontiers.
Qu’est-ce que la fondation Eclipse ?
Walid : ok, très bien. Écoute, je pense que pour commencer, ce qui ne serait pas mal, c’est de commencer par introduire la fondation Eclipse.
Gaël : la fondation Eclipse. Donc, il faut bien se souvenir qu’en 2001, IBM a publié l’IDE Eclipse. C’était à la même époque que la création de la fondation Apache et d’autres projets, l’adoption, la montée en puissance de Linux, etc. Et en fait, l’idée Eclipse a été rapidement un gros succès, mais les différents partenaires de la plateforme ont souhaité qu’il y ait une fondation Open Source qui soit Vendor neutral -je ne sais jamais trop comment dire ça en français- mais un endroit neutre pour collaborer entre pairs, sans avoir l’impression de contribuer uniquement à un projet qui serait un projet qui appartiendrait à IBM.
Donc en 2004, il y a tout juste 20 ans, la fondation Eclipse a été créée. Et au début, c’était vraiment quelque chose de centré autour de l’IDE Eclipse. C’est-à-dire qu’il y avait d’importantes contraintes en termes de technologie. Il fallait que ce soit des projets écrits en Java, il fallait que ce soit des projets qui tournent dans la plateforme Eclipse, que ce soit des bundles OSGI. Je ne sais pas si ça va en faire sourire certains. Et ça, ça a été de la création de la fondation jusqu’à 2010-2012, où en fait, en 2010, on a commencé à dire : « finalement, ce qui est important, ce n’est pas le langage de programmation, ce n’est pas la façon dont on package les projets, c’est la gouvernance, la façon de créer des communautés, la façon de gérer la propriété intellectuelle, etc. ».
En 2012, on a abandonné toutes ces restrictions. On s’est ouvert à accueillir beaucoup plus de projets. Et on a créé en premier, ce qu’on appelle nous des Working Groups, des groupes d’intérêt autour de l’IoT. Et donc, je pense que ceux qui nous écoutent, si vous faites de l’IoT et que vous utilisez du MQTT, il y a quand même de grandes, grandes chances que vous utilisiez au moins un projet qui est hébergé à la Fondation Eclipse, que ce soit… Paho, Mosquitto ou d’autres. Et c’est vraiment un moment pivot, ce moment où on a abandonné l’idée qu’il fallait que tout soit écrit en Java et packagé en OSGI, et où on s’est dit, ce qui est important, c’est la façon dont on crée les communautés.
Raphaël : alors attends, parce que j’ai une question quand même. Parce qu’avant ça, avant ce pivot là, quand tu parles de l’IDE Eclipse, tu dis plateforme aussi. C’est-à-dire que dès le départ, c’était quand même… une espèce de plateforme, il y a eu un écosystème autour de ça ? Tu parlais d’Obeo, tu parlais de PolarSys. C’était quand même, pour moi, à l’époque, plus que juste un IDE, en fait, déjà à ce moment-là.
Gaël : oui, tout à fait. Alors, effectivement, dans les dates que j’ai citées, il me manque une date que je ne sais plus situer exactement, qui est la création d’Eclipse RCP, pour Rich Client Platform, parce qu’au début, c’était vraiment… des outils de développement Java, C, C++. Et à un moment donné, il y a eu la création d’Eclipse RCP. Et ça, ça a vraiment permis de créer cette plateforme qui a été utilisée pour créer des dizaines de milliers d’applications. Et aujourd’hui, je pense qu’il y a toujours de l’Eclipse RCP qui est utilisée pour piloter les missions qui sont sur Mars. Il y a des segments sols satellitaires qui sont basés là-dessus. Il y a énormément d’applications qui ont utilisé cette plateforme.
En termes d’Open Source, on pourra y revenir, mais en termes de stratégie open source, je pense que c’est super intéressant. L’idée que le succès d’Eclipse vient du fait que c’est une plateforme extensible. Peut-être qu’on peut dire que le succès d’Eclipse réside dans OSGI, mais quelque part, c’est plus que ça. C’est l’idée d’avoir conçu une plateforme qui rend des services utilisables. Tu veux écrire du Java ? Tu peux écrire du Java. Il y a beaucoup de choses qui sont utilisables. Mais derrière, le fait de le rendre extensible et de permettre à tout le monde de créer une application pour gérer des aiguillages, gérer du trafic ferroviaire, etc. Je suis sûr qu’il y en a. C’est ce côté plateforme qui a permis ça.
Walid : s’il y a des gens qui utilisent Eclipse pour des projets ferroviaires, contactez-moi. Je suis fan.
Raphaël : je sais que Lotus, à un moment donné, il y a une version RCP aussi, par exemple, chez IBM.
Gaël : effectivement, on parle d’applications qui ne sont plus nécessairement beaucoup utilisées aujourd’hui. J’en sais rien. En fait, si, ça devait… Tu dois savoir mieux que moi Raphaël. Non,
Raphaël : je ne sais pas. Mais à l’époque en tout cas, c’était pour montrer justement à quel point c’était vraiment un truc un peu universel, qui pouvait être utilisé par plein de gens, dont IBM.
Gaël : tout à fait. En fait, il y a deux éléments importants à retenir là-dessus. C’est effectivement quand IBM a réécrit Lotus sur une base Eclipse. Je crois que c’était à l’époque dans toutes les banques et partout. C’était le plus gros déploiement de la plateforme Eclipse au monde. Il y en avait des millions d’exemplaires. Donc ça, c’est un élément. Et c’est ce côté plateforme, encore une fois, qui est super important. Un autre élément, c’est en termes de business model (NDRL : modèle économique). C’est qu’en fait, Eclipse a toujours été une approche qui visait à collaborer sur des plateformes, collaborer sur ce qu’on peut mettre en commun et créer des produits au-dessus. Tu parles de Lotus, mais il faut aussi avoir en tête que tous les produits Rational étaient aussi basés sur la plateforme Eclipse. Cela représentait un chiffre d’affaires chez IBM, par exemple, autour de 5 milliards de dollars par an.
C’est important parce que ce n’est pas parce qu’on fait de l’Open Source qu’on ne peut pas trouver des mécanismes pour monétiser des produits ou construire des produits basés sur une plateforme open source.
Et encore une fois, ça se base énormément sur ce côté d’extensibilité. Et pour que ça fonctionne, il faut que les gens collaborent honnêtement. C’est-à-dire que ce qu’on met dans la partie commune, ça fonctionne, il n’y a pas de limitation, ça apporte un service aux gens qui l’utilisent et ce soit vraiment quelque chose qui permet de construire des applications. Et l’idée, c’est d’avoir des plateformes open source qui permettent de créer des produits qui… qui peuvent certains être Open Source, c’était le cas de l’IDE Java, et d’autres être des produits qui sont des produits propriétaires. Pourquoi c’est intéressant d’en parler ? Parce que ça a façonné la façon dont la fondation Eclipse a défini ce qu’on appelle nous l’Eclipse Development Process, et qui en fait est notre façon de gérer la propriété intellectuelle, la façon dont les gens collaborent entre eux, etc.
Parce que typiquement, pour pouvoir construire des produits basés sur une plateforme Open Source, on a créé la licence… la Eclipse Public License à l’époque, qui avait des bonnes caractéristiques pour justement faire ça. Aujourd’hui, on a depuis pas mal évolué : pendant longtemps, on souhaitait aussi que les projets soient vraiment tous sous Eclipse Public License. Aujourd’hui, on a quatre licences par défaut, qui sont l’EPL, la licence Apache, la licence MIT et la licence BSD, parce que c’est celles qui sont connues comme étant… comme étant permissive et qui permettent d’avoir cette approche de collaboration et aussi de productisation.
Mais on a des projets qui sont sous d’autres licences et en fait, on est vraiment de plus en plus ouverts à tout type de licences.
La forme juridique de la fondation aux USA
Walid : au tout début, la fondation, quand elle est créée, elle est créée aux États-Unis. Quelle est sa forme juridique ?
Gaël : aux États-Unis, tu as deux types de fondations Open Source, les 501.c3 et les 501.c6. Donc les c3, c’est… l’Open Source Initiative est une c3, la Free Software Foundation est une c3 aussi. Et la Fondation Eclipse, c’est une c6. L’idée, c’est que les c3, c’est plus ce que nous, on appellerait des associations d’intérêt public, alors que les c6, c’est plus des associations, y compris entre entreprises. Voilà, c’est plus proche de syndicats d’entreprises ou autre chose comme ça. Donc la forme juridique de la Fondation Eclipse, aux États-Unis, c’est une 501.c6.
Les domaines d’activité de la fondation
Walid : à la création de la Fondation, qu’est-ce que vous avez défini comme domaine d’activité ?
Gaël : ah, tu veux dire dans les statuts ?
Walid : oui, c’est-à-dire qu’en fait, est-ce qu’il y avait des choses particulières ou est-ce que c’était juste pour accompagner le développement de cette plateforme ?
Gaël : l’objectif de la Fondation Eclipse telle qu’elle était créée était de fournir, alors je traduis à la volée, de fournir un environnement de développement neutre pour développer des technologies Open Source de façon ouverte. Des spécifications, des plateformes, des runtime, des frameworks et des outils, le tout étant appelé collectivement Eclipse Technologies. Le rôle de la fondation Eclipse, c’est de permettre la création, l’évolution, la promotion, le support des technologies Eclipse et de cultiver une communauté Open Source et un écosystème de produits et de services complémentaires. Donc ça, c’est un peu la façon dont, dans le langage juridique, on a décrit tout ça.
A quoi sert une fondation ?
Gaël : mais en fait, il y a deux sujets. Je ne sais pas si vous l’avez abordé dans votre précédent podcast, mais si ça ne te dérange pas, j’aimerais bien passer une minute sur le sujet de ça sert à quoi une fondation ?
Walid : vas-y.
Gaël : parce qu’en fait… Aujourd’hui, de plus en plus, les gens font de l’Open Source sur GitHub et les développeurs sont très contents de la plateforme de GitHub. Et fondamentalement, quand tu démarres sur GitHub, tu as tout ce dont tu as besoin pour démarrer très rapidement ton projet, pour potentiellement commencer à acquérir un peu de crédibilité avec des stars (NDLR : étoiles), commencer à collaborer avec tes partenaires, etc. C’est une sorte de création Open Source organique. Après, tu as un style d’Open Source qui est le Single Vendor Open Source donc l’open source des éditeurs de logiciels, qui en fait utilisent l’Open Source la plupart du temps pour créer une communauté d’utilisateurs. Donc dire aux développeurs, « regardez, utilisez ma technologie, allez-y, allez Open Source, et puis à un moment donné, je vais essayer d’aller voir vos managers pour essayer de leur vendre des fonctions avancées, des choses comme ça ».
Et puis tu as les fondations Open Source. Le rôle des fondations Open Source, c’est d’assurer la pérennité des projets. Et c’est super important, c’est-à-dire qu’un projet qui vient dans une fondation Open Source, que ce soit chez Apache, que ce soit chez Linux, chez Mozilla, chez Eclipse, etc.
Un projet dans une fondation, quelque part, on connaît les règles du jeu et on sait que les gens qui sont autour de cette fondation ne vont pas changer les règles du jeu. Et c’est super important, d’autant plus aujourd’hui qu’on a eu quand même quelques surprises dans les années qui viennent de s’écouler avec des entreprises qui étaient des éditeurs de logiciels Open Source et qui ont eu l’impression qu’en fait, à cause de l’Open Source, ils perdaient du revenu parce qu’ils avaient des utilisateurs qui n’étaient pas des clients, mais qui étaient des utilisateurs qui avaient une utilisation sérieuse de leur plateforme. Et qui du coup se sont éloignés des licences Open Source.
Et donc à la fois… dans mon rôle à la Fondation Eclipse et dans mon rôle à l’Open Source Initiative, c’est quelque chose qui me tient à cœur, cette idée que l’Open Source, déjà pour appeler quelque chose Open Source, il faut que ça utilise une licence qui était acceptée par l’Open Source Initiative et que derrière, des projets Open Source, quand ils arrivent dans une fondation, ça amène cette pérennité et ça amène cette certitude sur les règles du jeu et sur le fait qu’on ne va pas revoir les règles de collaboration du jour au lendemain. qui justement offre une sécurité aux gens qui veulent se baser sur cette technologie pour créer des produits au-dessus.
Raphaël : et puis il y a cet aspect un peu juridique aussi, non ? Protection juridique, d’avoir une entité qui a une existence légale.
Gaël : tout à fait, oui. Alors, je vais vous parler un peu des fondations en général. Nous, qu’est-ce qu’on fait à la Fondation Eclipse ? On fournit une infrastructure de collaboration, mais aujourd’hui notre infrastructure de collaboration, c’est GitHub ou nos propres serveurs GitLab qui sont en l’occurrence déployés en France chez OVH. Et ça, c’était important il y a 20 ans, mais c’est devenu assez commun. Autour de ça, qu’est-ce qu’on fournit ? On a notre Eclipse Development Process qui est très documenté et qui en fait fait que quand un développeur sait contribuer à un projet Eclipse, en fait, il sait contribuer à nos 430 projets parce que tout se passe un peu de la même façon.
On a notre Eclipse IP Process, donc le process de gestion de la propriété intellectuelle. Et en fait, le résultat de la façon dont on gère la propriété intellectuelle à la Fondation Eclipse. C’est qu’on peut considérer qu’un projet qui vient de la Fondation Eclipse peut être utilisé pour créer des produits ou peut être déployé dans une entreprise sans prendre de risques juridiques. C’est-à-dire qu’on sait que la provenance de toute la propriété intellectuelle a été tracée, que les licences sont clean, que les licences des dépendances sont compatibles, que les dépendances des dépendances sont compatibles entre elles, etc.
Je ne sais pas si vous avez déjà fait un podcast sur OpenChain, mais typiquement, à la Fondation Eclipse, on considère qu’on est conforme à OpenChain. À la Fondation Eclipse, on est conforme à OpenChain parce que nos processus sont conformes eux-mêmes à… aux exigences d’Openchain, ce qui fait que tous les projets de la fondation ont cette conformité.
Les nomenclatures logicielles (SBOM)
Walid : on a parlé des nomenclatures des SBOM (NDLR : Software Bill of Materials), des nomenclatures logicielles, avec Benjamin Jean dans un épisode. Déjà, un petit peu, on a commencé un peu.
Gaël : là, du coup, je vous parlais de la propriété intellectuelle. Les SBOM et tout le problème de la sécurité, c’est ce qu’on est en train d’implémenter. Et on a été depuis longtemps réputés pour être très bons en termes de gestion de la compliance (NDLR : conformité) sur les licences, etc. Notre but, c’est d’offrir le même niveau de service et le même niveau d’excellence aux développeurs sur tout ce qui concerne la sécurité de la chaîne d’approvisionnement logicielle. Donc sur les SBOM, sur obliger les développeurs à avoir mis en place du Two-Factor Authentication (2FA), sur la signature de tous les binaires.
On a même des projets qui font du reproducible build, donc c’est le cas en particulier pour Temurin, les projets autour d’Adoptium. On sait exactement prouver que le binaire Temurin que vous téléchargez, c’est le binaire qui correspond à ce checksum Git, parce que les builds sont reproduits.
Walid : pour les gens qui sont intéressés, je vous invite effectivement à aller écouter l’épisode avec Benjamin Jean, où on parle de tout ça et qui introduit un peu tous ces sujets-là.
Les évolutions de la fondation
Walid : je voulais revenir parce qu’en fait, on n’a pas fini l’histoire de la fondation.
Gaël : eh oui.
Walid : je t’ai demandé quand est-ce qu’elle avait été créée, où elle a été créée et sous quelle forme. En fait, ce que j’aurais aimé, c’était qu’on discute un peu des différentes évolutions. Puisqu’il y a eu des évolutions assez notables au fil des années, j’aurais bien aimé que tu nous en dises quelques mots, s’il te plaît.
Gaël : donc effectivement, la fondation a été créée en 2004, dans le Delaware, comme une 501.c6, une non-profit, comme beaucoup de fondations qui existent aux Etats-Unis. En 2006, on a eu notre première personne à travailler en Europe. Donc assez rapidement, on avait quand même une présence en Europe. Et chemin faisant, en fait, en 2020, on a déménagé la fondation Eclipse à Bruxelles. Maintenant, ça s’appelle Eclipse Foundation AISBL pour Association Internationale Sans But Lucratif. Aujourd’hui, on est la fondation Open Source de référence avec une visibilité mondiale qui est basée en Europe.
Pourquoi l’association est basée en Belgique ?
Walid : pourquoi ? Qu’est-ce qui fait qu’on déménage la fondation en Europe ?
Gaël : deux raisons. Regardez nos contributeurs et nos membres. Et on s’est aperçu que deux tiers de nos contributeurs et deux tiers de nos membres étaient des organisations européennes et des développeurs européens. Et ensuite, l’Open Source a le vent en poupe en Europe depuis quelques années. Je pense que c’est quelque chose qu’on pouvait déjà sentir en 2020. On a identifié le besoin d’avoir une organisation comme la Fondation Eclipse qui soit basée en Europe. Et on a pensé que c’était une opportunité à la fois pour la fondation, de se différencier d’autres acteurs, et pour nous aussi, d’accompagner ce mouvement, d’avoir plus de déploiements de l’Open Source en Europe.
Walid : est-ce que la localisation de la Belgique, c’est pour être près des institutions européennes ? Et parce que c’est le centre de l’Europe, qu’est-ce qui fait que vous êtes passé, par exemple, en Belgique, et pas en France ou en Allemagne, par exemple ?
Gaël : alors, ce n’est pas nécessairement, initialement, pour être proche des institutions européennes. Après, on pourra y revenir. C’est vrai que c’est intéressant aujourd’hui parce qu’il y a beaucoup de choses qui se passent autour de l’Open Source au niveau de l’Europe et au niveau des institutions.
Mais en fait, on a regardé un peu les différents endroits où on pouvait créer une fondation et il s’avère que par construction, la Belgique a ce type d’association qui s’appelle une Association Internationale Sans But Lucratif dont la description et les caractéristiques juridiques correspondaient exactement à ce qu’on voulait faire. Par exemple, si vous créez une association en Allemagne, c’est très dur pour une association allemande de dépenser de l’argent en dehors d’Allemagne. Je ne sais pas si vous êtes déjà intéressé au sujet, mais c’est l’anecdote juridique du jour. Et donc, une AISBL, c’est juste un truc qui est exactement fait pour ça.
Et quand on a fait le tour des différentes solutions, on s’est dit, « waouh, c’est fait pour ça » et c’était logique de s’incorporer.
Walid : il y a beaucoup de salariés de la Fondation en Europe maintenant ?
Gaël : déjà, la Fondation, globalement, on atteint une taille de 80 personnes aujourd’hui, qui sont pour plus de la moitié en Europe maintenant. Sachant qu’on parlait tout à l’heure du fait qu’on est remote, donc c’est le cas pour nous. On a quelques salariés à Bruxelles. Autrement, on a des gens en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal. Et on a en plus quelques consultants qui travaillent pour nous dans d’autres pays. J’aime bien cette idée que notre équipe en Europe parle au moins une dizaine de langues européennes. Ça fait vraiment de nous, de loin, la fondation plus européenne à ce niveau-là.
Alors, qu’est-ce que font les gens qui travaillent pour la fondation Eclipse ? Il y a des gens qui, comme moi, vont au contact des membres. Il y a des gens qui s’occupent de nos serveurs, il y a des gens qui s’occupent de nos sites web. On a une équipe sécurité qui est aussi importante. On a des gens qui gèrent la propriété intellectuelle et puis après on a des gens qui gèrent nos process parce que on en parlait tout à l’heure on aime bien avoir des process, mais on aime bien aussi avoir des gens qui permettent qui aident la communauté à les mettre en place.
On a pas mal de gens qui font du marketing parce que c’est pas toujours le talent premier de tous les développeurs open source de faire du marketing et donc nous à la fois on a besoin de promouvoir la fondation Eclipse en tant que tel, mais aussi de promouvoir nos différentes activités. Et j’en parlais tout à l’heure, nos différents Working Groups. On a sur chaque thématique des spécialistes marketing. On organise des événements aussi. Là, on a un événement qui s’appelle Open Community Experience, dont c’est la première session. Alors, je pense que le temps que tu publies le podcast, ça sera passé. Mais vu que ça démarre lundi prochain, mardi prochain, pardon.
Walid : c’est sûr, ça sera passé.
Gaël : ça sera passé, oui.
Walid : même si je suis rapide, ça sera passé.
Gaël : exactement,
Walid : oui. Ok. Raphaël, est-ce que tu as des questions ?
Raphaël : non, non. J’allais poser cette question-là. Oui, 80 personnes, il doit y avoir pas mal de trucs qui sont faits. Et en fait, ça illustre ce que la fondation apporte à la communauté ou apporte au projet. Ça veut dire que là, un projet qui démarre ou qui rentre dans votre processus d’incubation, peut-être qu’on en parlera de l’incubation, peut s’appuyer sur ces forces-là pour renforcer un peu son image. Je ne sais pas, trouver un logo, s’insérer dans un discours marketing qu’ils ne maîtrisent pas ou peu.
Gaël : oui, tout à fait. Typiquement, la création d’un logo, c’est un service qu’on offre à tous les projets qui nous le demandent. Donc, on a des graphistes aussi en interne. Parfois, c’est eux qui s’en occupent. Parfois, on passe par des plateformes de crowdsourcing de logos. Mais oui, c’est jamais évident : trouver des noms de projets Open Source et trouver des noms de logos, c’est toujours quelque chose qui est un peu con.
Eclipse, la maison de la souveraineté digitale européene
Walid : j’ai une question. En fait, il y a quelques temps, j’ai écouté une interview de Mike Milikovic (NDRL : en savoir plus sur le podcast d’Emily Omier, The Business of Open Source) et dans cette interview que je mettrai dans la description pour les gens qui sont intéressés, il dit quelque chose. Il dit que le déplacement de la fondation en Europe, le but aussi, c’était de voir Eclipse comme l’endroit pour la souveraineté européenne digitale. Et ça, c’est un truc qui m’a vachement interpellé. J’aurais bien aimé savoir qu’est-ce qu’il entendait par là, en fait. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
Gaël : oui, c’est un sujet intéressant. Je ne sais pas dans quelle mesure vous suivez la politique européenne, mais ce qui est intéressant, c’est que dans les cinq dernières années, en gros, un des éléments importants en Europe, c’était la souveraineté numérique. Thierry Breton était très impliqué sur ces thèmes là.
Et en fait nous notre positionnement c’est de dire on est là pour aider des projets qui visent à la souveraineté numérique pour les aider à se structurer pour les aider à collaborer pour les aider à grandir et éventuellement ensuite pour projeter ces technologies ailleurs dans le monde. Depuis qu’on a déménagé en Europe, de façon intéressante, on a beaucoup de projets qui sont venus à nous parce qu’on est une fondation Open Source établie en Europe.
Donc on a deux initiatives dont je peux parler un petit peu. On a le Working Group Eclipse Data Space, Eclipse Data Space Working Group, qui est en fait autour de toute la problématique de gérer des espaces de données au-dessus du cloud pour choisir comment les personnes peuvent partager leurs données, etc. On a un des projets majeurs, autour de ça qui s’appelle Eclipse Data Space Components, qui est aujourd’hui utilisé dans, je dirais, 70 ou 80% des data spaces qui sont en cours de construction. Par exemple, Amadeus en crée un autour des données du tourisme. Il a été utilisé pendant les Jeux Olympiques (NDLR : Paris 2024) et qui est basé sur Eclipse Data Space Components. Il y en a un qui s’appelle Catina-X en Allemagne qui est pour toute la partie gestion de la Supply Chain (NDLR : chaîne d’approvisionnement) automobile. Il est aussi basé sur un projet hébergé chez Eclipse qui s’appelle Tractus-X. Et ça, c’est vraiment des problématiques qui sont, alors on reconnaît le X à la fin, mais du coup, vous allez me dire, et Gaia-X, on collabore avec Gaia-X et avec les projets qui ont construit des services autour des spécifications de Gaia-X.
Walid : tu peux rappeler pour les gens qui ne connaissent pas ce que c’est que Gaia-X ?
Gaël : Gaia-X, c’est une association basée à Bruxelles et qui vise à définir des bonnes pratiques, des labellisations, des spécifications techniques, etc. pour une gouvernance du cloud qui amène plus de portabilité, plus d’interopérabilité et plus de souveraineté. OK. Et donc, c’est un sujet qui a été lancé très fortement en 2019, je dirais, par les ministres de l’industrie allemands et français. Et aujourd’hui, on commence à voir des… des plateformes technologiques pertinentes. L’idée des data spaces, c’est vraiment l’idée qu’en fait, les citoyens européens créent beaucoup de données qui vont dans des clouds et qu’en fait, la mise à disposition de ces données de façon contrôlée va créer de nouveaux cas d’usage qui vont permettre de faire croître l’économie européenne autour de ça. Donc ça, c’est un élément sur lequel, en termes de souveraineté, c’est un des projets autour de la thématique de la souveraineté, Eclipse Data Space Working Group.
Un autre projet, c’est ce qu’on fait dans l’automobile. On a une initiative qui s’appelle Eclipse SDV, pour Software Defined Vehicle. En fait, l’idée, c’est des grands acteurs de l’automobile. Donc, on a Volkswagen, on a BMW, on a Mercedes et d’autres acteurs dans les fabricants automobiles. Et on a d’autres acteurs qui sont moins européens et on a aussi ce qui s’appelle en anglais c’est les Tier 1 donc ça doit être les fournisseurs de premier niveau, les fournisseurs de premier rang comme Bosch, comme Valeo en France comme d’autres, ils collaborent tous ensemble autour de l’idée que Software is eating the world donc le logiciel a mangé… à manger le monde et mange l’automobile aussi. Et du coup, pour ça, pour répondre à ces enjeux, on a besoin d’une plateforme logicielle pour les voitures de demain. Et cette plateforme logicielle, une bonne idée, si on ne veut pas gaspiller d’énergie, c’est de tous collaborer pour construire les parties communes en Open Source. Et d’avoir justement ces idées d’extensibilité pour qu’une BMW est toujours l’ambiance d’une BMW, que chaque constructeur puisse ajouter son ambiance, son branding, et que chaque fournisseur de premier rang puisse packager des produits qui vont être utilisés par les différents constructeurs. Et donc ça, c’est aussi typiquement une initiative qui est venue chez nous parce qu’on était une fondation open source établie en Europe.
Raphaël : donc tu veux dire que c’était les constructeurs qui voulaient faire de la coopétition, de la collaboration, qui cherchaient un cadre pour pouvoir le faire et qui se sont dit, tiens, la Fondation Eclipse, ça va être bien pour ça.
Gaël : la Fondation Eclipse, ça va être bien pour ça. Ils ont des processus qui ont l’air solides et sérieux. Ils sont basés en Europe et ils vont nous aider à construire une plateforme mondiale, mais qui démarre ici, à la développer et à la pousser pour rester là.
Raphaël : moi, tu sais, je vois souvent les fondations comme quelque chose qui est central pour créer un écosystème. Mais là, c’est même le niveau au-dessus. Il y a des écosystèmes qui viennent se loger dans la fondation en se disant ça va nous aider à nous-mêmes être un écosystème.
Gaël : aussi, un élément par rapport à ça, c’est que quand des grandes entreprises veulent collaborer, il y a plusieurs façons de faire. Parfois, ils créent une Joint-Venture (NDLR : coentreprise). Mais créer une Joint Venture, c’est cher. Ça dure longtemps. Et en fait, nous, ce qu’on propose, c’est un environnement qui est opérationnel en quelques semaines, que toutes les grandes entreprises aujourd’hui connaissent parce qu’elles consomment toutes de l’Open Source. Donc à un moment donné, leurs services juridiques se sont tous cassés la tête sur comprendre comment ça peut marcher. Ce qui par contre leur permet vraiment de collaborer en étant compatibles avec les règles antitrust, avec les règles de non-compétitivité et tout ça.
La fondation Eclipse et les process de standardisation
Raphaël : c’est intéressant. Et justement, alors peut-être tu en parleras aussi avec d’autres activités comme l’IoT, etc. Mais qui dit plateforme extensible, écosystème, collaboration, dit standards. Comment la fondation, elle se positionne par rapport à ça ? Est-ce qu’elle émet des standards ? Est-ce que vous êtes en lien avec des organismes qui font de la standardisation, peut-être au niveau européen ? Je ne sais pas.
Gaël : oui, alors ça, c’est quelque chose qu’on a créé en 2017. Depuis 2017, Java Enterprise Edition est venue à la fondation Eclipse. Avant, c’était géré par le Java Community Process. C’était géré chez Oracle directement. À un moment donné, il y a eu… La même histoire un petit peu, les différents partenaires ont souhaité trouver un endroit neutre pour collaborer. Mais la nouveauté, ce n’était pas juste un projet Open Source, en l’occurrence il y a GlassFish, mais c’était aussi d’avoir des spécifications.
Et donc d’avoir plus de 40 spécifications, parce que quand on regarde Java EE, il y a plus de 40 spécifications, il y a les profils, il y a tout ça. Et donc en fait, en 2017, 2018, 2019, quand tout ça est venu à la Fondation Eclipse, on a créé ce qu’on appelle l’Eclipse Foundation Specification Process, qui est une façon de créer des spécifications à plusieurs, tout en étant le plus possible Open Source, c’est-à-dire que tous les artefacts sont Open Source pendant tout le temps du développement des spécifications. Et on arrive à avoir les différents acteurs industriels autour de la table qui viennent collaborer pour créer une spec. Sachant qu’une spec chez Eclipse, c’est un document, des API, une ou plusieurs implémentations de référence qui doivent être disponibles en Open Source, et un test compatibility kit, qui en fait est un jeu de test qui permet à n’importe quelle implémentation de vérifier qu’il corresponde à la spécification. Donc ça, c’est la création de l’Eclipse Foundation Specification Process. Et en fait, ça nous a permis à un moment donné d’avoir dans l’IoT aussi la définition de… d’une spec standardisée en particulier. Le premier qu’on a fait, c’était Sparkplug. Sparkplug, c’est un projet pour connecter des machines outils avec MQTT. En gros, les gars disent que MQTT, c’est bien, mais on a besoin derrière MQTT de définir la charge utile des messages et de standardiser un peu la charge utile des messages. Et donc, ils sont venus créer un projet de spécification chez Eclipse. Et pour la première fois, on a eu la volonté d’en faire un standard international. Aujourd’hui, on a établi une collaboration avec ISO/IOC, où on est ce qui s’appelle PAS Submitter. PAS, c’est pour Publicly Available Specification. On est capable de soumettre à l’ISO des spécifications qui sont disponibles publiquement et qui ont été définies publiquement. Donc ça fonctionne très bien avec ce process qu’on avait créé précédemment. On s’est créé une collaboration pour atteindre un consensus, pour créer une spécification. Et ensuite, on a poussé cette spécification pour qu’elle devienne un standard international.
On parlait de Data Space tout à l’heure. Dans Data Space, on a Eclipse Data Space Transport Protocol, qui en fait est en train de suivre ce chemin. C’est une spec qui a été soumise à la fondation Eclipse, et en fait qu’on va emmener à ISO/IEC pour la standardiser, pour standardiser comment des data space peuvent communiquer entre eux, même s’ils sont issus de technologies différentes.
Un élément que je voudrais ajouter là-dessus, c’est que peut-être que quand j’en parle, on a l’impression qu’on fait des choses qu’avec des grandes entreprises. On travaille avec des grandes entreprises, mais je vous disais tout à l’heure que moi j’avais fait un passage chez Obeo, on a aussi pas mal de PME qui collaborent au sein de la Fondation Eclipse. Moi, ce que j’aime bien avec les PME, c’est qu’elles sont super réactives et qu’en général, elles amènent des idées, elles bousculent un peu l’ordre établi.
On met tout en œuvre aussi pour que les individus, les développeurs individuels puissent participer à toutes nos activités. Donc, un développeur qui veut participer à un projet Eclipse, tous les projets Eclipse, ils sont ouverts, transparents, méritocratiques. Et les contributions sont ouvertes à tout le monde. Donc, n’importe quel individu, quelque soit son affiliation, peut contribuer à un projet. Ensuite, on a aussi mis en place des mécanismes pour qu’un individu puisse contribuer à ces fameuses spécifications qui ensuite vont devenir des standards. Et c’est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur dans l’équipe de la fondation. Bien sûr, les grandes entreprises ont une force de frappe importante, mais on sait aussi que sur de l’Open Source, des PME, des développeurs individuels talentueux peuvent avoir un impact énorme.
Les principaux projets hébergés par la fondation Eclipse
Walid : quels sont les principaux projets qui sont hébergés par la fondation ?
Gaël : on a plus de 430 projets. Par exemple, Jetty est un projet de la Fondation Eclipse. Raphaël, aide-moi. C’est quoi le projet de Red Hat ? Vert.x. Ah!
Raphaël : oui.
Gaël : Vert.x aussi est un projet de la Fondation Eclipse. C’est des projets autour de Java. Et en fait, on a quatre piliers, un peu, d’activités. On a tout ce qui est autour des activités Java. Je vous parlais de Jakarta EE. On a aussi Adoptium. On a Temurin qui est aujourd’hui. Et on a… plus de 20 millions de téléchargements par mois sur Temurin, qui est certainement le runtime Java le plus utilisé, à mon avis, ces derniers temps. Autour de Java, on a aussi mis MicroProfile, qui a été poussé il y a quelques années en parallèle de Jakarta et qui continue. C’est toute une partie de projet autour de la thématique Java.
On a des projets IoT, Edge, etc. Je vous parlais de tout ce qu’il y a autour de Mosquitto. Mais on a aussi, par exemple, des outils pour gérer des flottes de devices (NDRL : MDM, Mobile Device Management). On a des projets pour gérer des Digital Twins (NDLR : jumeaux numériques), comme Ditto, par exemple. On a un projet pour faire des gateways, comme Kura, qui permet de construire une gateway IoT. Autour de l’automotive, je vous en ai parlé déjà.
Puis on a nos outils de développement. Dans les outils de développement, on a l’Eclipse IDE. qui connaît un regain d’intérêt de la part d’entreprises qui ont créé des produits autour et qui sont en train d’engager des actions de modernisation de l’IDE Eclipse. C’est un collègue qui est basé en France aussi, qui gère ça, c’est Thomas Froment. Éventuellement, à l’occasion, ça vaudra peut-être le coup quand ses actions auront abouti de l’interviewer. Mais autour des outils, on a aussi… des outils dans le Cloud.
Donc, on a Eclipse Theia, on a OpenVSX, qui en fait est une marketplace d’extensions VS Code. Theia est compatible avec les extensions VS Code et il s’avère que la marketplace de plugins de Microsoft n’autorise un déploiement que dans VS Code. Et donc, en fait, on a créé notre propre marketplace qui est accessible à tout le monde et qui contient des plugins. disponibles pour que des gens qui n’utilisent pas VS Code mais qui veuillent utiliser certains plugins puissent télécharger ces différents plugins.
Eclipse Thread X
Gaël : on a un nouveau qui est pas mal aussi, ça s’appelle Eclipse ThreadX. Je ne sais pas si tu en as entendu parler, Raphaël ?
Raphaël : c’est pour implémenter les threads ? Non ? vu le nom…
Gaël : non, ce n’est pas pour implémenter les threads. C’est un Operating System Real-time (NDLR : système d’exploitation temps-réel, RTOS).
Raphaël : ah oui, ça a été un don de…
Gaël : c’était chez Microsoft à un moment. Microsoft avait racheté ça et ils ont décidé de l’open sourcer l’année dernière. Mais ce qui est super intéressant avec ThreadX, c’est que c’était un Operating System (NDLR : système d’exploitation) certifié pour des contextes d’utilisation, y compris avec de la safety (NDLR : sécurité). Donc, c’est certifié ISO 26262, etc. Je ne suis pas certain que ce soit ISO 26262, mais bon. C’est certifié pour des contextes d’utilisation de safety. Moi, ce que j’aime bien dans ce projet, c’est que depuis plus de dix ans, j’ai toujours entendu des gens me dire « en fait, l’open source et la sécurité, ça ne peut pas vraiment marcher ». Ou « l’open source et la safety, ça ne peut pas vraiment marcher ». Et donc, ce que je trouve bien, c’est qu’on construit les process pour aider tous les développeurs de projets open source chez Eclipse à atteindre le meilleur niveau en termes de sécurité dans leur développement. Et en parallèle de ça, on a un projet comme ThreadX qui est certifié par le TUV et qui, en fait, est open source, qui continue à être certifié par le TUV en étant open source.
Walid : c’est quoi le TUV ?
Gaël : TUV, tu sais, tu as Veritas en France et des fois, quand tu achètes des trucs, tu as une étiquette TUV dessus, T-U-V. C’est les gens qui certifient en Allemagne. Donc, tu en as plusieurs. En l’occurrence, je ne sais plus lequel c’est. Mais bon, ce n’est pas très grave. Et en fait, ils certifient. que ce projet a un niveau de safety suffisant pour certains cas d’utilisation, en particulier dans l’automobile ou autre.
Walid : donc là, Microsoft, ils transfèrent la propriété du code qu’ils ont produit à la fondation. Ils continuent à être contributeurs. Comment ça se passe, en fait, à partir de là ?
Gaël : en fait, c’était un projet qu’ils avaient racheté. Ils l’ont utilisé sur Azure. C’était… C’était un Operating System temps réel disponible sur Azure (Azure RTOS). Et en fait, ils ont changé de stratégie. Et moi, pendant toute ma vie, j’ai entendu des gens me dire : « L’open source, c’est un truc de bitnik, c’est impossible ». Et ce qu’on est en train de mettre en place, c’est des processus qui respectent nos principes d’ouverture, de collaboration, de transparence, etc. Mais qui vont aussi respecter les principes qui permettent d’atteindre ces certifications pour les environnements critiques. Parce qu’en fait, moi, j’ai toujours été persuadé que c’était le cas, mais je trouve ça super excitant de le faire en vrai. C’est-à-dire que… fondamentalement, quand tu fais des processus de certification comme ce que fait le TUV, en fait, ce que tu dis, c’est que tu as défini des requirements (NDLR : exigences), tu as défini des exigences et que tu es capable de montrer qu’en fait, ton produit implémente ces exigences. Donc, tu as beaucoup d’insistance sur la traçabilité des exigences et tout ça. Il n’y a rien qui empêche de faire ça en open source. Juste, il faut que tu dises, voilà, si vous contribuez à notre projet, vous pouvez contribuer. Mais en fait, quand vous contribuez, il faut que vous veniez avec les exigences auxquelles vous répondez et que vous expliquiez, que vous ayez documenté comment le patch que vous amenez répond à l’exigence et quels tests permettent de vérifier que l’exigence vient en place. Et ça, c’est assez génial en fait.
Walid : je veux creuser un peu ce point parce que je trouve ça hyper intéressant. Donc Microsoft décide que ce n’est plus leur stratégie.
Gaël : oui.
Walid : ils décident d’open sourcer le code et de transférer la propriété du code et la gestion du projet à la fondation Eclipse. Donc là, en fait, ça veut dire que Microsoft, ils décident de ne plus forcément trop contribuer à ça. Donc en fait, vous, votre objectif, c’est de pérenniser le projet. Et donc, c’est d’aller faire la publicité de ce projet auprès de vos membres et de la communauté de manière générale pour que des gens se réapproprient le projet et l’utilisent et le fassent grandir. C’est bien ça ?
Gaël : oui, tout à fait. En fait, c’est d’avoir effectivement des utilisateurs et des contributeurs qui veulent continuer à faire vivre le projet. Mais c’est souvent un…
Alors, juste de détail, c’est qu’en fait, Microsoft ne donne pas la propriété intellectuelle parce que quand quelqu’un amène un projet chez Eclipse, effectivement, il transfère la gestion du projet et la façon de gérer la communauté côté Eclipse. En fait, chaque contributeur d’un projet chez Eclipse garde la propriété intellectuelle sur ses contributions. Ça, c’est un point qui est important.
Mais la vie d’un projet, la vie, les difficultés d’un projet et le fait qu’un projet redémarre, c’est quelque chose qu’on voit tous les jours. Par exemple, je ne sais pas si… Je suis sûr que Raphaël se souvient de Birt. B-I-R-T, Eclipse Birt. Et en fait, Birt, c’était un projet qui était fait par une boîte qui s’appelait Actuate, qui vendait, qui avait une offre logicielle autour, avec des services. Donc, ils avaient Birt qui était un projet chez Eclipse, et puis eux, ils avaient une plateforme Actuate, je ne sais pas quoi, etc. Et à un moment donné, ils se sont fait racheter par une boîte plus grosse qui s’est elle-même fait racheter. Et au bout du deuxième rachat, etc. les gars qui contribuaient sur la partie open source, on leur a dit, « ouais, ben non, on a d’autres choses à vous faire faire maintenant ». Donc, pendant quelques années, le projet qui avait eu un succès énorme et qui était utilisé dans plein d’endroits, c’était un outil pour générer des PDF Birt. Je pense que c’est toujours utilisé dans un certain nombre d’endroits, à mon avis.
Pendant quelques années, le projet était un peu en souffrance. Et un jour, nous, on a eu des membres de la communauté qui sont venus nous voir et qui nous ont dit… Ouais, alors on a un problème, c’est que Birt, ça ne compile pas avec la dernière version de Java, et nous, on a besoin que ça compile avec la dernière version de Java, etc. On a dit « Ok, pas de problème, vous êtes motivés, vous avez des ressources, on va rebooter le projet avec vous ». Et en fait, ce qu’on a fait, c’est qu’on a lancé un appel sur la mailing list pour dire « Voilà, on reboote ce projet qui est un projet dysfonctionnel parce qu’il n’y a plus d’activité, que les gens n’ont pas fait les corrections nécessaires : levez la main si vous êtes intéressés ». Et on a comme ça eu des anciens contributeurs qui ont continué à être des commiteurs. On a eu des nouveaux qui sont venus. Alors, je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas le projet le plus actif qu’on ait, mais c’est un projet qui maintenant suit les mises à jour, met à jour ses dépendances quand il y a une dépendance à mettre à jour ou des choses comme ça. Et j’aime bien cette histoire parce que c’est un projet qui a eu… Tu sais, je me souviens quand…
Quand je travaillais chez France Télécom à l’époque, on avait l’idée qu’en gros, un projet propriétaire, un produit propriétaire, ça avait une durée de vie de 5 ans. Et qu’en général, le temps qu’on ait vraiment fini de le déployer, il fallait passer à la version d’après. Alors que là, avec un projet open source comme ça, c’est un projet qui a été… créé en 2008 peut-être, quelque chose comme ça, et qui aujourd’hui est toujours actif. Et les gens peuvent toujours l’utiliser pour faire ce pour quoi il a été désigné, il a été conçu.
Comment un projet rejoint la fondation Eclipse ?
Walid : il y a une partie là dont on n’a pas parlé, c’est comment un projet rentre, et qu’est-ce qu’il faut pour qu’un projet rentre dans la fondation ?
Gaël : Eclipse ? Ça, ça va être rapide. Ça tombe bien vu que le temps tourne.
C’est qu’en fait, dans nos valeurs, il y en a une qui est qu’on ne choisit pas les vainqueurs. Et quelque part, on a assez peu de limites sur les projets. Une des rares limites, c’est qu’il faut quand même que ce soit dans un sujet qui se rapproche plus ou moins de sujets pertinents pour la Fondation Eclipse. Mais honnêtement, pour créer un projet à la Fondation Eclipse, il y a un formulaire de deux pages à remplir. Il faut respecter un process qui est qu’on publie la proposition après qu’elle ait été relue en interne chez nous.
On la publie pour commentaire pendant deux semaines et au bout de deux semaines, c’est entre deux et trois semaines parce qu’on fait ça à date fixe, on va adopter le projet et on va lui créer son repo GitHub ou son repo GitLab. On va lui fournir les éléments dont ils ont besoin pour collaborer. Et après, par contre, on attend que… les projets qui rejoignent la Fondation Eclipse, ils respectent les règles qu’on a définies en termes de collaboration et en termes de suivre nos process.
Walid : c’est qui ON ?
Gaël : ON, c’est le staff de la Fondation Eclipse. Donc typiquement, les propositions de projets, elles sont revues principalement par deux collègues. Wayne Beaton, qui est notre directeur en charge des projets open source. Et Mike Milinkovitch, qui est le directeur exécutif, qui en fait est toujours celui qui va relire une proposition de projet avant qu’on la publie.
Raphaël : alors j’ai une question, parce que là c’est l’entrée dans la fondation, et après il y a la notion d’incubateur, et notamment comment on sort de l’incubateur ?
Gaël : c’est intéressant comme question. L’incubateur, il ne dit pas que le projet est mature ou pas mature. L’incubateur, il dit que les gens qui font le projet ont compris comment fonctionnent les processus de la fondation Eclipse. Ils ont compris qu’il faut être transparent, c’est-à-dire qu’au début d’un cycle, il faut dire ce qu’on entend faire pour la prochaine release, que quand on veut faire une release, ce n’est pas juste on compile et on met le binaire. Il faut avoir fait des release notes, il faut prévoir une release review et il faut avoir consulté la communauté pour vérifier que tout le monde comprend bien ce qu’on va releaser.
Raphaël : d’accord. Donc, en fait, c’est sûr qu’ils ont compris et qu’ils appliquent les principes, l’Eclipse way, quoi.
Gaël : exactement, c’est, ouais, tout à fait, c’est The Eclipse Way
Raphaël : ok d’accord. Ouais, c’est intéressant. Moi, je pensais qu’il y avait une notion vraiment de maturité, de dire, ouais, le projet, il est mature, on peut le sortir, etc. Mais le projet, il est mature au sens compatible avec l’Eclipse.
Gaël : ouais, alors des fois, tu as des projets qui arrivent chez nous qui sont déjà matures et puis tu en as qui sont, qui ne seront peut-être jamais matures en termes de features, je veux dire. Mais ce qui nous intéresse, nous, c’est effectivement de vérifier qu’ils ont compris comment fonctionnent les process, qu’ils sont à l’aise avec les process et qu’ils sont capables de les dérouler. Ensuite, c’est la communauté qui va choisir les projets qui fonctionnent bien.
Walid : tout projet qui arrive passe par l’incubateur ?
Gaël : oui, tout projet qui arrive démarre en incubation. En général, si on regarde suffisamment dans les docs, je crois qu’on leur conseille de démarrer dans une version 0.7. L’idée étant qu’on a déjà fait des choses, qu’on ne part pas à 0.0 ou 0.1, et qu’en fait, on se donne l’idée de faire trois releases avant de faire une 1.0, qui quelque part devrait être une première version mature, mais qui est aussi le moment où on va essayer de graduer en dehors de l’incubateur.
La collaboration entre Eclipse et les autres fondations
Walid : il reste deux parties, on va essayer d’aller assez vite. La partie suivante, ce qui m’intéressait, c’était de savoir quelle était la place et la collaboration qu’on pouvait avoir à la Fondation Eclipse avec d’autres fondations. Est-ce que déjà, il y a des collaborations avec d’autres fondations ? Et en fait, comment ça se passe un peu ?
Gaël : ce dont je voulais vous parler, donc le lien avec les autres fondations. Alors, avec les différentes fondations, déjà, on se croise quand même assez régulièrement. On se croise à FOSDEM, par exemple. Tu vois que tu as le t-shirt.
Walid : ouais.
Gaël : on se croise à beaucoup d’endroits. Suivant les configurations, il y a de la collaboration, parfois un peu de compétition, etc. Mais il y a un projet dont je n’ai pas parlé jusqu’ici, qu’on vient juste de lancer qui s’appelle Open Regulatory Compliance Working Group. Alors j’avoue que le nom n’est pas super sexy, mais le sujet est super important. Et pourquoi je veux en parler maintenant ? Parce qu’en fait c’est un sujet dans lequel on a une collaboration très forte avec les autres fondations. Déjà, je vais vous dire de quoi il s’agit. Open Regulatory Compliance Working Group, c’est une initiative open source pour collaborer autour des enjeux du CRA, donc du Cyber Resilience Act, et des autres régulations qui sont en train d’être mises en place au niveau de l’Europe, que ce soit les IA Act, le PLD pour Product Liability Directive, etc.
Et en fait, un truc nouveau, c’est que jusque-là, les institutions européennes et autres, ne savaient pas qu’on existait. Ils ne s’intéressaient pas trop au logiciel déjà et ils ne savaient pas nécessairement que l’open source existait.
Mais en fait, récemment, c’est-à-dire depuis deux ans, il n’y a pas un projet de régulation européenne qui ne mentionne pas le logiciel. Il n’y a pas un projet de régulation européenne autour du logiciel qui ne mentionne pas l’open source. Souvent, pour dire, ah ouais, si vous faites de l’open source, vous êtes exempté.
Par exemple, dans l’AI Act, il y a une ligne qui dit les modèles open source sont exemptés, etc. Mais en fait, derrière, qu’est-ce que ça veut dire être open source d’un point de vue de la réglementation européenne ? Et donc, c’est tout ce qu’on adresse dans Open Regulatory Compliance. Et en fait, pour adresser ça, on a invité toutes les fondations open source autour de la table. Donc, on a la fondation Apache, on a FreeBSD, on a OpenInfra, on a OWASP, on a Python, on a les gens qui font du Rust, on a Ruby, on a Blender, on a The Document Foundation, PHP, Matrix, et on travaille en accueillir encore d’autres. Et en fait, ensemble, on va définir comment, en particulier dans le CRA, quels services les fondations open source doivent fournir autour des projets en termes de gestion des failles de sécurité, en termes de potentiellement de gestion de la supply chain aussi, de gestion des SBOM, tu en parlais tout à l’heure.
Et en termes aussi d’attestation, c’est-à-dire que par exemple dans le CRA, il est dit que les manufactureurs, donc les gens qui mettent des logiciels sur le marché, doivent s’assurer que les composants logiciels, open source ou non, qu’ils intègrent dans leurs produits n’ont pas de faille de sécurité existante et que chaque composant logiciel qu’ils intègrent est bien géré en termes de bonnes pratiques de sécurité. Nous, ce qu’on fait, c’est qu’on collabore avec les fondations open source pour créer les processus pour permettre aux fondations de fournir les meilleures pratiques pour que chacun des projets puisse être au niveau en termes de gestion des vulnérabilités de sécurité et puisse aussi être au niveau et par exemple fournir des attestations comme quoi les développeurs de produits peuvent avoir confiance dans ce composant et dans les processus qui sont mis en place autour de ce composant.
C’est quelque chose d’assez nouveau d’avoir une telle collaboration au sein des fondations et c’est vraiment finalement l’arrivée de nouvelles réglementations qui nous amènent à plus collaborer ensemble.
Raphaël : c’est intéressant parce qu’en fait, Eclipse, c’est une fondation, ça gère des projets. Mais on a vu, il y a cette partie process, vous êtes un peu une usine, une supernova à processus. Même pour la communauté open source at large. Pardon!
Gaël : exactement.
Raphaël : mais oui, c’est intéressant.
Constituer un lobby européen de l’Open Source
Walid : et le fait d’avoir ce regroupement et donc d’avoir un poids supplémentaire, le but, c’est aussi d’aller pouvoir être… plus entendus au niveau des institutions européennes ?
Gaël : alors ça, c’est un point intéressant. C’est qu’en fait, les institutions se rendent compte que l’open source existe et représente une partie énorme du logiciel. On estime que c’est à peu près 80% des applis, etc. Mais aussi se disent, c’est quand même pas simple de communiquer avec l’écosystème open source. Donc nous, récemment on a embauché un spécialiste, quelqu’un qui a travaillé en tant que lobbyiste précédemment pour des grandes entreprises et qui vient nous aider à construire la relation avec les institutions. Et on n’est pas les seuls, l’Open Source Initiative a aussi embauché des gens spécialisés dans les politiques publiques, parce que c’est important.
Le truc, c’est que si en tant que communauté open source, on n’est pas bons pour faire passer nos idées, si on ne parle pas le bon langage, et le langage que je parle aujourd’hui, ce n’est pas le langage qu’il faut utiliser quand on va… à Bruxelles ou même à Paris pour parler au gouvernement. Donc si on ne parle pas le bon langage, nos idées, nos options, etc. ne vont pas être comprises.
Walid : c’est faire son propre lobby pour défendre nos intérêts.
Gaël : exactement. Il y a beaucoup d’explications, beaucoup de veilles, savoir ce qui va nous arriver la prochaine fois et puis être capable de faire des propositions. Et là, par exemple, sur Open Regulatory Compliance, nous, on a vocation à utiliser ce que je décrivais tout à l’heure pour faire des spécifications ouvertes et à les proposer pour la standardisation européenne ou à les proposer pour éventuellement que la Commission européenne les intègre ou les référence dans les guides de mise en pratique du CRA.
Le futur de la fondation Eclipse
Walid : la dernière partie, tu es en train d’en parler là, que je voulais qu’on aborde, c’était un peu le futur de la Fondation, c’est-à-dire quels sont les grands axes de développement dans le futur de la Fondation ?
Gaël : je pense qu’on en parlait pas mal. Il y a ce sujet autour de se positionner comme un partenaire de confiance, un partenaire sérieux et de confiance pour les institutions et pour les différentes entreprises de toute taille.
Moi, même à titre personnel, c’est vraiment ça qui m’intéresse. Je pense que l’open source, c’est vraiment un bon moyen de collaborer. Je ne pense pas que tout doit être open source parce qu’il faut potentiellement que chaque entreprise arrive à créer ses produits, etc. Mais par contre, j’ai tendance à penser que le plus on collabore autour de plateformes open source, autour de projets open source, etc., meilleur c’est.
Dans mon rôle, ce que j’essaie de pousser, c’est l’idée qu’il faut que l’Europe fasse plus d’open source parce qu’en fait, quand on regarde, on a quand même beaucoup d’utilisations en Europe. À un moment donné, si on utilise des technologies qui sont plus mais qu’on ne crée pas suffisamment nos propres technologies open source, mais en fait on utilise les technologies créées par les autres.
Et donc c’est un des éléments par exemple qu’on essaie de pousser avec mon collègue en charge des politiques publiques, c’est qu’en fait les Américains utilisent très bien l’open source comme vecteur propagation de leur technologie. C’est quelque chose qu’ils maîtrisent depuis très très longtemps. Les Chinois ont formalisé l’idée que l’open source était important pour eux. Donc il y a des documents du gouvernement chinois qui expliquent comment la Chine devrait utiliser l’open source comme vecteur d’adoption de ses technologies. Et je pense qu’il faut vraiment qu’on fasse la même chose en Europe, c’est-à-dire faire confiance à nos développeurs, pousser nos développeurs, leur donner les moyens de développer les plateformes open source dont on a besoin. Parce qu’il y a un cran plus loin que d’être les meilleurs pour mettre en place des plateformes existantes. On a des super cas en Europe et en France même, il y a Probable qui a été créé il n’y a pas longtemps pour commercialiser Scikit-Learn et monter du business autour de Scikit-Learn. C’est un exemple génial parce que c’est une plateforme open source qu’on a créée, qui est utilisée partout dans le monde, qui est utilisée dans quasiment tous les déploiements d’IA et qui en fait derrière est un vrai leadership. Après, il faut qu’on arrive à trouver la façon de créer du business autour de ça. Moi, j’aime bien cette idée-là.
Conclusion
Walid : écoute, ça me semble être une belle conclusion pleine d’avenir. Je ne sais pas, Raphaël, tu as encore des questions ou pas ?
Raphaël : pas aujourd’hui. Je pense qu’il faudra qu’on se refasse une discussion sur la partie AI, Gen IA et tout ça, parce que j’ai vu qu’il y avait des projets un peu aussi dans la fondation qui commencent à arriver et tout ça, mais c’est un autre sujet, ça.
Walid : je pense qu’on va terminer là. Écoute, Gaël, merci beaucoup pour toutes ces explications. Je pense qu’on aurait pu parler encore pendant très longtemps parce que j’avais encore plein de questions, mais je pense que… Si les auditrices et les auditeurs ont des questions et ont apprécié, on refera peut-être d’autres épisodes. Je me garde des choses sous le coude. Écoute, merci beaucoup. Donc, pour les auditrices et les auditeurs, si ça vous a plu, comme d’habitude, je vous invite déjà à partager l’épisode, parce que c’est important que ces épisodes y tournent, qu’ils soient découverts par plus de gens. C’est vraiment important. Et puis, n’hésitez pas surtout à faire des commentaires : ça fait du bien quand il y a des commentaires des gens qui nous disent ce qui est bien ce qui est pas bien, ce qu’ils auraient bien aimé écouter etc. Cela donne pas mal d’idées et c’est vraiment très chouette j’aime beaucoup donc merci beaucoup Gaël et puis Gaël et Raphaël merci beaucoup, à bientôt et pour ceux qui ont la chance d’aller au salon de Open Source Experience je pense qu’on pourra tous se croiser là-bas voilà.
Gaël : à bientôt merci beaucoup,
Raphaël : à bientôt merci. Salut!
Cet épisode a été enregistré le 14 octobre 2024.
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